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pendant, à la rigueur, des banquiers , des agio-+ teurs et des courtiers de commerce ne tiennent guère plus aux mœurs de la Suisse, que le territoire de Béle au:sol helvétique. : |
La ville de Béäle s'élève sur les deux rives du Rhin; le Grand Bâle, qui couvre la rive gauche, est la portion la plus antique et la plus considérable dela cité. Un seul pont forme la communication du Grand et du Petit Bâle; c'est.à l’une des-extrémités de ce, pont. qu'est placée cette horloge, si célèbre jadis entre toutes les horloges de la chrétienté , à l'égard desquelles elle .se trouvait constamment en avance d'une heure. Je. ne sais si cest pour soutenir l'honneur. ou pour suivre l'exemple | de son horloge, que la ville de Bâle donna la première. le ul de l'insurrection helvéti- ‘que: Quoi qu il en soit, cette borlpsr est maintenant remise à |” De et tels sont à Bâle les progrès, de:la ir Nr que cette importante opération y a été entreprise et achevée sans occasioner une émeute: .:
La révolution n’a pourtant. pas détruit tous Les préjugés à Bâle: et,.par exemple ; j'ai vu dans la petite. ville, cette. vieille. et. grotesque figure. tirant la langue, qui charme encore au ;XIX° siècle les yeux. des Bàlois , comme elle les charmait au XV°. Peut-être PSE t-il, pour
abolir ce monument gothiqué, une insurréction nouvelle; | Quoique, dépuis la révolution , bien des gens de toute sorte, ét même des catholiques, aient été tolérés à Bäle. lès Juifs contiriuent éncofe d'en être exclus : ce qui ne veut pas dir qu'il n’y ait point dé Juifs à Béle, mais bien que là bänque sy fait exclusivement pat les Bâlois. | CCR ‘Généralément, il existé en Suissé une gratide avérsion à! l'égard des Juifs, ét les cantons ré formés les répoussent dussi bien que lés catholiques. J'en à vu quelques - uns à Séhaffouse, un jour de foire; maïs ils en étaient partis avant le coucher du ble. Un Juif qui séraît trouvé de nuit à Schaffouse , SY exposérait à des châtimens sévères : il serible qu'il ñe léür soit permis d’éxercér leur infiocénté ne qu'à là clarté du jour. | Un usage antique , qui s’est alerte pêtpétué à Bâle, à travers toutes les vicissitüdes du commerce, toutes les' variations du change ét tous les progrès de la’ civilisätion, est celui d’attachéer extérieurement À chac qué fenêtre un miroir destiné à réfléchir tous les objets; êt surtout à reproduire au salon toutes les figures qui se succèdent dans la rue. L’étonñement que catisé à l'étranger cette IN rOMEE quan-
tité de miroirs ; signes fon équivoqués de l’innocente Curiosité des dames de Bäle, n’en est sans doute pas pour elles le moins agréable assaisonnement. Maïs cette surprise diminue et fait presque place à la compassion , lorsque l’on songe que dans les longues absences de leurs maris, dont toute la vie s'écoule x leur comptoir ou à la Bourse, ces dames n’ont guère en effet d'autre distraction que leur miroir, ni d’autre ressource contre leur solitude domestique, que le spectaclé dé ce qui sé passe dans la rue. Ces miroirs ont un autre avantage : les
“mœurs étant encore assez sévères à Bdle , pour que les réunions d'hommes ét de fentes ÿ soient rarés et à dé longs intervalles, lés dämes, au moyeñ de ces images qui se SitésdeAt saus cesse devant leurs yeux, peuvent : sé procurer $an$s PER et sans scandale la société qui leur plait, et n’ont en quelque sorte, pour avoit téür salon toujoursrempli, de à né jamais quitter leur fenêtre.
La banqué ést le il commerce de Bâle; ses manufacturés de toiles sont peu flo: rissantes; celles de’ bonrietérie sont à peu pres tombées ; mais ses fabriques dé rubans prénnent dé jour én jour plus d'activité, et deviennént une branché de revenus Brésque génévpalé pour tout le canton. On y trouverait à
peine un paysan qui n’eüt chez lui un métier à rubans, ou même une ferme qui ne füt un atelier. Je ne sais jusqu’à quel point l’extrème extension donnée à ce genre d'industrie est favorable ou nuisible aux habitans du canton de Bâle. Il est certain qu'elle y répand dans les campagnes un peu plus d’aisance, et aussi un peu plus d'amour pour le gain. D'un autre côté, j'ai oui dire que les belles vallées de ce canton se ressentent déjà, .à leur préjudice, de l’invasion de cette industrie étrangère, et. que l’art de faire des rubans: sy perfectionne aux dépens de la valeur des terres, de la qualité des pâturages et de la santé des hommes. Ces considérations mériteraient peut-être d'entrer pour quelque chose dans le calcul des négocians de Bäle , s’il n’était encore plus dans le génie de ce do d’estimer tout en francs ou.en livres sterlings, et de réduire les hommes à la condi= uon de machines, pourles. échanger plus, alsément contre de éCcus. | Bâle renferme. de beaux saines pablidet et particuliers, et généralement, cette ville, bien bâtie et habitée par une population active , aisée, industrieuse, doit être un séjour agréable. C’est la plus grande ville de toute la Suisse ; et, si Genève l'emporte de beaucoup par sa population , c’est à coup sür pour Bäle un avantage
BALE. ; 317 de plus ; que ses habitans ne soient pas entassés les uns sur les autres , comme des fourmis ow comme les citoyens de Genève.
