PREFACE XV
qui le sépare encore de ses aînés en civilisation. Malheureusement, la puissance nouvelle dont l'intervention, jointe à l'initiative d'un souverain intelligent et bon, a provoqué cette évolution féconde, l'opinion publique a les défauts aussi bien que les qualités de la jeunesse. Elle est facile à émouvoir et à entraîner, — ne l'est-elle pas, même dans les pays où elle est arrivée à l'âge mûr ? — et le tempérament excitli)le de la race slave, rend ses entraînements particulièrement dangereux. C'est aux sollicitations pressantes de l'opinion publique surexcitée que l'empereur Alexandre II, le plus pacifique des souverains, a cédé en déclarant la guerre à la Turquie. Que l'opinion ait obéi uniquement, dans cette circonstance, à un sentiment de sympathie et de commisération généreuses, je connais assez la Russie pour en être persuadé. Il se peut, sans doute, que la guerre éveille cheale peuple russe l'appétit des conquêtes, et qu'après avoir délivré du joug turc ses frères de relig on et de race, il ne sache point résister à la tentation de se les annexer; mais, pour le moment, ses intentions sont encore à l'état platonique, il n'est mû par aucune pensée égoïste et ambitieuse. La * guerre qu'il a entreprise est une guerre de sentiment, une croisade ! Seulement il est permis de cmindre que cette croisade, avec les coin-