I. ^ DE BRUXELLES A KŒNIGSBERG
dant une demi-heure dans une salle accessible à tous les vents, pour leur faire ouvrir des malles qu'ils ont eu tant de peine à fermer ? Si la police ne nous considère plus comme des malfaiteurs, pourquoi la douane continueraitelle à nous traiter comme des fraudeurs? Mais allez donc faire entendre raison à cette désagréable institution ! De Cologne, nous nous dirigeons sur Minden, en passant sur le nouveau et superbe pont du Rhin, tout récemment ouvert à la circulation. J'ai pris à Bruxelles un billet de première classe pour Berlin, afin de jouir du transport gratuit de 25 kilog. de bagage. C'était à coup sûr une intention louable et un calcul économique. Mais j'y gagne d'être plongé dans une solitude absolue. Il n'y a que des princes, me dit-on, qui se donnent le luxe d'un coupon de première classe. J'en con-, dus que les princes allemands sont en train de faire des économies. Au point de vue du confort, les secondes classes des chemins de fer d'Allemagne valent certainement les premières. La seule différence, c'est que les unes sont revêtues d'un drap gris , plus ou moins propre, tandis que les autres sont ornées de tentures de velours grenat, avec des filets dorés et des rebords de fantaisie, figurant deux gigots accolés. La différence des prix s'élève à une trentaine de francs de Bruxelles à Berlin. C'est payer cher la vue de deux gigots, fussent-ils en velours grenat, et, à moins d'être prince allemand, on s'en passerait volontiers. Avis donc aux voyageurs économes ! Le pays est monotone et sans
caractère. D'ailleurs la gelée commence à couvrir de son voile blanc les fenêtres de la voiture, ce qui simplifie beaucoup le paysage.
Berlin est une belle ville aux rues larges et droites se prolongeant à perte de vue, mais qui ont le défaut de se ressembler toutes. C'est la même rue indéfiniment multipliée. En revanche, la circulation est facile et l'air abonde. La rue principale, JJnder den Linden (sous les Tilleuls), n'est autre chose qu'un boulevard d'une largeur double de celle des boulevards de Bruxelles, qui traverse la ville tout droit depuis le parc royal jusqu'à la Sprée. Je prends un fiacre et j'étudie son tarif qui me paraît beaucoup plus rationnel que le nôtre. Il est établi à la fois en raison du temps consommé et du nombre des consommateurs. Une seule personne ne paie que 5 gros (60 centimes) pour vingt minutes ; deux personnes paient 6 gros ; trois, 10 gros ; quatre, 12 1/2 ; pour 35 minutes, c'est 7 1/2, 10, 15 et 17 1/2 gros; pour une heure, 10, 12 1/2, 17 1/2 et 20. Les bagages sont tarifés à part. Mais pourquoi un tarif, si rationnel qu'il soit ? Si les administrations communales à Bruxelles, à Paris comme à Berlin renonçaient à taxer les cabriolets, comme elles ont renoncé déjà à taxer le pain et la viande, croit -on que les choses en iraient plus mal? Que les fiacres auraient moins de vélocité et leurs cochers moins de politesse ? Sans doute, un libre débat serait assez difficile à établir correctement entre un voyageur étranger et un cocher indigène, Mais pour-