‹ Lettres sur la Russie, la Finlande et la Pologne (volume 2)Chapitre 10 sur 11 · DE VARSOVIE · texte numérisé non relu

DE VARSOVIE

A M. IiX COMTE »S 8A&TAN9T.

. Monsieur, . ^ * *

Par an -beaa jonrd'été) je m%ù aMft de Fé-* tersbourg en Pologne ^ reliiaoi le long do la roaie voire Hiêioire de Jean Sobieiky, Il y a w charme singulier qae tous aures pcmMtre

éprouvé piw ^tm fpl» Yaw»-wêiiie^ m çiiwiw

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entraînant et triste, à dérouler les annales d'un grand peuple, à voir retracer la vie d*un héros sur les lieux mêmes où ce peuple a perdu sa grandeur, où ce héros e^t mort. Tandis qu'on jette autour de soi un regard inquiet et mélancolique sur des châteaux en ruine, sur des populations opprimées, sur la décadence et la misère du présent, les riantes et glorieuses époques évoquées par la parole de Tbistorien surgissent sous le voile du passé et brillent au milieu des ombres sinistres qui les entourent ; des noms illustres éveillent Teuihousiasme de la pensée , des heures de victoire et de triomphe enchantent rimagination. Tantôt on se senl saisi d'une douloureuse émoiioiren songeant à ce qui fui, à ce % qui a cessé d*étre, et tantôt, oubliant une Ta'tale . transformation, on se rejette gatment en arrière à la suite d'une fée invisible qui de sa main magique reconstruit à chaque pas l'édifice des temps anciens. Les champs que l'on traverse ne sont plus soumis àla verge du despotisme ; un peuple libre et fort les féconde par son travail, les défend par son courage; les châteaux élevés sur les collines ne sont plus déserts et silencieux ; sur les Bemparts j'entends sonner le cor du gar--' dien qui annonce l'arrivée d'une, troup? d'bom-

mes d^armes ; sur le pout-levis, les chevaliers passent fièrement avec leur armure de fer, leur casque empanaché et leur glaive étincelant. Dans les villes, les cloches résonnent, les églises sont parées comme pour un jour de fête, les fifres et. les cymbales retentissent avec les chants nationaux. Une foule joyeuse, bruyante, exaltée, inonde les rues et les places et se précipite vers les portes couvertes de guirlandes de fleurs et les arcs de triomphe ornés de signes symboliques. Sur le chemin, on voit de loin flotter un nuage de poussière, et à travers ce nuage on dis* tingue lesHetmann avecleurs chevaux fougueux et leurs larges ciitieterres revêtus de pierres précieuses, les palatins avec leur ceinture d*or et leur aigrette de diamants, et des cohortes de grands seigneurs plus riches que des rois, et des légions de gentilshommes rapportant en triomphe les dépouilles de leurs ennemis, traînant captifs'après eux ou les chefsdes tribus tartares, ou les princes russes. Salut à vous, jours heureux de la Pologne, jours de magnificence et de batailles, de triomphe et de galanterie, où Tamour de la gloire palpitait dans tous les cœurs , où le • sourire de la beauté se mêlait à toutes les victoires ! Sidut à vous , nobles eniants de cette cou*

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trée»'Sobieskiy Kosciusko, T0119 toii^ qui avet vaiUamment combattu pour rbonneur de votre patrie, vous qui Tavez souienue âir le pencbaot de sa ruine> et qui l'auriez sauvée «i elle eùtpa dire sauvée !

Hélas ! un prestige trompeur m'emporte ven une époque qui n'est plus, et cette illusion d'ofl instant s'évanouit à l'aspect d'un Juif trafiquant de haillons, ou d'un agent de polioe russe qw m'observe d'un air soupçonneux. Eu vaia le voyageur, épris des béroïque» adions d'autre* fois, à'écrie en traversant les plaises de la Pologne : ^obieskil Sobieski! L'écho solitaire des forêts répond seul à ce grand nom, et je ne serait pas étonné de voir venir le jour où de parle tsar tout puissant ce nom fût proscrit comme noe parole dangereuse, comme un appel illégitioie aux souvenirs de l'indépendance et de la natio^ naliié polonaise. Mais la gleire^éri table, la gloire qui jaillit du courage et du patriotisme) n'est pM un symbole d'honneur passager j c'est uûe vertu surhumaine, une émanation d'en haut. Dieu Juh même lui donne un des rayons de sa splendeur et quelques siècles de son éternité, et quand ton* tes les chancelleries impériales réuniraient cootre elle les proscriptions de leur» ukases t elle

SUA lA HtTSSIB? iVf,

ne parrlendraient pas h I^néantlr. Si le peuple miloiidë n'ose en parler bantement, il en garde la trace lumineuse au fond de son cœur, il révoque en secret dans Tenceinie de ses foyers. Semblable à cette étoile qui se lève dans les parages les plus froids , dans les nuits les plus sombres, la gloire nationale brille comme un phare étemel aux regards du peuple opprimé ^ et lui indique le but qu'il doit atteindre.

Dans le voyage que j'ai fait à travers la Polo ^. gnej'at retrouvé partout le souvenir voilé, mai& profond, des traditions illustres de ce pays et de ses héros, le souvenir de ce grand roi dont voua avex raconté lliistoire en termes si poétiques, et lorsqn'en arrivant à Varsovie, j'ai témoigné le désir de voir sa demeure de Willanow, j*ai vu que ce désir éveillait en ma faveur une touchante sympathie.

Le château de Willanow est situé à trois quarts de lieue environ de In capitale de Polo^ gne. On traverse la grande et belle rue appelée le Nouveau Monde, on passe devant la statue àe Kopernic , devant le palais occupé , avant 1830, par racadémie des Belles Lettres, et trans-^ formé, par une amère ironie, depuis la dernier^ révolution, en un bureau de loterie, A Textré^

rSBS LETTRES

mile de la ville, esl le splendide édifice où le graud duc Constantin fit d'un sceptre royal une verge de fer, où cet homme, composé des éléments les plus étranges , faisait donner le knout AU cheval qui bronchait sous lui, renversait à ses pieds le soldat qui n'obéissait pas assez promptement à ses ordres, et pleurait comme un enfant après se$ accès de colère sauvage.

Au delà de cet édifice de sinistre mémoire, qui a vu ces fureurs brutales de cosaques, et qui a vu leur châtiment, nous voici en pleine campagne, au milieu des arbres verts, des sillons dorés, ces deux présents de Dieu, dont Taspect seul retrempe l'esprit et lui rend Tessor comprimé par la méchanceté des hommes. A droite et à gauche, j'aperçois quelques riants pavillons, résidence deté, œuvres de fantaisie des nobles familles jadis si riches et si puissantes, et devant moi une église gothique au milieu d'un cimetière où s'élèvent de toutes parts les monuments les plus bizarres. A côté de Téglise on trouve une auberge fréquentée par les curieux qui vi(înneni visiter ce lieu historique, et par le peuple de Varsovie qui, aux jours de fêle ou le dimanche, aime à se réunir sous un groupe d'arbus-

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tes autour de la cruche de bière ou dû flacoa d'eau de vie.

