TROISIÈME LETTRE
La blennorrhagie tient-elle à un virus particulier ? — Preuves de l'absence d'un virus blennorrhagique. — 1 a femme peut donner la blennorrhagie sans l'avoir. — Théorie de l'acclimatement.
Cher confrère et ami,
La conclusion qui termine ma dernière lettre : — La blennorrhagie dont le muco-pus inoculé ne donne lieu à aucun résultat ne reconnaît pas pour cause le virus syphilitique, — cette conclusion, déduite de faits irréfragables, replace l'histoire de la blennorrhagie au même point où elle nous a été transmise par le Lévitique. Vieille comme l'homme, plus vieille que lui, car les animaux, créés avant lui, sont sujets à la blennorrhagie et ne le sont pas à la vérole, cette maladie, à son état de simplicité, n'a rien de commun avec l'infection syphilitique.
En dépit de ceux qui, depuis Paracelse, Bethencourt et Fallope, ont voulu faire de la blennorrhagie, non symptomatique du chancre, une maladie nouvelle, identique à la syphilis, les recherches que j'ai faites, corroborant les descriptions si précises d'Alexander Benedictus et de Cataneus, ont donné aux doctrines de Balfour, de Tode et de Duncan la valeur et la solidité que Bell leur aurait données lui-même,
LA BLENNORRHAGIE TIENT-ELLE A UN VIRUS. 4 i
s'il eût pu, comme nous le pouvons aujourd'hui, expliquer les fails prétendus exceptionnels.
Mais la blennorrhagie, de la manière que je l'entends, absolument étrangère à la syphilis dans ses causes, dans sa forme, dans ses conséquences, tientelle à un virus particulier ?
Il ne me répugnerait pas d'admettre une cause spéciale, pouvant spécifiquement et constamment produire la blennorrhagie et ses conséquences. Rien n'est plus propre, en effet, à déterminer une blennorrhagie que le muco-pus fourni par certaines muqueuses enflammées.
M. ïhiry (de Bruxelles), homme savant, sérieux et intelligent, qui a fait une longue élude des maladies vénériennes, admet plusieurs espèces de blennorrhagies : la blennorrhagie simple, la blennorrhagie symptomatique du chancre urétral, la blennorrhagie syphilitique appartenant à la syphilis constitutionnelle, et une blennorrhagie virulente, ayant, comme le pensaient Tode et Bell, son virus à elle. Ce virus spécial, il l'appelle virus granuleux.
Celle théorie exposée d'une manière séduisante (1), sans être précisément contraire à mes idées, ne me paraît pas satisfaisante.
Quels sont donc les caractères assignés par M. le professeur Thiry à la blennorrhagie granuleuse? C'est d'être fatalement contagieuse par l'application directe du muco-pus qu'elle produit.
(1) Presse médicale de Bruxelles.
I! serait bon de savoir sur combien d'expériences celle proposition a été établie. J'ai lu avec un soin extrême, en 1850,, et j'ai revu depuis tout ce qui a été publié sur cette doctrine. M. Thiry a pris du pus d'une opbthalmie granuleuse, et son application dans l'urètre a produit une urétrite. D'après ce fait, confirmé par quelques autres expériences, M. Thiry dit qu'autant il y a de personnes soumises à l'inoculation, autant il y a de gens infectés. Mais après une expérimentation aussi limitée, est-il bien permis de conclure d'une manière aussi absolue?
Continuons : une seule granulation suffit pour la production de la blennorrhagie granuleuse. Cherchez donc à la trouver dans le vagin ! D'ailleurs, la blennorrhagie simple n'est-elle pas le résultat d'un contact, d'un commerce plus ou moins impur? Quelle différence dans ce cas entre le contact et une contagion ? M. Thiry a-t-il pu vérifier les sources de toutes les blennorrhagies granuleuses qu'il a observées? Non, mille fois non, ce n'est pas plus possible à Bruxelles qu'à Paris.
Selon M. Thiry, la cause à peine appliquée, il y a production immédiate du muco-pus en dehors de l'inflammation.
Il admet, cependant, deux manières d'être du virus granuleux: le virus à l'état de pureté, d'intensité, produisant alors de V inflammation et masquant momentanément la granulation ; puis le virus à l'état de chronicité, toujours contagieux, produisant la granulation d'emblée ; dans tous les cas, agissant