X. MARMIER
PARIS ' DELLOÏE, ÉDITEUR,
Je m^en allais nne fois encore vers les régions septentrionales, dans le but de conti- \^ Duer quelques études littéraires et historiques, ^" entreprises depuis longtemps et si douces à 4: poursuivre que j'oublie de les achever. La Finlande dont j^avais parcouru quelques années auparavant les côtes les plus éloi- I gnées, m^atlirait de nouveau sur ses plages T- mélancoliques, au bord de ses lacs limpides ^ voilés par Fombre des paies bouleaux, au ^ milieu de ses sihples et bbnnêtes tribus, si ^ fidèles encore à leur nature primitive et à leurs mœurs patriarchales. Après avoir visité le long des bords du Muonio, le pœrte rustique du fermier, la cabane silencieuse dli pécheur, je voulais voir les villes de cette contrée solitaire, fondées par les rois, éclai-
rées parla âdence, évelUëêfi el mmée» pu lé modvement génëral de k cirîlisattOD. A Abo, j^aimais à rechercher les premières traces des écoles et de rérodition finlandaise. A Helsîngfors, je trouvais une grande et Beîfe université , des livres , des jouWauif , tout ce qui tient au progrès dés idées modérées, tempéré par un mélange original de traditions anciennes.
De Helsingfors à Pétersbourg, je nVaîs plus qu^un étroit espace & franchir. La tentation était trop forte, je n^ai pn y résister, et une fois arrivé en Russie, je n^aî pu me borner à une étude purement littéraire. Tout ce qui m^apparaissait & travers ce pays si nouveau pour moi, si vaste et si varié dans soù' apparente uniformité m^entrainait dans un cercle" d*ôbsèrvatîons bien pîûs étendu plus curieux et plus saisissant ' que ceux où j^étais entré jusque-là. Aspect de la contrée, caractère du peuple, administration, commerce, progrès merveilleux d'une nation
vu
•i oUotire encore il ; a cent ans ^ base de m puissancat rêves de son avenir, j^aurais ?oulu tout c<^nna}Ue, tout juger à la fois.
Quand à eelte première ardeur a succédé la réfle^on plus ca}me, j^ai tenté de voir, sans prév.eittions anowesy de même ^e sans entliousiasoie -ftçtice ce qui s'offrait à mes regards et à ma pensée , j'ai interrogé sur les faits que je déiûrai» connaître les opinions les plus contradictoires, et discuté mainte fois avec différentes personnes les questions aux^lles je cherchais une solution* le sais qiji^^n Russie^ la vériié est gardée par le glaire dVier d», despotisme! et qu^on n^ soulève pas sans difficulté ^t sans '<;rainte le lourd mâïitean qui la recouvre* Cependpt^ ék >appsiiatii là aussi quejkjfuefois toutA m^i ett quelquefois elle parle« comme siejilgVér tait pas miit et jour bâillonnée»
Ce livre est le résumé de ce que j'ai pu apprendre, recueillir dans une contrée où il y a tant de choses à apprendre et à recueil*
vin
lir, L^impartialité que j^apportois dans mes observations, j^ai tâché de la conserver dans mon récit. Entre les flatteurs officiels de la Russie , qui pour elle épuisent les formules de la louange, et les hommes indëpemlants ^ mais parfois trompés, qui ne considèrent que ses vices grossiers, ses vestiges de bar-»
barie et son outrecuidance , il reste encore une assez large place pour ceuxqui ne cherchent qu^à voir cet empire tel quHl est, dans son luxe désordonné et sa misère profonde, dans Taudacieux élan de sa pensée et les lourdes entraves de son état politique et souciai. Cest cette place que j^ambitionnais , car sur les plages du golfe de Finlande , comme sur les rives de la Neva, à Moscou comme à Varsovie 9 je ne voulais obéir qu^à un sentiment de cœur et de conscience, je ne voulais faire qu^un livre loyal et sincère»
Poatarlier, 1848.