A la porte de l'auberge, deux ménestrels ambulants portant le chapeau à grands bords de leur province , la redingote en tartan brun , la culotte ornée de larges boutons de métal» les souliers fènrés, jouent de leur insuiiment. L'im d'eux promène son maigre archet siur un violon noirci par la fumée, usé par le temps ; im autre lait réscmnemne cornemuse formée d'uaénonne sac en peau auquel sont attachés trois tuyaux, le premier tombant au dessous du sac; le second, que Ton pose, comme un b&ton de voyage,* sur l'épaule; le troisième, percé de plusieurs trous comme une flûte, placé entre les lèvres du musicien qui le tient d'une main, et de l'autre Ivresse à certains intervalles les flancs de son sac pour en faire sortir des sons plus ou moins vibrants. Les deux ménestrelsjouent l'air national de la Cracovierine^ et l'accompagnent en frappant du pied, en sautant en cadence. Quelques enfants assemblés autour d'eux écoutent d'une oreille attentive ce chant traditioni^el. Notre arrivée au milieu des auditeurs redouble Vardeur des musiciens. L'aubergiste, qui, debout sur sa porte, les regardait comme un honime habitué à T. Il* 25

MO LtTTfttà

de pareHi ipeeiaefos, s'émeut àiH>tre appHiclie, Ôte son boDBet, fait quelques pas en ftvant, puis^ jttgeant sans doute à notre aspect que bous n'étions pas des pratiques pour lui, remet ses mains dans ses poches, et reprend sa froide impaftsî^ Miilé. Le concert continue, et les gestes sacca^ dés, et les tO(tt«oiemenis de oetfx qui Tixéc»^ letit* Des fenêtres de seii palais, Sobieski aralt "pmi Me ùimiMbflé malaies^lWs tuièse^iie pm^ tëtlie, car II y a ioàgtemps que la Atts^m et la dâtise firaf^oViènue Sédtilsefit les oreiMseï etar» ifiénl les fi${^rds dâ peuple pofoftals. Movsjé^ (i>as quelques plèbes de ffionnato daitê le ebapeno «ëi ttMttè^rel», et les patiYrsë gens, abandm^ ^ûntaussilôt leur violon etleurc^ornemase^ tieo* lient, en se courbant Jusqu'à terre comme dm iesclayeSdë l'Orient, nous embrassei'les genoan^ ' De ces scènes populaires ùous passons au i^hftieatt royal* Ge château est bàii aU mifiM D'une vaste plaine traversée par un des bras de la Yistule. De l'autre côté d&la rivière on aperçoit les longues aveiiues d'un parc qui s'étend à plu-* Sieurs lieues de distance, et l'aspect mystérieux de ce parc, et cette rivière verdoyante et bleue, et cette solitude silencieuse, animée seulement par quelques f^rhes rustiques,'tout contribue à don*-

Stft I4A .ftUSSIE. c!9âl

ROT à lapct^one rësideoeede Sobie^ki a& cû»aqr tèrcà la fois aliraya&t et gëvàre, gracieux et SQr leiuiel. Vu f&ftfté de quelqiuBs pieds de (argeur ^ up§ gfilte en fer eotoureol le cb&^eaa; qu y entre pi^r me porte msuestuet^se jiurinaDté^ 46 deux «dilues en pierre^ Tune qui représente un guerrier armé de toutes piàoea» l'autre une femme portant à la main les palmes de la paix. Dans le préau s'élève un sépulcre gothirvQue eonsfteré à là mémoire du comte Stanislas Potôcki et de sa femme, née Lubomirslui, deux noms de Pologne assez nobles et assex. illustres pour ne point paraître déplacés dana une telle enceinte* Que si pourtant Ton demandait comment il se fait que ces deux noms se trouvmt ^ là, en voici la raison. A la mort de Jean So* bieski, son fils Jacques vendit le domine de Willanow à la comtesse Seniawskai qui en abandonna la jouissance au roi Stanialas A^r guste II , puis le légua à la famille des Lubomirski, dont elle descendait* Le comte Potocki , en s*alliant à cette famille, hérita de ce royal domaine, et le sépulcre placé à l'entrée de la cour d'honneur atteste ce droit de succession. Combien de blasons nobiliaires et de titres de propriété inscilts autrefoia sur de spjendides

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pardiemiiis^ etqnine se titm^ent plus à prés^t que sur la pierre des tombeaux!

Le pabûs est coostruit dans des propor lions étégaufesy comme uue ?ilta italiame $ il se co»* pose d'une fsiçade à tarrasse plate oruëe de statues en pierre , et de deux ailes paraQ^es surmontées de deux tourelles, de deux globes derés, et revêtues sur toute leur Icnigueur de bas-reliers historiques. Une partie de cet édifiée fut bâtie par les Turcs que Sobi^ski avait ramenés captife à la suite d'une de ses victorieuses campagnes. Stanislas Auguste le fit achever sur le même modèle. Je ne veui^ point me laisser aller à la tentation de décrire dans tous ses détails l'a^iect extérieur de cette habitation. Entrons. Les appartements de Sobieski ont été conservés avec wa soin pieux tels qu'ils étaient de son temps. Ils ne sont ni très vastes ni très riches, mais décorés pocœtant avec ime certôine recherche, selou le goût du siècle de Louis XIY : tentures en soie, boiseries dorées, fauteuils en tapisserie, plafonds et stores chargés de guirlandes de fleurs et d'emblèmes mythologiques. Si , comme l'a dit Bernardin de Saint-Pierre , le paysage est le fond du tableau de la vie humaine, la demeure de l'individu est le cadre de son existence, des caprices

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de son esprit, de^ mœurs de son temps. Chaque oroenient dont il aimait à s'entourer peut devenir un nouveau sujet d'étude, chaque objet dont il s'est servi peut conduire l'observateur sur la voie d'une révélation biographique. Qqe si cette demeure a été occupée par un homme de génie, de quels sentiments de vénération ne se sent-on pas pénétré en la visitant ! Que de souvenirs et de pensées éveille dans l'ame l'aspect seul de la table où il s'est assis dans ses veilles glorieuses, des livres sur lesquels il a médité, du foyer auprès duquel il«e reposait de ses travaux dans un cercle d'amis ! Et tout entier livré à ce sentiment de respect, à ces pensées errant à travers une époque lointaine, je promenais un regard avide sur ces voûtes, ces meubles et ces tentures, chérdiant partout quelque trace d'un jour de triomphe, d'une heure de joie ou d'un instant de fantaisie. Je me disais : C'est ici qu'il aimait à rapporter les trophées de ses merveilleuses campagnes, c'est ici qu'il essayait d'oublier les rivalités fata* les de ses grands seigneurs, les luttes orageuses des diètes. Il a passé par cette porte qu^d il revenait de sauver, sous les murs de Vienne, la cbrélienté de l'invasion des Turcs i quand un prédicateur, iaterptèie d'une population entbou*

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ftisme» le salttiU par c^ paroles évaoï^iqiies : Fuk homo mUnu a Peo, cui namen eràtJa^ hann0t. Ces parois (m% été les témoins de 9^ prcyets audacieux^ et ce Ut a reçu sqq dernier soupir. Pauvre roi, combattu sans cesse dans son autorité de souverain par une aristocratie jalouse et inflexible! pauvre grand hoffîme, qui envia plus d'une fois peut être la paisible indiffiérence de ses plus obscurs sujets! pauvre arcbitecle d'une œuvre gigantesque qui devait s'écrouler après lui! héros couronné de lauriers, cœur gé* néreux et tendre, blessé dans ses plus dooces affections ! Ah ! quand on pénètre dans le secret de sa vie, et quand on songe à tout ce ^'il a souffert, comme citoyen dévoué à sa patrie, comme époux et comme p^*e, vondrait*on gagner sa ^lébrité au prix 4e ses douleurs?

La première salle du palais est tapissée de portraits en pied représentant les principaux personnages de la noblesse dupays, les Sapieha^ les Jablonowski, et quelques rois et reines de Pologne; c'est comme une introduction à Thifr» loîre^de Sobîeski. Une autre salle est pleine de ^ases ciselés, d'armures, de trésors du moyen ége. C est là que Ton conserve la magnifique armoire que le pape envoya au valeureux Jeau

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aprè^ k^ campagne de Yiense. Elle est du haui #a bas sculptée avec une rare perfeciioiii et re* vêtue d'incrustations, d'arabesque« légères^ d'i^ mages symboliques en éçaiHe et en ivoire .

