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LETTRE XLII

IiA. DISPARITION DES INDIGÈNES

Un axiome. — La prophétie de Diderot. — Les populations de i'Océanie. ~- Résistance des Indiens. — Augmentation de la population arabe et kabyle. — Utilité des indigènes.

Des fanatiques de la politique coloniale répètent avec aplomb des aphorismes comme celui-ci :

« L'histoire est là pour prouver que les races inférieures ont toujours été absorbées ou détruites par les races supérieures (1). » Dans leur joie de ce résultat, ils affirment ce dogme, en oubliant que maintenant beaucoup d'esprits mal faits et curieux croient que les axiomes doivent se démontrer.

Sans doute, des peuples primitifs ont été détruits par les Européens.

Quand Philipp débarqua à Port '- Jackson , il trouva une tribu qu'il estimait à 1,500 personnes ; il se comporta si énergiquement à son égard qu'elle a disparu complètement. Le dernier survivant est mort en 1849.

Malgré notre protectorat à Taïti, les indigènes n'ont plus besoin d'avoir recours à l'infanticide pour limiter leur accroissement. Orou, -parlant par la bouche de Diderot, avait bien raison de dire à ses compatriotes, au moment du départ de Bougain-

(1) Gaffarel. Les colonies françaises^ p. 190.

ville : « Pleurez, malheureux Taïtiens ! Pleurez : mais que ce soit de Tarrivée et non du départ de ces hommes ambitieux et méchants (1). »

En 1774, le nombre des Taïtiens était évalué à 80,000; mais le recensement n'avait pas été fait par tête. En 1797, on Testimait à 16,000, ce qui probablement était plus près de la vérité ; en 1848 à 8,000, en 1860 à 7,000. Il se relèverait : car le chiffre actuel serait de 10,000.

D'après des vérifications aussi minutieuses que possible, le D' Clavel estime que de 1838 à 1882, la population des îles Marquises est tombée de 20,000 habitants à 4,800 : soit une réduction de trois quarts. Le nombre des femmes va en diminuant relativement à celui des hommes. Dans Tarchipel des îles Gambier, il est à celui des hommes comme i est à 12. En 1838, les indigènes étaient au nombre de 2,141 ; en 1881, il n'y en a plus que 480. Du mois de mars à la fin de l'année 1880, on compte 65 décès pour 5 naissances , du 1" janvier au 1" septembre 1881, 70 décès pour 6 naissances.

Les Canaques disparaissent aussi . Ils vendent leurs jeunes filles aux Européens et, quand celles-ci sont abandonnées par ceux-ci, ils les regardent comme souillées et n'ont aucun rapport avec elles. Us n'ont pas renoncé à leurs habitudes de nudité et ont pris l'habitude de sortir la nuit. De là, des maladies pulmonaires qui les tuent. Ils ont enfin été refoulés des meilleures localités.

(1) Diderot. Supplément au voyage de Bougainville. Ed. du Centenaire, p. 172.

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