‹ Lettres sur la syphilisChapitre 22 sur 95 · DU CHANCRE DE L UKETRE · texte numérisé non relu

DU CHANCRE DE L UKETRE

pourra en rencontrer dans le cours de sa pratique, dix, vingt, trente exemples; qu'est-ce que cela relativement au nombre des blennorrhagies simples sans aucune suite fâcheuse? Mais ces malades, qui ne donnent d'autre antécédent que la blennorrhagie à leur infection constitutionnelle, frappent l'esprit des observateurs; le souvenir en reste profondément gravé; leur nombre, relativement très-restreint, se grossit dans l'imagination, et Ton ne manque pas de le présenter comme une objection formidable à la doctrine de la non-identité de la blennorrhagie et de la syphilis.

Vous voyez à quoi se réduit cette objection ; j'espère l'avoir détruite. On m'accuse d'instituer une hypothèse avec le chancre larvé, d'établir un système. Cependant j'ai prouvé le fait de son existence par l'anatomie pathologique ; je l'ai déduit de mes expériences sur l'inoculation. N'est-il pas vrai que la blennorrhagie, dans l'immense majorité des cas, est exempte de toute conséquence syphilitique? A quoi donc attribuer l'infection, quand elle survient après la blennorrhagie ? Je l'attribue, moi, au chancre larvé ; et mes adversaires, à quoi l'attribuent-ils ? A une prétendue identité que l'observation de tous les jours, que des faits immenses démentent incessamment. Et c'est moi que Ton accuse d'être systématique, moi qui élève une doctrine sur les bases de l'observation, de l'expérimentation et de l'inspection cadavérique ! Que sont donc mes contradicteurs, qui, pour seul soutien de leur doctrine,

RlCOKD. 5

n'invoquent qu'un fait brut, dont l'interprétation ne repose sur aucun des éléments nécessaires aujourd'hui aux exigences de la science !

Veuillez donc croire, cher ami, que ce sont mes contradicteurs qui se lancent dans la voie de l'hypothèse, tandis que je cherche, au contraire, à les ramener dans les voies de la réalité. Vous voyez maintenant qu'il est facile de concilier ces deux termes de ma proposition :

Oui, le chancre urétral larvé est rare, mais le nombre des véroles à la suite du chancre larvé urétral ne paraît pas rare.

Il ne paraît pas rare, parce qu'on ne tient compte que des malades qui ont été atteints de ce chancre larvé; mais si l'on pouvait établir une proportion rigoureuse entre les blennorrhagies non suivies d'accidents syphilitiques et celles qui y ont donné lieu, on verrait que ces dernières sont proportionnellement très-rares, et que cette apparence de fréquence est tout à fait illusoire.

Mais d'ailleurs, dans tous les cas où l'on a rapporté la vérole constitutionnelle à la blennorrhagie, a-t-on pris toutes les précautions possibles pour ne pas être induit en erreur ? Je ne le crois pas, quand je vois qu'on se contente du diagnostic porté par le malade et de son histoire racontée par lui-même. On dirait véritablement que le médecin a décliné en quelque sorte sa compétence. Vous verrez des exemples frappants de celte confiance du médecin au récit de son malade dans les mémoires et travaux de

Page 1