La reine, la belle Marie d'Arquien, se souciait peu, à ce qu'il m'a paru, de ces ciselures dtt moyen âge. On n'en trouve pas la moindre trace dans ses appartements. Tout son sakm est simr plemént revêtu de tentures en soie lilas, parsemi^ <te glaces et de guirlandes dorée^. A c6té de et salon est un cabinet d'une nature bien moins sévère. Il est couvert de boiseries peintes, re^ présentant les amours dte Jujriter depuis Panaë jusqu'à Lëda. Au plafond, Marie d'Arquien est représentée elle-même avec les attributs de la déesse du printemps , voltigeant entre d^ es* saims de petits amours armés de carquois et répandant une moisson de fleurs sur son chemin. J'ai vu dans une salle voisine un autre portrait d'elle et sonbttsteen marbre. Cétaitlnen, comme vous l'avez dit, monsieur, « une beauté altière avec des grâces touchantes : » le nez grec, la bouche petite et fine, de grands yeux mifs à fleur de télé, des cheveux noirs partages sur le front en bandeaux bouclés, les lignes les plus correctes, les contours les plus suaves. Mais

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«nire ces deux souroils arqués je distiague un pli creusé par une pensée ambitieuse, et dans ces yeux noirs si doux une expression de langueur qui m'explique plusi d'une phrase sage» ment contenue, plus d'une rÀicence discrète de l'historien de Sobieski.

Dans une autre salle du palais H y a une galerie de peinture qui renferme, entre autres producUons de l'école du moyen âge et de l'é* cole moderne, plusieurs tableaux intâressante de Lucas de Leyde, de Lucas de Cranach , ei un tsibleau de Rubens représentant la Mort de Sénèque. Sénèque est debout tout nu dans son bain , la barbe longue et grise , les cheveux en désordre. La tête conserve encore un sentimeni de vie, mais on voit que les membres privés de sang sont déjà satsià d'un frisson glacial; les genoux fléchissent, le corps s'stffaisse; l'œil hagard et terne s'éteint n la mort s'empare de sa proie. C'est une étude médicale pareille à edle de la Descente de Croia, une élude affi^use qui fascine le regard par les émotions qu'elle produit, et l'épouvante par sa vérité. Je n'avais jamais vu ni copie, ni gravure de ce tableau, et je le placerais volontiers au nombre des chefs*» tfœuvre de rillustre ariistet

Le reste des appartements est occupé par la famille Potocki, et décoré avec un faste éblouissant. C'est le luxe aristocratique, coquet et brillant des temps modernes, à cdié du luxe plus majestueux des siècles passés ; toutes les fantaisies de la mode, tous les légers chefs-d'œu* vre de noire industrie, hélas! et toutes les douleurs d'une époque récente à côté des douleurs d'une époque plus grande et plus solennelle.

Dans pn salon décoré comme un des plus gracieux salons du faubourg Saint-Honoré, j'aperçois le portrait d'une jeune femme d'une beauté merveilleuse, d'une expression douce et triste comme celle d'une pauvre ame qui , au milieu des joies qui l'entourent, porte le pressentiment d'une fatale destinée. Ce tait la fille unique des maîtres de ce château^ mariée toute jeune au prince Sangowski, et morte à vingt-quatre ans , morte en pleurant de quitter si vite le monde qui lui semblait si beau , et son époux chéri , et ses parents désolés. Deux ans après , elle eût peut être regretté de vivre ^ deux ans après, son mari, compromis dans la révolution de 1830 , était dépouillé de ses titres, envoyé en Sibérie , et de ses deux frères , héritiers légitimes d'une immense fortune et de ce noble nom de Potocki,

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Tua parlait pour Texil, Vautre faisait sa paix avec le gouvernement russe en occupant une placo d*eni ployé subalterne dans une chancellerie de Péiersbourg.Qui aurait dit à Sobieskî, quand les prisonniers turcs lui bâiirenlce chàieaude Willanow comme un monument de ses victoires de soldat et de sa puissance royale, qu'un jour ce chuieau serait envahi par la police russe, et dépeuple par de misérables saielliies ! A quelques pas de là, dans le parc, on voit encore la magnifique tente de Kara-Muslapha , que le sauveur de la chrétienté rapporta du siège de Vienne. Elle est là debout avec ses draperies de pourpre, ses arabesques orientales, ses rideaux de soie, ouverls.de tout côté comme pour recevoir un visir de Mahomet ou un roi conquérant. La police russe n'est-elle pas effrayée de voir ce iropliée d'une bataille immortelle, ou ne le laisset-elle là, exposé aux regards des passants, que pour Insulter par un amer contraste aux beaux jours de la Pologne ?

Un jeune Polonais, qui avait la bonté de me servir de guide dans cette excursion , me conduit auprès de Varsovie dans un autre château historique/ C'est l'un des plus riants édifices , l une des plus charmantes habitations qu'il soit

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possible de voir, un pavillon bâti dans les proportions les plus légères et les plus gracieuses : deux façades ornées de colonnes doriques , de chaque côté un bassin d'eau limpide où le château se reflète avec ses ciselures, ses (îorniches, ses statues, et tout autour des berceaux de feuillage, des massife d'arbres qui semblent, comme les hêtres deà bucoliques, inviter aux doux loisirs et à la poésie, et de larges avenues ombragées par les rameaux des peupliei'S de la Visiule: '

Ce beaft peuplier dé qui rénorme tronc,

Lorsque dé ceol hivers il a bravé l'aflboot, - ëe l^stotokàtil de ûêiués ë'dÛ sOid uki veH ftiHllage, mimni orné pif 1e têtues «t tajéVMi pit rftft«*

Au milieu d'tthe de ces ayettUes s'élève un am* phithéâti^ arrondi comme les cirques anliqilesj une rivière en baigne les gradins, et de Tciutré côté de la rivière est le théâtre entouré d'une colonnade grecque, et fermé par un réseau d'arbustes* C'est le théâtre d'été , le théâtre où Ton joue en plein air (tes tragédies antiques, des comédies champêtres, où le véritable azur ûû ui^t, ï&lft de la rivière, les liaoeHe^ (lotlmHM ;

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les rameaux balaocës par le vènC, remplacent nos décorations factices ; où la nature, dont les artistes essaient de reproduire ailleurs les effets pittoresques, apparaît dans toute sa vie et sa fratcheur.

Quelle fée de Pologne a d*un coup de baguette élevé ces arcades , aplani ces terrasses, creusé ces bassins? A quel génie bienfaisant est consacré ce château d'Oberon, ce séjour ravissant digne d'être chanté par Arioste? Non , ce n'est pas l'œuvre d'une fée , ce n'est pas la demeure qui doit être glorifiée par les poètes. C'est le château de Lasienki. C'est là qu'a vécu cet homme efféminé, ce courtisan débile qui monta sur le trône des Jagellon par la grâce de Catberine,et s'y maintint par un timide accord Jusqn'aa jour où son impérieuse souveraine, de la même main qui avait signé son acte de royauté, signa S|0E S|cte de déchéance et le flétrit comme un valet iuvalide d'un titre d'antichambre et d'une pension. C'est là qu'il s'oubliait dans de honteuses mollesses, ce Polonais indigne de porter le beau nomde^oniatowski, tandis qu'un agent russe gouvernait la contrée des Baratori , des Casimir , des Sobieski , tandis qu'à la face de riEurope, l'antique terre des Sarmates était ter

cërëe, partagée comme une j^oîe inerte par ses voisins insatiables, que des soldats russes , as* siégeant la salle des diètes , obtenaient par la puissance du glaive un simulacre de contrat, trois fois juré, trois fois trahi , et que le brave Kosciusko tombait sur le champ de bataille avec un cri de désespoir. Ah ! je suis entré avec douleur dans ce château si paré et si riant , et je n'y ai vu que les traces d'une fade galanterie, des portraits de femmes, des tableaux représentant David dansant devant l'arche, etSalomon prosterné devant un cercle de jeunes filles, digne entourage d'un prince qui, pour justifier sa mol* lesse , invoquait une profanation. , Il e^t des hommes que la Providence, dans ^s impénétrables secretSj envoie aux nations sous une ar* mure d'acier ou une couronne de roses , pour châtier leur orgueil ou précipiter leur ruine. Stanislas Auguste lY a été un de ces hommes, et l'accuser, c'est accuser peut être la loi suprême qui en fit un instrument de sa volonté ; mais nous ne sommes pas assez sages pour remonter jusqu'aux sources des prévisions éternelles. Nous ne voyons pas l'arrêt de Dieu, nous ne voyons que la main qui l'exécute, et tant jqu'il y aura une voix honnête en Pologne, elle

^'élèvera t>otlr flétrir ee toi àe parade (}ui ne régna sor son pay^ qae pour le tromper par ses Mches complaisances et le perdre par sa faiblesse.

