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LETTRE XI

LE SYSTÈME PNEUBCATIQUE

Moyens de provoquer l'émigration. — L'équation des subsistances. — La fréquente saignée. — Procédé pour peupler la France d'étrangers.

Il y a donc des Français qui émigrent : mais les partisans de la politique coloniale — pour les autres, — trouvent qu'ils ne sont pas en assez grand nombre.

Divers moyens peuvent être employés pour provoquer rémigration : les persécutions religieuses ont toujours eu beaucoup de succès. Exemples : la Révocation de Tédit de Nantes. Jacques I" dit des puritains : — Qu'on les pende! Ils mirent l'Océan entre eux et la potence. Ils chantaient leurs psaumes par le nez ; de là, Taccent des Américains du Nord.

Les persécutions politiques réussissent aussi. La loi contre les émigrés provoqua l'émigration, au lieu de l'arrêter. Après la Commune, il y eut un mouvement d'émigration d'ouvriers français.

La misère n'est pas toujours un mobile suffisant. Si mal qu'on se trouve dans un pays, il faut avoir conservé assez d'énergie pour essayer d'aller chercher le mieux ailleurs, et pour s'arracher à tous ces liens qui attachent l'homme au milieu dans lequel il est né, a été élevé et a vécu.

Les Anglais, lors des derniers événements d'Irlande, ont essayé d'organiser Témigration ; ils ont constaté que les meilleurs partaient et que les boycoteurs restaient.

Quels sont donc les motifs qui font considérer par les partisans de la politique coloniale l'émigration comme un bien ?

Est-ce parce que le pays est trop peuplé ?

Ce n'est pas le cas de la France : car tous les partisans de la politique coloniale déclarent qu'elle ne l'est pas assez et demandent des enfants.

L'Angleterre a 133 habitants par kilomètre carré et donne chaque année 6 émigrants par 1,000 habitants ; le Palatinat a 137 habitants par kilomètre carré et donne 6,4 émigrants ; la France n'a que 68 habitants par kilomètre carré et ne donne qu'un é migrant.

Avant de songer à fonder des colonies de peuplement, il faudrait donc d'abord peupler la France.

« — Nous y parviendrons ii l'aide de l'émigration, répondent les partisans de la loi qu'Achille Gnillard a appelée : Véquatlon des subsistances (1). La population moyenne d'un pays se proportionne aux subsistances disponibles. Par conséquent, poussez à l'émigration : vous rendez des subsistances disponibles, vous augmentez sa population. »

J'en suis fâché; mais je considère cette loi comme aussi fausse que la loi de Malthus, présentée sous sa forme absolue. Prenez une carte démographique de la France : vous voyez la population augmenter

(1) Bordicr. La colonhntinn acientifique, p. 20.

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