PLAIDOIERIE ORALE—DÉLIBÉRÉS
en délibéré, c'est-à-dire tombe dans un état de torpeur d'où elle sortira personne ne sait quand ; dans trois mois, dans six mois, dans neuf mois, dans un an. Plusieurs juges ne rendent point de jrgements avant six mois; quelques-uns qui viennent des districts ruraux siéger à Montréal, disparaissent avec les dossiers et on ne les revoit plus. C'est ainsi qu’ils viennent aider leurs collègues en obérant les plaideurs et les accablant de leurs délais ruineux. Plusieurs avocats ont actuellement des causes dans cet état depuis huit et dix mois, et l’on ne voit encore rien venir.
Pour ces derniers juges il n’y a pas d'excuse. possible ; eux-mêmes le sentent bien et ne peuvent invoquer que la force de l'exemple, la facilité et l'impunité de l'abus.
Quant aux jr + de la Cour Supérieure qui résident à Montréal, ceux de la Cour d'Appel et de la Cour Suprême, il yen a une raison tangible : c'est la difficulté où ils se trouvent après quelque temps d’expédier les affaires qui s'accumulent journellement entre leurs mains.
Après avoir entendu plaider une affaire pendant une heure ou deux, une demie journée, quelquefois pendant deux ou trois jours lorsqu'on fait entendre les témoins devant eux, ils en prennentune seconde, puis une troisième et ainsi de suite pendant dix, quinze ou vingt jours. Ils se retirent alors, le terme fini, avec vingt à trente dossiers. Croit-on qu'ils ont conservé une idée bien claire des premières causes plaidées ?
Nous citons plus bas, à propos de la Cour d'Appel, une lettre de l'honorable juge Ramsay qui fait connaître l’état d’épuisement moral et physique auquel les juges se trouvent réduits après dix ou douze jours d'audiences consécutives faites dans ces circonstances ; elle est très éloquente.
Ni encoïe ils ne siégeaient plus que toutes ces causes ne soient jugées. Mais ils recommenceront les audiences quelques Jours après, tout comme s'ils avaient les mains vides. La conséquence est qu'ils ouvrent un dossier trois, quatre, six, huit mois après que l'affaire leur a été soumise. Est-il rien de plus déraisonnable ?
Ils délibèrent ainsi à la hâte, pendant qu'on leur soumet
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