‘Il y a devant le WMünster-Kirche, ou la cathédrale, une fort belle place qu’on appelle le
Platz , et cette place, qui aboutit à une terrasse très-élevée au-dessus du Rhin, jouit d’une vue superbe sur ce fleuve, sur la ville qu’il traverse, et sur l'Allemagne, vers laquelle il se retourne brusquement, comme satisfait d’avoir gardé jusque-là la frontière de l’Helvétie et le pays de la liberté. La cathédrale de Béle, édifice du XI siècle, n'est guère remarquable que par la pierre rouge dont elle est bâtie, et qui produit l'effet d’un enduit ou d’une hi appliquée à dessein , illusion qui se présente ici d'autant plus naturellement que la plupart des maisons de Bâäle sont ainsi peintes à l'extérieur; quelques-unes conservent même encore des peintures de la main de Holbein: c’est en barbouillant les murs de sa patrie, que ce grand artiste s'était exercé à décorer les palais des rois.
‘Je me trompe, en disant que la cathédrale de Bäle est peu remarquable en elle-même ; elle possèdeles cendres d'Érasme, ornées d’une : éloquente inscription de son ami Ammerbach. Aucune autre église, en Suisse, nerenferme, d’ailleurs , autant de monumens d'hommes il-
lustres. J'ai passé une journée entière à parcourir, dans cette religieuse enceinte, les tom beaux des Oecolampade, des Grynæus, des Bauhin, des Buxtortff, des Froben, des Wettstein , des Hoffmann, des Passavant, des Bernoulli; et quel luxe d'architecture vaut ce luxe d'épitaphes, qui ne recommandent 1c1 que le savoir ou le génie? On a fait un livre, rien qu'avec les épitaphes de ces anciens Bälois (1); et ce n’est pas insulter les Bâlois actuels, que de dire qu'il y a plus de mérite enseveli dans leur cathédrale, qu'il n’en existe à présent dans toute leur ville: car, de quelle ville ou de quel peuple ne pourrait-on pas dire aujourd hui la même chose ?
Tout près de la cathédrale, est la salle où se tinrentles conférences du fameux Concile de Bâle. Wn’yreste plus maintenant que les bancs de bois sur lesquels étaient assis les Pères du Concile, et que l’on a soigneusement conservés, sans doute par égard pour les flots d’encre théologique dont 1ls sont encore tout tachés. On me conduisit , au sortir de cette salle, dans une pièce voisine, où se faisaient jadis les lectures et les exercices publics de l’Université, et j'ai
(1) Basilia sepulta, auctore TJ. Toniola, Bastl., in-4°, 1661. :
BALE. 319 remarqué sur l’un des pupitres de boïs qui garnissent cette pièce, un profil d’Érasme, d'une ressemblance parfaite, tracé par le coùteau malin d'un écolier.
J'ai visité la bibliothèque de Bâle, qui est encore la plus eme à de toute la Suisse, bien que, dans ce siècle des lumières, les bourgeois de Bäle négligent tout à fait de l’enrichir. C’est-là surtout qu’on est environné des souvenirs d'Érasme, que rien ne rappelle plus ailleurs, dans cette ville qu'il aima tant, où il voulut vivre et où1l revint mourir; c'estlà qu’on trouve le portrait de ce grand homme, par Holbein, chef-d'œuvre où la naïveté du pin-
ceau s’unit à la finesse de l'expression; plusieurs lettres manuscrites de sa main; un exemplaire deson Éloge de la Folie, chargé sur les marges de dessins à la plume du même peintre; son testament, son écritoire , son cachet, sa plume, respectables monumens de son génie, qu’on a d'autant plus de raison de conserver ici, que, dans le reste de Bäle, Érasme a cédé la place à Barème... $
Tous les hommes illustres, do les cendres reposent dans la cathédrale, revivent 1c1 dans des images au dosten axoir le mérite de la res-
ds You auriez die mon ami, hhere sen-
timent de respect avec lequel je m’inclinais devant ces vénérables figures, à l’aspect de ces hommes qui furent les flambeaux d’uneuniversité, long-temps renommée pour l’une des premières de l'Europe. Mais hélas! à présent, cette université est à peu près défunte comme eux, ou du moins elle ne jette plus qu’une clarté faible et mourante. Des comptoirs ont remplacé à Bäleles bancs de l’école; les muses grecques et latines n’y parlent plus que le langage de la Bourse, et les descendans des Mérian, des Socin, des Passavant, nesavent faire que labanque.Que dis-je? les géomètres eux-mêmes ne comptent plus à Bâle, que des écuüs ; Euler attend encore uû successeur dans la ville qui le vit naître; et le dernier des Bernoulli n’aura probablement pas d’héritier; et que l’on ose encore contester ici le progrès des lumières!