Allons pins loin , allons, il y a là bas sur le chemin qui mène en Lithuanie, au milieu d*une plaine féconde, une autre demeure à laquelle est attaché aussi le nom dePonialowski; mais ici ce nom est entouré jd*une aureoîe sans tache, et la douloureuse pensée qu'il rappelle à la mémoire ne lui donne qu*une plus grande consécration. Cest le châtedu de Jablowna, la de-^ meure favorite de ce soldat au cœur héroïque, de cet enfant de la Pologne que Napoléon créa maréchal de Franchie dans les sillons sanglants de Lefpzlg. Je m'étais arrêté plus d'une fois ârec émotion auprès du mausolée que des mains pieuses lui ont élevé sur les bords deTÊIsler. Je stiis entré avec respect dan^ Tenceinie ausière et paisible où il aimait à venir chercher quelques heures de repos après ses jours de combats, à poursuivre les rêves de sa jeunesse aveniureuse et les espérances de son ardent patriotisme.

Tout dans celte retraite indique les habitudes d'un esprit cultivé et les prédilections d'une ame généreuse. Ici je trouve une bibliothèque

SUR U m»B. £0f

4^ livres sérieux , des cartes gépgrapUqnes, des œavres d*art choisies^ là des esquisses ejur bellies par une peasée d'afrecUon, des porirails de famille ou des portraits d'amis. On a piaoé Iç portrait du héros au milieu de cette collection, et on y a fait inscrire les paroles qu'il prononça en s'élançant pour la dernière fois au milieui des légions ennemies ; Bog mi powierz il /mnor Pohkow„ Bogugo oddam (Dieu m'a coa*fié l'bonneur des Polonais, je vais le rendre à Dieu). Dans une autre salle décorée avec amour j)ar une digne nièce de Poniatowski, héritière de ce domaine^ on voit le beau tableau représentant Napoléon au passage du Saiut-Bcniard.

Blûcher l'avait enlevé, et un fils de Blùcber l'a vendu pour 3,000 francs. 11 y a dans ce monde de singuliers exemples dejustice morale et d'admirables expiations.

Au dehors des appartements, tout a le même aspect imposant et grave : vaste pelouse sillonnée par de larges allées, arbres séculaires, forêt profonde et silencieuse. Point de vains ornements qui insultent aux vraies beautés de la nature. C'est la retraite d'un homme trop occupé de grandes pensées pour se laisser aller à de frivoles fantaisies.

sot LETTBES SUR LA EUSSIE.

Ces trois châteaux qoe j'ai été voir avec des impressions si différentes sont comme les monuments des trois dernières époquesde la Pologne: à Willanow, Fépoque glorieuse; à Lasienki, l'époque d'affaissement; à Jablownà, les derniers efforts et la chute de ce malheureux pays. Entre ces châteaux s'élève â présent la forteresse de Varsovie, qui condamne tous les souvenirs et proscrit toutes les espérances. C'est sur la porte de ce boulevart du despotisme qu'il faudrait écrire une partie delà devise appliquée à Tbistoire de Pologne: Ferreajura; etau dessous ce mot lamentable : FinU PoUnUœ.

CRACOVJE.

CKACOVIE.

A U,J. ». »ATn«

Vous avez lu le sonnet de Filicaja , épitaphe de Tanlique Italie» vous avee lu les 8tro|»hes âé Byroo sur rasservissementde la Grèce, et votre ame sVst associée à la pènsëe des deux poètes, et vous avez compris le deuil des peuples dé* pouillés de leur royale couronne, paralysés dans leurs efforts, courbés comme des esclaves •oos w joug étranger. Ah! il n'est pas de plus

grande douleur à contempler en ce inonde que celle d'une nation qui a été forte et puissante et qui a vu sa force domptée, sa puissance anéantie, qui, dans le cours de plusieurs siècles consacrés par Thistoire, a brandi son glaive victo*rienx sur les champs de bataille,, et qui tout à coup a senti entrer dans son cœur, avec an frisson mortel, le glaive d'un ennemi qu'elle avait mainte fois subjugué et vaincu. Que sont les élégies de nos heures de doute et Taveu plaintif d'une de nos déceptions comparés aox cris lamentables d'un royaume qui s'aSkisse, d'un peuple qui succombe, d'un pays tout eoti^ qui, hier encore, jetait son épée de fer dans la balance, qu'une signature de diplomate raie aujourd'hui du rang des nations, et qui recueille ses derniers accents pour chanter sou hynme funèbre, la téie penchée sur un tombeau?

Celte douleur, je Tai observée dans sa plus profonde expression : j'ai traversé la Pologne et je suis entré à Gracovie.

Cracovie est Tune des cités les plus msyestueuses et les plus désolantes qui existent. C'est le berceau d'une monarchie et la tombe d'un j>euple, la ville qui coiuronuait les rois et quiies ^ensevelis, la capitale d'ua vaste empire et rim^

SUR tA RUSSIE. Zdi

puissant chef-lieu d'un étroit di^ict , la première page d'une héroïque époque, et la dernière ligne d une désastreuse histoire , Vienne et Venise, Reims et Saint-Denis, tous les contrastes les pltt& frappants réunis dans la même enceinte : la splendeur et le néant, Tidéal le plus noble et la réalité la plus pesante. La nature même ajoute à l'effet de ces contrastes par sa fraîcheur et son éclat. En venaiit de Varsovie , on n'aperçoit qu'une large vaUée verte et fé^ conde comme notre Touraine, parsemée d'arbres fruitiers comme notre Normandie. La Vistule la sillonnCy la Vistule serpente à travers les moissons dorées, s'éloigne, revient, se précipite par bonds impétueux^ puis s'endort mollement sous un berceau de feuillages ; fleuve incertain et capricieux, tantôt ardent et emporté comme l'eau du torrent, tantôt si faible qu'à peine l'entend-on murmurer ; véritable image du peuple enthousiaste et mobile dont il baigne le sol. A l'horizon s'^endent les lignes azurées des grandes chaînes de montagnes qui se déroulent de la mer Noire aux bords du Danube, ces pics de granit qui jadis ont vu la Pologne triomphante, et qui semblent aiyourd'hui la contempler avec douleur dans le silence de sa ruine.

Aumiliôu d6ceiteva$|i0 vallée, m bord de ç^ie onde qi^i répète dan^ sod bassia réclat d'un ciel riant at pur , s'étèveni les flècbes giH tbiques des églises de Craeovie , tes murs ooir-i cis de ses remparts, les tours crevddfé^s 4e son (^bateau, œurres déerëpit^ de rbomine auprès de réiernelle jeunesse, de l'éternelle beauté des œuvres de la nature. Dans Tencçinte de caue ville, dans les campagnes quirenvtroonent, U nV a pas un monument qui ne soit illustré p&r qiielque noble souvenir, pas un ruisseau, pas une coliinç qui ne rappelle une tradition faîsto* riq^e ou une légende flabulefise. Slir la oime e»t earpée du Wawel , Cracus, fondateur xle la mo' liarcbie polonaise, opnstruisit luie forteresse ei donna son nom à la ville qui s'étendait autour â§ lui* Près du village de Mogilft r^[M>se la pre« Bdière reine de Pologne, la fille de Cr^us, l'bér rniqne Wandai belle c&rnme le^ anges, disent les chroniques * . courageoie et fière conuq^d une valkyrie. Elle monta noblement sor le trône de son père et gouverna ges §4je(s avec uno

