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ABSENCE D'CN VIRUS BLEKNORUHAGIQUE

fatalement, donnant lien à une sécrétion de mucopus, surtout de pus, tandis qu'il n'y a pas de pus dans les autres blennorrhagies !

Les muqueuses ne peuvent donc plus sécréter de pus sans granulations, quel que soit le degré de leur inflammation, l'altération de leur tissu? Est-ce que la sécrétion des blennorrhagies ordinaires, du catarrhe utérin, de la balano-posthite (sur laquelle M. Thiry glisse), est formée seulement de mucus? N'est-ce pas toujours un mélange de mucus et de pus, avec prédominance de l'un ou de l'autre de ces éléments, selon l'intensité du mal, l'altération plus ou moins grande du tissu malade?

Quelle que soit, dit M. Thiry, la muqueuse sur laquelle le muco-pus granuleux est appliqué, il produit une altération de tissu qui n'a d'analogue ni dans l'état physiologique ni dans l'état pathologique. Ce n'est ni une papille ni un follicule ; il se produit là quelque chose de nouveau : la granulation l

Ces granulations admises dans Furètre sans avoir été vues produisent, selon M. Thiry, ces sensations de nodosités que j'explique, moi, par Finflammation des follicules urétraux.

Comme accidents concomitants ou consécutifs, la blennorrhagie granuleuse produirait plus fatalement le phimosis, le paraphimosis, la balano-posthite, l'adénite, Fépididymite, enfin des rétrécissements spéciaux plus difficiles à guérir que les autres. Comme accident de contagion, elle donnerait lieu à l'ophthalmie blennorrhagique.

Mais jusque-là où est la différence ? Notre savant ami oublie du reste l'ophthalmie métaslalique, qui peut avoir une très-grande intensité et qui peut se manifester avec toutes les hlennorrhagies possibles.

Quant au traitement, il est dit qu'on doit surtout s'efforcer de détruire la granulation ; sans cela il n'y a pas de guérison. Il n'y a donc pas de blennorrhagies granuleuses à Paris, puisqu'elles guérissent si bien par les antiphlogistiques, le cubèbe, le copahu et les injections !

En résumé, ni par sa marche, ni par son mode de propagation, ni par ses accidents consécutifs, ni par son traitement, la blennorrbagie granuleuse ne présente de différences avec les blennorrhagies ordinaires. Tout l'édifice élevé par M. Thiry ne repose, en définitive, que sur cette pierre angulaire, la granulation. Mais ne peut-on pas admettre que chez certains individus, dans certaines conditions, la maladie puisse affecter cette forme ?

La granulation ne serait alors qu'un produit d'inilammation dansdes conditions particulières, comme les autres altérations de tissus qu'on peut rencontrer à la suite des blennorrhagies.

Lorsqu'on remonte donc de la manière la plus rigoureuse et par l'observation la plus sévère aux causes déterminantes des blennorrhagies les mieux caractérisées, on est forcé de voir et de convenir que le virus blcnnorrhagique fait le plus ordinairement défaut. Rien de plus commun que de trouver des femmes qui ont communiqué des blennorrhagies des

plus intenses, des plus persistantes, aux conséquences blennorrhagiques les plus variées et les plus graves, et qui n'étaient affectées que de catarrhes utérins , quelquefois à peine purulents. Assez souvent, le flux menstruel paraît avoir été la seule cause de la maladie communiquée. Dans un grand nombre de cas, enfin, on ne trouve rien, ou seulement des écarts de régime, des fatigues, des excès dans les rapports sexuels, l'usage de certaines boissons, — la bière, — de certains aliments, — les asperges. — De là, cette fréquence dans la croyance des malades, croyance très-souvent légitime, qu'ils tiennent leur chaudepisse d'une femme parfaitement saine.

