‹ Lettres sur la Russie, la Finlande et la Pologne (volume 3)Chapitre 14 sur 16 · MOSCOU · texte numérisé non relu

MOSCOU

A SBOAA quIXETn

Il n'y a pas plus de trente ans qu'un voyage de Péterbourg à Moscou était encore une entreprise pénible et coûteuse à laquelle on ne se résignait pas sans de graves motifs. Entre les deux grandes villes de l'empire russe , il n'existait alors qu'un chemin pareil à ceux que rencontrent encore les voyageurs dans Tintérieur du pays, couvert, en certains endroits , de pou-

très transversales , ailleurs coupé par des flots de sable, par des ornières profondes. L'hiver seul, avec ses amas de neige , applanissait les aspérités de cette route, que le dégel et la pluie rendaient impraticable. On me^it quinze jours, quelquefois trois semaines, à faire le trajet, et la voilure qu on emmenait neuve n*était plus , lorsqu'on arrivait au dernier gtte , qu'un vieux débris à mettre sous le hangar. Aujourd'hui un magnifique chemin réunit la capitale des an^ ciens tsars à celle de Pierre le Grand, Tao tique berceau de la puissance russe au riant foyer de sa moderne civilisation. Onze diligences, une malle-posie, une innombrable quantité de cha«> riots de transports sillonnent chaque jour cette route. Pour 80 francs vous partez le soir à six heures de Thôtel des postes de Pétersbourg , et, le troisième jour au matin , vous arrivez à la barrière de Moscou. C'est le directeur des postes actuel, M. PranischnîkofT, qui a fait établir les nouvelles malles , et tous les voyageurs doivent lui en savoir gré, car elles sont excellentes. La seule chose qu'on ait à craindre dansces élégants coupés à deux places, c'est de se trouver accolé pendant trois jours à quelque fâcheux compagnon de voyage \ ce sont trois jours de la vie k

SUA LA EUSSIE; Si9

marquer avec une pierre noire. J*a{ connn ce midlieur , j*ai été , du ih au 17 Jidn de Tan de grâce 1843, en tête à tête incessant avec un marchant russe, riche et avare, sale et puant, qui , pour se concentrer dans la profondeur de ses calculs , ne prononçait pas une syllabe , et , pour ménager ses roubles , faisait son ménage sur les cousins en drap gris-perle de M. PranischnikoCr. J'ai subi Todeur de sa vieille pipe et Todeur plus nauséabonde encore de ses provisions de cuisine et de ses vêtements de moujiic. Que Dieu vous garde d'une aussi dure calamité ! La route d'ailleurs, dans toute son étendue, est monotone et triste. Une longue plaine, tantôt aride et sablonneuse, tantôt diaprée de quelques champs de verdure , de bois de sapins , de fou* gères , de terrains marécageux , voilà ce qu'on aperçoit dès qu'on a franchi la barrière de Pétorsbourg , ce qu'on retrouve encore le lendemain et le jour suivant. En vain vos regards avides et curieux errent de côté et d'autre : vous ne verrez pas un de ces riants paysages de la France, ni un de ces si tes pittoresques des autres conurées du Nord , pas un de ces lacs frais et argentés qui, en Suède, surprennent et charment à tout instant le voyageur^ pas une de ces mon*

tagaes qu*oii aime à contempler de loin avecleur ceinture de nuages et leur bandeau de vapeur. Tous les points de vue sont uniformes , rhorizon est terne, le pays sombre et silencieux.

De distance en distance, on rencontre des vil* lages de serfs composés de maisons en bois bâties strictement sur le même modèle, rangées comme des tentes de chaque côté de la route. On dirait que la même année , à la même heure ^ elles sont toutes sorties de terre à la voix d'un oflBcier russoi car elles ont la même teinte gri-: sàtre et sont alignées comme par une loi stratégique. Quelques unes seulement , plus orgueilleuses que les autres, sont ornées d'un balcon en bois et de deux planches dentelées et effrangées qui tombent de chaque côté du toit. Trois petites fenêtres de face, élevées à dix pieds au dessus du sol, une porte de côté, un hangar qui sert à la fois de basse-cour , de remise et d*écurie , voilà pour Textérieur. L'intérieur se compose ordinairement de deux petites chambres , dont la moitié est occupée par un large poêle en terre où tous les membres de la famille se couchent pêle-mêle, été comme hiver, sans se déshabiller. A la base du poêle est une cavité de six pieds de longueur où, à certains jours de la

semaine , le paysan entré tout nu soos le feu ardent qui en échauffé les contours , et d'où il sort ruisselant de sueur; c'est là son bain. Fidèle au costume dé ses pères , il garde la longue barbe et les cheveux taillés en rond autour de la tête ; en hiver^ il porte le cafetan bleu sans collet et la ceinture de couleur, ou la peau de mouton taillée en formede redingote; en été, une chemise bleue et rouge agrafée de côté au cou, nouée sur les flancs par une légère banderolle, et retombant sur le pantalon comme une blouse. Les femmes, qui avaient autrefois un vêtement très original, s'habillent aujourd'hui , à peu de chose près , commes nos paysannes , et n'ont conservé de leurs anciens usages que la coiffure. Les femmes mariées portent sur la tête une petite coiffe en toile noire, les jeunes filles laissent flotter libre* ment en longues tresses leurs cheveux sur leurs épaules. Les hommes sont en général grands , bien faits, et leur longue barbe leur donne une physionomie imposante. Les fenames sont presque toutes laides et disgracieuses. La nature, subjuguée de tant de côtés par les infatigables efforts de Pierre le-Grand et de ses successeurs, est restée sur ce point intraitable. Il n'y a de jolies femmes à Pélersbourg que dans les salons

lit LfiTtAtt

de la hanté Mcîéié» lea aoires u^iospirerûnt tti we ode, oi Même ao pawrra inadrigid. Quelle diltutiioea?ee SlûcUolm et le nord de la Soède, ee Wallialla de la beauté septentrionale !

Les paysaas qu*oo rencoatre sur la roule ds Hoicou appartieuncut presque tous à la çoifituuie ; avec un fimulacrs de liberté de plus que les serfc des ligueurs, Us soat, comnie nous ie ven*ons plus tard, dans une positioii plus mal-^ beiireuse. L'éié de 184i , on a vu des miUiers de (V»s pauvres gens errant avec leurs femmes et Içurs enfants sur les grands ebemins et implor rpnty avec un visage p&le et des n^ains déobai^ nées, un morceau de paiu noir pçur apaiser leur faim. Très peu do paysans des seigneurs ont été réduits à œtle extrémité. Quand j'allai à Mos«? oeu, lu disette durait encore ; à cbaqua station , des troupes de vieillards afiniblls par l^^e et le besoin , des femmes vêtues de misérables hait- Ions , des enfbnts aux membres chétifs, au teint cadavéreux , se pressaient autour de notre vq!-> tore , se courbaient à nos pieds en nous appelant d'une voix gémissante : bom êeignêur* et hêau» êalM^, pour obtenir par ces supplications orientales « une aumône de quelques ko-* pecks. Grâce à Dieu , cette époque de calamité

t6iichàft m ââ fini nôû& vfmès les cbdtiipô d'oi'ge éï de blé dorés par Te solelL Âti midi et au nord de femplre) tout se montrait sous d'heureui auspices j tout annonçait une moisson qui mettrait un terme àlant de soû£Eraùces et demiséresi tJoe dés ressources du paysan de cette con-* irée est de se faire charretier. Avec tfn cBevat et une petite voiture fermée comme un panier d'osier^ 11 entreprend de fréquents voyages de, Moscou à I^étèrsbûurg. A chaque msiant, nous rencontrions des caravanes de trente et qua-^ rante chariots ^ marchant, comme tes grandvaliers franc-comtois, à la suite Tun de î^autre. transportant d^une vîllé à fàutre léà denrées de FEurope et de fOrïent, les étoffes dé France, tes cristaux de Bohême, ta quincaillerie de Londres et les livres de rAUemagne. Lorsque les bateaux a vapeur recommencent feur trajet , lorsqu'ils arrivent chaque semaine à Péters-» bourg,. de Dunkerque et du Havre, de Riga et de Stokholm , une bonne partie de leur cargaison est aussitôt misé sur ces charrettes et s'ed va vers Moscou. C'est que Moscou n'est pas seulement la seconde capitale de la Russie et Tune des villes les plus commerçantes de l'Europe , c'est ïç coeur même de la nation, ç'esi le centrç

itk tBTTiies

de reippire , c'est le poiiu 4le joaciioB da unîtes les roules de rOrieni et de rOccidenti c'est de ià qu'on s'eu va en Pologne et en Alkmagne par les cbemips pleins de deuil et de gloire de l'armée française, en Turquie par Odessa» dans ie Caucase par Astracan. De quel désîr vague et ardent i^'ai-je pas été saisi lorsque , arrivé à Mob* cou I je voyais rayonner autour de mn toutes ces routes dont je venais d'atteindre la preoUère limite , toutes ces contrées que j'aurais voula parcourir* toutes ces villes qui m'appelaient les unes avec leurs anciennes traditions», les autres avec leur splendeur moderne : Nishni Novogo* rod avec sa grande foirci Kasan avec ses souvenirs des Mongols, Kiew avec ses vieilles cathé* drales » Batsisara! où les foutaiiies de marbre murmurent encore sous les arbres comme au temps des sultanes, Tobolsk où j'aurais contem*. plé avec compassion les pauvres colonies d'exJe lés , et la Circassie dont un jeune officier ma peignait avec enthousiasme les sites riants et grandioses, théâtre de légendes héroïques.

tenutions du voyageur, qui pourrait dire votre trouble plein de charme , votre essor si joyeux» hélas! et si décevant! Si j'avais eu à ma dlspostiion quelques années de Iibei*té et quelques*-

SUR 1.:^ HUSSIK. S2S

uns de» cîûq é^eits chevaux qui emportaient Catherine et son cortège dans sa fabuleuse pro-^ menade de la Tauride , vers quelie dté mémo* rable, verls quelle rive nouvelle ne me serais-je pas élancé avec bonheur !

Tandis que je m'abandonnais à ces rêves înutîlesi mon silencieux c<»Bpagnon de voyage me rappela aux réalités de la vie en tirant de sa poche son troisième déjeûner; et poiur me consolerde ne pouvoir m'aventurer sur les routes lointaines de la Sibérie et du Caucase , je regardais à droite et à gauche celle que nous parcourions: C'est vraiment un très beau travail et qui a dA coûter des sommes immenses. La chaussée est ferme comme un pavé, unie comme une allée dépare, et si large que quatre diligences x pour* raient facilement passer de front. A chaque ravin une forte balustrade, à chaque ruisseau un pont en pierre avec des gardefous en fer ornés d'aigles à deux têtes et de trophées: De loin en loin aussi apparaît, au bord de cette large roule, un oratoire, une coupole verte ou dorée, une église. Quand une des parois de la voiture, m'empêchait de voir ces édifices religieux, je les devinais aux signes de croix du postillon et de mon compagnon de voyage. Le postillon russe T. I. 28

B'a pM Mcefe le seqytlciMiie on h joiy«tt»e lu* soncisttce de ses confrèreB de FriDCe ou dfAl« lemagne. Le postOloa français monte à eberri piemeskty feU claquer son fooet^et, selon le pourboire qui loi est promis, part au trot ou an galop. Le postillon alieinand preiiâ son cor , module une mélodie populaire, et regarde en passant lesjeunes filles Mondes qui l'écoutent. Le postillon russe ne s'élance pas fft légèrement àur les grandi» chemins. Il sait que son métier est dangereux, qu'il ne doit pas tro|> se fier à sa force et i son adresse , que le meilleur cfaetai peut trébucher et la meilleure Voiint^ se briser. En prenant les rênes de son attelage, il se déco»- Tre la tête, fait trois signes de croix et se recom^ Ihande à son saint patron. A chaque chapelle , à chaque image qu'il rencontre, il renouvelle eet acte de piété , et enfin , quand il arrive à la Station , il se découvre et se signe encoi^ pour femereier IMeu de l'avoir protégé. Les mar* ehands, les paysans russes observent tous ce religieux usage. Il n'y a que les gens dn monde ^i commencent à le croire inutile, et qui ne feulent pas se donner la peine de se rappeler al souvent au souvenir des saints.