> Le mot vient ou fie Wtniêé, qui cté^gii« noe des j^eopladei du Nord, ou de Wenda, qui signifie une li^e avec un hameçon. On dit que Wanda était si belle, qu'elle prenait tous les eœurs eorame on jprend 4es foissons | |a ji^^

iti&k fefrmeté/ Wtiii^, prince dés Alletbafidf^ , sédtiU pâl'tottt 1^ q«11 entendait racoûtef des; «harmes de iâ Jeune reine, et snrtout par le dé-* ftlr de detetiir maître de Son royaume , lu! en-^ Yoya une députation pour la demander en ma^ riage. Wanda l^epoussa dédaigneusement eetie demande. •' Jamais, s'^ria-t-eWe, je ne ine marierai 5 J'ai hérité $eiile de Fempîre de mon père, et je le conserverai seule; j'aime mieux être souveraine qtte la femme d'un souverain. » Rî* Ihiger irrité lui déclare la guerre. La Jeune fille appelle ses soldats , et s'avance intrépidement sur le champ de bataille. Mais les troupes ennemies, séduites à sa vue, fascinées par son regard , vaincues par te prestige de son courage et de sa beauté y refusent de combattre et dépo^ senties armes devant elle. Riihiger, après avdir en vaiil essayé de les ralHer, se tue de désesipoîr , et Farmée polonaise rentre eh triomphe dans les murs de Cracovie. Wanda fait préparer un grand holocauste pour remercier les dieut, et dans^la crainte qu'un jour cette victoire mémorable ne soit entachée par quelque défaite ignominieuse , qu'elle-même ne succombe aux tentatives d'un autre prince plus puissant ou plus heureux, elle sç dévoue, victime volon-

W XBTTIIE^.

taire, au destin inflexible dont j^le redmKer» constance. Le sacrifice finî^ selon les rites anciens, elle distribue des présents à ses fidèles serviteurs, et se précipite dans les flots de h Vistule,

Près de la rivière du Prondnik est l'arène on Leszek II gagna par son habileté la couronne. La race de Cracus était éteinte. La Pologne, inquièle et agitée dès les premiers temps de soi organisation comme elle Ta toujours été depuis, avait remplacé Tautorité monarchique par no gouvernement républicain. Elle s'était partagée en douze districts régis par douze chefs.qai poi^ talent le litre de voiévodes. La division ne tarda pas à éclater entre ces hommes investis du môme pouvoir, jaloux l'un de l'autre, tourmentés du besoin de s'agrandir aux dépens de leurs voisins. La guerre civile éclata dans les ciats confédérés ; la guerre étrangère les menaçait Un citoyen rusé , un simple forgeron nommé Pzzemyslaw, sauva son pays de rinvasion en présentant aux yeux des ennemis une quanûié de mannequins couverts de casques et de cuirasses qu'ils prirent pour une armée vivante, pour une armée nombreuse dont ils eurent peur, et, pour récompense de $on heureuse astuce, k

SUR U. RVSSIB. SU

forgeron fat élu roi de Pologne. Il mourut sans héritier^ et, afin d'échapper à Tambition des riches, aux brigues des grands, le peuple résolut de donner la couronne à celui qui le premier arriverait au but dans une course solennelle. L'arène est tracée. Des juges choisis parmi les anciens du pays en fixent eux-mêmes les limiles et déterminent les conditions de la lutte. Un Polonais, pour assurer son triomphe sur ses rivaux, s'en va le soir semer des pointes de fer sur toute l'étendue de terrain qui doit être parcourue, laissant seulement un étroit espace de côté pour y galoper le lendemain sans entraves. Il venait d'achever son œuvre, et s'en retournait chez lui fort content d'une telle invention , lorsque deux jeunes gens, en traversant Tarène, reconnurent ces perfides préparatifs , remplirent de pointes de fer le sentier que leur déloyal concurrent avait réservé pour lui, et se séparèrent en se jurant l'un à l'autre de garder le secret sur leur découverte. Le lendemain la foule accourt en tumulte autour de la lice. Les juges montent sur leur siège. Le trône royal s'élève avec ses tentures de pourpre près du but. La barrière s'ouvre au bruit des trompettes , des cymbales. Les concurrents se précipitent dans l'arène , et à t; II. 27

%lh lÈftttB

peine ont-îte Mt quelques pa§ qlfê l«»<ÉèMiii, blessés paf leé pdntes de fcfi^ ^ttf letif éftifest flans îe pied , se cabi-ent, s'emportètrt , f^ièt nent éfl arrière , fenrefseât leùfS ésrralîert. il iîiiîieu de ee désordfe, de cette cfonfusioti,*» accents de cOlèf e de cehiî qui ne peut to^rfe* Éoii cheval , des ctU de dontetir de ééldi (jii roulé sur le sable , Aeè cris de étirpvi^ de tt foule, deux rivaux poursuivent lofféplderaat leur roule ; l'un emporté sur tin cauf sier afdeât, à*en va droit au bat coffiflie mte flèche; faaW court à pied, à df(4te, à gsiuche, pocrf éviter les pointés de fef et arrivé auprès da itône iong^ temps après son rivaf. Cétaient les deux jeunes gens qui la veille avaient reconûu ensemMe^«* pièges de l'arène. Les juges se réunissent aalour du cavalier et feiùarquent que les jamiws de son cheval sont revêtues d'une épaissie courroie. Le peuple croit que c'est lui qui a pafseïfie la lice de clous meurtriers, et le ràassacre datfs sa fureur. Celui qui était arrivé le second au but , en courant prudemment à pied , fôt P^^' clamé roi. Les chroniqueurs le citent coinUïe Pun des monarques les plus nobles , lès f^^^ vertueuk de lâ Pologne. Le hasafd produit parfoii de singuliers miracles. La postéril^ ^^

SUR 14 lUJaSIE. i\$

h^mbk n rëgim gh)rieits6a>eii| pendant plue 4^ cefil ao$) et s'éieignlt^ la mort d'un prince dë^ nature , iodigpe de porter le aon^ 4^ W»s géné^ reux aneétrçs.

Craoovie, fondée par Grppus à |â fin di| septième siècle , fçt la résidence ûb$ vm jus^ qu'au 0pnimencei?)^nt du dix-septième siècie , époque à iaqu^ll^ SigisiQQnd Hl alla s'établir b, Var6O¥i0, ^i jusqu'eu t76A elje a conservé le privilège do ^uronper les cfpuvj^rains do Por lofme.

Tout dlins cattp vill^ pprte pp caractère in^r

pesant d'ancienneté ; tout rappelle up nau)> upe

çlat0, m fait mémorable. Un rempart entoure

encorp cetiis^ cité des prin<^s comme au tpmps

où elle était le bouclier de la Pologne. Les rues

sont pour la plupart tortueuses §t sombres

eomme celles des villes du moyen àge> les mai^

sons portent des pignons festonnés comme celles

d'Augsbourg ou de Nuremberg. Ici on aperçoit

des portes ornées de colonnettes et courom)ée#

d'un cep de vigne , comme dans les joyeusi^

bourgades des bords du Ebin, là des statues de

saints, les mains jointes sous leur dais ciselé ,

eomine celles qui décorent le portail de nos

vieilles cathédrales ; plus loin, voilà le palais dp

316 LBTTHBS

Yéyèché dont les rois briguaient jadis la faveur, et la maison de Tuniversité , la plus ancienne université des contrées slaves après celle de Prague. De tous côtés, je vois aussi surgir des flèches aiguës , des croix dorées. Il n'y a pas moins de trente-huit églises à Cracovie , presque toutes remarquables, les unes par leur archiiecture, d'autres par leurs pieuses traditions. Celle de Notre-Dame date du commencenient du treizième siècle ; elle renferme trente autels de marbre et une quantité de tombeaux historiques; celle de Saint-Pierre et Saint-Paul a été reconstruite par Sigîsmond III sur le modèle de Saint-Pierre de Rome j celle des Dominicains', fondée en 1230, possède une double rangée de stalles en chêne sculptées avec un art admirable. Les longues vicissitudes politiques qui ont désolé et accablé le peuple de Cracovie n'ont pas encore éteint en lui le sentiment religieux. Un dimanche, j'ai vu les artisans de la ville, les paysans de la campagne avec leurs larges redingotes bleues ornées de bordures rou^s , les femmes avec des draps de toile blanche qu'eUes jettent sur leurs épaules comme des écharpes, courir d'église en église, se prosterner dans le parvis et baiser le pavé de ia nef. Un jour, je

tmversais la place du marché au moment où on prêtre allait porteries derniers sacrements à un 'mourant ; il était sous un dais porté par des marguilliers, quatre soldats l'escortaient le fusil au bras, un enfant de chœur marchait devant lui, agitant une clochette. Au son de cette clochette, tous les passants s'arrêtaient, se découvraient la tête, et la plupart se jetaient à genoux. Je suivis le pieux cortège jusqu'à la demeure vers laquelle il se dirigeait. Les quatre soldats se mirent en faction a la porte , et plus de cent personnes étaient là, les mains jointes sur la poitrine, les genoux en terre , priant à voix basse et attendant le retour du prêtre. Quand on se rappelle tout ce que ce pauvre peuple a souffert, il esc doux de penser qu'au milieu de ses souffrances il a conservé la piété qui console le cœur, la foi qui le raffermit.

