DE HELSINGFORS
Voici une contrée séparée de$ parties les plus civilisées de l'Europe, bornée d'un côté par la mer Baltique, de l'autre par les sauvages montagnes de la Laponie, une contrée habitée par une population paisible et inoffensive, qui, des riches plaines du Sud, s'est laissé refouler par des tribus guerrières dans les sombres parages du Nord, qui a été pendant des siècles soumise à la domination et exposée aux ravages des deux peuples qui l'avoisinent, gouvernée par les Suédois, envahie par les Russes» pillée par ceuxci, exploitée par ceux-là , et qui, au milieu des guerres dont elle a été constamment la victime, dans l'anxiété perpétuelle de sa situation, s'est cependant noblement associée au culte de la science , à l'étude des lettres. Si l'on aime à mesurer l'essor de l'intelligence au sein d'une nation où tout seconde ses progrès, n'est-il pas plus intéressant encore de suivre ses développements dans un pays où elle est sans cesse entravée, comprimée par les obstacles matériels, de chercher les premiers germes de l'instruction répandue , comme la semence dont parle l'Évangile,
au milieu des ronces et des focs , et de voir comment ils ont pris racine sur le sol aride, comment ils ont grandi au souffle de l'orage, et quels fruits ils ont portés.
L'instruction a commencé tard en Finlande. Le christianisme, principe de toute civilisation moderne, ne fut introduit qu'au XII e siècle dans cette contrée parle zèle de saint Éric, roi de Suède , et le premier missionnaire qui aborda sur cette terre païenne y fut égorgé.
Au commencement du xiii 6 siècle , les papes sommaient encore les Suédois de faire une croisade contre les peuplades idolâtres de la Carélie et de l'Ingermanie, et la première croix ne fut élevée qu'en l'an 1249 dans les districts de POstrebothnie.
Birger Jarl achève bientôt de conquérir la Finlande. Le christianisme est prêché et admis partout. Le cloître s'élève sur les débris de l'autel de Wœinemœinen. Les cérémonies augustes de l'Eglise remplacent les pratiques d'un culte barbare, et près de quatre siècles se passent encore avant qu'une école régulière recueille et répande les éléments d'éducation publique implantés dans le pays par le christianisme. La première école latine fut établie à Abo par Gustave-Adolphe en l'an 1630. Jusque-là il n'y avait eu en Finlande que des institutions très-incomplètes, attachées à certains couvents, dépourvues des livres les plus essentiels, et régies par des hommes d'une instruction fort bornée.
En 1640, sous le règne de Christine, l'école d'Abo, qui portait le titre de gymnase, fut élevée au rang d'université. J'ai vu avec un pieux respect, dans l'édifice académique de Helsingfors, l'acte de fondation de cette université, la plus ancienne qui existe aujourd'hui dans l'immense empire russe (*) ; il est signé de la main de l'illustre Axel
(') Celle de Dorpat fut fondée huit ans plus tôt, mais fermée de 1710 à 199. (G rot., Minnen afAlexanders Univeriiiât.)
Oxenstiern» de son frère Gabriel, et d'un homme qui, par son origine, appartenait à la France , le maréchal Jacques de Lagardie, La pensée libérale qui animait ces nobles conseillers de la jeune reine leur a inspiré ces considérants politiques ; « Attendu que, dans tous les temps, lès écoles et les académies doivent être regardées comme des plantarions et des pépinières où la science des livres, les bonnes mœurs, les vertus , naissent et se développent ; que ces institutions ont donné une direction plus sûre et un soutien plus ferme aux monarchies et aux républiques : nous, Christine, à l'exemple de notre royal père Gustave- Adolphe, qui a améliora l'université d'Upsal et fondé celle de Dorpat, nous voulons, pour l'honneur et l'ornement dé notre principauté de Finlande, établir une université à la place du gymnase d'Abo et en faire un instrument de savoir et de vertu, »
Bien ne fut négligé pour donner à l'inauguration de cette université un caractère solennel ; toutes les églises de Finlande durent la eélébrer par l'office divin, tous les principaux fonctionnaires furent invités à y assister* Qu'il me soit permis de rapporter quelques détails de cette fête scientifique : c'est une peinture du temps et du pays.
Le 14 juillet de l'année 1640, les trompettes et les tambours annoncèrent aux habitants d'Abo et aux étrangers r&inis dans la ville l'auguste cérémonie qui se préparait. Le lendemain à sept heures du matin, l'évèque du diocèse, les professeurs suivis d'une escorte de gentilshommes, descendaient sur des barques la rivière de l'Aura, et s'en allaient au château chercher le comte Brahé, gouverneur général de la Finlande, chancelier de la nouvelle université. Une heure après, le cortège revenait vers la ville, précédé de douze hérauts et de deux trompettes sonnant des fanfares. En tête de l'assemblée était le maréchal de la noblesse, accompagné de trente gentilshommes marchant deux à deux comme dans une procession. On
voyait ensuite le principal officier du comte , suivi de cinq hommes portant les insignes de l'université : les clefs, le sceptre le sceau, le registre où avaient été inscrits les noms des étudiants , et le manteau de recteur en velours rouge doublé de satin blanc ; puis venait le comte entre tes douze gardes , puis l'évêque et les professeurs. Derrière eux s'avançaient les fonctionnaires des différentes classes ; les prêtres du diocèse, les instituteurs, et les nouveaux étudiants fermaient la marche.
Le cortège traversa la ville au bruit du canon, au son des cloches et des instruments de musique, entre une haie de cavaliers appelés pour cette solennité de toutes les parties de la Finlande. L'édifice universitaire était orné de guirlandes de fleurs et de verdure, les murailles étaient couvertes de tenture, les bancs revêtus de draperie de pourpre. Le comte Brahé monta en chaire, proclama la fondation de l'université , et remit à l'évêque les insignes de vice-chancelier en lui adressant une allocution en latin.
Le vice-chaucelier revêtit un des professeurs du manteau de pourpre ; l'assemblée se rendit ensuite à l'église. L'évêque prononça un discours, après lequel la foule enthousiaste poussa de telles acclamations de joie, que l'on vit, dit un historien de cette fête, les voûtes du temple trembler. L'inauguration se termina par un grand dîner chez le gouverneur et par la représentation d'une comédie morale intitulée : les Etudiants.
