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VI. — La Guyane

Sinnamary î Cayenne ! noms sinistres.

Nous possédons la Guyane avec des vicissitudes diverses depuis 1626. Située entre les 2^ et 6« degrés de latitude nord, elle a une longueur de côte de 500 kilomètres. La température moyenne y est de plus de 26*5, dans certaines parties, elle dépasse 27". L'hygromètre est presque toujours au point de saturation 0,93, 96, 97. Toutes les conditions utiles à l'impaludisme s'y trouvent réunies. La Guyane a même l'avantage d'avoir enrichi la pathologie d'une fièvre spéciale, parente de la fièvre jaune, mais qui n'empêche pas celle-ci de la visiter aussi.

Le docteur Grevaux parlant de cette région, disait que « la vie animale y était écrasée par la vie végétale. »

2S LEtTRÈS SUR LA POLITIQUE COLONIALE

-Le docteur Orgéas, médecin de la marine, dans une monographie qui a obtenu le prix de médecine navale, a fait une étude spéciale de la Guyane.

Dans les cinq premières années de la déportation, de 1852 à 1857, la mortalité annuelle des déportés a été de 16,62 pour 100, ce qui donne comme durée probable de la vie, 3 ans, 9 mois et 21 jours.

Si on prend les divers pénitenciers, la mortalité, aux îles du Salut, a été jusqu'à 35 pour 100 en 1855. A la montagne d'Argent, la mortalité, en 1852, fut de 33,3 pour 100. En 1853, à Saint-Georges de rOyapock, la mortalité fut de 43,2 pour 100. En 1855, à Saint-Augustin, la mortalité fut 44,1 pour 100.

On essaya des mariages administratifs entre convicts et femmes expédiées ad hoc, par les sœurs Saint-Joseph; la natalité, morts-nés compris, n'a été que de 0,96 0/0, tandis qu'elle est de 3 en France. " Sur les 379 enfants nés depuis le mois d'avril 1861 jusqu'au 17 janvier 1882, 238 sont morts. C'est une proportion de 62,79 0/0.

Le docteur Orgéas conclut, d'après toutes ces observations : « Un enfant né en France a plus de chance d'arriver à l'âge de 30 ans, qu'un enfant né au Maroni n'a de chance d'arriver à l'âge de 2 ans. »

vn. — Les lies de la Société et les Mar(iuises.

Le 29 juillet 1880, le roi Pomaré V a donné solennellement à la France les îles de la Société. « Tous les anciens sujets du roi de Taïti ont acquis de plein droit la -nationalité française. » Les voilà devenus nos compatriotes.

Quoique ces îles fassent partie du climat torride, les Européens paraissent pouvoir Vy supporter. La population totale des établissements des Français dans les archipels de la Société et des Marquises, est de 25,000 individus sur lesquels Taïti et Moorea contiennent 974 Français, 591 Européens, 449 Asiatiques ; dans les Marquises, le nombre des Français s'élève à 71 et celui des Européens à 60.

vm. — Les Anglais et rinde.

Ces faits prouvent que le Français ne peut ni s'acclimater ni se reproduire sous le climat torride. Comment donc les colonies que nous établissons pourraient-elles contribuer à « l'expansion de la race française? » Elles n'ont jusqu'à présent servi que de cimetières à nos soldats et à nos marins.

— Mais les Anglais ? — Eh bien ! les Anglais sont comme les Français. Ils ne peuvent pas plus s'acclimater dans rinde ou en Afrique que les autres Européens.

D'après le recensement de 1881, la population totale de l'Inde est de 253,891 ,000 personnes ; sur ce chiffre, 85,444 personnes dont 75,456 du sexe masculin et 12,088 du sexe féminin sont d'origine anglaise ; 56,646 sont des soldats : il reste donc moins de 30,000 Anglais civils. Si on ajoute à ce chiffre les autres Européens nés dans l'Inde, on arrive au chiffre de 142,612. Le chiffre des Européens est donc comme 1 à 1790.

Les Anglais ont essayé de faire des mariages entre leurs soldats et des femmes anglaises. Le résultat

a été aussi nul que ceux qui ont été tentés par nous au Maroni. « On n'a jamais pu, dit le major général Bagnold, élever assez d'enfants mâles pour recruter le corps des tambours et des fifres. »

Les Hollandais ne se reproduisent pas davantage à Java et à Madura. Sur 18 millions d'habitants, 900 seulement descendent d'Européens.

Non seulement l'Européen ne peut pas se reproduire, mais il ne peut pas vivre sous le climat torride. En vain, on établit des sanitaria à 500, à 1,000, à 1,500 mètres d'altitude ; chaque ascension de 78 à 85 mètres correspond à un degré de déplacement vers le nord ; mais si la température diminue, l'humidité augmente : à Mahabalechrar, établi par les Anglais au Malabar à 1,360™, le pluviomètre marque jusqu'à 6™ 18 par an ; à Cherra-Poujié qui se trouve à la même hauteur sur les monts Garrows, des pluies discontinues pendant trois mois et demi donnent jusqu'à 15"75. Est-il besoin de dire que cette humidité est une cause dïnsalubrilé qui ne fait de ces sanitaria que des endroits précaires, qu'on prend comme des pis-aller, mais qui ne remplacent pas le séjour des régions tempérées?

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