A LA PRESSE
Mais tout cela ne suffit point encore si l'opinion publique ne s’en émeut au point de forcer les hommes politiques à prendre en main la grande cause de la justice qui intéresse toute la société.
Il faut à tout prix que les justiciables sachent exactement comment la justice se rend dans cette province,
Et qui donc va le leur dire ?
La presse,
Elle n’existe pas seulement pour rapporter les petites nouvelles, publier des chroniques, parler politique, se consumer dans des discussions oiseuses ou des polémiques acerbes qui entretiennent l'esprit de division.
Lorsqu'elle a l’occasion de discuter une question sérieuse ; lorsqu'on lui présente des faits et qu’on les accompagne de considérations mûries par la réflexion et l'étude, mises dans un langage convenable et modéré et sous une forme passable, elle la saisit chaque fois avec empressement; elle s’instruit et instruit ses lecteurs ; elle remplit ainsi noblement sa mission.
Je lui présente un livre que je me suis efforcé de rendre tel que je viens de le dire. Je n’ai pour cela épargné ni recherches, ni peines, ni veilles. Je lui dis: voici une question vitale; lisez et faites connaître les faits que je rapporte ; discutez mes propositions ; secouez l’apathie du public, puisque pour vous “ vouloir c’est pouvoir. ”
Heureusement l'esprit public est vivace et énergique dans ce pays, et peu de grandes questions le préoccupent dans le moment. Il n’y a donc pas de plus belle occasion de s'occuper de la réforme des tribunaux.
Par le peuple vous atteindrez les députés ; par les députés les ministres, et avant un an chaque parti politique inscrira sur son drapeau ce mot magique que tous accueilleront avec joie : “ Réforme judiciaire. ”