Cette jeune université, instituée avec tant de pompe , était pourtant fort mal dotée, et ses premiers travaux furent troublés par des préoccupations pénibles, par des soucis matériels, tranchons le mot, par la misère; elle devait occuper la maison du gymnase, et il n'y avait dans toute cette maison que cinq .petites salles. La somme annuelle affectée à ces dépenses ne s'élevait qu'à 6,125 dalers (*) ;
(') Le daler était la sixième partie d'un spécies, autrement dit de
ce revenu lui était payé partie en argent, partie en nature, c'est-à-dire en orge, foin, beurre, etc., ce qui occasionnait souvent d'amers mécomptes. Le gouvernement Klédois avait en outre accordé aux professeurs la jouissance de quelques terres dont il ne tirait qu'un revenu très-précaire et très-insuffisant.
L'imprimerie n'avait pas encore été introduite en Finlande ; le secrétaire de l'université fut chargé de copier les ordonnances du recteur, les programmes des cours, les dissertations des professeurs, et quelques thèses furent publiées à Stockholm et à Dorpat. L'académie adressait cependant de vives suppliques au comte Brahé pour obtenir une presse. Dans une de ces requêtes, il est dit que les professeurs ont grande envie de s'exercer à disputer, et de voir leurs thèses imprimées ( l ).
En 1641 enfin, un imprimeur suédois, nommé Wald, consentit à venir s'établir en Finlande, et le recteur fit avec lui un contrat qui renferme quelques passages curieux. L'imprimeur est déclaré libre de toute contribution et de toute corvée ; on lui paie son voyage de Stockholm à Abo, on lui donne le logement , 200 dalers d'appointement par an , et 6 marks ( 2 ) par feuille d'impression ; il doit travailler avec zèle chaque jour, à l'exception des jours de fête et de dimanche ; il lui est expressément défendu de mettre sous presse la moindre feuille sans qu'elle ait été préalablememt lue et approuvée par le recteur ( 3 ).-~
cinq francs. Ainsi, l'université n'avait guère plus d'un millier de francs. Il est vrai que l'argent avait alors beaucoup plus de valeur qu'aujourd'hui.
(') Je traduis littéralement : Safwa lust sigh disputando exercera. (Notices historiques de M. Pepping sur l'imprimerie en Finlande.)
(') Le mark était la quatrième partie d'un daler.
(•) Le vénérable recteur investi de ce droit de censure avait le temps de lire les manuscrits suspects. Les casses de Wald renfermaient si peu de caractères, qu'il ne pouvait composer qu'une demi-feuille à la fois.
La censure commençait en Finlande avec l'imprimerie.
La bibliothèque renfermait vingt-eU-un volumes et un globe, héritage du gymnase. La faculté des sciences n'avait ni instruments de mathématique, ni laboratoire, ni clinique ; que dis-je ? il n'y avait pas même une pharmacie et pas un médecin ; en cas de maladie, les gens du peuple s'administraient mutuellement des remèdes traditionnels. Les gens instruits allaient consulter les docteurs de Revel ('). La première dissection anatomique eut lieu en 1686» Les curieux payaient un mark pour voir ce nouveau spectacle.
L'année de sa fondation, l'université se composait de quarante-quatre élèves et de onze professeurs, dont six pour la faculté de philosophie, divisée en six branches : 1° politique et histoire, 2° langue grecque et hébraïque, 3° mathématiques, 4° physique et botanique, 5° logique et poésie, 6° éloquence.
Les leçons ge lisaient en latin, et les sciences dont les professeurs entretenaient leurs élèves étaient soumises à la suprématie de la science théologique. On suivait de loin, timidement, pas à pas, les traditions de l'école d'Upsal, et tout ce qui n'avait pas encore été consacré par l'autorité d'un ancien enseignement, tout ce qui avait la moindre apparence d'innovation, inspirait une sainte terreur aux dignes rhéteurs d'Abo. Dans un des protocoles du consistoire de Vannée J 641, il est dit que chaque professeur doit bien se garder de faire quelque essai inusité dans l'espoir de se montrer par là plus habile que les autres, car de telles tentatives n'enfantent que le mécontentement et l'envie.
L'enseignement de la philosophie était surtout assujéti à de grandes restrictions ; on ne le laissait pas aller de
(') On professeur malade entreprit ce voyage en 1665, et mourut à bord au bâtiment.
système en système, d'analyse en analyse ; on ne reconnaissait que deux philosophies, la philosophie saine [sunda philosophia) , c'est-à-dire celle des anciens, et la philosophie nouvelle, sur laquelle on fermait pieusement les yeux ; il en était de même de la science du droit. En 1696, une chaire de jurisprudence étant vacante, le consistoire adressa à son chancelier une supplique dans laquelle il était dit qu'il fallait éviter de prendre, pour occuper cette chaire, un étranger dévoué à de nouvelles opinions qui jetteraient le trouble dans l'esprit des étudiants et détruiraient l'heureuse unité de l'enseignement philosophique, sans laquelle les bons principes ne pouvaient subsister à l'université d'Abo. Quant à l'étude des belles lettres, elle n'allait guère au delà de la traduction littérale de quelques écrivains latins. On ne traduisait du grec que le Nouveau Testament, et ceux qui avaient la hardiesse de pénétrer dans les beautés poétiques de l'anti<mf té classique, ne gagnaient à un tel égarement d'esprit qu'une fort mince considération : les sages interprètes du droit canon, les savants commentateurs d'Aristote, les regardaient du haut de leur chaire comme des gens d'une nature très-inférieure, et les appelaient tout simplement des verbales.