Sur ce point, je connais assurément toutes les causes d'erreur, et j'ai la prétention de dire que personne plus que moi ne se tient en garde contre les fraudes de tout genre semées sur les pas de l'observateur; mais c'est avec connaissance de cause que je soutiens cette proposition :

Proposition : Fréquemment les femmes donnent la blennorrhagie sans l'avoir.

La blennorrhagie, telle que quelques personnes s'obstinent à l'admettre, c'est-à-dire comme conséquence d'une contagion, est aussi rare chez la femme que commune chez l'homme. Je ne crois pas trop m'avancer en disant que les femmes donnent vingt chaudepisses contre une qu'on leur rend. Et cela se comprend, car les femmes, si sujettes aux écoulements non syphilitiques des organes génitaux, sont la source la plus fréquente des écoulements qui,

chez l'homme, alors, ne peuvent être considérés comme un effet de contagion virulente.

Il m'a été impossible de prendre au sérieux la doctrine de M. Cazenave, qui reconnaîttrès-bien que beaucoup de femmes, sous l'influence de catarrhes utérovaginaux chroniques, peuvent avoir des relations sexuelles sans rien communiquer, pourvu qu'elles ne soient pas échauffées au taux de la virulence, qu'elles ne soient pas élevées, pour ainsi dire, au rouge virulent.

N'est-il pas plus simple de comprendre et plus rationnel de dire qu'avec un degré moindre d'excitatation les sécrétions sont moins irritantes, et que l'habitude même de ces sécrétions, pour quelques personnes, peut produire une immunité, et comme une sorte d'acclimatement ?

C'est ainsi, comme je l'ai vu fréquemment, qu'une femme mariée peut cohabiter avec son mari sans rien lui communiquer ; mais un amant survient-il, ce dernier contracte la blennorrhagie.

Le mari était acclimaté, l'amant ne l'était pas.

Quand on étudie la blennorrhagie sans prévention, sans idée préconçue, on est forcé de reconnaître qu'elle se produit souvent sous l'influence de la plupart des causes qui peuvent déterminer l'inflammation des autres muqueuses.

L'expérience de Swediaur est là pour le prouver. Cet observateur injectait de l'alcali volatil dans l'urètre, et il produisait une blennorrhagie. Cette expérience veut-elle dire que l'on puisse à volonté et toujours produire la blennorrhagie par des injec-

lions irritantes ? Non, sans doute, pas plus qu'on ne produirait toujours le coryza par les mêmes moyens, pas plus que Fophthalmie, etc. Pour la blennorrhagie, comme pour toute autre inflammation, il faut la préexistence de la prédisposition, cette immense inconnue qui domine toute la pathologie. Ce qui le prouve, c'est que la blennorrhagie ne se prend pas toujours dans les conditions mêmes où elle est le plusévidemmentcommunicable. Sans cette heureuse immunité que donne l'absence de la prédisposition, la blennorrhagie , déjà très-commune, le serait encore beaucoup plus.

Une expérience de vingt ans m'a appris, et me permet d'affirmer, qu'en dehors des écoulements blennorrhoïdes symptomatiques du chancre, il est souvent de toute impossibilité de reconnaître la cause d'une blennorrhagie.

Je sais que plusieurs de mes collègues se refusent obstinément à admettre cette opinion ; toute blennorrhagie éveille en eux l'idée de la syphilis, et leurs prescriptions thérapeutiques ne sont que la conséquence logique de leurs préoccupations.

Ici, mon cher ami, je dois vous faire une confession, et je la ferai publique. Cette persistance de quelques-uns de mes honorés et savants collègues à considérer et à traiter toujours la blennorrhagie comme un accident de nature syphilitique, m'a plusieurs fois ému. Aussi, plusieurs fois m'est-il arrivé, non pour satisfaire un frivole intérêt de curiosité, bien moins encore pour céder à une excitation coupable de dé-

nigrement, mais pour éclairer et rassurer ma conscience; plusieurs fois, dis-je, il m'est arrivé d'avoir recours à un stratagème dont je veux faire l'aveu avec toute la réserve et la convenance que je dois à d'honorables confrères.