Les auberges oà l'on s'arrête eA^ ittant de Pi^

l&nbowg à Hmoom m méritent pas la mauvaise réputatioa que leuc ont faite quekpies voyageurs» Certes » ea aurait tort d'y chercher une cart« comme celle de Yéry ou un chef élevé à Técole de Caréioe et pénétré de la philosophie gastro-^ nomiquA de JBslUat-*S|ivarin ; mais à quelque heure du jour qfi'w y:emre, on peutéire sur d'y trouver une tranche de bo^f froid^ du quass, du thé, du pain noir très savoureux, et c'est tout cd qu'il faut pour r^nforter un voyageur. Quel* ques nues de ces auberges sont décorées avec une sorte de coquetterie» Plus d'une fois j'ai trouvé là les portraits de deux hommes que le peij^ russe associe toujoinrs dans sa pensée ^ l'un dont il parle avec un amour filial , l'autre qu'il nomaie avec admiration i Alexandre et Napoléon»

Jj% lendemain de notre départ, nous voyions briller, au bord du Yolchôw, les globes dorés iteséglises de Novogorod» C'est ici que commencent les enseignements del'autocrade russe, l'hiS'^ iob*e de ses concpiâtes et de son œuvre d'absorption. Novogorod a été, au onEième siècle, la plus grande, la seule grande ville de cette eontr^. h. une époque où le sol qui porte aujourd'hui or^ gueitleusement les casernes et les palais de Pé-

ter^bourg,ïi*éiaiteBcoret|tt\BNifnàraisdéserr, où Jkloscou ne préftestaic pas enotNre VMslî ée sa lu tare destinée, le ftom de Novogerod^ était idéfà connue sar les bords de la mer BaMque et de ta mer Blanehe. On ne sait jusqu'où remonte son origine* Un Toile épais, que la main d'aueun émdit n'a pu eneore soaleTer, entonre son faîstotre jusque vers lemilleu duonzième siècle.€'estslef^ iiu'elle foc envahie par les compagnons âereeeoangeux et aventureux Rurik, qui , des plaines de «able du Mecklembourg, des grèves orageusesde la Scandinavie, seprécipitèrent comme u& torrent dans l'empire russe et en conquirent une grande partie. Vers la un de ce même siècle, le guerrier qui s'était fait prinCe de Novogorod par la pols^ fiance de son épée, transporta le siège ^e sa seu«veraineté à Kievr et abandonna l'administration de sa i^emière résidence à un chef qu'il désigna hii-^méme.

Peu à peu la jeune cité, la nouvelle ville , re^ prenant baleine après la première oppression de la conquête et du joug militaire, s'essaie aux spér dilations commerciales, et étend (à et là ses r^ lations . Au onzième siède, elle a pour se défendre contre toute tentstfive d'invasion, sa forteresse^ son kremlin | puis la voilà qui s'aventure jusque

SUBriiA RUSSIE. 9^d

vers le golSé de Fiolaiide et ^t^cigue.les popolaiions qui occupent ses rivages. A Torient, elle pénètre jusqu'à la naer Baltique , et établit à JWisby. ses comptoirs et ses eoirêpôts; au nord) elle fondfii la ville, d'Arcbangel ; au sud, elle pai> isourt le Yalga et les diSérentes rivières qui y aboutissent. Plus babile qLue les autres prindpaités russes t qui , au treizième siècle, étaicontra* vagées par lesMougols, elle fait un traité de paix avec eux, leur paie un tribut annuel, et devient pour. Lubeck et les autres villes anséatiques te point de jonction du commerce entre TOrieni H i'Occident.

Tandis qu'elle élargit ainsi s&a empire et aug<mente chaque jour ses richesses , elle se dégage graduellement de l'autorité des princes de Kiew. D'année en année, elle gagne quelque nouvdle franchise, quelque-nouveau privilège, et ceux qui l'avaient d'abord gouvernée despotiquement, en viennent enfin à ne plus exercer sur elle qu'une /sprte de suprématie honorifique ou de protectorat pareil àceluiquelesempereursd'ÂUemagne exerçaient, au moyen-àge, sur les villes libres. L'opulente Novogorod est affranchie de la domina^ tion de ses anciens maîtres ^ ses citoyens se rassepiblent au son de la, grosse cloche qui les

appellent ^dâibërer ensemble surleur^ Intérêts^ et élisent annuellement leurs posiadnik (consuls). Ses magistrats administrent^ gouvernent, sans s'inquiéter des caprices d'un prince ou dobon vouloir d^un souverain . Ainsi elle apparaît, au ()uinzième siècle, maîtresse d'elle-même, enricbie par son habileté , embrassant à la fois dans son commerce l'Europe et l'Asie, et portant isans cesse plus loin le succès de ses entreprises. Les autres viUes russes la nomment avec respect leur sœur aînée, et le peuple, émerveillé de sa puis* Bànce, de sa fortune, répète ce proveAé cité tant de fois par les voyageurs : Qui pourrait résister à Dieu et à Novogorôd la grande?

A la voûte de la cathédrale de cette ville , on Voit encore une image du Christ, sur laquelle le peuple raconte cette tradition qui ne fait pas peu d'honneur à la célèbre cité de l'ancien empire misse.

L'image date de l'année 1050. Le peintre avait représenté le Christ, la main étendue, répan-^ dant sur les habitants de Novogorôd sa bénédiction. Le lendemain en revenant à son tableau» il s'aperçoit que la main est fermée 5 étonné de èe changement, il se remet à l'œuvre et ouvre de nouveau la main divine, Le jour suivant même

réforme m tableau, même travail du peintre, le troisième jour enfin au, moment où le peiatre al* lait encore réparer f étrange et merveillease mo* dification de la nuit , il entend une ^oix qui lui dit : Ne me peins pas ainsi la main ouverte, car dans cette main je tiens Novogorod, et si je Toavre, tous lesi malheurs .[fondront siu* cette noblo citd» ^

Cependant, k une eentain«^ de lieues de là, oa voyait iurgir une autre puissance, qui devait ua jour écrai^er l'orgueil de cette Carthage du Nord : c'était la principauté de Moscou. Au quinzième siècle, un de ses tsars soumit la répubUque et U força de lui payer un tribut annuel ; puis ilenyint un autre qui travaillait plus hardiment à agrandir ses états et s'efiorçait de réunir sous son sceptre les villes et les domaines soumis à un autre gou« vernement. Vrai précurseur des Romanow, on eût dit qu'il portait dans son cœur l'ambition de cette dynastie et les rêves de leur destinée fu* ture. La république de Novogorod , déjà forcée de payer un tribut humiliant, oiFusquait encore, par ses franchises, le prince Ivan Yassilievitsch. II l'attaqua plusieurs fois, la vainquit dans une lutte acharnée , transporta une partie de sa po-' pulation dans Tintérieur de ses provinces » et

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neqsplaça ces eiâléspar des familles rosées. Eq quittant Novogorod, il ioterdit toutes les réu^ nioDS populaires et emporta la cloche qui appe^ laU les citoyens à leurs assemblées t . Pour, se rendre plus facilement mattre de cette fière cité| 11 avait du cependant lui laisser encore quelques privilèges ; la pauvre JNovQgorod les perdit tous sous le prince Ivan lY^ sur-r no^mé le Terrible. Entraînée par le désir d^ recouvra son ancienne indépendance, eUe en^a en négociations avec les Polonais, pour ^se fortifier par leur appui. Ivan-lçr-Terrible l'apprit, assembla aussitôt^une armée , marcha con? tre la ville, la subjugua, et la noya dans de«^ flots çie sang. Pendant plusieurs semaines, tefaroucbe tzar siégea sur son efifroyable tribunal, prononçant lui-méjoixe, la sentence des coupables , désîgaailitles victimes, et chaque jour des c^iaines» des milliers de têi,es, roulaient ^qus la hache de ses bourreaux. Les dernières fraachises.de Novogorod furent anéanties. La. ville, pillée.,, saccagée , veuve de ses meilleurs citoyens , tûBÙ^ sans force sous le joug absolu du. tsar. Après celle mortelle catastrophe , son commerce se jelcva encore ; mais Taccroissement continu du commerce de Moscou et la fondation de Péters-

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bourg loi portèrent un coup plus funeftle qu6 rambîlion divan III et les cruautés dlvan-le** Terrible.

. Aujourd'hui Novogorod est le chef4ieu d'un gouvernement secondaire , et ne renferme pas plus de 12,000 habitants. Ses maisons incen-» diées, détruites , ont été rebâties dans le style moderne , ses rues alignées de chaque côté du Wolchow. On dirait une ville née d'hier, tfé-' taient les épaisses murailles de son kremlm, qui attestent encore l'ancienne étendue et Tan* cienne puissance de Novogorod, sa cathédrale couverte d'or et de peintures, son palais archiépiscopal , et une petite maison à un étage cachée derrière une obscure boutique, et que les habitants montrent avec respect au voyageur.

Celte maison était, dit-on, celle de Marfa , ï'hé* roïque femme d'un bourgmestre, qui, à l'appro* che d'Ivan P', jetant elle-même le cri de gue^nre, et donnant des armes à ses fils, combattit intrépidement pour sa cité natale et pour sa liberté. Quelques sceptiques affirment que la demeure de Marfa a disparu depuis longtemps y et que celle à laquelle on a donné son nom ne lui a jamais appartenu. Ainsi la fière cité de Novogorod n'a pas même pu garder intacte la tradition

da ptmêy et le éeMe est entré jusque dans ses Mmv«nira les ph» glorfeux. Mais qu'importe que cette maisoB, honorée d'un nom historique, n'ait jamais été eeHe de la noMe Marfa, si Tas*pect de ses murs éveille dans le cœur des-éffan» fiers qui la o e nt e M pl ent le mène sentiment d'à*» miratkin , et dans le cœur des 4iabitants la même pensée de patriotisme et de reconnaissance} Qulnporte la matière périssable, si l'idée qnl y estauachée subsiste et se perpétue de fénéra** tion en génération ?

Autour de Novogorod, il y a encore plusleura eottvents qui jadis prenaient paît aux luttes^ au feuTeroement de la répuMique^ et qui Ml perdit leur influenoe sous le régime de Tantocratie. Deux de ces couvents trouvent aujourd'hui dans leur ririiesse une large compensation à leur nu^ Kté pdKtique. Le premier n été royatoment doté par. la comtesse Orloif , qui possédait une des phrs grandes fortanes de l-enipire, le second par im fevori d'Alexandre, qui phfs^d'une fois» dit-on, nbusa du pouvoir dont il était investi^ de raacendani qu'il e^r^h sur son mteittre, et qui^ pour se sauver des arvéss du monde ^ s'est mis sous le patronage des saints* Les eouventS' de fiMunes sontrestéa pnuvres, et iMtuooup de te^

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èta-e MM ploi de éoiijlftB«ei« ée fiiet^ ¥^m leur

buB&bie solii«d6^ ^i rappc^lAtil à M eommu*'

BMié eelteol^Midedesyoyagettrs.

*i 0» cMdpte de Péietftbettr^ à Metcon sept

•em sflteaffiieHdiii ifieMes» ^'^^ ^ dlr^deux e^m

dil Ueiieft, ei «or €eite k>i»|fiie <Ust8ioee^ ^ e0i«<

IkiMsefilt es FraBoe des viii0laiiKMi de éM» et

dee inittoDftd'iAdffidMi M M trotive ^«e tnelS'

Wttcft: N0¥dgored^ Teivkok, Tyer. ^y tijeMeriril

Wtokiiei*^Woà»iieii€iP) quoicftt'aift m hii âimm

(pieletilfe delmrgadi». C'eei une fkiw» et ai^

tiTe bourgades située a» )Mvd d'fi» vaste l»Ml

(|iii rejeilit l'ime à t^Mre i^mkm» rivière»^ ie^

y^^a à Iâ< Imenst -et le Woklio^ k la Kém;^

Chaque wsée^ |dosi de will» tetean ckargéa»

de BoafdMuidîses swvfiii le coor» de ce eamdy'

et WekMaebeli eM^oM de le«s|iriMipalii8^

tfoBs. Lemouveinetit do port, ràâpèct d%ii large bassbi entouré d-une eeintàre de saj^lnii , déa^ nent à cette petite cité de eominerÊe un afttrait tom partiddier. En la regardait iio 6olr an (xm^ cber dû soleil , ponr la première fois depuis bien longtemps, je croyais tîAt encore mie VHte de Suède arec un de ces beaux lacs taiélfflieolC*^ ques et limpides qu'on ne se lasse pas d^admarer et qu'on ne peut oublier.

Tarsbok a une longue histoire toute pleine de vicissitudes. Tantôt défendant soit indépen** danœ, tantAt subjuguée par une principauté ▼eislne^puis par une autre', cette^tifto a suM enfin le sort des cités plus piâssasife^qili sein dispuulent, elle'd courbélâ i6te%dus le seepifii dès empereurs. Les Tartares , en la traversant dâms leurs sauvages invasions, loi welaissë/una industrie qu'elle développe' sans cesse. ^£lte*fti-« brique, en concurrence avec Kasan eîAtmkm^ une quantité d'ouvrages en cuir brodé, deeliaufr^ sures de diverses coufeeurs couvertes de fleura en or et en argent, que les mardiandé* de^Hann bourg et de Leiprig répÉadent de ^àté «« d^au^^ tre, eif les gratifiant du ttùtk dte chàUsduves tir^ ques: Lisisclence^stronomiqneii'âonnéàr Tar»^ hok'ime^ai^^ répufàticwi Un màWB^tÊêi/^l^y s^

inlârodiûc une souveUe fftçon de côtelettes renommée dans toute la Russie. Quand vous serez à.Tarsboky oie dîfiait-OB au moment où je quittais Pétersbourg, n'oubliez pas dtacheter des paoUHifles^ brodées et de vous faire servir des eôtetetl^s. Il y a dans le monde des villes auxcpueUes la naissaBce d'un guerrier fameux^ l'œuvre d'un' artis^ , le chant d'un poète n'a pas donné tant de célébrité.