Un an après son inauguration, l'université d'Abo comptait déjà cependant plus de trois cents étudiants, et il ne faut pas croire qu'on entrât alors dans cette université comme on a le bonheur d'y arriver aujourd'hui en se faisant inscrire à la chancellerie, et en payant une légère rétribution ; non vraiment, un tel privilège ne s'acquérait que par un acte profond d'humilité. Le jour de leur inscription, les aspirants au titre d'étudiants se réunissaient dans la même salle. Un des employés de l'académie portant le titre de dépositaire, s'avançait au milieu d'eux, et la foule rieuse et moqueuse les entourait. Alors, dit un voyageur français qui a décrit dans un style naïf les détails de cette burlesque cérémonie : « On leur noircis-
sait le visage, on attachait de longues oreilles et des cornes à leur chapeau, dont les bords étaient abattus ; on leur mettait deux longs crocs ou deux longues dents de cochon aux deux coins de la bouche, qu'ils devaient serrer comme deux petites pipes, et on leur mettait sur les épaules un long manteau noir. Ceux-ci étant ainsi plus monstrueusement et plus ridiculement déguisés que ceux que l'inquisition mène brûler, le dépositaire les faisait sortir de la chambre de la déposition, et, tenant à la main un long bâton au bout duquel était emmanchée une petite hache, il les chassait devant lui comme un troupeau de bœufs ou d'ânes jusque dans une salle où des spectateurs les attendaient. Il les y faisait ranger en un cercle après les avoir égalés et mesurés de son bâton comme un sergent mesure les soldats avec sa hallebarde pour leur faire garder la file ; il leur faisait quantité de grimaces, de révérences muettes, ensuite il les raillait sur leur étrange équipage, et, passant du burlesque au sérieux, il faisait un dénombrement des différents vices et des défauts de la jeunesse,* et montrait le besoin qu'elle avait d'être corrigée, châtiée et polie par l'étude des belles lettres. Quittant ensuite le sérieux pour le burlesque, ou plutôt pour le tragi-comique, il leur faisait diverses questions auxquelles ils étaient obligés de répondre ; mais les dents qu'ils avaient dans la bouche les empêchant de le faire distinctement et intelligiblement, et les faisant au contraire grogner comme des pourceaux, il en prenait occasion de leur en donner le nom et de leur appliquer quelques coups de son bâton, quoique légèrement, sur les épaules, ou de les souffleter de ses gants, accompagnant cela de réprimandes ; il disait que les dents signifiaient l'intempérance, les débauches des jeunes gens à qui l'excès du boire et du manger offusquaient l'entendement en chargeant l'estomac. Tirant ensuite d'un sac une espèce de gibecière semblable à celle des joueurs de gobelet, des tenailles de bois qui s'allon-
geaient et se retiraient en zigzag, il leur en serrait le cou, les agitant et secouant jusqu'à ce que les dents tombassent par terre. Il disait que s'ils étaient dociles et que s'ils s'efforçaient de profiter des leçons de l'académie, ils se déferaient du penchant qu'ils avaient à l'intempérance et à la gloutonnerie, comme de ces dents ; il leur arrachait ensuite les longues oreilles par lesquelles il leur faisait entendre qu'ils devaient s'appliquer fortement à l'étude, pour éviter de rester semblable à l'animal qui les porte. Ensuite, il leur ôtait les cornes, qui désignaient la férocité et la brutalité. Tirant enfin du même sac ou de la même gibecière un rabot, il les faisait coucher l'un après l'autre sur le ventre, et les rabotait en chaque posture par tout le corps, leur disant que les belles lettres et les beaux arts poliraient leur esprit de même. Il remplissait, après quelques autres actes de cette pédantesque et burlesque cérémonie, un grand vase d'eau qu'il leur répandait sur la tête nue, et dont il leur inondait tout le corps. Après cela, il leur essuyait rudement le visage d'un gros torchon. La farce ou cérémonie étant consommée par cette ablution, le dépositaire exhortait la troupe rabotée, étrillée et lavée, à un nouveau genre de vie, à combattre les mauvaises habitudes, qui défiguraient leur esprit comme les diverses parties de leur déguisement leur avait défiguré le corps, après quoi il les déclarait libres étudiants de l'académie, à condition qu'ils porteraient pendant six mois de longs manteaux noirs semblables à ceux de la déposition, et iraient tous les jours offrir, chacun à ceux de sa province qui avaient été reçus étudiants auparavant, leurs services, tant dans leur chambre qu'aux auberges; qu'ils obéiraient aux Ordres qu'ils en recevraient, et subiraient sans murmurer tous les reproches et toutes les railleries qu'ils leur pourraient faire, ce qui s'appelait les pénales (*). »
t. if, p.
Voyage du sieur A. delà Mottraye en Europe, Asie, Afrique,
L'exactitude de ce récit est attestée par l'auteur d'une dissertation latine sur l'histoire de l'université d'Àbo. La grotesque disposition fut abolie en 1691. L'usage des pénales subsistait encore dans le siècle suivant.
En 1643, l'université célébrait la première promotion de maîtres ès-arts et ès-sciences. Le même esprit de morale austère qui présidait à son enseignement, se manifesta dans cette occasion; plusieurs étudiants méritaient, par leur savoir, la dignité de magister ; mais le consistoire ne les trouvait pas assez purs, m vitâ et moribus 9 et les admettait seulement à concourir pour le grade qu'ils ambitionnaient sans le leur conférer. Un autre, qui avait le malheur d'exprimer parfois en vers ses pensées, reçut l'injonction de renoncer à ce langage inutile, et de ne plus s'en aller par la ville débiter des stances et des rimes qui faisaient peu d'honneur à l'académie. Parfois, un crime bien plus grave encore pesait sur les étudiants. En 1661, l'un d'eux fut accusé de sorcellerie ; on ne l'avait jamais vu, il est vrai, exercer aucun maléfice ; on n'avait trouvé dans sa chambre aucun grimoire et aucun chiffre cabalistique ; et nul témoin ne pouvait affirmer qu'il l'eût rencontré à cheval sur un manche à balai partant pour le sabbat ; mais il avait fait tant de progrès dans la connaissance des langues orientales, et il avait enseigné en si peu de temps le latin à un de ses camarades, qu'on ne pouvait croire qu'il pût accomplir de telles merveilles sans avoir conclu un pacte avec le diable ; et le consistoire universitaire, révoque en tête, le condamna à mort. Le malheureux n'échappa au supplice que par l'intervention du comte de Brahé, qui , sans contredire la sagesse des juges, fit observer que si l'accusé était coupable du crime affreux qu'on lui imputait, il devait en être assez puni par la honte de sa sentence et les rigueurs de la prison. Neuf ans après , un autre étudiant , accusé du même forfait, fut seulement banni à jamais de l'université. La science moderne se glissait déjà dans le cœur des
professeurs, l'académie déviait de ses premiers principes.