C'était dans les circonstances que voici : un homme se présentait à ma consultation, avec une blennorrhagie des mieux caractérisées. Il m'affirmait qu'il n'avait eu de rapports qu'avec une seule femme, et que cette femme était sa femme ou sa maîtresse. Cet homme était inquiet ou alarmé. 11 conduisait avec lui la femme cause de son mal ; et celle-ci, protestant de son innocence, de concert avec le malade, me suppliait de la soumettre au plus rigoureux examen. Cet examen, fait avec toute l'attention et toute la sévérité dont je suis capable, me montrait les organes sexuels de cette femme dans un parfait état de santé. Rien, absolument rien, dans les replis les plus profonds de ses organes, qui pût expliquer la blennorrhagie de cet homme. Je priais la femme de passer dans une pièce voisine, et, seul avec le malade, j'épuisais tous les moyens possibles, et dont je vous épargne les détails, pour arriver à cette certitude : le malade n'a eu de rapports qu'avec cette femme; c'est dans ces rapports seulement qu'il a pu contracter la maladie qu'il porte.

Je rassurais le mari ou l'amant, j'innocentais la femme ou la maîtresse ; mais alors je les priais de se rendre complices tous les deux du petit stratagème qu'il me reste à indiquer.

Je les envoyais tous les deux, et séparément, bien entendu, chez tel ou tel de mes savants collègues que je sais être en dissidence profonde avec moi sur la question de la blennorrhagie. Je disais au malade : Posez nettement celte question : Ma blennorrhagie est-elle syphilitique? Je disais à la femme : Demandez hardiment : Ai-je pu donner la blennorrhagie à un homme?

Le couple me revenait, l'homme avec un diagnostic écrit, ainsi formulé : blennorrhagie syphilitique; suivait le traitement ad hoc ; la femme avec cette indication : V état parfaitement sain des organes permet d'affirmer que madame n'a pu communiquer une maladie qu'elle n'a pas.

Ce n'est pas un fait unique et isolé que je vous signale, mon cher ami; cette expérience, je l'ai renouvelée plusieurs fois et assez souvent, avec des variantes, pour corroborer mes convictions et pour rassurer ma conscience (I).

(1) Il y a des faits plus extraordinaires encore que ceux relatifs à des b'ennorrhagies contractées auprès des femmes saines. En voici un dont l'analogue ne s'est peut-être pas présenté à M. Ricord, et sur l'authenticité duquel il ne m'est pas possible d'élever le moindre doute.

Un homme de trente ans, médecin, vivait dans la continence depuis plus de six semaines, et ses derniers rapports sexuels n'étaient pas suspects. Une circonstance fortuite lui permit de passer une journée presque tout entière en tête-à-tête avec une jeune femme qu'il aimait. Depuis dix heures du matin jusqu'à sept heures du soir, il fit de vains efforts pour vaincre la résistance de cette femme, dont la vertu ne succomba pas. Mais pendant toutes ces heures, ce confrère resta dans un état d'excitation sans intermittence. Trois jours après, il fut pris d'une bien-

Que signifient ces faits? Que la cause de la blennorrhagie ne peut pas être toujours connue; que cette maladie peut être produite par des causes communes à toutes les inflammations, s'il y a prédisposition; mais que l'agent le plus spécial de la blennorrhagie est le muco-pus fourni par les muqueuses génito-urinaires enflammées.