Iw^f ville davingt-K^inq miUe ames^ dief^Heu d'unt||ouiveenenient , sourit de iotn aux regards des voyageurs par.sa charmante situation, par aeBCQi]^fioieslileues.et.doEéesy par les toits de •es.édifii{es4pi^Us.ooinme4}tô toits de viUas italieiiiies et peints en vert» Les rues sont larges et élëganleâ ; les maisons , Jadis en Ikus , ont été rebàtie&r»en.pi€ffres9 elles sont pour la plupart tMtefi.fratejhes encore^ et blanchies à la chaux, oa< eoiiv^les,4'uDe couche d'ocre, çà et là de qttdqats ceivAesi4e carmin. Malgré ceue appaoence moderne., Tver est aussi ancienneque Koi^^^orod. U eu «SI de môme d'un, grand nom* 1»0 d'autre» vilies. rasses. £a lisant leur* hi&toker§Ui^ii9^Btpair oambieud'évànemeiiits elles- Mt.p&s^'^ eombieia^âe. désastres et d'invasions. dlesi«i^>9UbiâfW9'9tteiMl4^yoir des^rueatpr-»

ta hwtmg

taeuse$ el obscures, des fenétreg k ogites^ des tourelles et des pignons coaime à Aagsbovrg ou à Lubeck» etil n'en est rien. Cet TlUès étaient lAties en bois : «ne seule guerre ^ Un Incendie les dévastait d'un bout à l'autre ^ elles ont été reconstruites à différentes époques et toqottra sur un plan nouveau^ Leurs annales^ leurs noiits seuls sont anciens $ lenr forme est toute riante* Il semble que tout concourt à donner à la Rua» sie un caraet^ de îj^nuesse et de régénération. Son véritable eaaori aa vraie vie m dam que du règne de Pierre*le*€krattd i toutea sea cités ae d^[>oittUeiit ai^ounfkui rune après l'antre de leur earaisttee de vétusté, et se par^t à l'enri pour entrer conune des cités nouvdles dans une nouvelle époque historique.

Au pied des murs de Tver, oo passe sur un pont de bateau le Yolga, si célèbre dans lea cbroniqoes russes. C'était par là que les pirates s'en allaient jadis poursuivre leur proie et grossir leur butin. Les eauK du fleuve portaieut ces troupes de vagabonds féroces^ ces cobortes de Inrigands qui semaient Teffroi dans la cbaumièrs du paysan et la salle dWmes du seigneur. Le souvenir de leurs vols, de leurs cruautés, l'est perpétué dans les traditions du liteau et4es

SUR LA RUSSIE* 33d

chansons dn village. Voici un de ces chants^ qui peint une jeune fille à côté de laquelle l^ fameuse Clara Wendel n'aïu'ait été qu'un doux agneau :

h Mil» ass, j'ai commeoeé fc voter* A dix-luiîttj*aiassastUié.

J*ai fait périr mon propre Trère :

Je Fai pris par ses cbeveux bloads ; Je l*ai frappé contre la terre, J*ai ouvert sa poitrine Uanebe»

£t je lui ai arracbé le cœur avec joie.

Le cœur sous le couteau a palpité.

La balle ftlle a souri.

Maintenant le Volga est d'une honnêteté exemplaire. L'écho de ses rives ne répète que le son des cloches pieuses ou la chanson des matelots inofTensife. Ses ondes ne portent que les paisibles navires du commerce, et ses ports sont comme autant de champs fructueux où la main du spéculateur récolte chaque année une heureuse moisson. C'est de tous les fleuves de TEurope ïe plus long et le plus facile à parcourir. Du milieu des collines de Waldai, il s'en ^a majestueusement jusqu'à la mer Caspienne, et sur cet espace de huit cents lieues^ nul banc de sable n'entrave son cours^ nul écueil perfide

ne se caciie sotls ses flots. Il sert de lien à des centaines de peuplades, il toache par ses embranchements à tontes les parties de la vieille Moscovie. On dirait une puissante artère dans nn corps gigantesque.

Tonte lliistoire des provinces que nous traversions depuis là porte triomphale de Pétersbourgi des villes qui en sont les chefs-lieux, des villages qui s'y trouvent épars, est comme une introduction à Thistoire de Moscou. Ces provinces ont formé jadis autant d'états distincts Fnn de Fautre, et Moscou le$ a subjuguées; ces villes ont été régies par des seigneurs indépendants, et Moscou les a Tune après Tautre assujetties à sa domination. Moscou a été le noyau de toutes les conquêtes russes, l'arsenal de cet immense travail d'assimilation et d'absorption qui dure depuis des siècles, jusqu'au jour oi Pierre-le-Grand jeta sur les bords du- golfe de Finlande les fondements de sa nouvelle ville, et y transporta le siège de cette grande œuvre.

En se rappelant ainsi les souvenirs des temps anciens et en traversant ce pays, à chaque pas que l'on fait, à chaque page de la tradition que l'on déroule, on voit surgir le nom de Mosco», on éprouve un désir toujours croissant d'arrivw

à. cette ville qui a porté sMoin le glaive des boyards et la croix des patriarches. Ainsi, dps ces vastes châteaux des contes de fées, on passe de préau en.préau, de salle en salle, avant d'en* trerdans celle du mait|*e. La voilà enfin, cette cité si célèbre et si justement vénérée par ceux qu'elle a tour à tour conquis et associés à sa puissance; le voilà, ce sanctuaire de la religion grecque, ce berceau de l'autocratie russe. Par un beau matin, aux rayons du soleil levant»

ixotts voyons de loin ses murs, ses tours se découper à l'horizon bleu. Nous passons devant le bizarre chàtisau dç Petrov^ski, construit par Eli* zabeth^.^ur lequel je jette à peine un .regard, tant je suis occupé de regarder le panorai^a qui est en face de moi et qui se déroule peu à peu à mes yeux. Â la porte , le corps de garde nous arrête, c'est de droit; un peu plus loin, nous rencontrons la police. Le corps de garde et la polioe se soucient fort peu de l'impatience du voyageur. Us conlrôlent la curiosité et légalisent l'enthousiasme.

Les formalités du passeport bien et dûment remplies, le fonciionnaire préposé à la sûreté publique, convaincu par douze honorables signatures et douze cachets de chancellerie q^e

SIS lEfTltS^

BOUS ii^appcTtidiis avecnottd ni machine infer-*' nâle, nt pesté, ni constimtion, nous permit de continuer notlre roule. Le conducteur, qui se tenait devant lui lu tète basse, dans un état dliumilîté profonde, remonta sur soh siège ; le postillon se hâta de faire encore trois signes de croix devant une petite image suspendue à nn^ muraille ;' enfin, nous passâmes à travers des amas de charrettes entre lesquelles circulatent des milliers de juifs, de paysans, de marchands. On eut dit une foire ; c'était tout simplement un marché quotidien. Devant nous s'élevait un lourd et massif édifice surmonté d'une tour octogone. Ce monument fut consacré à la mémoire da commandant Soukhareff, qui, pendant la terrible révolte des Strelitz, suscitée, dît-on, par rambhlèuse Sophie, sœur de Pierre-le-Grand, resta fidèle aux deux jeunes tsârs. Nous des«cendtmes le long d'une magnifique rue qu'on appelle la rue des lardins, éi qui justifie on ne peut mieux ce titre idyllique. Â droite et à gau* die s'étendent des rideaux d'arbres fruitiers , des vergers, des parterres, des balcons chargés de fleurs, et des maisons qui disparaissent der* rière des rameaux de verdure. On se croirait sur les bords de la Loire, et l'on est en pleine

sua ià iivssiB.' SfiS

MoscovieT TTn peu plus loin apparaissent les grands édifices de la couronne et les riches hd-* tels de la noblesse, puis te pont des MaréûbauXi Jadis occupé par des ateliers de charrx^ns et deift enclumes de forgerons, înaintenant envahi pres^ que tout entier par les boutiques les plus co* quettes, les marchandes de modes et de parfu*^ merie, les gravures d'Angleterre et la librairie parisienne. De prime abord ainsi, on a passé par plusieurs sphères, qui se mêlent Tune à rauure sans se confondre, par lé quartier dû peuple, de l'aristocratie, de la bourgeoisie aisée, de la colonie française, et l'on est à quelques pas du Kremlin.

C'était le Kremlin que je voulais visiter avant tout. J'y allai avec un homme du pays qui , chemin faisant 2 me racontait avec un<)rgueilpatrio« tique les différentes phases de l'histoire de la vieille forteresse, les noms quiravaientillustrée, les tsars dont elle fut le palais, les empereurs qui y avaient reçu leur couronne. Je l'écoutaîs d'une oreille distraite , songeant à cet autre empereur dont il ne parlait pas , et dont je voyais planer devant moi la grande image. C'était là qu'il s'était arrêté dans sa marche gigantesque, c'était dans cette enceinte qu'il avait reposé sa tête sous Iq

poids de ses larges concepUons et de ses sombre^ pressentiments ; c'était du haut de ces remparts qu'il avait vu Tincendie inonder son refuge , dévorer sa conquête. Ces vieux murs avaient tressailli à son approche , et cette ville s'était dépeuplée devant lui comme autrefois les champs de l'Italie devant le cheval d'Attila. Non Jamais op ne vit une telle époque , et jamais un tliéàire si funèbre ne s'ouvrit pour une scène si désastreuse. Quel poète pourrait peindre le lugubre silence de ces rues désertes ou notre armée en* trait toute couverte encore dé la glorieuse poussière de la Moskowa^ s'attendant à voir venir au devant d'elle une population suppliante t et ne trouvant pas même un enfant pour lui monurer le chemin de son capitole? Qui pourrait dire Tefiroit subit, le tumulte, la consternation de nos malheureux frères , quand des matns invisibles lancèrent tout à coup , au milieu de la nuit , des brandons enflammés dans l'intérieur des maisons , quand l'incendie éclata de toutes parts , débordant comme un torrent, et faisant de celte ciié, naguère epcore si belle et si calme, un immense bûcher, une sépulture de cendre et de feu? 'Avec quelle émotion j'ai franchi les portes de ce châleau qui fut honoré de tant de gloire et

SUR LA RUSSIE. 9hS

qiri abrita une si haute et si terrible destinée! Tous ses vieuK souvenirs , ses siècles d'éclat et de prospérité , s'eSlaçaient devant cette apparition de quelques jours, qui vivra tant qu'il y aura une main pour écrire l'histoire, une oreille pour retendre, une mémoire pour la recueillir. Il me semblait que chacune des pierres sur l^quelles je posais le pied^ chacune de ces feçades et (te ces coupoles devait garder les traces de cette époipie ineffaçable, et me raconter quelque épisode de ce désastre sans exemple. De tous côtés je promenais un regard avide, et ces cours étroites, ces voâtes silencieuses, étaient pour moi comnfie un temple auguste, consacré par la pensée la plus héroïque et la plus grande cala* mité.

Les Anglais,' qui dans leur îàche envie ne manquent jamais une occasion de profaner notre histoire ou d'insulter à notre honneur, ont accusé nos soldats d'avoir mis eux-mêmes le feu à Moscou. Les Russes sont plus justes ; ils racontent sincèrement le fait ter qu'il s'est passé. Plusieurs habitants de Moscou me l'ont avoué. Ils savaient bien qui étaient les incendiaires et les pillards; ils savaient que notre armée tout entière ne se précipitait au milieu des flammes

iM LETTRES

qae pcnr tenter de les étouffer. Leur intérêt parfa alors plus haut que leur équité ; ils rejetèrent sur nous celte dévastation pour accroître encore le nombre de nos ennemis, et se fortifier contre nMs par un redoublement de haine, et d'exaspération. Leur vœu s'est réalisé , Tincendie de Moscou a eu le résultat qu'ils en attendaient/ Quel' résultat ! La France pourra-t elle jamais l'oublier? Quand on annonça !i Alexandre Tincendiede sa vieille capitale, ce fut pour lui cornrtie un coup de foudre. Les bulletins de la Moskowa lui annonçaient que ses troupes venaient de remporter un triomphe. II avait fait chauler le TeDeumi^ la victoire et comblé d'honneurs la famîWe de Kuiusoff. Tout à coup îl apprenait que ce prétendu triomphe était une défaite, que notre armée, marchant sur les débris de la sienne, poursuivait sa route au centre de son empire, et que la demeure de ses ancêtres était occu-' pée par Napoléon. On raconte qu'alors, saisi de terreur à cette sinistre nouvelle, croyant déjà voir l'aigle de France étendre ses ailes sur les ruines de Pétersbourg, il résolut de se retirer eu Angleterre, et que Timpératice usa de tou^e son influence pour le dissuader de ce projet désespéré. Trois jours après , il apprenait la ruine de

SUR Ul M$6It:. MT

Moscou, et cette raine le sauvait. Oa ne dit pas encore pourquoi le comie Rostopschin a per^; sisté à nier publiquement les ordres qu'il avait donués aux incendiaires. On sait qull ayait voulu brûler lui-même sa belle maison de Mosçoui et qu'elle ne fut sauvée que par hasard \ il ne peut nier en tout cas la brutale inscription qu^il plaça au devant de sa maison de campagne, en y mettant le feu et en Tabandonnant (1).