Revenons à notre promotion. Les étudiants parfaitement purs reçurent le grade de magister avec l'appareil solennel qui entoure encore cette cérémonie universitaire à Lund et à Upsal ; les étudiants jouaient ces jours-là une comédie morale composée pour la circonstance, et le recteur donnait un grand dîner prévu par les règlements. Il ne devait pas faire servir à ce dîner plus de six mets ordinaires [vrai* narie raetter), non compris le beurre et le jambon; au dessert, point de confitures, seulement du fromage ; pour boisson, de la bière de Finlande et un peu de vin de France. Il pouvait inviter, si bon lui semblait, les imprimeurs et relieurs ; mais aucune femme, pas môme les femmes de professeurs, n'avait le droit d'être admise ce jour-là à sa table, et le banquet ne devait pas se prolonger jusqu'au lendemain. Ce dernier article jetterait un doute fâcheux sur la sobriété des convives universitaires. Heureusement rien n'indique qu'il ait été jamais enfreint.
Peu à peu cette université, si mal dotée pécuniairement et si mal pourvue des principales ressources de la science, grandit par l'appui constant du comte de Brahé, l'un des hommes les plus éclairés de son pays 'et de son temps, et par le zèle infatigable de quelques professeurs. Plusieurs particuliers enrichirent de leurs dons la pauvre bibliothèque ; le comte de Brahé y déposa quatre-vingt-sept volumes qu'il avait obtenus de la munificence de Christine ; le général Stalhandske la dota d'un millier de livres enlevés en Allemagne pendant la guerre de trente ans.
Le professeur Gezelius établit en 1669, à Âbo, une imprimerie plus large et plus utile que celle de Wald , et s'en servit pour publier quelques-unes de ses dissertations. Le même professeur fit venir de Lubeck un libraire qui procura à l'université les livres dont elle avait grand besoin.
Le recteur Petreus publia, en 1642, une traduction de la Bible en langue finlandaise et une grammaire finlan-
daise. Ce sont les deux premiers livres imprimés dans une langue qui remonte jusqu'aux temps les plus anciens, et dont les savants n'ont pu encore démontrer d'une manière certaine ni l'origine ni la filiation.
Le premier essor donné aux études par quelques hommes instruits et dévoués fut soudain entravé par les guerres de Charles XJL Le consistoire reçut l'ordre d'organiser militairement tous les hommes appartenant à l'université et en état de porter les armes. Les cours publics furent suspendus, les étudiants quittèrent leurs livres pour prendre le sabre et l'arquebuse. Un professeur de mathématiques leur servit de capitaine et leur fit faire l'exercice. Pierre I er , profitant des fautes de son adversaire, s'emparait de l'Ingermanie, de la forteresse de Viborg, et menaçait la province d'Abo. Pour comble de malheur, la peste, l'incendie, éclatèrent à la fois dans cette ville, et tandis qu'elle se traînait, languissante, sous le poids de ces fléaux, l'armée russe s'avançait vers Helsingfors.
Les fonctionnaires s'enfuirent alors en Suède ; les professeurs émigrèrent aussi emportant avec eux bibliothèque, imprimerie, tout ce qui composait l'humble trésor de l'université. Le 28 août 1713, le prince Galitzin s'empara d'Abo, trouva l'autel des muses désert, le temple abandonné; une trentaine d'élèves suivirent les cours d'Upsal, la plupart ne continuèrent pas leurs études. L'université figurait encore dans les règlements et les ordonnances ; de fait, elle n'existait plus.
Le traité de paix de Nystad (1721) lui rendit ses domaines. Tous ses anciens professeurs ne revinrent pas à leur chaire. Quelques-uns avaient trouvé en pays étranger un emploi meilleur ; d'eux d'entre eux avaient été faits prisonniers, et deux autres étaient morts. On les remplaça aussi vite que possible, et tous reprirent en peu de temps, avec leurs modestes revenus, leurs modestes travaux.
Vingt ans après, l'université célébrait l'anniversaire
séculaire de sa fondation par des chants et des discours, mais sans pompe et sans éclat, car la guerre l'avait encore appauvrie, et le gouvernement ne répondait à ses suppliques que par de vaines paroles. En 1742, une nouvelle lutte éclata entre la Suède et la Russie; les professeurs prirent de nouveau la fuite, et les études académiques furent encore une fois suspendues.
Les hostilités finies, la malheureuse université, harcelée, bouleversée par la guerre et l'incendie, appauvrie par le passage des troupes étrangères, négligée par ses rois et ses ministres, rentre encore courageusement dans sa ruche d'abeilles et reprend son œuvre interrompue. La seconde moitié du xvin* siècle fut pour elle un temps d'efforts heureux et de progrès brillants. À cette époque, elle augmenta sa bibliothèque et ses collections. Deux de ses vice*ohanceliers, Brovallius et Menander, fondèrent un cabinet d'histoire naturelle. Le professeur Kalen parcourut les contrées septentrionales de l'Europe et de l'Amérique, enrichit à son retour le jardin botanique, et publia une intéressante relation de son voyage (*). Lexel se distingue par ses connaissances mathématiques. Trois hommes du nom d'Hartman se transmettent l'un à l'autre l'intelligence, l'amour des études médicales, et fondent dans le pays une de ces paisibles dynasties scientifiques qui ont pour trône la chaire d'où ils répandent leur enseignement, pour sceptre le livre que leur a dicté leur expérience, et pour trophée l'innocente palme cueillie dans le champ des muses ( a ).
