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LA DISPARITION DES INDIGÈNES

Ces 200 millions vont-ils massacrer les autres 1,200 millions? Le pourront-ils ? Vous dites: Oui, grâce à leurs armes perfectionnées.

Attila est Tidéal de ceux qui comprennent de cette manière la mission civilisatrice des peuples les plus avancés en évolution. Seulement, au lieu de se servir des moyens grossiers et brutaux, qui font du bruit, qui ont le défaut de frapper désagréablement les nerfs sensibles, ils pourraient employer des moyens que la chimie moderne met à notre disposition et donner, par exemple, de la mort-aux-rats aux peuples dont ils veulent prendre le territoire et dont la présence est gênante.

Mais le lendemain ? quand ils se trouveront seuls sur la surface du globe, seront-ils bien avancés ?

Qu'en feront-ils ? Que deviendra toute la zone occupée par le climat torride où l'Européen ne peut ni s'acclimater ni se reproduire ? Une fois morts, les indigènes leur achèteront-ils mieux leurs produits que, vivants, ils ne peuvent ou ne veulent acheter ?

N'allons pas si loin. Le§ Européens qui habitent l'Algérie se plaignent de la rareté de la main-d'œuvre. Que deviendraient-ils s'ils n'avaient pas pour cultiver les terres dont ils les ont dépouillés, les Kabyles, les Kabyles arabisant et les Arabes kabylisant?

En dépit des efforts faits pour accomplir notre « mission civilisatrice », ceux-ci résistent, et les colons, qui souhaitent si ardemment leur refoulement ou leur extermination, doivent les remercier de n'avoir pas voulu se laisser faire.

Et puis si les indigènes disparaissent à notre contact , l'argument de la « mission civilisatrice » disparaît. Pour le conserver, il faut donc les conserver. Je recommande ce point de vue à M. Gaffarel, le théoricien, et à M. le général de Négrier, l'exécuteur actuel de « la disparition des indigènes. »

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