LA MORT DU GUERRIER
« Le brouillard est tombé sur la mer bleue et la douleur « sur le cœur ardent ; le brouillard ne se dispersera pas « sur la mer, la douleur ne s'éloignera pas du cœur.
« Ce n'est pas un astre qui brille sur la plaine loince taine, c'est un petit bûcher qui fume. Auprès du bûcher « est un tapis de soie, et sur ce tapis est couché le jeune « homme audacieux.
« Il presse son mouchoir sur sa blessure mortelle et <ç tente d'arrêter son sang brûlant et impétueux. Auprès « de lui est un fier coursier qui frappe du pied le sol hu- « mide comme s'il voulait parler à son maître.
« Lève-toi, dit-il, beau jeune homme, mets-toi sur ma « croupe, et je t'emporterai sur la terre natale, vers ton « père, vers ta mère, vers tes parents et tes petits enfants, « et vers ta jeune épouse.
« Le jeune homme audacieux soupire ; sa forte pojjrine « palpite ; ses blanches mains retombent fatiguées ; sa bles- <( sure mortelle s'est rouverte, son sajig coule comme une « rivière, et il dit à son cheval :
« Ah ! mon bon coursjer, mon coursier fidèle, mon
« fidèle camarade de bataille au service du tsar, dis à ma « jeune épouse quç jç spis jnqri$ avec une autre femme, « que j'ai pris pour dot la plaine déserte, que l'épée aiguë « nous a fiancés, et que la flèche acérée pous a réunis sur « la couche nuptiale. »