Parmi ces professeurs dont le nom jette sur l'université d'Àbo un éclat qu'elle n'avait jamais eu, il en est deux encore qui se signalent par l'importance et la multiplicité
(') Franklin, avec lequel il entretenait une correspondance, fit traduire en anglais sa lettre sur le Niagara.
(') Un quatrième médecin, issu de la môme famille, est aujourd'hui directeur général des institutions médicales de la Finlande.
de leurs travaux, et dont le souvenir doit être à jamais entouré d'un sentiment de reconnaissance et de vénération ; c'est Kalonius et Porthan.
Kalonius, fils d'un pauvre prêtre de campagne, ouvrit, en 1774, un cours d'économie à l'université, et fut nommé, en 1778, professeur de jurisprudence.il est mort en 1817 sans avoir dévié un instant du noble but qu'il s'était proposé, aussi actif, aussi dévoué à ses études dans les dernières années de Sa vie, qu'il l'avait été dans la force de sa jeunesse. Le recueil de ses œuvres (*) est un trésor de recherches érudites, d'observations judioieuBes» d'analyses fécondes. Quelques-unes de ses dissertations* telles, par exemple, que celles qui ont pour titre : De Prcbscriptione crvtninum; deHypotkeca; de Delinquentium ad publicam ignominiam eoEpcmUone^ s'adressent aux juristes de tous les pays ; d'autres, qui ne touchent qu'à des questions locales, comme celles où il est traité de la condition des serfs dans le Nord [de prûœ in potriâ servorum jure) , jettent un jour lumineux sur les anciennes institutions de cette contrée»
Gabriel Porthan, né, comme son illustre collègue, dans un humble presbytère de campagne, confié dès son enfance aux soins de deux de ses oncles par son pauvre père, qui n'avait ni la force de l'instruire lui-même, ni les moyens de le placer dans une école, prit, en 1760* à l'âge de vingt^neuf ans le grade de magister à l'université d'Abo, fut nommé, en 1771 , bibliothécaire de cette université, et en 1777 professeur d'éloquence. Deux ans après il fit un voyage en Danemark, en Allemagne, et en rapporta des connaissances sérieuses; c'était un homme doué d'une grande lucidité d'esprit, d'un zèle infatigable et d'un ardent patriotisme, un de ces hommes qui , de
(') Ginq volumes ia-8°, publiés à Stockholm par M. Arwidson* 1829-1836.
loin en loin, surgissent pour ouvrir d'une main puissante un sillon négligé , imprimer un mouvement nouveau aux études et faire jaillir sur leur époque une lumière inattendue. Il se passionna pour l'histoire, pour les antiquités et la littérature de Finlande, et révéla à ses compatriotes des richesses nationales qu'ils n'avaient pas apprise apprécier. Il mourut à l'âge de soixante-cinq ans, laissant plus de deux cents dissertations presque toutes écrites en latin, qui sont comme le point de départ et la base essentielle des études philologiques continuées aujourd'hui avec éclat par M. Lœnnroth et quelques autres Finlandais. On lui doit entre autres ouvrages une édition de l'Histoire des évêques d'Abo, par Paul Jansten avec des notes et des commentaires ('), un travail sur la situation de la Finlande, à l'époque où elle fut soumise à la domination suédoise, un autre sur la géographie de cette contrée, sur les différentes races apparentées à la race finlandaise, sur les idiomes, la poésie primitive de cette ancienne tribu. La plupart de ces dissertations, publiées séparément, dispersées dans le pays, brûlées en partie dans l'incendie d'Abo, sont aujourd'hui fort rares, et les bibliographes s'estiment heureux d'en posséder quelques-unes.
Dans l'espace d'un siècle et demi , l'université d'Abo, abandonnée à peu près à ses propres forces , avait ainsi grandi lentement, péniblement à travers mille obstacles, sous le poids de plusieurs fléaux. Ses professeurs s'acquéraient hors du pays un nom recommandable, ses travaux étaient cités dans les académies étrangères. A l'aide de ses modiques ressources, par son zèle persévérant , par des offrandes pieuses, elle était parvenue à composer une assez belle bibliothèque, à établir un musée d'histoire na-
(') Le texte original se compose seulement de trente-sept pages; l'ouvrage de Porthan forme un volume in-4° de plus de trois cents pages.
turelle, un, cabinet d'anatomie, un jardin botanique. Elle poursuivait avec honneur, sinon avec éclat, sa vie d'efforts et de labeur, lorsqu'un événement politique vint tout à coup lui imprimer une autre direction et lui donner une nouvelle vie.
La folle témérité de Gustave IV, qui, du milieu de son faible royaume, déparait en même temps la guerre aux trois plus grandes puissances de l'Europe , priva la Suède de sa plus ancienne, de sa meilleure conquête , et livra cette vaste province de Finlande à la Russie, qui la convoitait depuis des siècles. L'empereur Alexandre adopta cette province avec amour, et la traita avec une mansuétude et une générosité particulières. Au lieu de se faire craindre comme un maître puissant, il prit à tâche de se faire chérir de ses nouveaux sujets ; il respecta leurs lois, leurs institutions, et se fit le patron de leurs établissements scientifiques. Dès le mois de juin 1808, c'est-à-dire au moment même où ses troupes achevaient de s'emparer de la Finlande , il écrit à l'évêque d'Abo qu'il confirme les droits et privilèges de l'université, invite les professeurs à se réunir et à délibérer sur les moyens à employer pour soutenir et accroître les progrès de cette institution. En même temps , il envoie une somme de 20,000 roubles pour continuer les travaux de construction de l'édifice académique dont Gustave IV avait posé la première pierre. L'année suivante, il part lui-même pour Abo, s'arrête à Radelma chez le recteur de l'académie, entre le lendemain dans la ville, se fait présenter les professeurs, les étudiants, visite avec un soin attentif tous les établissements de l'université, et s'informe de ses besoins. A la suite de ce voyage, il lui accorde une somme de 80,000 roubles et un secours annuel pour achever son édifice. Il établit six nouvelles chaires de professeurs, douze places d'adjoints, augmente les émoluments des divers fonctionnaires, accorde une pension au plus ancien, et fonde des stipendes
pour les étudiants. En 1816* il lui donne son frère Nicolas pour chancelier (*) et la dote d'un observatoire.