Un des officiers les plus distingués de l'ar mée impériale, M. le duc de Fezenzac quia fai|; la campagne de 1812, d'abord comice aide de e^mp.du prince de Neuchateli puis conune çolo* lieldu quatrième régiment deUgne dont il ramena courageusement lesderniersdébris à Ji<^igsl|erg M. de Fezenzac a bien voulu mnia communiquer le journal des douloureux événements dont il fut témoin dans le cours de cette effroyable et imr mortelle expédition. Je trouve dans sou livre, écrit avec une austère bonne foi et une rare ftimpticité, plusieurs détails intéressants sur Tin-, cendie de Moscou et l'entrée de nos troupes dans cette ville*

i CeUe iDscripiion était à pw près conçue en ces termes : « Je tràle moi-même ma maison p<Mir qiTelte oe soil pas occupée ^àt

8&ft LEtTUfeS

« Aprèshi bataillede la Moskowa, dit M . de zenzaoy le général Kuinsoff ne croyant plus pouvoir défendre Moscou, repliait successivement son avant*f;arde et abandonnait précipitamment la vitte, en se reiiraiit par les routes déTwer et de W4adinHr« L'armée française bivouaqua lé 1 9 à Perkottaolkaro ; le lendemain l\ivaikt<>iKardef ën« tra dans la ville. Une troupe d%aMtaiivs armés tenta de défendre le Kremttn erfst'biénMc ffis-^ persée» Pavant -garde se porta en avatït dé la viHe. •

•L'empereur s'établit au Kremlin avecla gafde, Lea premier et troisième corps cattipèr^ût à tm quart de lieue en arrière de Moscou , à gauche de la rom» de Mojaisk , avec défense 'éxpfésse d'entrer dans la ville.

• Ce jour fat pour nous un des plus beuk'èttic jours que now ayons encore passés,' nbus^nons croyions avterme de nos travaux, nous pensions que la viotoirede la Moskowa et hr^se déMoscou devaient amener la paix. Mais Utfétènement sans exemple dans niistoi^e^u'nKnMévîùt dé-' tniire cea flatteuses espérances, et montrer dom-' bieAâl fallait peu compter sur un accomàKyAe*ment avec tes Russes. 'Moscou qu'ils n'avaient pu défendre » fût brûlé de leurs tiTopres mains;

SUR LA RUSSIE. 3&d

Depintî losgiemps'oaj&'oeospaU'de prépOfrer ce vâste iaceftdie) le gouvarBeiil* Rostdpsthin avait réuni uaeimaififlae qaaiHiié^ecombHi&Uhtes et de fttsée&incDodiairea^aMfi prétexte ée travailler à la conatraetiûii'â'uo balton avec lecpiel on devah bnUer l'armée française^ tandis que ses^proela^ mations, d'aco^ avec oelles^u géoéiid Kufn-^ soff rassiuraient le peuplade Moscou, en oban-* géant en victalrea les déCaitea de rannée russe; A Smolendt les Français avaient été battus ; à la Moskovra ils avaient été détruits. Si l'armée ru4se.se>retimit^ e'étatt pour prendre une meHl€W*e posUion et marcher au devant de ses ren^ f<WS»

. 5 O^peadantles m44es partaiertt éd Moso&n, et l'on enlevait les archives et le trésor du KremKa. Lorsipe Xarmée russe fin aux portes delà viUei il d^vintimpoasîUe de cacher la TériAé « Beaucoup d'habUants prirent la fuite, 4'«itres teiMèrent cb^ew, pleio^ de e»n^mûB dans Tintérèt que les Fpcw^iadevaieipt meitre à conserverMoscou. Le.i4«a«,m0itin,Je4i^Q«»epneui^assembia iit>is à qugf^e miUe hpmmes de la lie du peuple parmi lesqpieU étaientdes^rimtnelaansupieb on tlonwi la. lib^lé» Qn kur< dl«art.bii»4es* ftisées et de» mécbe^ioi^Didifûcesr et les oi^oius de t^rUoe te^

SSO LftfTMS

çareni Tordre de les conduire dmt iMle kifitte. Les pompe» furent brisée» et le^léparl de» ooto^ rites ctrite» qui enirirefit Tannée fat le signal de Tineendie. Vwnm*g»é0 en mvnrsani la ville la troava presque déserte^ , le» baMtamê rcotemiés dan» leur» iiMil»on»aiieodaleBt ee (fom nous alHon» dëolder de leur sort. Mnî» à peine Tempereur él&iMt établi au KremKii^ qnele b»» ËSPi Immense bftilmeiit qui comenaic pin» dn f 00)Oee booltqnes étàU U?ré aan tetnmei* Le lendemain et les jours snivani» le fen fat mi» à ï^ fols <tet)» ton» les quartiers. Un vent violât fl^orltnit le progrès ie TMOendîe , et il était impossible de les arrêter parce qu'on avait en fa étudie précaailon de déonire les pompe». Les incendiaire» sarpris en flagrant délit étaieiufif* siRés »tir le champ. B» dédaraieiit qu'ils âwaient etécnté les ordres d» gonvomenr et monraienc avec résignation. »

' PIos loin Mé de FesEenzae déprint ainsi le tablean de Moscon après Tincendto. « Célait|dH4Iy nu étrange et borrilHe BfMeUiclev Ckaewadese» déi^mbres offrait nn ai^ct diffirent. Qiielqnes miôson» semMttient avc4r été rasées; d^Mnrais nvaient eonsenré'qaelqaes pans de mnraiUe poiroi» par la famée. Les^ rnes éu^at eneom*

SUR LA MSSIB; oii

htioÊtéB àSbith de tonte espèee, âne affreuse edenr-de bpùié s-exbalait de tont côté. Çà «t là ttw efaâ«fliière9 me églifte, un palais ^'élevait au miiitU'de'ce grand désastre. Les églises. sur* tcM par leurs dômes de niiUe ceuleiurs^ par la rsofaesse- et la bizarrerie de leur coustruoii^Qi uena* faf)|»etoieut l'aoeieune opulence de Mx»' cou.>''Iiaff>lufCit1: des^ habifônts cbassés par nos soldats des siiiisons ^ue le feu avait épargnées, s'y^AVBntréfugiés.Cesînfertunéserrantseomme des ffieetnes au miHeu des ruines et couverts de lunbeaux, aidaient recours aux plus trtsies e&pëdients pour prolonger leur misérable e&is* tenee. Tantôt ils dévoraient an milieu des jar^ dtAs quelques légumes qttis'y trouvaient CBcore, tsiMôt 4ls afpacbaient des lambeaux de la chair des aninianx morts au milieu des rues ; on en vit a»ème quelques use plonger dans la rivière et en retirer du blé que les Russes y avaient jeté et qui était en fermentation. En un mot, ils souffraient déjà tout ce que aons devions bientôt souffrit* ItoiMMnIémes. PeiidBRt4ioti*e marche, 4e bruit de itos' tambours, le sem delà musique militaire, rendaient ce spectacle «ncôre plus tristeen rap* pél&flt Tidëe d*un triomphe au nrilieu de Tirnage de ta destruction, delà misère et de la mort. »

d52 LKTTfteS

Le Kremlia est we cit^delte presgae triM^nlaire, auirefoîs eotoiirée de fos^é^^ fwoé& à présent par une.eacaioie de baiMs^morailiei^t flapquée d'une tour massive à chaque ao^^e. fie la fondation du Kremlia date oelle de> Musoob même. Cette forteresse existait dèsJe. wUeu-dis douzième siècle. Ce n'était d'abord qulnna «impie construction en bois .avee, une. palissade ^ Moscou n'était qu'un village» Yingt ans pki»

tard, c'est à dire vers li$Oou 1174^, Àmùré^ petit fils de Wladimir MoaoMaque , |»inoe ide Kiew, éleva au milieu de ces frêles babitMLsiis une église en pierre, et y déposa une iniraQalei»ej image, le portrait de la Vierge, peint.par saifH^ Luc. Saccagée et brûlée au mllieu.du treimème: siècle par les Mongols, la jeune villet lui reconstruite l^ieotôt après sur un emplaoement-plu» large. Une cabane d'anacborète fut.oonveitie en une église ; des 4oûx côtés de^ la rivière s'élevèrent des couvents. Moscou devint la résidenca de Jouri III,. la capitale d'une priucîpaaié qui,de siècle en siède, et pour ainsi dire d'année en année, devait étendre ses limites au nord et au sud. Ivan Danéiovitsoh la dota de deux nouvelles églises, et l'entoura d'une forte barrière en chéoe. Dmitri , son petit-fils, remplaçai ceu^

tMrrriére par une muraille en briques. Vers la fin du quatorzième siècle, après les ravages d'une peste désastreuse et de plusieurs guerres^ Mos« cou s'àendait sur les deux bords de la. rivière^ H reuferniait déjà une demi-douzaine d'églises et de monastères.

Des églises, des monastères , une forteresse , Yoilà te berceau de-Moscou, et toute son histoire est là y entre un glaive qui répand la terreur et une relique cpii impose le respect. Dévastée au quatorzième et au quinzième siècle par les princes de Lithuanien elle se releva une troisième fois de ses mines sous le règne de rambiiieuxIvanVas* Silievitsch, qui lui donna pour premiers trophées les dépouilles de Novogorod , agrandit son enceinte et bâtit les tours du Kremlin. Ses successeurs continuèrent son œuvre avec ardeur, et, sous le règne d'Ivan-le-1 erriWe , Moscou occu* pait déjà un immense espace.

Le Kremlin, qui a été le premier noyau de cette ville , en est resté le point centra}. C'est de là (pie les différents quartiers se sont étendus do côté et d'autre , comme les rayons d'une roue , et c'est là qu'ilsse réunissent comme leUn autour du fuseau. Le Kremlin domine par sa situation toute la cité. Son clocher d'Ivan Yeliki avec sa

GOutK>le dorée s*élève au dessus des autres clochers qui rentourent, et ses remparts épais, crénelés , semblent encore'^réts à défendre là demeure des isars et le sanctuaire des patriarches. A Tîntérieur, c'est un singulier assemblage de constructions de différentes époques et d'édîftce» de toute sorte. Rien de syrriétrîque, rifen de régulier, liî dans les rues qui traversent rencehue, nf dans les espaces vides qui séparentles bâtiments. Cathédrales, chapelles, palais , tout a été jeté là de siècle en siècle par la pensée pieuse ou le caprice du souverain , édifié par la fantaisie de l'artiste , et tout ce mélange d'architecture rdîjgieusé et profane, de style antique et byzantin, de flèches algues et de coupoles arrondies, toute itîette variété de teintes et de couleurs, de façades, de clochers, produit un effet étrange, inexplicable , qui étonne comme un rêve , qui offre! aux regards fascinés tantôt l'attrait d'une arabesque, tantôt l'auguste aspect d'un monument consacré par le temps et par de nobles souvenirs. '

C'est d'abord la cathédrale de l'Assomption , la première église bâtie en pierre à Moscou. Sa nef est étroite et sombre , sa voûte soutenue par quatre énormes piKers qui occupent presque le tiers de son enceinte^ et ces piliers, celle voûte,

SUR LA RUSSIE. iH

ces murailles , sont du ham en bas couverts de peintures à fresque, représentant sous une forme gigantesque des figure^ de saints et d'apôtres avec des manteaux de pourpre et des auréoles d'or. Uteonosfa^e , c'est à dire la barrière qui sépare le sanctuaire du reste de l'église , et qui s'élève jusqu'à la voâte^ est comme une de ces murailles fabuleuses dont parlent les poètes de rOrtenty-une muraille de vermeil couverte d'ima* ges ciselées, éblouissantes de pierreries. A droite des portes qui s'ouvrent au milieu de l'iconostase, et qu'on appelle les portes royales, est une image de saint Jean, peinte, dit-on, par l'empereur grec Emmanuel; à gauche, une Vierge vénérée, qui porte sur la tête, entre autres ornements, deux diamants, dont un seul rendrait le plus pauvre poète éligible. Ge qui est bien plus précieux aux yeux du peuple russe que toutes ces peintures, ces couronnes de dia-mants, ces amas d'or et de vermeil, ce sont les reliques enfermées çà et là dans des châsses. Il y en a pour toutes les dévotions et tous les accidents de la vie , depuis la tunique de Jésus- Christ, dont personne n'oserait contester l'authenticité , jusqu'à des ossements de saints qui guérissent diverses maladies. Un sacristain

montre du doigt aux fldèies celles qui o»t le plus d'efficacilé; ih se signent à . différenli^d reprises devant ces travaux de la, foi t y 4^08enA un pieux baiser, et s'en vont vers une aiMjre chapelle également pleine de reliques, là ils^ se signent encore , se prosternent avec bumilitë, d^ ettent la face contre terre, puis s'approchent d'un moine qui se tient debout devant l'auiçl ^ et leur donne à baiser sa main droite , qu'il a soin auparavant, dit-on, d'imprégner d'une bonne odeur afin de flattei* l'odorat des respeo^ tueux croyants. Je n'ai pas vérifié le fait et ne veux point l'affirmer. C'est dans cette égUse qu'on enterre les métropolitains et qu'on cour ronne les anpereurs.

