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I. - DE BRUXELLES A KŒNIGSBERG

quoi les cochers libres n'afficheraient-ils point leur tarif aussi bien que les cochers taxés ? Il y a apparence que quelques-uns sauraient bien s'en aviser, qu'ils l'afficheraient même en plusieurs langues et en grosses lettres. Les voyageurs afflueraient de préférence vers ces automédons kpriœ fixe, et leurs confrères seraient bon gré mal gré obligés de les imiter. C'est ainsi que la liberté est bonne pour toute chose et pour tout le monde, jusques et y compris les cochers de fiacre. Il y a apparence aussi qu'on verrait, sous l'influence de la concurrence, les capitaux se diriger vers cette maigre industrie, que les vigilantes bruxelloises se recouvriraient de drap neuf, que leurs attelages prendraient le galop, et qu'on ferait à la demande générale des cochers une nouvelle édition du Manuel de la civiliië puérile et honnête, La concurrence a bien accompli d'autres prodiges I — Mon fiacre s'arrête devant le palais de la Chambre des députés. C'est un bâtiment de belle apparence, mais la Chambre n'est qu'une construction provisoire élevée dans la ifour, comme la ci-devant salle de l'Assemblée constituante au ci-devant palais Bourbon. L'une et l'autre ont été improvisées à la même époque, en 1848, mais la salle prussienne a .mieux résisté que la salle française aux vicissitudes du temps. Elle forme un vaste parallélogramme où les 350 membres de la seconde Chambre des Etats sont casés commodément mais sans luxe. Il n'y a qu'un étage de tribunes. A la

vérité, ces tribunes sont vastes. Les journalistes, en

particulier, sont à leur aise, et parfaitement placés pour tout voir et tout entendre. Le bureau du président occupe le milieu d'un des grands côtés du parallélogramme. Appuyé au côté opposé, et à peu près au niveau du bureau du président, se trouve le banc des ministres. On y monte par plusieurs marches. Les députés du centre se tiennent sur les rangées de ban-» quettes (en jonc tressé avec un dossier revêtu de drap rouge et une planche mobile pour pupitre) qui s'étendent au dessous du banc des ministres. La droite et la gauche occupent les banquettes placées des deux côtés du bureau du président.

Il y a une tribune, mais chacun parle de préférence de sa place. On discute un projet de loi d'intérêt local, au bruit des conversations particulières. Les honorables membres de la Chambre à qui je suis présenté sont fort émus du projet de loi sur la réorganisation de l'armée qui a été déposé la veille sur le bureau. Il va en résulter, en effet, une augmentation annuelle de dépenses de 10 à 12 millions de thalers, 40 millions de francs ! C'est exorbitant, et cependant il est probable, il est certain que le projet passera à une forte majorité. C'est qu'en Prusse, comme dans d'autres pays qu'il est superflu de nommer, l'opinion publique qui résiste aux augmentations do dépenses est encore à l'état passif, tandis que les influences qui y poussent sont essentiellement actives. Le budget de la guerre qui ne dépassait pas de 30 à 22 millions de thalers, il y a peu d'an^-

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