L'effroyable incendie, qui, en 1827, ravagea la ville d'Abo anéantit les richesses de l'université : ses livres, ses collections, ses manuscrits, furent brûlés ; il ne resta de la maison qu'elle occupait que les murailles nues* Ce désastre, qui la menaçait d'une ruiife complète, ne suspendit ses travaux que pendant un an» Elle fut transférée à Helsingfors, installée en 1828 dans un édifice splendide, et reçut de l'empereur, en 1829, un règlement basé sur celui qui l'avait régie jusque-là et modifié seulement sur certains points. J'essaierai d'en rapporter les principales dispositions.
L'université conserve tous ses droits d'élection, d'administration et de juridiction.
Elle est soumise à l'autorité d'un chancelier qu'elle élit elle-même et dont la nomination est confirmée par l'empereur.
C'est au chancelier qu'elle doit adresser ses rapports, requêtes, comptes de dépenses, programmes des cours. C'est lui qui confirme l'élection du recteur et prorecteur, nomme, sur la proposition du consistoire, les secrétaires, adjoints, maîtres de l'université) et approuve ou rejette la distribution des stipendes d'étudiants. C'est lui, enfin, qui est le vrai ministre de cette université, et le consistoire est son conseil.
Au-dessous du chancelier est le recteur élu par le consistoire pour trois ans ; c'est lui qui est chargé de régler les détails de l'administration, de veiller au maintien de la discipline, d'assembler le consistoire aux époques régulières et dans les circonstances extraordinaires, et d'appeler son attention sur les questions qui doivent être résolues.
(') Le chandelier actuel est le grand'duo héréditaire de Russie; le vice-chancelier est le gouverneur militaire de Finlande.
Pendant tout le temps qu'il exerce ses fonctions de recteur* il est dispensé de faire son cours et jouit d'un supplément de traitement annuel de 1,200 francs.
Le consistoire est composé de professeurs ordinaires ; c'est de lui qu'émanent les délibérations relatives à l'administration, aux examens, aux études de l'université; il règle, chaque année, l'emploi des fonds de l'académie, détermine l'achat des livres et des instruments nécessaires : il propose les candidats aux fonctions de docent, d'adjoints, de professeurs ordinaires , dont le choix est confirmé par le chancelier, et de professeurs extraordinaires, qui ne peuvent être nommés que par l'empereur. Enfin c'est lui qui compose le tribunal devant lequel sont appelés les maîtres , les divers employés de l'académie , les étudiants accusés d'avoir négligé leur devoir ou commis une faute contre la discipline.
L'université est divisée en quatre facultés ; chacune de ces facultés est soumise à la présidence d'un doyen, qu'elle élit elle-même pour un an.
Il y a quatre professeurs dans la faculté de théologie, trois dan9 celle de jurisprudence, trois dans celle de médecine, onze dans celle de philosophie ; de plus, un professeur de langue et de littérature russe, qui est nommé directement par l'empereur, sans la participation du consistoire et sans que ce professeur soit tenu d'être investi d'aucun grade universitaire.
L'université a en outre quinze adjoints ; cinq maîtres de langues russe, finlandaise, allemande, française, anglaise, qui ont le titre de lecteurs ; quatre maîtres de musique, de dessin, d'escrime, de danse ; en tout quarante-cinq.
Le nombre des docent est indéterminé. Le traitement des professeurs est réglé selon leur ancienneté et selon la faculté à laquelle ils appartiennent*
Celui de chaque professeur de théologie, de jurisprudence, de médecine, et des neuf premiers professeurs de
la faculté de philosophie, s'élève à environ 4,600 francs par an, celui des autres à 4,000.
Un supplément annuel de 1,000 fr. est accordé au plus ancien professeur. Les professeurs émérites conservent leur traitement intégral tant qu'ils vivent ; la veuve d'un professeur reçoit les appointements de son mari à partir du jour de sa mort jusqu'au 1 er mai suivant; s'il a le malheur de mourir le 30 avril, sa pauvre veuve n'a rien. C'est une organisation vicieuse à laquelle il doit être prochainement remédié.
Chaque professeur est tenu de faire quatre cours publics d'une heure par semaine. Si les étudiants veulent avoir en outre quatre heures de leçons privées par semaine, il doit les leur donner à raison de 14 fr. par semestre.
Les maîtres de langue et les adjoints remplacent au besoin les professeurs, et du reste ne font point de cours publics. Ils sont obligés seulement de donner des leçons particulières, si les étudiants le désirent, moyennant une taxe régulière. Ils sont pris ordinairement parmi les docent; leur traitement est de 1,600 à 1,700 fr. Leur espoir est de succéder quelque jour aux professeurs ; mais ils attendent cette succession dix ans, quinze ans, quelquefois inutilement toute leur vie ; quelquefois ils y arrivent vieillis, fatk gués, et l'enseignement supérieur, qui demande de la jeunesse, de l'activité, n'est plus alors qu'une honorable retraite. L'organisation des universités allemandes, qui peuvent prendre pour professeur, partout où bon leur semble, l'homme qui s'est distingué par une étude spéciale, par un livre, est certes bien préférable à celle-ci. Mais, à Helsingfors, il ne peut guère en être autrement. Il n'y a qu'une seule université dans le pays, et Ton ne peut appeler des savants étrangers à une chaire où la première condition est de parler la langue suédoise. L'académie de Helsingfors est donc obligée de vivre de ses propres
forces et de recruter ses maîtres parmi ses anciens élèves. Dans un tel état de choses, il serait à souhaiter du moins que la position des adjoifits fût améliorée, et qu'ils eussent, pendant leurs longues années de labeur, un traitement plus convenable, en attendant qu'ils obtinssent celui de professeur.
Le nombre des étudiants qui fréquentent l'université est ordinairement de quatre cent quarante à quatre cent soixante.