Tout près de l'Assomption est l'église de i'ar^ change Michel , bâtie à peu. près dans la méma forme , surmontée également de cinq coupoles ^ enrichie d'un splendide iconostase et de plusieurs reliques en grand renom. L'église de l'Annonciation, est pavée en agate, chargée d'or et de vermeil , et couverte sur toutes ses faces de jigures d'ap6lres et de martyrs, au milieu desquelles apparaissent des philosophes grecs , ce qui me semble. une preuve de rare tolérance. Il est vrai que les imagçs des saints sont entourées

SUR LA RtrSSlE. iSJ

d*aiie auréole , ei qiié celles des stigfes de l*anil* quicë se porlent poîntce signe de gloire céleste. Aifi&i le hm peajHie de Moseou peut encore s'y reGonnâtire.

. Si l'on fait quelques pas hors de ce premier eq>ace, du côté du quartier appelé te Ehaigorod, Yoioi bien certainement l'édifice le plus bizarre, le plus étonnant qui existe : une église à deux étages, oomiposée de vingt chapelles, surmontée de seize loi»rs d'inégale forme et d'inégale grau'^ deur, eeHe*ci pareille à un clocheton naissant ,* celle4à pointue et élancée, une autre tordue comme les replis d'un turban , une quattîème tafUée comme un artichaut, une cinquième ornée de trois rangées de pierres arrondies eonmote des aiguilles, une sixième surmontée d'un globe comme un de nos honnêtes clochers de vilfeige, et d'une croix grecque posée sur un croissant y toutes ces coupoles, toutes ces tours bariolées de diverses coiâeurs, sont peintes en rouge, en bleu, comme les grains d'un chapelet. On ne sait, en regardant cette église, où est la porte prtndpale , ni l'âutel , ni la nef, de quel côté elle commiince , de quel côté elle fiait. C'est un vrai. conte fantasiique. Elle fut bâtie, l'année 155^, 'en mémoire de la prise de Kasân. Le

prince qfà m avait ordonné ta oanainietlèn tàb tà émerveillé en la voyant , qoe , 4a penr qm» son architecte n*eû( Tidée d'aller décorer «m autre pays d'un pareil clicf-d'œuvre , il se hàia' de lui faire crever les yeux. Cëialt Ivm IV, sur- Qommé le Terrible. Deux yeux de plus on â^* qnûins dans «a prlncîpauté lui importaient: pevt^ et il était fiftr, en prenant ce parti, d'^von* une' église unique, unique à ce point, que le& édifk^ les pins désordonnés de Moscou* paraissent encore fort raisonnables à côté de cet a^eiMbla^ de canes, de bulbes etd-eKcroi^anceft; ' ' ^ Les remparts du Kremlin, qui touchât ftlaM de merveilles religieuses , t^enferavent auM H» palais el les richesses mondaines des tsars, Tun remai quabieparses f^ierîes étagées* comme de^ gradins et aboutissant a un étroit belvédère , Tauli^e par son revêtement a facettes. Le pln^cU" rieux à visiter est celui qu^on appelle le Palais^ Rouge. Il renferme toutes les conrbimes des diverses contrées subjuguées par la Russie, de^ puis celle de Kasan jusqu'à ceVIe'de Pblègtile, lés* globes, les sceptres, les trônes des tsars, leë vé^ tements que les empereurs ne portent' fjti'nne fols, le jour de lem* conronncmeni,l6litc fliîstoire de Tempire russe racontée par les lusl-

SUA I.A miiBIE. MO

g»H à^flattOMTohie, tetts le» d«ii» offerte aux aoGiettfl'tfidf a de k Mosoo^ia ei à leurs puissants suçcesteora pan tea cfacifs de bordés et les priii* cesti|u'iia ont vaincas, et tea larges tasee dV sur. leaqtt^ ki ^oorgeoi^ de Mosdoa viénrt tiBvït la pain atte sel àaan sowrerain chaque fois qu'il daigne TboBorer de éa tirile. II feudrait être td-' fudatre ou bijoalifer poar décrire CdnVenabfe^ msm rédat, la valeur de ees innombrables bon* qaeta d'émeraudea^ de saphirs, de briMants, cei ii$sm dd^peries et ceaobatne» de diamants. J'ai ta le gardieft.âe ee magasin d'orferrerie s'épuîacr en effiurta pour ébleoir mes regards par l'as* pael4a ce Infte aaîaiîqHe, et j'ai noté senleihent tms abjeta qal évaâlâieat ea m(A quelque ématioa i les loiffdes et larges bottes de Pierre-le- Grand aaxqueHes le (Bgne empereur remettait lui-raêtne tiiie bcmne paire de clous quand le talon msah mifte de vouloir se séparer de là femelle ;• le ferancard grossier sur lequel Charles XII malade se faisait porter de rang en ran<y au miHeB de ses troupes, le Jour dé sa lerrîbte batalUd de Pultawa, et le livre renfermant li eoBstîtutiott de Pologne, que PficoFas a jet5 comme an faolacaasia au pied du portrait d'A-* Imodre/

Une autre salie est remplie de glaives et de casques , de boucliers et d^armures , ëmainés , dorés, ciselés \ ceux-ci avec la richesse du goût oriental, ceux-là avec un art exquis. Mais toutes ces armures si pesantes, ces épées à deux mains, ces arquebuses à roue , ne sont que des jouets d'enranti comparésaux trois gigantesques canons placés à l'entrée de l'arsenal. L'un a la gueule ouverte comme s'il voulait avaler tout d'une fois un régiment ennemi, les deux autres sont longs comme s'ils devaient lancer leurs boulets de Moscou à Constantinople. Tous les trois n'ont qu'un petit inconvénient, c'est de ne pouvoir ja- Biais être employés dans une bataille. Malheorèusement près de là il y en a d'autres qui ont fait un glorieux service, et sur lesquels j'ai jeté un triste regard. Ce sont ceux que nos pauvres soldats mourant de froid abandonnèrent d'une main défoillante sur leur route glacée, et que les Russes ont eu tout le temps de recueillir.

A côté du palais des tsars^ que l'emp«reur fait reconsuruire à lurésent sur un plus vaste espace et dans de plus hautes dimensiras, est le pabis des Patriarches, étroit, s(»nbre, et rempli d'une quantité de mitres, de crosses en or et en vermeil, de vêtements chargés de perles e^ de rubis:

SUR LA RUS&rE. 361

que les moines déroulent avec orgnfïil. Là est aussi la bibliothèque du synode, composée tout entière d'ouvrages grecs et slavonjs, parmi lesr quels on m*a montré un très beau mauusci it d'Homère que le bibliothécaire avoue p!avoii* jar mais lu, en sorte qu'il ne s%it jusqu'à quel point il est confQrme au texte imprimé.

Et la ctoçhe! Je croi^s, Dieu me pardonne, que j'allais quitter le Kremlin sans parler de la fameuse cloche. Je me hâte de dire que je l'ai vue, non plus ensevelie à moitié danslesolcomme elle l'était naguère , mais posée sur un joli pie-: destal de granit par un ingénieur français, M. de Montferrand. Les dimensions de cette cloche ont été indiquées dans toutes les statistiques, elle a viAgt pieds de haut etplus de vingt-deux pieds de diamètre. Si elle avait été fondue trois siècles plus tôt,, le jQxeux çujçé de Meudon n'aui:alt pu choisir uq plus dîgqe grelot pour la jument de Gargantua^

Le Rremliq communique avec la ville par cinq powes.oraées d'images, et illustrées par.mainie

légjçndejiérQïq ue et religieuse .. Il eu est deux surtout dont l'aspect seul iuçpire au peuple le plus profond respect. L'une csl la porte de Saint- Nicolas. Une ancienne image de ce saint, encadrée

T. I. Zi

S6l LETTREE

SOUS une vitre, décore cette porte, et une inscri-* plion placée sur le mur rapporte que dans l'explosion de 1812 , tandis que les remparts du Kremlin tremblaient , que Tarsenal était renversé, et que la tour et la porte de Saint-Nicolas se déchiraient de haut en bas , Timage du saint et la vitre qui la recouvre restèrent parraitement intactes. Je laisse à penser comme on cria au miracle, et avec quels regards pieux le paysan russe contemple ce témoignage palpable de la faveur du ciel. Aussi, du matin au soir, des flots de monde se pressent à l'entrée de cette porte, font des signes de croix et allument devant le bienheureux saint Nicolas des cierges et des lampes. L'autre porte est encore plus vénérée. Elle est ornée d'une image sombre dont on dislingue à peine les traits^ et qui représente le Sauveur. Devant ce cadre noirci par le temps est une lampe grossière suspendue à une chaîne épaisse, une vraie lampe de prison ; jamais tête de vierge entouréede brillants et desaphirsjamais iconos*tase portant sur ses larges ailes toutes les figures de l'ancien et du nouveau Testament, n'inspira un aussi vif sentiment de dévotion que cette image sombre incrustée dans la muraille et cachée derrière cette lampe antique. On raconte

SUR u Russie; 363

qu'une fois elle a par sa merveilleuse puissance arrélé rinvasion des Tartares y et préservé la ville de leurs ravages. Ils arrivaient en triomphei' croyant déjà s'enrichir des dépouilles des mar* chands, et trôner comme de fiers conquérants au Kremlin $ ils s'en retournèrent confus et épouvantés : la sainte image avait jeté le trouble dans leurs regards , Teffroi dans leurs cœurs et l6 désordre dûns leurs rangs. On dit aussi que lors-*' que les Français, plus intrépides que les Tarta* res, envahirent Moscou, ils voulurent s'emparer de celte image sacrée, qu'ils ne purent, malgré tous les effort^, ni prendre ni détruire. U y a une autre histoire qui s^ rattache à cette même porte et qui lui fait moins d'honneur. Sous le règne de Catherine, quand la^este éclata à Moscou, le peuple , décimé , terrifié , n'ayant plus aucune confiance ni dans les médecins qui essayaient de venir à son secours , ni dans l'hygiène qu'oa lui prescrivait, s'avisa de prendre limage miraculeuse comme Tunique remède qui lui restait pour se préserver du fléau. On vit alors toute une population pâle et maladive se précipiter avec une sorte de frénésie vers cette relique, se la. disputer, se l'arracher, la serrer sur son cœur; la couvrir dis baisf^rs. L'évoque , jugeant que

celle agglomération de la foule , ce contaGl de tant de milliers d'iadividas ne pouvait qu'augmenter et propager les germes de contagion, voulut enlever cet objet d'un culte si dangereux. : il fut massacré sur place. Quelque temps après, la peste cessa , le peuple attribua son salut à sa piété. L'image du Sauveur fut remise à son ancienne place, et vénérée plus que jamais.

La porte qu'elle décore s'appelle la porte Sainie, nul Russe ne la traverse sans faire plusieurs signes de croix , et pas un étranger, de quelque religion qu'il fût, ne pourrait y passer impunément sans se découvrir la tête. Non loin de là est une image de la Vierge entourée d'une auréole de gloire militaire. Elle a fait la campagne de 1812 , et on hii attribue la retraite de notre armée, la défaite de nos malheureux soldats.

Je n'en finirais pas si je voulais raconter toutes ces légendes et ces adorations de la religion grecque. C'est ici que la piété du peuple russe éclate dans toute sa force et sa primitive can-. deur. A Pélersbourg, elle est altérée par l'influence d'une capitale, par le rapprochement de différentes églises et de différents cultes, par le contact incessant d'une quantité d'étrangers dont la'plupart arrivenilà commode vrais mécréants.

SUR LA RUSSIE. SiB5

Ailleurs, elle ne peut s'exercer sur un si large €space, devant des monuments «lucres. Moscou est donc sa vraie sphère. C'est là que se trouvent les reliques les plus précieuses ; c'est là que le miracle, cet enfant de la foi, comme a dit Goethe, se perpétue de géilération en génération, éblouit les regards et subjugue Tintelligence de la foute. C'est là enfin que le peuple a conservé pour un autre miracle, au milieu de la société plus ou moins sceptique et corrompue des nobles et des grands, sa croyance intacte, sa pensée religieuse et sa ferveur naïve. Moscou est son sanctuaire, sa métropole; il se découvre là léle en voyant de loiu raniîque cité, il l'appelle sa mère, sa ville sainte, et ces deux titres expriment à la fois toute la tendresse qu'il lui porte et le sentiment respectueux qu'elle lui inspire. Il faut voir, la veille des jours de fêle et les dimanches, quand les battants de toutes les cloches sont en branle, quand les carillons des monastères, des cathédrales résonnent d'une extrémité de la ville à l'autre, il faut voir les milliers d'hommes, de femmes, d'enfants, qui se pressent autour des oratoires étroits et des petites chapelles, ondulent dans les rues et sur les places du Kremlin, courent d'une église à l'autre

pour couvrir de baisers les ossements des Saints ; il faut les voir se firapper la poitrine devant les images d'or et d'argent, se prosterner devant les moines, allumer des lampes, des cierges devant une tête du Christ ou de la Vierge, et se jeter la face contre terre. Tout ce que j^ai entendu raconter des pratiques des Espagnols, de leurs prières, de leurs signes de pieté, ou si Fon veut de superstition, ne me semble pas comparable à ce que l'on voit ici deux cents fois par a».

