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Lettres sur la question religieuse en 1856

Les institutions politiques des peuples ont leurs racines dans les croyances. Sorti de la religion , béni , consacré par elle, le despotisme bientôt pénètre dans l’État, car des âmes façonnées, au nom de Dieu, à l’obéissance et à la servilité, se courbent facilement sous la volonté d’un maître. — Vainement vous vous vantez de vos libertés nationales. Si le peuple n’est pénétré jusqu’à la moelle de l’amour même de la liberté, il laissera choir ses droits aux mains des habiles ou des audacieux. La meilleure forteresse d’une constitution libre, c’est le cœur des citoyens. Tant que vous n’aurez pas déraciné l’intime servitude, celle que le catholicisme a gravée, depuis plus

de mille ans , dans l’àme des nations modernes, la servitude morale, par laquelle l’esclave enchaîné adore sa chaîne, et l’affranchi trébuche et tombe dans ses liens à peine brisés; tant que la raison humaine n’aura pas poussé jusqu’aux dernières profondeurs du ciel son cri de protestation; tant que l’esprit n’aura pas chanté sa Marseillaise, il ne servira de rien d’affranchir les hommes. Vous les verrez bientôt, domptés par la force interne, revenir à l’ancien esclavage. Il serait facile, hélas! et peut-être cruel, de compter les nations catholiques précipitées des sommets de la liberté dans les abîmes serviles!...

C’est donc le droit de vivre que nous défendons, en résistant aux prétentions insolentes d’un parti que rien ne corrige et que rien n’apaise. Une église qui n’a de titres à l’universalité que l’universel abaissement des peuples qu’elle enseigne, continue la lutte de la foi contre la raison, de la tyrannie morale contre le libre examen.

La voyez-vous s’affubler des mots de la révolution pour en étouffer les principes, et réclamer, au nom de la liberté de conscience, l’autocratie Sacerdotale? Avez-vous oublié que l’hypocrisie est un hommage rendu par le vice à la vertu ? Mais cela même ne nous a point trompés. La tribune parlementaire et la chaire de l’université libre ont démasqué la conspiration, vengé l’enseignement laïque, défendu la constitution de l’État.

Deux auxiliaires nous arrivent, connus depuis long-

temps , aimés des peuples et des penseurs : Eugène Sue, Edgar Quinet. Tous les deux sont proscrits. Le premier écrit dans cette Hollande où le grand Bayle exilé méditait son Dictionnaire philosophique. Le second à Bruxelles qui, depuis les protestants chassés par Louis XIV, jusqu’aux républicains bannis par Napoléon, a vu passer tant de pèlerins du droit. Aussi bien que Danton, ils savent qu’on n’emporte pas la patrie à la semelle de ses souliers ; mais qui leur interdira de conserver en Belgique et d’y répandre , sous la garde des lois, l’ancien esprit de la France? Fils pieux, ils ont, dans un commun désastre , sauvé du moins l’héritage moral de leur mère.

Eugène Sue, dans une série de lettres publiées par le National, a traité la question actuelle au point de vue belge ; avec quelle sûreté ! quelle clarté ! quel sentiment pratique! les lecteurs du journal ne l’ont pas oublié.

Edgar Quinet, franchissant les limites du débat soulevé par les évêques, discute, pour ainsi parler, en pleine conscience humaine. Sa lettre s’adresse à tous les amis de la justice, à tous les soldats de la liberté, à tous les champions obstinés du droit, aux fidèles de la raison. Leur cause unanime est engagée ici. Il s’agit de vivre ou de mourir. Être ou n’être pas, voilà la question. C’est le cri du chevalier d’ Assas : A moi d’Auvergne ! ce sont les ennemis ! — Ce cri sera entendu, sortant d’un cœur résolu, d’une âme indomptable.

Pour nous, nous croyons servir la cause que ces deux vaillants écrivains ont embrassée en réunissant ces lettres éloquentes, double monument de leur sincérité et de leur courage.

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