LA LOI DE 1861 ET LE SÉNATUS-CONSULTE DE
Que firent les conseils généraux ? Ils ne votèrent pas de tarifs de douanes, qui auraient atteint les objets étrangers dont ils avaient surtout besoin; ils ne votèrent que des tarifs d'octroi de mer qui atteignaient sans distinction les objets français comme les objets étrangers.
Alors immédiatement, grande agitation : des pétitionnaires français déclarèrent que les conseils généraux de colonie n'avaient pas le droit de supprimer les droits de douanes ; ils demandaient que les colonies fussent soumises au même régime douanier que la France. Dans Y Enquête commerciale de 1877, on se livra à de subtiles discussions pour établir la différence existant entre les droits de douanes et Toctroi de mer. Sans les droits de douanes, les tissus français ne pouvaient pas lutter contre les tissus étrangers, etc. Enfin toutes les récriminations et les doléances habituelles .
Elles continuent. Une commission, dite du régime douanier de l'Algérie et des colgnies, fonctionne.
L'Algérie va être soumise à nos tarifs de douanes. Quoique M. Paure ait « demandé le maintien, en principe, du sénatus-consulte de 1866, il se propose de l'atténuer par des décrets successifs (1). » Au moment de cette déclaration, i\ avait déjà établi un nouveau tarif des douanes à la Guadeloupe (2). Il vient d'en établir un autre à la Réunion , par décret en date du 19 janvier 1885.
Dans son discours au Conseil supérieur des Colo-
(1) Temps. 30 novembre 1884.
(2) Décret du 20 novembre 1884.
nies (1), il a déclaré nettement qu'il allait revenir en deçà de la loi de 1864 : « Comme politique économique, protection des intérêts de la production métropolitaine dans les colonies ; protection sur le marché métropolitain de la production coloniale. »
M. Faure croit-il avoir inventé quelque chose, en rééditant la vieille formule : « Il faut imposer aux colons l'obligation de ne se pourvoir qu'en France, de ne se servir que de navires français, de ne vendre qu'en France ? »
S'il jetait un coup d'oeil sur l'histoire des trois derniers siècles, il apprendrait que ce système ne peut avoir d'autre résultat que de ruiner les colonies et d'enrichir les contrebandiers.
Ruinées, elles auront perdu une partie de leur pouvoir d'achat, déjà si limité, et, par conséquent, fermé le faible débouché qu'elles entr'ouvrent ; opprimées, affamées, manquant de tout, obligées d'acheter tous les objets qui leur sont utiles à un taux élevé, elles n'auront qu'une préoccupation : recouvrer leur liberté et se détacher d'une mèrepatrie qui les étrangle.
L'armée coloniale, dont on parle tant, ne devra plus seulement être employée à conquérir de nouveaux territoires ; elle devra être employée à garder, comme pays conquis, nos vieilles colonies.
Nous en revenons toujours à la conclusion : Voulez-vous que nos colonies forment une clientèle pour nous ? Offrez-leur de meilleures marchandises à meilleur marché que nos concurrents.
(1) Journal officiel. 12 février 1885.