Pendant le temps que j'ai passé à Moscou; j'allais chaque jour au Kremlin et ne me lassais pas de contempler ses églises, ses palais. Je descendais chaque jour dans la ville et de quel-* que côté que je me dirigeasse, j'étais sûr de trouver sur ma route les scènes les plus neuves et les plus variées. La ville brûlée en 1813 a conservé presque tout entière dans sa reconstruction, le caractère architectural qui la distin^ guait autrefois. Dans certains endroits, on n'a fait que relever les murs calcinés, renversés par l'iucendie ; dans d'autres , les maisons ont été seulement élargies ou exhaussées ; du reste ce sont encore les mêmes rués tortueuses, les mô« mes places irrégulières et le même mélange d'é« difices grandioses et d'habitations obscures, de

temim et de jardins. La police qui, en Russie; se mêle de tan( de choses^ n'est pas encore intervenue, à ce qu'il paraît, dans. les plans de consiruction. Elle n'a pas déterminé l'aligne* ment des maisons, la bautenr des, façades» l'enH placemcaitdes grands propriétaires etdes petits» Cliac^n a bixi son nid, qui de ç^ qui de là/ comme bon lui semblait, . avec des ogives de cathédrale ou des lucarnes de grenier, des balcons dentelés ou de simples escaliers en bois. De là le coup d'oeil le plus singulier et les contrastes les plus inattendus. Vous sortez d'un riche ma-* gasin où vous avez vu étaler toutes les richesses de l'industria moderne^ et vous voilà devant une misérable boutique où le moujik à longue barbe,' vêtu comme ses ancêtres, vend de la même mal nière, avec les mêmes frais d'éloquence, lesmé* mes denrées grossières qui se vendaient là il y. a deux cents ans. Vous admirez l'étendue d'ua édifice public, les colonnes, les balustrades d'une maison de grand seigneur, et vos regards tomr beni sur une pauvre échoppe étroite et chétive qui s'appuie sur le palais comme l'arbrisseau u^emblant sur le tronc du chêne. Vous venez de traverser un quartier construit avec symétrie/ décoré avec art^ et vous yous dites '; Voilà vrai^

S6S LBTTAttS )

ment uue belle et grande ville. Fuites encore quelques pas, et vous pourriez bien vous croire au milieu d*un pauvre village.

C'est du haut de la montagne appelée la montagne dea Moineaux, qu'il faut voir Moscou pour comprendre sa vraie beauté et jouir de son ensemble. On traverse la longue rue dans laquelle s'élève le splendide hôpital fondé par le prince Galitzin, à une époque où les chefs de la noblesse russe étaient encore si riches qu'ils pouvaient faire des fondations spleodides comme celles des rois. Puis voici la porte de Kalonga, par oii passa la plus grande pariîe de noire armée en quittant Moscou. Ahl c'est là une autre porte sainte, la porte devant laquelle tout Français devrait s'Incliner comme les Russes devant celle du Kremlin, et adresser au fond du cœur un souvenir de respect à ceux qui sont morts, un vœu sympathique à couy. qui ont suivécu.

A peine hors de la barrière, le pavé et lu chaussée cessent brusquement, on ne trouve plus qu'un chemin raboteux, inégal, coupé par de profondes ornières où l'on risque à tout instant de briser son légei* droschky. C'est encore là un de ces contrastes qui ne se voient qu'en

StHIiA RUSSIE. 9&d

Russie» uue ville riche et grandiose, et à quel* ques pas des plus belles rues un chemin auquel la plus pauvre de nos communes n'oserait pas donner le nom de chemin vicinal.

La moniague des Moineaux n'est pas une montagne. C'est tout simplement un plateau arldç et nu, bordé çà et là de quelques bouquets d'arbres, assez élevé cq[>enâant pour que de là on puisse, d'un coup d'œil , embrasser toute la plaine qui entoure Moscou et la vieille cité des tsars avec son immense amas de maisons , ses centaines d'églises, de palais, de couvents, ses clochers pareils à des minarets, ses globes éiincejants, ses hautes croix rayonnant dans l'air, ses coupoles dorées qui miroitent au soleil, ses ddmes bleus et étoiles et ses larges toits peints en vert. Quelle ville ! On dirait une mer d'édi* fices ; les teintes austères du Nord , l'éclat de l'Orient, les flèches élancées du moyen &ge, les terrasses de l'Italie , les remparts séculaires et les rideaux de verdure se marient, se croisent, et de tous les côtés attireot la pensée et charment les regards.

Une seule chose dépare cette cité si richement ornée par les homme» et si bien dotée par I0nature,c'e«trinsufflsancedeseseaux. « Voyez,

S70 LBTTtSS

disait 00 jour un naïf observateur des choseshu^ mainesy voyes cemnie la Providence est sage ei prévoyante^ partout où il y a une grande ville, elle a fait passer un grand fleuve. • La Providence n'a pas été si libérale pour Moaoouf elle ne lui a donné que trois rivières dontdeusi pourraientTort bien s'appeler dea ruisseaux el dont la troisième , la Moskowa , n'est nullement en proportion avec l'innombrable ^oantilé-de con« structiotts qui bordent ses rives. Ces trois oonra d'eau ne suffisent pas même aux besoins quotidiens des ti*ois cent mille habiumts de Moscouv Il a fallu, pour remplir chaque jour leurs ihtàb^ res et leurs tonnes de kpoêê^cremev des «que*ducs et construire de profonds réservoirs^

Au pied de ce plateau d'où l'on •contemple ainsi la ville aux vieux souvenirs , Tempereur Alexandre avait voulu faire élever un temfria colossal en mémoire de la campagne de 1812.

L'emplacement choisi pour cette œuwe commemoraiive était un terrain iàngeux, entrecoupé de larges crevasses et entouré de sable. Avant d'oser y entreprendre le moindre travail de ma-* çonperiey il fallait dépenser des sommes considérables pour aplanir ce sol inégal^ l'affermir, lui donner quelquid consistance. Les gens experts

SUR LA RUSSIE. Sll

troimiieiit , à vrai dire, ce choix asse2 bizarre ; mai» farchitôote avait vu en rêve, comme par iinees{)ècederévéIatioti, le plan de son édifice, et le lieu où il Mlaitrélever. Situation, construction, ensemble, détails, tout dans Taspect extérieur de ce monument^ dans la disposition de ses eolonnadés, de ses fenêtres et de ses gradins, devaitavoir un caractère symbolique. Alexandre, qui, comme on le sait, avait un penchant assez pronoDcé pour tout ce qui s*offrait à lui avec une cerlaine t^te de mysticisme poétique ou religieux, adopu le plan de Tarchltecte et vint luimême en grande pompe poser la première pierre du nouveau temple dans le ravin qui lui était indiqué. Après deux ou trois années de travaux, OB reconnut enfin Timpossibililé physique d'établir dans un pareil lieu uii édifice tel que celui qui éiaît projeté. L*architecie fut mis en prison et cofidanmé à y rester jusqu'à ce qu'une nouvelle révélatîoD lui aidât à rendre compte des sommes eonsidérables dont l'emploi hii av)ait été confié, et comme il fiallait absolument ériger un temple aux souvenirs de 1812, on choisit un autre emplacement moins symbolique peut-être que le premier^ mais beaucoup plus convenable sous tous les fapport9.

379 L«rTU8 '

Au nomevc où nous alKOBâ quitter |p monta^ gne desMoineanx, BOUS vîmes venir à nous, sur un léger droschky, un hoBMie à la figure grave et douce, portant rhonnèie costume avec lequel on nous représeule ordinairement les notaires et les docteurs du dernier siècle : cravate blaii«* che, frac noir, culotte^ et bas de soie. Venez, aie dit mon guide, c'est M. Hase, le médecin delà prison; vous trouverez en lui un homme rem»^ quable, et je le prierai de vouloir bien nous conduire au milieu des pauvres gens dont il est le patron et le soutien. Nous nous approdiàmes du vénérable docteur, qui noua serra les mains avec cordialité et nous emm^a aussiUk du cdté de la fatale enceinte où il r^nd chaque jour les trésors d-une charité vraiment évangélique. C*esl là que de& vingt-deux gouvernements ar^ rivent , toutes les semaines , les malheureux condamnés à foire le voyage de Sibérie, soit pour « y être employés aux travaux forcés , soit pour y éire détônus comme colons. Ils passent huit jours dans celte (prison centrale. Le dimanche, on les revêt d'une veste bigarrée, on leur rasé la moitié de la tête , et (m les place, la chaîne aux pieds , sur des charrettes découvertes qui les mènent de station en station au lieu de leur

SUR LA AISâSIB. 37d

exih Le docteur allait assister à Tub de ces départs. Nous passâmes an milieu d'une baie de soldats eu grande lenue^ ornement inévitable de tout cachot^ nous entrâmes dans une grande c<mu* où ces malbeureux , destinés à mourir pour la plupart à six cents lieues de là, regardaient encore une fois le ciel qui les a vus nattre, et se souvenaientpeut^^tre de la demeure paternelle où ils ne rentreraient jamais. Des bommes se promenaient de long en large, traînant leurs lourdes cbatnes sur le parc; des femmes étaient assises par terre, la tête peocbée sur leur poitrine^ des enfants, qui partageaient le sort de leurs psurents et qui en ignoraient Tamertume, se roulaient en riant sur les genoux de leur mère et jouaient avec les enfants du guicbetier. Plusieurs de ces pauvres gens , condamnés ainsi à quitter pour longtemps, pour toujours peut-être, leur pays natal, leur maison, leurs amis, ne portent point dans leur cœur la lèpre du vice ou la flétrissure du crime. Les uns subissent ce châtiment pour une faute politique, d'autres pour un instant de révolte contre un maître inexorable ; d'autres , bêlas ! sont les victimes d'une erreur ou d'un cruel caprice. Chaque seigneur russe a le droit d'envoyer ses serfs en Sibérie, il ne fait que les T. !. 52

tu trtmu

désigner à la Justice , et on les emprisonne, on leur rase la tête, on les expédie à Tobolsk avec la chaîne des forçais. Celui qui les livre à ce supplice est tenu seulement de leur payer une pension alimentaire. EstH^e là une obligation assez forte pour Tarréter dans un mouvement de colère? Est-ce un moyen de répression suffisant contre Tinjustice et la cruauté? Il y a là dans la législation russe une affi'euse lacune, et, par les larmes de ceux qui en ont été les victimes , par les soufiirances qu'ils ont subies, par ia toi de Dieu^ enfin, llmmanité entière demande qu'elle soit réparée. On m*a cité une jeune femme belle, grande, forte, qui ne voulait pas vivre avec son mari parce quil était infecté d'une maladie hideuse. Le mari a recours au seigneur; le sei* gneur, qui, dans un épouvantable seniiment d'avarice, pensait peut-être aux robustes enfhnts que cette femme pouvait donner à ses domaines, veut la forcer à accomplir son devoir conjugal. Elle résiste, et il Tenvoie en Sibérie. Au bout de quelques années, il la fait revenir, la retrouve inflexible à ses ordres et la condamne de nouveau à l'exil. Le poète Pouschkin racontait qu'il avait un jour renconuré sur la route de Tobolsk, parmi les criminels condamnés à la déportatioi)

SUR LA RVISIE. >75

pour vols ou pour meurlresi une j^une fltle d*une grâce et d'une beauté angélique. Après avoir servi peudant quelque temps comme une esclave auxpiaisirs de son sultan, cette malbeureuse s'éiait laissé attendrir par un homme qni lui demandait peut--éire à genoux une parole d'amour que l'autre exigeait impérieusement, et elle allait en Sibérie expier dans Texil une heure de tendre abandon. La pauvre enfant, dit Pou* schkin y habituée pendant quelques années à toutes les jouissances de la fortune et aux raffinements du luxe, souffrait bien plus que ses rudes compagnons des fatigues de son long voyage» Les cahots de la voiture lui meurtris** salent le corps, et elle regrettait de n'avoir plus de gants pour garantir ses mains de l'ardeur du soleil. Cependant, au milieu de ces souffrances, elle ne se repentait point d'avoir été trop tendre, elle parlait avec un accablant mépris de celui qui l'avait subjuguée par son autorité souveraine, et emportait avec joie à l'extrémité de la Russie le souvenir de celui qu'elle avait aimé.

A notre arrivée dans la cour, une vingtaine de condamnés se précipitèrent au devant du docteur ; ils lui adressaient leurs suppliques, ils lui parlaieat avec effusioo , ils lui baisaient les

mains. Cest loi seul qui a vraiment phié des prisonniers dans cette maison d*agetits de police et de gediiers , c'est lui qui guérit leurs j[}laies , qui leur donne des consolations et des encouragements, qui leur distribue des aumônes. Les condamnés ne peuvent point emporter d'argent avec eux, mais tout ce qu'ils possèdent et tout ce que la charité pieuse leur accorde est envoyé en leur nom au lieu où ils doivent vivre, et ils th)uvent du moins en arrivant ce secours pécuniaire pour les aider à souffrir les premiers rigueurs de leur captivité ou de leur bannissement.