Au centre de la ville, sur un large roc qui domine au loin la plaine, s'élève l'ancien château des rois , rebâti par Casimir le grand , enrichi par ses successeurs, dévasté par les Autrichiens. Lelaboureur, qui accompagna Marie de Gonzague en Pologne, et qui nous a laissé une intéressante relation de son voyage, parle de cet jédifice avec admiration : « ]Le château est, dit-il;

pttiiSQ vpiri et très (ligota de I9 <Q^esié d'ui) mo^ PM^qn^ p^ififiaiUt {1 A bejllieo^p île rappon au dessin du ç}i^t^aH Ss4i)t^Apf|[e à ftopie et me ^e^l^le plus 6«i(ayé, mai^ U a moins d'éiepdae. Ç'e&l im grand cqrps de iogî3 de pierre de uille, ^ec deu^ ailes autanr d'ope cour carrée^ défiorée de trois galeries ou se dégagent tous les appartements. Ces galeries sont, comme les cbambreS| parquetées de carreaux de marbre liilanc et noir ^p rapport } elles sont décorées de peintures et de bustes de Césars, et rien ue ^ peut égaler ^ la beauté des lambris des chambres du sec^md étag^, qui est le logeqient des rois et des reines. C'est véritablement la plus belle chose que j'aie vue pour la délicatesse de la seulplure et pour les ornemenu d'or moulés et de couleurs très fines. Dans la chambre principale |ûnt les trophées du roi Sigismpnd| avec mille Pf^i^iP^ e( inille enjolivements au ciseau qui ^OBf admirable^,d'pù pendent en l'air plusieurfi »lglei d'argent quj sont )es armes de la Pologne, que la pioiudre haleiue 4e vent fait vo^iger dqu* f^mepti leur dPunant une espèce de vie et de nipuyemeut si uatur^lf que l'imggina^on en e^ {(U$§U^I persuadée quç les yeu^. »

SUil LA RUSSIB. ii9

f;n gravis^sint 1m escaliers, ep p^iFçoqrant l^ jfgierîe^ de ce château, op ii'y retrauve plu» auçmi 4^s ornements décrits par no^ naif compatriote; mais ses murailles ép^i^e^i ses vieille^ tours ^ iiii donnent encore un aspect imposant, et les héroïques souvenirs qui peuplent son en*ceinte lui impriment un caractère auguste. Ce cbâteau a vu passer sous ses voûtes sixdynastie§; puissantes. Il a vu un de pos princes s'asseoir sur le trône des Jagellons , et deux fçmmes de France, Marie de Gonzague et Marie d' Arqui#p, porter le sceptre et la couronne de Pologne. Les descendants du grand Gustave Wasa y ont reçu les insignes de la royauté, puis les descendants des électeurs de Saxe, puis le noble Stanislas Lesczynski , dont we de nos ]^vinces bénit encore la mémoire , ^t ^fin le léger amant de Catherine. Ce château a vu les pripces et les ministres étrangers courber la tête ^ous sc^ lambris dorés, il a vp déQler dans sa 0tmd6 çeur les starostes et les palatips avec leur& vête* ments étincelants de pierreries et leur cortège fastueux . Lies nefs de son église sont été ta^[>^sé6S (le fleurç, inondées de parfums ) ses autels ont été décora d'étendards victorieux, ses arceaux ODI rft^iti 4es hymnes^ du ça^e , dea cm 4'ih

mour et de dévouement d'un peuple enthousiaste. A présent , c*en est fait de ces jours de splendeur, de ces fêtes nationales qui attiraient les regards de l'Europe entière. I^e château a été dépouillé de ses richesses, réglisc des couronnes des rois, elle n'a gardé que leurs cercueils. Là reposent sous le doigt dé la mort tous ces cœurs agités dont le trône excitait les battements impétueux ; là se déroule sur la pierre sépulcrale tome une histoire de cinq siècles, souvent funeste et souvent sublime. Là sont les monuments de Bôleslas , de Casimir - le - Grand , d'Etienne Batori , du valeureux Jean III , et la chapelle des Sigîsmond revêtue encore d'un dernier éclat par la piété de leurs successeurs et le ciseau d'un habile artiste. Dans les caveaux sont les restes des héros auxquels la Pologne a voué un éternel sentiment d'amour et de vénération. Conduit par un sacristain sous ces voûtes souterraines, à la lueur d'une lampe vacillante, je lis sur un sarcophage noir le nom de Sobieski, sur un autre celui de Kosciusko, sur un troisième celui de Poniatowski , glorieux assemblage de trois noms impérissables séparés par le temps, réunis par la tombe, derniers trésors d'un peuple auquel on a tout ealevé. Ah ! que la Pologne les

garde avec un religieux respect, ces trésors de son honneur et de sa liberté, comme une ame surprise par le malheur garde dans ses jours d'angoisse lariante pensée qui anima sajeunesse, le sentiment qui Tennoblit , Tillusion qui lui donne encore une lueur d'espoir.

Dirai-je maintenant ce qu'est devenue cette ville enrichie jadis par tant de rois, illustrée par tant de pages historiques ? En 1795 , quand les trois puissances qui entourent la Pologne comme des oiseaux de proie lacérèrent pour la troisième fois cette contrée, victime d'un dernier élan de patriotisme, vaincue sur le champ de bataille où tomba Kosciusko, rAutriche s'empara des palatinats de Cracdvie,^de Sandomir, de Lublin, et autres districts adjacents. En 1809, la vieille cité des souverains fut incorporée avec la Gallicie occidentale au duché de Varsovie. En 1815, elle fut, au congrès de Vienne , l'objet de plusieurs notes de chancellerie. L'Autriche la réclamait comme position stratégique, et la Russie, comprenant toute l'Importance de cette situation, ne voulait pas l'abandonner. Le congrès de Vienne, qui, tout en dansant, comme l'a dit le prince de la Ligne, morcelait pourtant assez vivement les états condamnés par lui , traînait

çet(0 aff»ir0 ei| longueiir, quan^ tout à eoiip la nouvelle du déburquen^ent de ^apoléqui toinbânl çeH)in$ un eonp de fppdpe 911 jmlim éw coaeiave diplomatique ^ fit seotir aux puissances rivales le besoin de s'entendre et de se rapproefaep. De part et â*antre, on se fit des concessions , et cet accord de deux en^pires despoUques enfonta, devines quoi? une ré^publique. Craeovie fut dé? eiarée chef-lieu d'un district renfermant environ eem trente mille habitants , e( investie du titre de ville libre. En lui donnant ce nom, qui impli-r quait nécessairement un caractère d'indépen-r dançe^ VAutriphe et la Russie ne crurent paf âevû|p cependant abandonner à ses propres férees et à sa sagesse T^tat qu'îles venaient de {procréer, filles le traitèrent comme un enfont €pi'on tient à la lisière, et réglèrent pomme de graves précepteurs 1rs conditions de son exfs-? lenee nyit0rielle ei puliiique. Le prince Adam Czartoricki rédigea luir-méme dans le cabinet (l'Alexandre la constitution de la république craeovlenne, et celle constitution était , il fiiut le dire, très libérale. C'était le temps ob les sonve- Muns, agités par les guerres orageuses dei'em<>^ ipire et tremblant encore sur leur trône, eftr sayàient de regagner l'afleclion de leui« sujets,

SUR u fttisiE. iii

qui senle {loiivdtf les rafiét*mir. Le coligrès avaii les ttidins pléiùe^ dé pîôjèftô géhétevoL et dé chartes superbes. A en ci'oii'é ses missloûnairesi le monde entier aflait entrer dans une merveilleuse voie de quiétude et de jfrospérùé. Le^ vietix abus , battus eu brèche i àllàleut ^àér^ et le pauvre peuple, longtemps oprprithé, devait jouir des plus douces pférôgïltivës. L^eifipereu^ Alexandre se faisait remarquer pâritii ces diseurs de belles paroleà. tl bf igualt lëé tiôAneiii^ de la popularité, ëi mââifestait lé désir de conquérir fàmoùr et la confiance de la nation polonaise ; mais il n'était pas au fond plus sUicère que les autres : il possédait seuIemeiK fi un plus haut degré Tart de la dissimulation. Aqjourd'hui oii sait quels plans il avait conçus , et les Polonais ne les séparent pas de Ceux de Catherine , de Paul et de Nicolas.