Si vous exceptez la cathédrale et la bibliothèque, vous ne rencontrerez presque rien à Bâle qui ne soit tout à fait digne du siècle où nous vivons; mais on trouve encore dans ses environs quelque chose d’antique; et combien peu de villes ont encore ARRET hui cet avantage | |
J'ai visité, à deux lieues de Bâle, les ruines de Pitié Augusta Rauracorum | maintenant appelées Augst; car, tel était le génie de
BALE. : 301 Rome, que les monumens de sa langue n’étaient pas moins indestructibles que ceux de sa puissance. Ces ruines ne consistent qu'en un amas informe de débris provenant d’un théätre, en un autre monceau appartenant au temple de la divinité du lieu, en quelques füts de colonne brisés et couchés sur le sol , et en des restes d’aquéduc : tout cela ne vaut guère à présent la peine d’être visité par des voyageurs qui cherchent des impressions ou des connaissances ; car, à qui ne veut que méditer sur la grandeur des Romains, l’Europe entière nesuffit-elle pas ? et pour qui veut les connaitre, leurs livres ne sont-ils pas partout: D Mais un souvenir que les Romains eux-mé- mes auraient envié aux temps modernes , C'est . hors des murs de Bäle et plus loin.encore des ruines d’AÆugst, quäl faut. à présent le chercher; c’est dans ce cimetière de Saint-Jacques, théâtre du plus héroïque fait d'armes dont s’'énorgueillissent les, fastes helvétiques. Je ne redirai pas les détails de cette admirable action; j'aurais peur de l’affaiblir en la racon- tant, ainsi que tous ceux qui l'ont décrite. Le seul Æneas Sylvius, qui se trouvait alors à Bâle, où il était secrétaire du Concile, a peint le dévouement de ces seize cents Suisses, d’un: mot presque aussi énergique que leur courage : ls
ne succombèrent que parce qu’ils s'étaient épuisés à force de vaincre. Jusqu’à ce jour, cependant, aucun monument n'a consacré sur le champ de bataille de Saint-Jacques le souvenir des héros qui s’immolèrent pour leur pays; le vin qu'on y recueille et qu’on nomme encore à présent le sang des Suisses, est la seule hbation qu'on y ait offerte à leur mémoire : ah! que ne n'est-il permis de croire que jy portai moimême un plus digne hommage, les larmes d’admiration dun Français!
Sans cette décadence des études littéraires, qui m'a affligé à Béle, je me serais fort bien trouvé de mon séjour dans cette ville, et je n’en aurais emporté que des souvenirs et des impressions agréables. Jy ai vu des hommes fort instruits et fort aimables, qui soutiennent seuls encore l’honneur de leur antique université, et j'aurais passé des jours entiers dans le cabinet de M. Haas, digne héritier de M. de Mécheln et digne successeur des Froben. Mais, vousle diraije? une image importune, celle des remparts détruits d'Huningue,m’a constamment poursuivi dans ce pays; et ce n’était qu'en soupirant que je détournais mes regards du spectacle de cette plaie si récente de la France, pour les fixer sur celui de la prospérité de Bäle. Eh! quelle crainte pouvait donc encore inspirer à ses paisibles ha-
BALE. | 323 bitans, un monument qui ne devait plus servir qu’à la sécurité de la France ? En quoi les souvenirs de la grandeur de Louis XIV troublaient-ils le repos et l’industrie des Bâlois? Les ruines d'Huningue sont-elles donc pour ce peuple un plus sûr rempart que l’amitié de la France ?
Bâle est-elle en effet mieux défendue, depuis que nos frontières sont découvertes, et son indépendance plus assurée, depuis que ses citoyens ont mérité notre haine? Était-ce bien en portant le dernier coup au malheur de son plus ancien allié, que la Suisse s’apprétait à resserrer les nœuds de cétte noble confraternité d'armes, commencée sur le champ de bataille de Saint-Jacques et scellée depuis dans cent combats? Était-ce ainsi que les Suisses du XV° siècle savaient combattre les Français, ou bien, est-ce ainsi que les Suisses du XIX° siècle savent les servir et les défendre?
Je suis, etc.
SLLSRR L'VR VAE LAURE A/R COLTULLLVELLELVELUELLLELELULÉ ELITE ULUTLE