Nous entrâmes dans une large salle en boîs ,* nue et sombre. Devant une petite table couverte de registres était assis un greffier du tribunal , homme dur, sec, inaccessible à toutes les demandes et requêtes, vrai greffier de cachot , établi dans ce lieu pour faire sentir aux prisonniers ^ toute la pesanteur de celte balance de fer qu'on appelle si généreusemen) la balance de la justice. Le docteur s'assit modestement en face de lui, et il s'engagea entre ces deux hommes d'un caractère si différent un des débats les plus émouvants qu'il soit possible d'imaginer.

Les condamnés se présentaient l'un après Tau* Irepour faire une réclamation légale, ou exprimer

UQ vcea d'iufortune. Ceiuirci avaii eu la jambe entamée par ses chaînes, et souffirait tellement , qu'il avait à peine la force de se mouvoir ; il sollicitait la permission de rester là jusqu'à ce qu'il fut guéri. Cet autre attendait sa femme, qui voulait partager son exil , et il demandait un délai d'une semaine. Le greffier ouvrait froidement son registre et leur montrait qu'étant arrivés à la prison tel jour, ils devaient être envoyés en Sibérie tel jour, que toute requête et toute réclamation étaient par conséquent inutiles. Le bon docteur lui laissait paisiblement formuler ces conclusions juridiques, puis il hasardait une humble remarque, puis une autre, enfin il se faisait lui-même l'avocat de ces malheureux, et si toute son éloquence compatissante échouait contre l'obstination de son adversaire armé du texte des règlements et de la sentence des tribunaux, alors il intervenait avec son autorité de médecin : il déclarait que, tel homme, tel femme, étant hors d'état de supporter les fatigues d'une longue route, il les envoyait à l'infirmerie, et prenait ce lait sous sa propre responsabilité. Le greffier se taisait, et le docteur recommençait une lulte plus difficile : il s'agissait cette fois d'obtenir un délai pour ceux qui n'étaient pas malades et qu'il

878 LKTms

ne pouvait prendre légalementtom son égid« de médecin. Cette fois il dereoftH tinride et obsé** quieux comme le plus paurre des soUkiteiirs ; il parlait à voit basse au greffier, il le'flattait, il le caressait, il avait toutes sortes de petiM ruses pour ébranler sa résolution ; tantôt ii essayait de Taitendrir, et tantôt de le feire sourire. S'il s^apercevait que ses efforts étaient ttttitties> il chan geaît brusquement la nature éè l'en tretioi^'i I se mettait à discourir de chose et d*auire, comme s'il eût été dans un salon , des anecdotes de la ville et des nouvelles d'Allemagne. Souvent le greffier, séduit, fasciné par tant de douces paro* les et tant de graves raisonnements, accordait la grâce qu^on lu! demandait, et les pauvres prison** niers bénissaient leur évangélique docteur. Pour moi , je ne quittai là prison qu'en le baissant comme eux , et en admirant l'inépuisable bonté de Dieu, qui met uh secours à côté de toutes le» infortunes, qui adoucit les sentences de l'iiomme par la tendresse de l'honime, les souffrances du cachot par la charité.

Tout est dans tout , a dit un grammairien , et cet axidme une fois admis, on ne sera point surpris que, chemin faisant, je me sois mis à mé^ diter sur le sort de certains états, à propos d'une

SUR u liusstB; S7d

fijsagi^ l4^:f(^ae. qui ^ passe ch^ue semaine

4aas la miispn 4^ !^^^ d^ Sibérie oe ressem-

ble^t-ielle pa& à çe)les qu'on ypit très fréquem** .

meot ^ifiJ^ les cqptrees spumises au régime ab^

fiolnU^te? Là il y. a une autorité impérieuse,

séYè^ei 4U&çilet qui, de même que le greffier^

parle aiii i;iom 4e la Ipi^ au nom.d'u^e loi souvent

juste ;4aQS ^es principes» niais souvent vicieuse

dansiie# conséquenci^s^ et cruelle dans ses ap«

plication^} puis il y a une opinion publique in-

dulgei^tf^ bonnéte, qui, comme le bon docteur;

pread pitié de tous les malheureux et s'intéresse

ni^me ai» coupables; qtu comme.lui les défend

par une raison de légatilé ou intercède pour

wx. Gomme hû, quelquefois elle gagne sa cause

el apparaît tout heureuse de Toauvre charitable

qu'eUe vient d'accomplir. Gomme lui aussij elle

éobow.dws ses çiFort^^ et se iretire à l'écart si«

lencic^use et triste» Mqscou a pendant longtemps

exi^cé cet empila de l'opinion. Quand Péters*:

bom^giCQ était encore à son premier développe*

ment, quand le système autocratique fondé par

Pierre^e-Qrand n'avait pas encore vaincu toutes

lesTésistanaeSt^ni assoupli ];outes les ambitionsi

il y avait à SIqscou une aristocratie riche, puis^

cantfi % qfâ 9 ilans i»ea jnaguiûques çb&teaux , att

milieu de se& milliers de serfs etde ses groopes de courtisans, se posait encore comme une royauté fastueuse en face de la royauté absolue des tsars , et protestait souvent contre elle par son silence ou par ses éplgrammes. Plus d'une fois l'attitude que prenait cette aristocratie dans des circonstances imporiantes préoccupa les maîtres de cette nouvelle capitale. Plus d'me fois Paul r' dans la joie enfantine de ses parades miiilaires , Catherine dans la splendeur de sa gloire, $e d^nandèrent : Que dit-on à Moscou?

Maintenant Moscou a vu disparaître l'un après l'autre ses plus beaux écussons; le régime autocratique a tout sul^jugué et tout absorbé; La noblesse russe a passé par le règne de Louis IX, elle en est à celui -de Richelieu, et touche peut-^lre à celui de Louis XIV. Les fils des Yteux boyards confient leurs paysans à la surveillance de leurs starostes, abandonnent leurs dtâleaux à radministi^ation d'un intendant, et s'en vont monlar la garde au palais d'Hiver oa à Peterhof. Les uns ont besoin d'une place pour reparer les brèches faites à leur fortune ; d-auires, très riches encore, sollicitent un titre, nae. fonction, qui. leur. domn^H^plus d'autorM

SUR liÀ nossiË. SSr

que ieur richefôk ou leur nom sécutarre. La loi de Plerre-lc^Grand est fimneUe, et s'exécute à lalettre. Il faut que tous les nobles rosses seryent au moins pendant trois ans soit à ta cour, comme gentilshommes ou chambellans, soit dans l'administration ou Tannée; et, pour servir avec |rius d'ftvantage, ils veulent se rapprocher du sevrerain, qui est le juge suprême de tous les mérites, Tiirbitre de toutes les faveurs.

Geux d'entre eux qui reviennent à Moscou, soit comme fonciîonnaires publics, soit pour y vivre comme de simples particuliers, y rapportent cet esprit de soumission auquel ils ont été façonnés dans l'atmosphère de la conr, et ne protestent phis. Mais un grand nombre de eeâ nobles étfiigrés ne reviennent pas, et les belles maisons qu'ils oeoopaient dans les plus beaux quartiers "der la vîUe, restent désertes ouchan-* genc de destination. CeUe^ci a été achetée par le gouvernement, qui Ta transformée en édifice public, celle-là par un marchand qui y établit ses comptoirs, cette autre par un club. Les lar^ gestapisseries qui décoraient autrefois ee6 appartement» ont été remplacées par des tentu** resen papierpeint, les riches éditionsfrançaises du di&-hiiittèflie siècle par les contrelàçons de

283 UTiAfiS

Bruxelles» et les portraiu ea pied d'ime^ longue ftuite d'aieux par des lithographies et des gra-* vures représentant le Passage dti Mont-Sainf^ Bernard ou les Adieux de Fontainebleau m Chaque soir, les salles du club appellent leur« habitués autour du billard ou du jeu de cartes. Deux fois par semaine on y sert un grand dîners demi-russe et demi-françaiS| arrosé de kvoM et de \in de Champagne.

Après le dtuer, une douzaine de bohémiens et de bohémiennes, au teint basané, à Tceil noirt montent sur une estrade et font entendre lenr^ chants nationaux. Ces chants ont une harmouit) étrange et sauvage : tantôt ils résonnent comme un rire strident et sardonique, tantôt comme lo cri d'indépendance d'une tribu indomptable, tantôt comme Taccent d'un amour passionné ou d'une joie frénétique. Puis tout à ooup cet élan impétueux s'arrête, une jeune fille prend la guitare, et entonne d'une voix douce et plaintive une romance qui a les inflexions les plus tea** dres et les accords les plus suaves. Les autres répètent en chœur sur le même ton la strophe qu'elle vient de chanter, et, à la vue de ces femmes qui portent encore sur leur visage l'inalté^ rable ^odpreinte de leur lointsâne originejt k la

Stlt LA Rt^SIË. 88$

flamme qui jaillit de leur regard ardent et langoureux^ au soupir mélancolique qui s'échappe de leurs lèvres pâles, on se croirait transporté dans ces régions de TOrient où un air chaud et imprégné de parfums subjugue tous les sens, où tout invite à l'amour et au repos, le ruisseau par son murmure, Toiseau par ses mélodies, le palmier par la fraîcheur de ses rameaux solitaires. La romance est achevée, et Ton écoute encore. La jeune fille remet sa guitare au chef de la troupe, qui s'avance, la tête haute, au bord de l'estrade, avec sa jacquette bleue nouée par une ceinture d'argent, et le voilà qui fait vibrer d'une main nerveuse toutes ces cordes naguère caressées si doucement, et éntonneun chant fougueux, un chant qui résonne dans toute la salle comme le bruit d'une cascade ou le sifflement d'un orage; puis il frappe du pied, il étend les bras, il appelle à lui, éomme le héros d'une horde aventureuse, tous ceux qu'il veut entraîner à sa suite; les hommes et les femmes qui l'entourent se lèvent à cet appel, s'agitent, dansent, tourbillonnent : ce sont des cris, des éclats de voix, des trans-* ports qui ébranlent et mettent en mouvement tous les spectateurs.

Cette ctriottie bohémienne , qui est ^ depuis

38b LETTRES

longtemps établie à Moscou, qui s'y perpétue sans que le voisinage des Russes altère rorigina— lité de ses mœurs et le type de sa physionomie, possède seule le secret de ces chansons traditionnelles, de ces danses nationales, et le coa-~ serve précieusement. Plusieurs bohémieniie3 ont inspiré de sérieuses passions dans la grande ville de Moscou. Chaque fois qu'elles apparaissent dans un salon ou dans un jardin public, on voit un groupe de jeunes gens se presser autour d'elles, sollicitant un regard, implorant un sourire. Une d'entre elles est devenue la légitime épouse d'un riche gentilhomme; d'autres ont vendu chèrement un aveu d'amour. Presque toutes ont eu leur roman ; un de ces romans a inspiré à Pouschkin l'idée d'un de ses meilleurs poèmes.

Mais, quelles que soient les séductions qui les entourent^ les bohémiennes ne se séparent guère de leur tribu, ou, si elles la quittent pour quel* que temps, elles y retournent, dès qu'elles sont libres, comme des brebis à leur bercail^ et| à les voir reprendre gaiment la guitare et danser sur l'estrade avec leurs compagnons, on sent que rien ne vaut pour elles les joies de la vie kh dépendante , l'orgueil de parader sur une es*

trâde comme des baïâdères et de chanter des chants qa'elles seules connaissent. J'avais eu , dans ma simplicité de voyageur, la prétention de rapporter en France quelques unes de ces mélodtes'singuiières. Je me fis présenter au chef de la troupe, et lui demandai respectueusement s'il ne pourrait pas m'en noter quelques unes» Il me regarda du haut de sa grandeur , comme un souverain qui parle à un sujet audacieux , et me répondit par une phrase laconique qui se traduisait mot pour mot en ce vers de douze pieds :

Ce qpe Tame a senti, la main ne peut récrire.

Puis il me tourna le dos et s'en alla recevoir les félicitations de ses courtisans.

Tous les convives du bal, jeunes et vieux, au nombre de plus dé deux cents, avaient assisté à cette scène musicale avec un vif intérêt, et ap*^ plaudi à différentes reprises avec enthousiasme. Quorqne les bohémiennes se montrent souvent dans les réunions publiques de Moscou , chaque ÎOÊS qu'on les voit revenir avec leur manteau de pourpre et leur turban , chaque fois qu'elles entoanent leurs singuliers chants, elles excitent autour d'elles un nouveau sentiment de curiosité T. I. S3

et une Tiye émotion . Il semble qne les sonrentrs de lem* patrie lointaine se réveillent à leur vue , et que Tinflaence jadis exercée par POrient sar Moscou se perpétue par Taspect de ces noires beautés , par les mélodies de la tribu nomaée. Dès qu'elle» eurent quitté d'un pas léger leur estrade, tous les spectateurs se dispersèrent dans les ^lles voisines , et s'assirent deux à desx ^ quatre à quatre ^ autour des Jeux de cartes« Un Instant après, ils étaient absorbés dans la coft^ templaiion des as et Tamour des matadors. Le salon de lecture , enrichi de tous les livres étran*gerset de tous les journaux français, allemandsi anglais, tolérés par la censure, resta , je dois le dire, à peu près désert.

