‹ Lettres sur la politique colonialeChapitre 34 sur 126 · LETTRE XVII · texte numérisé non relu

LETTRE XVII

IiE PLACEMENT DU PERE DE FAMILLE

On m'écrit :

« Soit : la France ne peut avoir des colonies de peuplement; ni les territoires qu'elle délient, en dehors de TEurope, ni les mœurs de ses habitants, ni sa législation ne s'y prêtent. Nous voulons bien admettre tous ces faits. Mais les colonies ne servent pas seulement de débouchés à la population. M. de Bismarck cherche les moyens de restreindre l'émigration allemande et de fonder des colonies allemandes (1). Un homme aussi avisé que lui poursuivrait donc deux buts aussi contradictoires? S'il fait des colonies, afin que les Allemands restent chez eux, il confirme votre thèse. Il sait que ses compatriotes ne peuvent aller vivre à Angra-Pequana ou à Cameroon. Il a donc un autre objectif. Lequel ? sinon un débouché aux produits allemands. Nierezvous aussi l'utilité des colonies à ce point de vue ? Est-ce qu'un peuple sans colonies peut avoir un commerce extérieur? Notre industrie est atteinte de pléthore. La surproduction TétoufTe. Quand les magasins sont pleins, le vide se fait dans les ateliers. La politique coloniale seule peut vider les premiers et remplir les seconds.

(\) Voir les discussions du Reichstaj?, janvier 188.'».

» Est-ce que Stuarl Mill n'a pas dit : « On peut attirnier dans l'état actuel du monde que la fondation des colonies est la meilleure affaire dans laquelle on puisse engager les capitaux d'un vieil et riche pays (J). »

» M. Rouher, parlant de l'emprunt du Mexique ; M. Jules Ferry, parlant de l'expédition du Tonkin, ont résumé cette pensée dans cette phrase : « C'est un placement pour le père de famille I »

Soit : examinons la valeur de la poh tique coloniale à ce point de vue.

(1) Citation de Stuart Mill servant d'épigraphe au livre de M. Paul Leroy Beaiilieu : De ta colonisation chez les peuples modernes.

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