XIV. — LES AUTRES REFORMES
anéantir en a reçu une impulsion plus vive (1). Cependant les protectionnistes tenaient bon et ils proûtaient, comme on l'a vu, de la < rupture de la balance commerciale » pour demander le rétablissement d'un droit
(1) Nous devons à rextrême obligeance d'un haut fonctionnaire qui a contribué pour sa bonne part à faire sortir la Russie de l'ornière du régime prohibitif la note intéressante qu*on ya lire sur les réformes douanières et leurs résultats :
« Le tarif douanier de la Russie, pour les frontières d'Europe, a été éminemment prohibitif depuis 1822 jusqu'à 1850. Grâce à ses prohibitions, certaines industries, telles que : filature de coton, impression sur coton, produits chimiques, sucre de betterave, prirent, il est vrai, un assez grand essor; pendant le même laps de temps, il y a des progrès à constater dans la fabrication des draps; mais il faut observer que ces progrès ne sont pas le fait de la prohibition, mais bien des circonstances locales, éminemment favorables au développement de cette branche des manufactures, surtout Tabondance et le bon marché relatif de la matière première, — les laines, qui constituent une branche importante de rindustrie agricole en Russie ; on est parvenu également à fabriquer tant bien que mal quelques tissus de soie et des articles de modes en coton, laine et mélangés à l'instar de ceux de France* Mais pendant que tout cela marchait ou avait Pair de marcher, les industries vraiment nationales qui n'ont jamais eu besoin de protection ont périclité. Il y a eu absence de progrès, ou même décadence marquée, dans les fabrications des tissus de lin et de chanvre, des cuirs, des suifs, des savons; — l'industrie du fer, protégée pendant cette période (et jusqu'en 1857) par une prohibition absolue à l'entrée de tout fer étranger, est restée stationnaire. La meunerie, l'extraction des huiles végétales, la distillation des grains n'ont obtenu que peu ou point de perfectionnement. En parallèle à cet état de choses, le commerce interlope de contrebande prenait tous les jours des dimensions plus grandes, grâce à une frontière sèche, immense, peu habitée, et par conséquent insuffisamment gardée.
« En 1850, le gouvernement comprit la nécessité de changer de système et soumit à un premier remaniement le tarif européen.
protecteur sur les machines. — A quoi les libre-échangistes répondaient, que si, en effet, cette infernale balance était rompue, il vaudrait mieux la raccommo* der en prohibant les objets de luxe, tels que les soieries, les rubans, les modes et les vins de Champagne,
CSe remaniement a été du reste proYoqué par la réunion douaniâre de la Russie et de la Pologne, qui date de cette époque. Une grande partie des prohibitions furent alors remplacées par des droits a rentrée, certaines taxes furent abaissées ; mais ce premier essai n'eut que peu d'influence sensible a cause du chiffre des. droits beaucoup trop élevé. Le tarif de 1857 constitue une véritable réforme douanière pour la Russie : par la modération des taxes, il se rapproche de celui de la Prusse et se trouve être beaucoup plus libéral que les tarifs belges et français. Il se distingue surtout par une baisse sensible des droits qui pesaient a rentrée sur les articles de luxe et ceux de la consommation moyenne. Par suite, depuis 1857, dans Tindustrie russe se manifeste une tendance très prononcée vers l'abandon des fabrications coûteuses d'articles de modes et de luxe, qui ne 8*appujaient que sur la prohibition. Les droits sur les cotons filés ayant été également abaissés, la spéculation se porte moins sur les filatures de coton, et commence a se tourner vers la filature du lin et le traitement des matières animales, trop négligés naguère. La prohibition du fer a également été abolie et remplacée par des droits, qui ont encore subi une nouvelle diminution en 1859, sans toutefois porter atteinte aux usines de l'Oural. Au contraire, Tattention des maîtres de forges russes commence à s'éveiller et à se porter vers le perfectionnement de leurs exploitations. Il est à constater également que le nouveau régime douanier contribue tous les jours à diminuer la contrebande qui ne se porte plus que sur quelques articles de peu de valeur, servant à la consommation locale des provinces limitrophes. Le principal article de contrebande pour le moment est le thé, mais Tukase impérial, qui admet l'importation du thé par mer et par la frontière sèche d'Europe, vient de paraître, et il faut espérer que cela sera le coup de grâce pour le commerce clandestin, qui n'a que trop fleuri en Russie a l'ombre du système prohibitif, »