DEUXIÈME LETTRE
Recherche de la source de la cause de la syphilis. — Opinion de Petronjus, d'Alexander Benedictus. — Faits singuliers de Ba- Lington. — Stérilité de toutes ces idées. — Le spéculum et ses avantages — Inoculation appliquée à la blennorrhagie. — Ses conséquences.
Mon cher confrère et ami,
Je n'écris pas un ouvrage didactique ; j'en aurais bien le désir; mais, vous le savez, je n'en ai pas à cette heure le pouvoir. Je vous adresse des Lettres familièrement écrites, et pour lesquelles je réclame tous les bénéfices de la forme épistolaire, c'est-àdire la liberté du genre et la spontanéité de la pensée. Aussi, ce que je n'aurais pas dit dans ma précédente lettre, je le dirai sans façon dans celle qui suivra, sans un trop religieux respect du plan, de la méthode et des autres artifices de composition, ailleurs si utiles.
Ainsi, pour que ma première lettre fût complète dans la rapide indication des essais tentés dans la voie de l'expérimentation, j'aurais dû parler plus longuement des tentatives d'inoculation de la syphilis de l'homme aux animaux. Soit pour se soustraire aux inconvénients qui pouvaient résulter de l'inoculation pratiquée sur l'homme lui-même,
soil pour résoudre le curieux problème de la transmission de la syphilis aux espèces animales, Hunter et Turnbull avaient déjà tenté, comme je vous l'ai dit, mais vainement, cette inoculation de l'homme aux animaux. J'avais répété toutes ces expériences, et j'étais arrivé aux mêmes résultats négatifs. Cependant, dans ces derniers temps. M. Auzias Turenne a repris ces expériences, les a variées; il a employé d'autres procédés que ceux qui étaient connus, et il a cru être arrivé à la démonstration expérimentale de la transmissibililé de la syphilis de l'homme à certaines espèces animales. J'ai dû, dès lors, reprendre ces expériences, et je me suis convaincu de nouveau que la syphilis n'était pas décidément communicable aux animaux, et que les faits invoqués par M. Auzias étaient illusoires. M. Cullerier, à l'hôpital de Lourcine, a étudié ce sujet avec beaucoup de soin, et est arrivé aux mêmes conclusions que moi. Mon collègue, Vidal (de Cassis), a expérimenté à son tour, et ses résultats, je crois, ne diffèrent pas des miens.
L'observation directe , l'expérimentation sur le malade lui-même, étaient donc les seules ressources auxquelles je pusse avoir recours ; à elles seules aussi je résolus de m'adresser.
Il fallait d'abord chercher une source sûre à laquelle je pusse aller puiser la cause vers la recherche de laquelle je voulais diriger toutes mes investigations. Il ne s'agissait plus de se fier aux récits des malades; il fallait aussi éviterles objections justement