Pour être inscrit comme étudiant, chacun d'eux doit présenter un certificat de moralité et de capacité, délivré par le chef de l'école d'où il sort, et subir un examen oral devant un comité composé du doyen de la faculté de théologie et de deux adjoints ou dpcêrti désignés chaque année par le consistoire. Il est interrogé sur l'histoire de l'Église et les principes du christianisme, la logique, la morale, l'arithmétique et la géométrie, l'histoire, la géographie, le latin. Il faut qu'à la suite de cet examen il obtienne, soit YapprobcUur, soit Yapprobatur cum laude, soit le kmdatur, sinon il n'est pas admis. Pour tout droit d'examen et d'inscription, il ne paie que 22 francs.
La plupart de ces étudiants sont pauvres et vivent d'une vie humble et retirée. On ne les voit point courir à cheval ou en voiture, comme en Allemagne, ils ne s'assemblent pas dans les cabarets et ne se battent pas en duel. Ils sont, comme à Upsal et à Lund, divisés en plusieurs classes; chaque classe a un lieu de réunion spécial, où elle amasse quelques livres, où elle apporte ses cahiers et ses instruments de musique, où elle s'en va tour à tour lire, jouer ou s'exercer à l'argumentation. Chaque classe se choisit parmi les professeurs un inspecteur, qui la prend sous sa tutelle, lui donne l'appui de son autorité et l'éclairé de ses conseils.
Les études en médecine sont longues et coûteuses ; elles durent près de huit ans. Il est vrai que celui qui, après
ces huit and de travail, obtient le grade de docteur, peut être placé assez avantageusement, soit parmi des médecins des hôpitaux, soit parmi des médemns de district! qui tous sont nommés et payés par le gouvernement.
Les études des autres facultés peuvent être terminées en trois ou quatre ans ; mais elles n'offrent à ceux qui s'y sont livrés qu'une carrière bien lente et des fonctions mal rétribuées. L'étudiant en jurisprudence le plus distingué et le mieux recommandé, s'il entre dans l'administration, est souvent condamné à remplir pendant plusieurs années l'emploi gratuit de surnuméraire; il devient ensuite copiste, et reçoit en cette qualité 600 à 700 francs.
L'étudiant de la faculté de philosophie, après avoir pris son grade de magister, devient lecteur dans une école élémentaire, dans un gymnase ou à l'université*
Le théologien est celui qui obtient le plus tôt un traitement, très-modique, il est vrai, mais assuré. La plupart de ceux qui entrent dans cette faculté sont de pauvres fils de pasteurs de campagne ou de paysans qui s'estiment heureux d'avoir d'abord une place de vicaire, de chapelain, avec un revenu de 300 à 400 francs, pour arriver ensuite à un presbytère.
Tous les étudiants, après avoir passé trois ans à l'université, peuvent entrer dans l'armée comme sous-officiers, et, s'ils savent la langue russe, s'ils apprennent convenablement la théorie et l'exercice, ils sont de droit officiers au bout de six mois» Mais les appointements d'officiers ne leur donnent pas des moyens d'existence suffisants. Pour suivre cette carrière, il faut encore qu'ils aient de la fortune. Ainsi, de quelque côté qu'ils se tournent, les élèves de Helsingfors doivent être patients et résignés. Combien d'étudiants en France pourraient prendre ici une utile leçon!
Il y a chaque année une somme de 13,800 fr» partagée aux étudiants Bans fortune qui se distinguent par leur assi*
duité au travail et leur bonne conduite ; cette somme ne suffit pas, beaucoup d'élèves sont forcés de vivre avec 300 ou 400 francs par an ; d'autres, après avoir épuisé dans deux ou trois semestres leurs faibles ressources, entrent comme précepteurs dans une maison, font quelques économies et reviennent ensuite poursuivre leurs études. J'ai connu le fils d'un honnête marin finlandais qui, en réunissant tout ce que son père, ses tantes, ses oncles, pouvaient lui donner, partit pour l'université avec une somme de 50 francs qui le fit vivre pendant plusieurs mois. Un beau jour il ouvre sa caisse et y voit pour toute fortune une pièce de 50 kopecks (10 sous). Dans ce moment de détresse, la Providence vint à son secours ; il trouva d'abord des répétitions qui lui rapportaient 15 francs par mois, puis une place de précepteur à la campagne qui lui assurait un plus grand revenu. Il alla gaîment la remplir, et revint au bout de deux ans continuer ses études ; on le cite aujourd'hui parmi les hommes les plus distingués de la Finlande. C'est une chose vraiment touchante que de voir ces modestes jeunes gens si dévoués à leurs études, si soumis envers leurs maîtres, poursuivre avec tant de force et de patience le cours de leur éducation, et de songer à l'humble emploi qu'ils espèrent acquérir par tant d'efforts, à l'humble avenir qui les attend.
L'université finlandaise est cependant incomparablement mieux dotée qu'elle ne l'a jamais été ; elle a maintenant un observatoire pourvu de bons instruments, un jardin botanique, des collections de médailles et d'histoire naturelle, un cabinet d'anàtomie et de physique, et une bibliothèque de 80,000 volumes. Un stipende de 5,000 fr. est accordé pendant deux ans par le consistoire à l'étudiant qui, après avoir subi son dernier examen, désire voyager pour se perfectionner dans ses études ; le grand-duc héréditaire vient de fonder une rente annuelle de 4,000 francs qui doit avoir la même destination.
En 1840, l'université a célébré le deuxième anniversaire de sa fondation avec une pompe, une magnificence, dont il n'existait encore dans ses annales aucun exemple. Parmi les différents maîtres réunis dans ses facultés, il y a plusieurs hommes qui feraient honneur à des institutions plus considérables et plus renommées; je citerai entre autres M. Hallstrœm, professeur de physique, dont les recherches sont bien connues des sociétés scientifiques de l'Europe ; M. Nordstrœm, savant jurisconsulte qui vient de publier un ouvrage excellent sur l'histoire et le développement des institutions juridiques et administratives en Suède ; M. Lagus, qui a écrit un livre remarquable par ses justes appréciations sur la législation finlandaise; M. Schulten, auteur d'un nouveau tableau de logarithmes et de plusieurs mémoires relatifs aux mathématiques ; M. Tengstrœm, biographe érudit ; M. Rein, auteur de plusieurs utiles essais de statistique et d'histoire ; M. Grot, qui a traduit en vers russes la FrtihiofSaga de Tegner, et publié dans divers recueils d'intéressantes dissertations littéraires; M. Gottlund, auteur de plusieurs écrits estimables sur la Finlande; M. Castren, passionné pour l'étude des antiquités de la poésie de son pays, les recherchant avec ardeur partout où il croit pouvoir en découvrir quelques traces ; c'est lui qui a traduit en suédois les chants mythologiques du Kalevala, recueillis par son ami Lœnnroth.