Ce fut donc lui qui fit rédiger, par un hofiime pour lequel il professait une estime particulière^ la constitution deCracovie,qui la fit accepter par le congrès de Vienne, et sanctionner par le traité additionnel du i mai 1815. Aux termes de cette constitution, la souveraineté de la nouvelle repu* blique éiaitrépartie entre trois pouvoirs : pouvoir législatif, exécutif et judiciaire.Le premier formé

parla chambre des représeniants , avait dans ses attributions le contrôle de Texécution des lois, l'examen des comptes de radminisiratioD, la nominaiîon des sénateurs et des magistrats, la faculté de les mettre en accusation et de les traduire à sa barre, et le droit exclusif de statuer sur le budget. Le sénat, ou pouvoir exécutif^ dirigeait Tâdministration, la police, la force armée , et possédait seul Tinitiative des projets de lois. Le pouvoir judiciaire était composé de magistrats inamovibles , jugeant les affaires civiles et criminelles en dernier ressort , et ne pouvant être nqmmé que par la chambre des représentants et destitués parla diète. La liberté de la presse, la publicité des débats judiciaires et politiques , l'introduction du'jury en matière criminelle,^ stipulée expressément dans la charte de Cracovie, complétaient le système de garanties accordées au peuple.

L'article VIII du traité additionnel de Vienne, en défendant à la ville de Cracovie d'établir sur son territoire aucun impôt de douane ou d'octroi, en faisait par là même un port franc, lequel port, ditM. Krolikowski, par son étendue de soixanleseixe lieues carrées, par sa position géographique plus rapprochée du nord et de l'est de l'Europe

SUE LA KUSSIE. 325

^iic les places de foires les phis renommées de 1* Allemagne, par les privilèges de son organisation politique, aurait pu, un jour, rivaliser avec Leipzig et Francfort.» L'article x du même traite accordait aux habitants de Gracovie tous les avantages octroyés, sous le rapport du commer-> ce, de la navigation, aux si^u de Fancien duché de Varsovie, partagé entre F Autriche, la Prusse et la Russie. Le commerce de transit devait jomr d'une iriebie et entière liberté, et les habitants de Gracovie, ne pouvant établir aucune taxe sur les produiu des puissances limitrophes impor^ tés sur son territoire, devaient, par une loi de réciprocité, conserver la même franchise pour leurs propres produiu. L'article xt garantissait l'existence de l'université, le maintien de ses privilèges et de ses dotations, et la liberté aux étudiants des pays limitrophes dans cette uni-« versité.

Toutes ces ccmditions fondamenules étant ainsi réglées, les coiu*s d'Autriche, de Prusse et de Russie furent investies du titre de hauteê eaurê proteetrieeê de la nouvelle république, et formèrent une commission chargée d'organiser l'état politique de Gracovie et de mettre à exécution la charte qui lui était octroyée.

dS8 LETTRES

Ici conimaice entre le pays de Cracovîeet les trois puissances, qui n*onl demandé que le droit de protéger ce petit état, une longue et dbuloureuse lutte. La Jeune république essaie de couserver les libertés qui lui ont été données à la face de l'Europe, et iâ eommission eh&rgëe de son organisation définitive les viole. Noble et généreuse résistance d'un cdié , hypoerisle et mensonge de l'autt-e^ là) le sentiment de la justieU) du droit des gens , de Thonnëuf nmloitâl ; iti; là fout^He honteuse, renvabissement pt&^ gi^ssif ; puis l'oppresision la plus rudt^, sous un jnasque scandaleux de l'égalité, toilà ùé qui STest pa&sé sous les regardé des nations signataires du^ngt'ès de Yténne, voilà té que M Fmnee el rAngleieire ont vu ei n'ont pas émpécKé»

' Essayons de raconter maintenant les fhiis.

Dans une violation pareille des traités les plus solennels, les fôiis parlent plus haut que le raisonnement. Nous n'avons qu'à dire de la manlè* H la plus calttie ce (jui s'est pùssé, et en appeler à la pensée de nos^ lecteurs. Leur droiture jugera.

La commission organisatrice passa trois années ^ remplir la tâche qui lui avait été confé*

rée, el, à la suite de ce long et habile labeur, la chambrç des représeniants se irouvait dépossé^ dée du droit d'examiner la conduite du sénaisans rasscnliment du sénat lui-même, du droit de discuter le budget, et entravée dans le droit de mettre en accùsaiioti les fonctionnaires publics.

L'article relatif au commerce avait été en partie oublié, en partie faussé. Cracovie ne jouissait plus du droit de franchise accordé à ses produits indigènes, et un droit de sortie rigoureux était établi, sur les denrées que cette ville tirait de l'Autriche.

L'université, dolée parla munificence des roi* de Pologne d'un grand nombre de propriétés montant à une valeur de 5 millions de francs, était dépouillée de la plus grande partie de ses biens ; le gouvernement russe et le gouvernement autrichien enlevaient à leurs sujets ledroit d'étudier dans cette université.

Le premier pas une foi^ fait dans cette voie de perfidie, les trois cours décorées du nom de cours protectrices n'avaient qua marchei* en avant; le traité du congrès de Vienne avait été dénaturé, tronqué, lacéré, le rempart dç

llnviolabililé miné en tout sens ; le peuple , qui d'abordràvait regardé comme une barrière inattaquable, perdait confiance. La lice était ouverte à la cabale et à Tambiiion.

En 1828, l'assemblée législative ayant repoussé pour la présidence du sénat le candidat adop- ! té par les trois cours souveraines, leurs résidents ^ cassent aussitôt réiec lion, suspendent les déli- | bérations de la diète, et déclarent qu'ils remettent tous les pouvoirs entre les mains du sénat jusqu'à ce qu'ils aient fait aux institutions publi* ques les changements dont l'expérience leur a démontré la nécessité. Deux années se passent dans cet état provisoire $ la révolution de Pologne éclate ; la vieille capitale du royaume ne pouvait rester indifférente à l'élan enthousiaste de ses frères, à leurs cris de liberté. Sans s'associer à leurs efforts , sans se mêler à leur lutte, elle laissa voir pourtant assez ouvertement de quel côté se tournaient ses sympathies pour donner aux trois puissances qui la gouvernent un t>rétexte de rigueurs et de récriminations. En 1833, sa constitution est de nouveau altérée, mutilée^ il n'en reste plus que le squelette. En 1836, les trois résidents déclarent que la ville est de-

veuuele refuge d'une foule de démocrates affiliés à des sociétés secrètes dont il faut la purger, et la voilà tout à coup envahie par des troupes au* tricbienneft) qui entrent dans les maisons des bourgeois les plus inoffensifs comme en pays de conquête. Une milice permanente, composée d'Autrichiens, est organisée dans Tenceinte de Cracovie ; un commissaire autrichien est nommé directeur de la police. Alors arrivent les mensonges des délateurs et les inquisitions des sbires. La ville entière est soumise à un système d'espionnage incessant, effréné. Chaquejour, on viole la demeure des citoyens, on les jette en prison, on les condamne à l'exil. Les juges. des tribunaux ont été dépossédés de leurs siègeiR, remplacés par des juges plus complaisants, et la torture est déployée comme tm moyen de per « suasion dans Tinterrogatoire.

