VIII PRÉFACE
tain intérêt. Comme la France dans les premières années du règne de Louis XVI, la Russie se trouvait alors à la fin d'un régime qui n'était plus en harmonie avec les besoins du temps, et auquel la main vigoureuse de l'empereur Nicolas avait pu, seule, procurer une prolongation artificielle d'existence. L'empereur Nicolas mort, au milieu d'une guerre qui venait de révéler toute l'insuffisance de la lourde machine du Tzarisme moscovite, associé à la bureaucratie, à l'allemande, les aspirations vers un nouvel ordre de choses se faisaient jour de toutes parts. La jeune génération, qui s'était nourrie des théories politiques, économiques et sociales de l'Occident, sans les avoir peut-être suffisamment digérées, commençait à remplir les chaires des Universités et à s'emparer des journaux auxquels elle communiquait une vitalité nouvelle: entre ses mains, la presse devenait, en dépit des ciseaux ébréchés de la censure, une puissance capable de faire contrepoids aux influences bureaucratiques. Tout en résistant à cette invasion un peu désordonnée de l'esprit de progrès, le gouvernement s'en laissait néanmoins pénétrer, et il mettait à l'étude les réformes dont la nécessité ne pouvait plus être contestée, l'abolition du servage, la réforme judiciaire et administrative, la transformat ion du système des impôts, du régime