La ville de Moscou , si grande qu'elle soit ^ a pris déjà les allures d'une ville de province. Le pouvoir suprême n'est pas là ; on a les yeux tournés du côté de Pétersbourg; on se demande des nouvelles de l'empereur et des princes , on fait de petites histoires sur les gens de la coor et les officiers du palais, comme on en foit dans nos chefs-lieux de préfecture sur les ministres et les chambres. La curiosité d'une population avide de connaître les actions et la pensée des hommes qui la régissent, s'alimente par les eom^

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mentakes d0 ga^ites, les chroniques de salon ; éloignée des hautes affabes , la cité s'abandonne au déscettvrement y et , pour échapper à rennui, se jette dans le tourbillon des fêtes et des bais» Après Yiîeone , je ne connais pas une ville où la société spit. aussi préoccupée du soin de bien vivre qu!à Moscou. Chaque anniversaire est célébré parelleavecen^pressement, chaque solenl^ilé r^ligÎQUse pu politique lui apporte quelque j<^ épicurienne. La religion grecque seconde merveilleusementy sous ce rapport, les instincts de plaisir de cette population. Le martyrologe gi*ec a conservé des myriades de héros chré* tiens I d'apOtres miraculeux , de palmes et d'auréoles. Le calendrier de l'église n'a pas encore subi les atteintes d'une main profane ; il indique plus de cent cinquante jours de fête par an , et quand la matinée de ces jours pieux a été employée en prières et en pèlerinages dans les églises^ l'après-midi et la soirée peuvent être sans remords consacrés aux promenades joyeuseset Siudaloe far mente. Ces jours-là, les quar* tiers de Moscou se dépeuplent comme les villes d'Allemagne par un beau dimanche d'été $ tout le monde s'en va errer gaiment dans les envlrousi sous les verts rameaux du parc de Pe-

trowski, entre les pins touffus de Sagoluik. Les femmes du monde se promènent en grande toilette dansd'élégantes voitures à quatre chevaux ; les bons bourgeois s'asseoient sur le gazon avec leurs femmes et leurs enfants. Toute la forêt est parsemée de petites tables couvertes de tasses en porcelaine ; de tous côtés s'élève la fumée odorante du samovar ^ On se croirait ait sein d'une population émigraute, qui ferait une halte vers le milieu de la journée. Puis voilà que les musiciens entrent dans leur pavillon , voilà que dans cette forêt du Nord résonnent tour à tour les plus belles mélodies italiennes, quelque vieux chant national qui émeut tous les cœurs, et l'air de la mazurka j qui met en branle filles et garçons. La foule s'accrott, les riches équipages tournent par les allées de sable et se succèdent sans interruption ; le peuple est là qui court, qui chante, ou qui contemple en silence le luxe des modes parisiennes, renouvelées à chaque saison dans sa vieille cité, et le faste de son aristocratie. Le Prater n'est pas plus riant, et Longchamps, dans ses jours sans nuages, n'est pas plus splendide.

> Grande et haute Uicière en bronze, meuble essentiellement populaire et natioaat.

SLK LA RlJâSI£. 389

Je ferais grand tort pourtant à la ville de Moscou , si en essayant ainsi dé décrire ses mœurs aimables , je pouvais donner à penser qu'elle ne songe qu'à ses promenades et à ses brillantes réunions. Il y a là au contraire un mouvement commercial et industriel qui grandit d'année en année , et un mouvement littéraire très caractéristique et très distingué.

Le Gastinoi-Dvor, immense bazar plus vaste encore et plus riche que celui de Pétersbourg , est le point central d'une population active , laborieuse} qui a le génie du négoce et l'instinct de toutes les spéculations. A voir les sombres galeries de cet édifice, ses boi^tiqu^s étroites , ses magasins sans luxe et sans étalage, on croirait volontiers que ce bazar n'est ouvert qu'à quelques modestes traficants en détail, et il renferme des entrepôts oii les marchandises les plus précieuses s'entassent par tonnes et par quintaux. U y a là des générations entières d'acheteurs et de vendeurs, qui ont sucé, pour ainsi dire , comme les Hollandais , l'amour des chiffres avec le lait maternel. Cet t^mme que vous voyez avec la longue barbe de . moi^ik , vêtu d'une méchante redingote râpée, se pro-* menant de long en large devant sa t)Ottilque ,

S9ft iBTTU$

coouiiQ «11 chorcbait une occaai^n de voiAre une paiF« de vieilt^ bottes, . faU des affaine». avee le monde entier, reçoit des çargaieona de dan* TÙ^ dela.Perse etde la CUoe» de TAsiglBierm et de la France. Cet autre qoi eat penohé soi: ion p^itrOf et traYaille du maiîtt an aov.oonuBe nn pamnra aerviteur tremblant de miiconieoaer aon mature, possède dix maisons en.viUe et ptace des miUions à la banque* En voici uà qm, s'en va modestement dans unxabaret voisin lomar une pipe de terre et prendre une tasse dQ4lië , et, pendant qu'il compte un à un, d'une maia sovée, les quinze eu vingt kopecks qu'il doit pay^ pour aa dépense , cinq o^ms ouvriers ti^nmillaiit'pour lui dans une de ses fabriques, et deux tteta maçons lui construisent à grands fraism nouvel atelier,

. Ce qu'en raconte de la fortune 4e<»e marx^ chands, de l«ur esprit d'industrie et de leurs babitfldeft d'économie, est {«nodigieux. Il jn'ya qu'Amsterdam oà l'on trouverait 4 fa fois tant d'or et de telles habitudes* Quelques uns de cas négodanti , . héritiers des billets de- banque de leurs pères, ou enridiis par leurs propres 4ra*« vaux , commencent cependant à sortir dj^^H acures régione du Gastinoi^Dvor. Us ee Mui»^

SUR hk eussie; 391

sent d'élégftBtes maisons dans les plus beaux quartiers de Moscou» ou achètent les hôtds des grands sâgneurs ^ quelquefois pour y goûter à leur tour les Joies de l'opulence , souvent aussi pour en foire un objet de spéculation. Ce qui «xhie depuis longtemps en France apparaît déjà de calé et d'antre à Moscou. Le salon nobiliaire eu occiq>é par une filature, le parc et le parterre se transforment tm champs de betteraves. Les fortunes aristocratiques s'écroulent, et Tindustrie s'élève sur leurs ruines. En même temps, là «cienee et la littérature s'avancent d'un pas rapide à ta suite des maîtres étrangers qui leur ont donné un premier essor, ou qui leur servent encore de modèles*

Il exkte à Moscou cent vingt presses, plu* sieurs riches librairies étrangères , parmi les-* quelles on distingue celle de M. Semen, et plusimrs sociétés scientifiques qui ont dqà amassé d'importame& collections. L'université , fondée par rimpéralrice Eli^beth en 1755, réorganisée par Alexandre en 1804, compte un millier d'élèves, et plusieurs de ses professeurs sont des hommes très distingués» L'un d'eux^ M» Sche^ ivireff^ publie depuis deux ans environ une re*"

vue mensuelle totilulée h Moi^wk^t dont 1q

S92 LETTAgS

succès s'accroU de jour en jour. Le but des foa-* dateurs de ce recueil, qui a Téteudue matérielle des revues anglaises les plus compactes, est de faire connaître tantôt par des traductions, tantôt par des critiques et des analyses, les prinen pales productions de la littérature étrangère , et d*éveiller, de propager , par des recherches historiques ou biographiques et des chants populaires , le culte des souvenirs nationaux et le sentiment de la poésie russe. Le Moscovite rsdlie à cette double pensée une jeunesse studieuse, intelligente, et animée d'un vif sentiment de patriotisme. Plusieurs de ses collaborateurs ont voyagé dans les pays étrangers; ils en ont étudié la langue, les mœurs, les œuvres littéraires et scientifiques , et , tout en conservant une profonde prédilection pour leur sainte cité de Moscou, pour ses souvenirs et ses monuments, tout en parlant avec enthousiasme des progrès de leur terre natale , des qualités de leur nation et de son avenir, ils n'en rendent pas moins jlisiice au mérite des autres peuples , à leur gloire, à leur génie. Ils recherchent avec avidité les publications de l'Allemagne , de la France et de l'Angleterre. La censure russe, si sévère à l'égard du public, s'adoucit ^n fovètfr

SLR 'LA HUaUE. 3S9

de&liommô&'qui porieMl dans le doiimiao de ki science un caraclère officieL Tout profeâseur. peut avoh* la plupart des livres mis à l'iodex; il suffît qu'il les demande pour lui-même pai?

écrit. Je me souviens de mainte beure char^mance passée aweo le directeur du Moioomte et quelques! «ms'deses amis. Je n'avais rien à leur approidret, ni sur n«tre< littérature actueUe^ ni snrnos principaux écrivains : ils connaissaient nos productions les plus récentes et les jugaient avec.une>rai«4lélicatesse ^et moi, que de que&^ tiens j'avais à leur faire, que de renseignements à, leur demander l Je me rappelle surtout iioe heureuse soirée où nous nous trouvâmes réunis à la campagne, dans la maison d'un jeune romancier. Au milieu d'une verte pelouse , sojus les rameaux des tilleuls en fleurs , le^, ppètç^. russes me racontaient tour à tour leurs éludas,, leurs travaux , leurs pensées. On eût dit une églogue antique transportée sous le ciel de Moscou. L'un d'eux, M. KamékofiF, nous lut ces vers, qu'il voulut bien ensuite me transcrire. C'était une chose curieuse pour moi d'entendre ainsi parler de Napoléon à quelques lieues de la ville qu'on avait inceudiée devant lui, et d'écouler au sein de la Russie ce dithyrambe adressé à l'An-

~prniii-«i' Mil

gleterret au moment où les vaisseaux anglais allaienl envahir les rives d*un nouvel empire.

« Ce n'est pas la force des peuples qui t'a élevé| ce ii*est pas une volonté étrangère qui 4'a couronné. Tu as régné , combattu » remporté, des victoiresi lu as foulé la terre de ton pied de fer, tu as posé sur ta tête le diadème formé de les mains , tu as sacré ton iront par ta propre puissance*

« Ce n'est point la force des peuples qui t'a terrassé, on n'a pas vu paraître un rival égal à toi ; mais celui qui a mis une borne à l'Océan , celui-là a brisé ton glaive dans le combat, fondu ta couronne dans un saint incendie , et recouvert de neiges tes légions.

« Elle s'est éclipsée, l'étoile des deux obscurcis. La grandeur humaine est tombée dans la poussière. Dites-moi « un nouveau matin ne briHe-l-il pas à l'horizon? Une nouvelle mois* son ne renattra-t-elle pas de cette cendre? Ré-» pondez ; le monde attend avec effroi et avtdilé une pensée et une parole puissante. •

Sra LA M88tB: fH

« Ile pompettseï tle de merveille^) ta es Tor-* nement de l'aniversi la plus belle ém^aude dans le diadème des mçrs ?

« Redoutable gardien de la liberté, destruci 4eiu* de touie f<M*ee eaaeiliie^ l'Océan irépand autour de toi l'immensité de ses ondes !

• Il est sans fond , il est sans bornes , il est ennemi de la terre $ maisbumble et soumis » il te regarde avec amour.

« Patrie de la sainte liberté, terre fortunée et bénie J quelle vie dans tes innombrables populations ! quel éclat dans tes riches campagnes l

« Comme elle est éclatante sur ton front , la couronne de la science I CkMnme Us s<mt nobles et sonores, les chants que tu as fait entendre à

l'univers !

« Toute resplendissante d^or» toate rayons nante de pesHiée, tu es heureuseï tu es riche , tu es iMAe de luxe et de force»

« Et les nations les plus lointaines , tournant vers toi leurs regards timides , se demandent

quelles seront les lois nouvelles que lu prescriras à leur destin.

« Mais parce que tu es perfide , mais parce que ta es orgueilleuse , mais parce que ta mets la gloire terrestre au dessus du jugement divin ;

« Mais parce que d'une main sacrilège, tu as encbatné Téglise de Dieu au pied du trdne terreste et passager :

« Il viendra pour toi , 6 reine des mers ! il viendra un jour, et ce jour n'est pas loin, où ton éclat , ton or, ta pourpre» disparaîtront comme vnréve.

. « La fondre s'éteindra dans tes mains; ton glaive cessera de briller, et le don des lummeoses pensées sera retiré à tes enfants.

« Et oubliant ton royal pavillon, les vagoes de rOcéan bondirontde nouveau, libres, capricieo* . ses et sonores.

« Et Dieu choisira une nation homUe, plme de foi et de miracles , pour lui confier les destins de Tunivers, la foudre de la terre et la voix du ciel !»

Ai-je beswi de dire que cette nation humble,

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