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VI. — LA RELIGION EN RUSSIE

qu'elle nommait elle-même, et le gouvernement n'intervenait point dans son administration intérieure. Mais Pierre le Grand, offusqué de la puissance de cette corporation privilégiée, abolit le patriciat pour concentrer Tadministration supérieure de l'Eglise dans un synode à sa dévotion. Ce synode, composé de membres amovibles et de membres inamovibles, fut placé sous la surveillance immédiate d'un haut fonctionnaire faisant office de commissaire du gouvernement, sans l'approbation duquel aucune de ses décisions ne put recevoir d'exécution. Cependant, le clergé possédait de grands biens qui lui assuraient encore une certaine indépendance. Pierre III les lui enleva et Catherine II, après, avoir profité de la réaction produite par cette confiscation, la rendit définitive, sous le prétexte d'épargner au clergé les soucis de l'administration du domaine temporel. Un salaire fort insuffisant, auquel supplée tant bien que mal le casuel provenant surtout de la vente des cierges, lui fut alloué comme une compensation de ses biens confisqués. Mais, dès ce moment, tout vestige d'indépendance disparut de l'Eglise. Le haut clergé, composé des métropolitains et des évêques, est à la merci du gouvernement, qui lui laisse en revanche carte blanche vis-à-vis du bas clergé. Les évêques tiennent les simples prêtres et le gouvernement tient les évêques. C'est un régime dont s'accommoderaient assez bien nos libéraux politiques, mais qui n'engendre pas moins une oppression intolérable et le plus misé-

rable avilissement des caractères. Une circonstance particulière contribue encore à aggraver la situation du bas clergé : c'est que les évêques, apparemment ea leur qualité d'instrumentum regni, sont pris parmi les membres du clergé noir ou régulier, qui ne se marie point, tandis que les simples prêtres appartiennent au clergé blanc et doivent au contraire être mariés. On ne peut être évêque si Ton est marié, et Ton ne peut être curé ou pope qu'à la condition de l'être. Le clergé inférieur, ainsi placé dans une condition qui ne vaut guère mieux que le servage, ne jouit d'aucune considération.

Le protectionisme religieux n'a donc pas tourné en Russie au profit des producteurs. A-t-il été plus avantageux aux consommateurs?

Le sentiment religieux est naturellement très développé chez le peuple russe. Il suffit, pour s'en assurer, de jeter les yeux sur le front ovoïde des hommes du peuple, particulièrement dans la Grande-Russie. Un peintre trouverait là de superbes modèles de saints. Parfois même, l'excès de ce développement, que ne vient pas corriger une culture intelligente et saine ^ engendre de véritables maladies. Dernièrement, une femme s'est brûlée à Moscou, dans la croyance que le feu seul pouvait purifier les souillures du corps. Une dizaine de personnes, hommes, femmes et enfants, du gouvernement d'Olonetz, se sont jetées dans un bûcher sous l'empire de la même monomanie. La secte d'Ori-

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