Une société des sciences fondée en 1838 publie deux fois par an un recueil de dissertation ( 1 ).
Une autre société établie en 1821, et composée de naturalistes, travaille à rassembler les matériaux nécessaires pour publier une faune et une flore finlandaise. Une troisième enfin, qui date de 1831, s'efforce de rechercher et de recueillir tout ce qui a rapport à la littérature, à l'histoire, aux traditions anciennes de la Finlande.
(') Acta societatis scientiarum fenniae, in-4°, latin, français, suédois.
L'organisation des écoles, semblables autrefois à celles qui subsistent encore en Suède, a été, de même que l'université, modifiée par un nouveau règlement ; elles sont maintenant divisées en trois catégories : 1° école élémentaire ; 2° école élémentaire supérieure ; 3° gymnase. Il y a* de plus, des écoles spéciales pour les filles.
Dans les écoles du premier degré, l'ordonnance nouvelle prescrit l'enseignement du catéchisme, de l'histoire biblique de l'arithmétique, de la géométrie, géographie, histoire universelle, histoire naturelle, et les éléments du latin, du suédois, du finlandais.
Celles du degré supérieur sont divisées en deux classes ; on y enseigne la religion , l'histoire, la géographie, l'histoire naturelle, les premiers principes de l'algèbre et de la physique, le latin, les éléments du grec et de l'hébreu, la grammaire russe, les règles du style, le dessin et le chant.
Dans les gymnases, on poursuit le cours des études commencées dans les écoles précédentes ; on y ajoute l'enseignement de la statistique, de la morale, de la psychologie, de la logique, l'enseignement des langues française et allemande, et, pour ceux qui se destinent à la prêtrise, les éléments de la théologie.
Dans les écoles de filles, on enseigne le catéchisme, l'histoire biblique, l'écriture, le dessin, le travail manuel, l'arithmétique, le russe, le français, l'allemand.
Il y a, dans les écoles élémentaires inférieures, un premier maître, qui a le titre de recteur, et reçoit un traitement de 850 francs, un second maître a 450 francs. Dans les écoles élémentaires supérieures, il y a un recteur avec 2,000 francs d'appointements, un co-recteur à 1,600 francs, quatre maîtres dont le traitement est de 900, 800, 600 francs. Les gymnases ont deux lecteurs à 2,800 fr., deux autres à 2,400 fr., deux à 2,200 fr., et trois maîtresses de langues russe , française, allemande, à 840 fr.
Dans les écoles de filles, il y a trois à quatre maîtres et maîtresses à 900 francs et 600 francs.
Les élèves de ces écoles doivent avoir 42 heures de leçons par semaine, ceux des écoles élémentaires 36 heures, i>eux des gymnases 48.
On compte en Finlande 4 gymnases, 9 écoles élémentaires supérieures, 25 écoles élémentaires inférieures, 3 écoles de filles, et diverses écoles particulières. Le nombre des élèves répartis dans ces institutions et dans l'université
est d'environ 3,080 ( l ).
On n'a pas encore établi, comme en Suède et en Norwége, des écoles ambulantes pour les villages et les habitations isolées, Les parents apprennent eux-mêmes à lire à leurs enfants, sous la surveillance du prêtre, qui, de temps à autre, les examine. Nul enfant ne peut être admis à la confirmation s'il ne sait lire et s'il ne connaît son catéchisme.
Tous les maîtres qui entrent dans les écoles à titre de lecteurs ou de recteurs sortent de l'université et doivent avoir le grade de magister en philosophie. La plupart sont prêtres, ou tâchent de le devenir, afin d'obtenir, après quelques années de service dans l'enseignement, un pastorat meilleur que leur place d'instituteur.
Les pastorats de Finlande sont divisés en deux classes, pastorats communaux et impériaux ; les premiers se don-* nent au choix des communes et à l'ancienneté ; le consistoire ecclésiastique, composé de l'évêque du diocèse et des lecteurs du gymnase, présente à la paroisse trois candidats ; les paysans en élisent un, et le consistoire confirme l'élection. Les pastorats impériaux sont accordés directement par l'empereur, toutefois d'après un certificat du consistoire qui atteste la capacité et la bonne conduite du candidat;
(') La population de Finlande s'élevant à 1,430,000 individus, c'est l étudiant gur 46t.
ces pastorats sont la récompense des hommes de mérite qui ne peuvent être soumis à la règle commune de l'ancienneté, et des hommes employés dans les écoles.
Les étudiants pauvres des gymnases reçoivent un faible stipende ; autrefois ils avaient le droit de s'en aller, pendant les vacances, de ville en ville, de hameau en hameau, demander un secours pour pouvoir continuer leurs études. Cet usage a été aboli ; une rétribution annuelle de quelques kopecks a été imposée à chaque paysan, et des quêtes se font régulièrement dans les églises pour remplacer le produit des anciennes quêtes ambulantes.
Il y a de plus dans chaque ville un fonds spécial employé à l'entretien, à l'agrandissement de la bibliothèque et des collections scientifiques du gymnase.
La ville d'Âbo a recomposé, après son désastreux incendie, une bibliothèque qui renferme déjà près de trois mille volumes; celle du gymnase de Borgo en a sept mille, celle de Viborg quatre mille cinq cents, celle de l'université de Helsingfors est dotée d'une rente annuelle de 12,600 fr., dont 1,200 francs sont exclusivement affectés à l'achat de livres russes.
En résumé, le budget des écoles de Finlande s'élève chaque année à 160,000 francs, et celui de l'université à 280,000; en tout 440,000 francs.