Cette manière de voir me paraît plus rationnelle, beaucoup plus philosophique que celle qui rapporterait la blennorrhagie dite vénérienne à une sorte de demi-virus imaginé par notre savant confrère et habile syphilographe, M. Baumes. Pour ce praticien, la blennorrhagie est comme une dégénérescence du chancre; elle peut donner lieu à une infection constitutionnelle syphilitique, plus faible cependant que celle produite par le chancre, mais sans pouvoir, néanmoins, par voie de contagion ou d'inoculation, reproduire celui-ci : « On peut donc prévoir, ajoute « M. Baumes, la plus grande similitude entre les g symptômes constitutionnels qui sont la suite de « Tune et de l'autre de ces maladies ; et, en effet, «l'expérience prouve que la différence entre ces « symptômes gît, non dans leur nature, mais seule- « ment dans leur degré d'intensité, dans leur gra- « vite et dans leur siège qui, après la blennorrhagie,

norrhagie des plus violentes, des plus douloureuses, et qui dura quarante jours.

Assurément voilà le type d'une blennorrhagie non syphilitique.

{Note de M. AmédéeLatour.)

THEORIE DE L ACCLIMATEE EINT. 5,3

« s'étend généralement à moins de tissus, à moins (i d'organes différents qu'après le chancre (i). »

C'est là une véritable doctrine de juste milieu. Cette théorie pure n'est justifiée ni par les faits, ni par l'observation, ni par l'expérience; il ne lui manque qu'une condition, des preuves.

Jusqu'ici donc, et c'est bien là mon opinion, la bïennorrhagie simple reste complètement étrangère à la syphilis, quant aux causes qui peuvent la produire.

Mais, a-t-on objecté : le pus du chancre, c'est-àdire le virus syphilitique, peut produire la bïennorrhagie. Cette opinion est fort ancienne; elle a été soutenue depuis les premiers temps de l'apparition de la vérole en Europe ; et très-légitimement elle peut être encore soutenue aujourd'hui. Mais qu'est-ce à dire? S'appuiera-t-on sur les observations des anciens? Elles sont incomplètes et insuffisantes; impossible avec elles de remonter scientifiquement de l'effet à la cause. Invoquera-t-on des expériences semblables à celles de Harrisson, qui conclut à la production d'une bïennorrhagie par l'introduction dans l'urètre du pus fourni par un chancre, sans savoir ce qu'il avait physiquement déterminé? Non, mais plus simplement et plus logiquement nous conclurons à la possibilité de la bïennorrhagie non virulente par le pus du chancre, en considérant ce pus comme pouvant agir à la manière des irritants

(1) Baumes, Précis théorique et pratique sur les maladies vénériennes, 1840, t. I, p. 259.

5 i LETTKES SUR LA SYPHILIS.

simples. Une femme ayant des chancres à la période inoculable pourra ainsi déterminer chez un homme une blennorrhagie qui ne s'inoculera pas. On pourra ainsi se rendre compte des observations de Swediaur et d'autres, en supposant qu'ils n'aient pas commis quelque erreur de diagnostic, attendu que ces observateurs ne se servaient ni du spéculum, ni de l'inoculation, observations qui prouvent que des hommes affectés de chancres ont communiqué la blennorrhagie à des femmes.

Voici ce que l'observation clinique enseigne et ce que l'expérimentation peut démontrer. Il n'est pas rare de voir des malades avec un chancre du gland ou du prépuce être successivement pris de balanite ou de balano-poslhite déterminées par l'action irritante du pus du chancre. Mais alors, tandis que le chancre donne du pus inoculable, le pus fourni par la balano-poslhite ne l'est pas. (Nous verrons plus tard que, pour que le pus virulent agisse spécifiquement, il faut des conditions qui ne se rencontrent pas toujours.)

Fidèle à ma première conclusion,, réduisant à leur juste valeur ces premières objections, j'affirme que quand Harrisson a produit des blennorrhagies avec le pus du chancre, ou bien ce pus a agi à la manière des irritants simples, ou bien il a produit un chancre uréral, ce qu'il n'avait pas vérifié. Nous verrons de môme, plus tard, que lorsque Hunter a produit un chancre avec du prétendu pus blennorrhagiqne, c'était au produit d 'un véri table chancre urétral qu 'il avait eu affaire.

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