A présent, ne cherchez plus les traces de cette constitution promulguée par trois souverains , sanctionnée par un congrès européen; elle est écrasée, ensevelie, et, s'il en reste encore quelques paragraphes, ce ne sont que de vaines (br* mules dont les résidents de Russie, d'Autriche et de Prusse se servent comme d'un voile pour donner encore une apparence de légalité à leur^

Sât) LETTRES

aeies ârbitttiiF68. La répubUqne de Cracovieest tout entière soumise au bon plaisir de ces trois ministres. Pouvoir législatif, pouvoir judiciaire, tierce armée , finances et police , tout est soos leur dépendance absolue, et malheur à rhonnêie citoyen qui oseraitélever la voix contre celte violation honteuse d*un pacte solennel ! Les infl^ xibles résidents ont mille moyens de le réduire au silence et de le faire repentir de sa témérité. S'il est fonctionnaire public, il sera immédiatement destitué ; s'il est négociant, il se trouvera tout à coup arrêté dans ses spéculations par mille entraves et mille formalités indispensables; s'il est propriétaire, on augmentera ses charges et on lui refusera un passeport pour aller visiter ses domaines à quelques lieues de la ville. N'a ton pas vu la demeure d'un honnête particulier, qui avait ose protester contre l'arrestation illé* gale d'un étudiant, envahie un beau matin par une compagnie de hussards, pillée, dévastée, et occupée militairement pendant près de quatre mois ? N'a-t-on pas vu un général ùnirichlen faire enfoncer les portes de la prison , où la police Venait de renfermer un homme coupable d'avoir insulté un actionnaire, s'emparer de ce malbea-: reux et le punir lui-même 7

SUR LA RU«Sl£. 831

Le royal cbâieau des Piasis et des Jag^ions n^est plus à présent qu^une caserne autrichienne. L'université, Tune des plus anciennes et naguère encore Tune des plus riches universités de TEih vopej compte à peine soixante-dix éludiaiHSt La ville de Cracovie, dont la population s'élevait autrefois à cent mille âmes, n'en renferme pas maintenant plus de trente mille. Cernée de tous côtés par les puissances qui devaient, la proléger, paralysée dans son commerce et son industrie, trompée dans ses plus chères espérances, humiliée dans ses plus vénérables souvenirs, la pauvre république crut un jour entrevoir encore dans sa misère un moyen de salut. Elle adressa une supplique aux parlements de France et d'Angleterre. Elle exposait ses griefs- avec un calme austère, et les jiisiifiait par des pièces authentiques. A la suite de ce plaidoyer touchant, elle demandait que, si les deux puissances ne pouvaient la secourir plus efficacement , elles lui envoyassent du moins chacune un consul quî> par sa présence, coiilrebalancerait peut-être le pouvoir toujours croissant des résidents russe, autrichien et prussien. La France et l'Angleterre furent un instant émues de ces accents de douleur, de cet appel d'une cité opprimée. On eu

$$i LETTRES

parla dans no3 deux chambres et dans celles de Londres. On ailla même juçqu*à proposer divei's moyens de résoudre cette malheureuse question, puis elle fut peu à peu négligée, oubliée, et Cracovie retomba plus péniblement que jamais sous te joug qui l'oppresse.

Du haut de la terrasse de Wawel, on aperçoit encore sur trois ponts diSérents de Thorizoa trois tumulùs gigantesques, trois tertres funèbreS| pareils à ceux qui, près d'Upsal, portent le nom des trois dieux Scandinaves. Le premier de ces tertres renferme, dit-on, sous ses couches de sable et son manteau de verdure les restes de Cracus, le fondateur de Cracovîej le second, ceux de Wanda, Théroïque reine ^ le troisième , élevé pieusement par les mains de tout un peuple« est consacré à la mémoire de Kosciusko.

Entre ces sépulcres du législateur, de la jeune femme et du guerrier, entre ces tombeaux séparés lun de l'autre par un espace de onze siècles, s'élève la ville que par une amère ironie on appelle encore la ville libre de Cracovîc, la ville qui csl aujourd'hui le plus triste monument, le cercueil des rois, le lonïbeau de la Pologne.

£n racontant la douloureuse iinpression que

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m*a fait éprouver l'aspect des deux anciennes capitales de la TolognCi je ne me dissimule point les fautes que ce pays a commises, les divisions constantes qui l'ont affaibli, les luttes intestines qui Tout livré sans défiance à la rapacité de ses ambitieux ennemis f mais à présent, ses erreurs même, ses jours de désotàre et d'anarchie, ne doivent inspirer qu'un sentiment de pitié, car il les a cruellement expiés. U a été roi, et il est esclave; il a dominé de vastes contrées > et de toutes ses conquêtes il ne lui reste plus un lam« beau de terre. D a été sous les murs de Vienne plus grand que TAutriche, dans mainte bataille plus fort que la Russie, pendant des siècles entiers plus puissant que la Prusse, et il a été lacéré par la Prusse et l'Autriche, écrasé par la Russie !

Au fond des sonflirances humaines » te ciel , dans sa commisération, a laissé l'espérance.

C'est là le dernier sentiment de consolation qui reste aux Polonais, à ceux qui gémissent sur les ruines de leur patrie, et à ceux qui la regrettent sur les rives étrangères.

Les Polonais se trouvent à présent dans une situation analogue à celle des Russes après l'en-

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vahîssemenl des Mongols. La mftne cause peut produire les mêmes effets. La domination des Mongols écrasa sous son joug toutes les rivalités seigneuriales qui divisaient Fempi^e russe et fît surgir à la place de tous ces princes jaloux et ennemis Tun de l'autre, une autorité souveraine, unique, qui, peu à peu, reconquît le pays et chassa les usurpateurs. Si la Pologne sait profiter de cet exemple ; si , après s être déchirée elle-même par ses funestes dissensions, elle peut se rallier en silence sous le pouvoir qui Topprime; si enfin elle sait attendre le moment opportun de proclamer son cri de liberté, saisir une occasion favorable pour lever de nouveau Fétendard contre sa vieille ennemie, il y a encore pour ce malheureux pays des chances de salul. Il peut encore reprendre le' rang qu'il a fatalement perdUi et û ua jour la Russie perd cette conquête si longtemps combinée , $ii chèrepueat achetée^ de ce jour sa position changera de face. I) fandra qu'elle renonce à son ambition de puissance occidentale , il faudra qu elle »e retourne vers l'orient. C'est là que nous voudrions la voir, et c'est là, c'est parmi des peuplades ignorantes et barbares, qu'elle aurait une grande et belle mission de civilisation à accomplir. Les

SUR Là KtJSStË. SS5

Kusses qui ont le plus vif sentiment de palriotisme et d'orgueil national le disent hautement , et TEurope entière devrait s'associer à letirs vœux.

l FIN DU DEUXIÈME ET DERNIER VOLUME.

ou DEUXIÈME VOLUME.

LE COUVENT DE TR0rr7A. A M. Alph. 4e Za!'^''

ZTL" ^''*^'" •*" cooven.. -Légende de Saint-Sergc-Traditlons de guerre. -Croyance du peuple. -. Départ pour Troïtza. - Affluence r P«erins. -la grotte de l'ermite. -La place «Ju cloître. - Cérémonie religieuse. - Les moines de Troïtza et leur archimandrite. - Caractère d-nne messe grecque. Académie ecclés.asUque.-Le clergé rnsso. - Clergé blanc.

Richesse des Eglises. - ignorance et pauvreté des prêtres. -Examen d'un séminariste. - Le clergé noir. - Les grands dignitaires. - Archilecture des églises russes. L'Iconostase. - Cérémonies solennelles. Bénédictions et Mal ledicUons. — Asservissement de l'Eglise grecque. - iwan le terrible. — Règlement du clergé. - EUblissement du patriarchat. - Le bienheureux de Novogorod. - Union de l'Eglise ïonjaine et de l'E?lise ruvhénjenne. -Çrer

886' TABLB

Mièrei persécutions contre celte Eglise. •*<- Gâ« therioe II,-* Alexandre.^ Renouvellement dti persécutions sous le règne de Nicolas. -— Injustice et cruauté. -« Allocution du Mint pontife. 8

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