‹ Lettres sur la syphilisChapitre 35 sur 95 · NEUVIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

NEUVIÈME LETTRE

Quelques considérations sur le traitement de la blennorrhagie. — Le traitement dit d> s fiançailles. — Opinion peu sérieuse de Hunter. — L'infection par la muqueuse urétrale restée saine.

— L^s coques muqueuses d'Hufeland. — Les demi-traitements. — Traitement abortif. — Il est innocent des accidents dont on l'accuse. — L'épididymite et Teau de graine de lin.

— Le prix fondé par M. Diday.

Mon cher ami,

Si je pouvais penser que vos lecteurs aient remarqué l'interruption de ma correspondance, et surtout qu'ils s'en soient plaints, je vous demanderais la permission de m'excuser auprès d'eux par l'obligation d'autres devoirs impérieux qui ont absorbé les courts et rares instants que je peux vous consacrer. Je contracterais bien vite la douce et charmante habitude de ces entretiens périodiques avec le public nombreux que votre talent et celui de vos collaborateurs ont su réunir autour de votre journal. Mais vous êtes si riche et si varié sur ce point, que mon absence n'a pu causer aucun dommage. Je ferai cependant tous mes efforts pour que désormais la bienveillance de vos lecteurs m'accompagne au moins le plus régulièrement possible.

Je veux terminer aujourd'hui ce qui concerne la blennorrhagie par quelques mots sur son traitement.

Vous comprendrez que dans ces lettres les détails seraient oiseux et inutiles. Je me tiens aux sommités de toutes les questions, les développements devant faire le sujet d'un traité spécial et étendu que j'espère pouvoir offrir plus tard au jugement de mes confrères. Ici, je touche à toutes les doctrines de l'hôpital du Midi, et je dois clore ce qui a trait à la blennorrhagie par quelques considérations sur le traitement de cette maladie.

A voir la persistance de certains syphilographes à rester dans les anciennes idées concernant la blennorrhagie, à ne voir et à n'admettre que des hlennorrhagies virulentes, il semblerait que ces syphilographes ne devraient constater l'existence d'aucun écoulement sans faire intervenir aussitôt le traitement mercuriel. Eh bien! il n'en est pas ainsi. Le plus grand nombre d'entre eux se contententdu traitement rationnel, et parmi eux veuillez ranger Vidal, qui ne fait pas autre chose que ce que je fais, et moins peut-être; car dans ce qu'il a écrit sur la blennorrhagie, n'établissant nulle part un diagnostic différentiel absolu entre la blennorrhagie virulente et la blennorrhagie bénigne, il ne parle en aucune façon du traitement anti-syphilitique proprement dit.

J'ai déjà dit un mot de l'étonnante et ridicule coutume de ceux qui donnent le copahu et le cubèbe aux blennorrhagies des célibataires, et qui réservent le mercure à quiconque veut se marier. Cette thérapeutique à deux fins me rappelle l'histoire d'un de

mes anciens collègues de l'hôpital du Midi. Il avait, dans sa jeunesse, comme beaucoup d'autres, contracté des blennorrhagies. Plus tard, il dut épouser la fille d'un vieux syphilographe imbu de la doctrine du traitement de précaution; il n'obtint la main de sa prétendue qu'à la condition d'un traitement par la liqueur de Van Swieten longtemps continué. Le traitement fini, le mariage s'accomplit. Tous ceux qui ont vécu clans l'intimité de ce collègue, et même les personnes qui ont assisté à ses conférences cliniques, ont pu entendre ses fréquentes et amères récriminations contre ce traitement des fiançailles. Du reste, ce traitement avait été très-inutile chez notre collègue, car il avait conservé un suintement habituel de l'urètre, dernier et péremptoire argument qu'il avait l'habitude de présenter aux personnes qu'il ne parvenait pas à guérir d'un inconvénient semblable.

D'autres, plus logiques en apparence, en admettant la blennorrhagie virulente, et confessant néanmoins qu'ils ne peuvent la distinguer de la blennorrhagie bénigne, donnent à tout hasard et quand môme le traitement mercuriel. Hunter est de ce nombre, et sa manière de raisonner sur le traitement delà blennorrhagie est on ne peut plus curieuse. Si Hunter n'avait pas d'autres titres à la reconnaissance et à l'admiration des savants, ses écrits ne seraient pas parvenus jusqu'à nous, et M. Richelot, votre savant et modeste collaborateur et ami, n'aurait pas doté la France de sa belle traduction

des œuvres du grand physiologiste anglais (1). Écoutons Hunier, il n'est pas indifférent de lire le passage suivant :

«Quelle que soit la méthode qu'on ait adoptée pour le trailement de la gonorrhée, soit localement, soit à l'intérieur, il ne faut jamais perdre de vue qu'une certaine quantité de la matière de l'écoulement peut être absorbée et se montrer ensuite sous la forme de syphilis constitutionnelle. Pour prévenir cet effet, je pense qu'on doit donner intérieurement de petites doses de mercure. Il n'est pas facile de déterminer à quelle époque ce traitement mercuriel doit commencer; mais s'il est vrai, ainsi que je l'ai expliqué antérieurement, que la disposition syphilitique une fois formée ne peut point être guérie par le mercure, tandis que cet agent thérapeutique a la faculté d'empêcher une pareille disposition de se former, il importe de commencer de bonne heure et de continuer jusqu'à la fin de la maladie, non-seulement jusqu'à ce que la sécrétion du pus ait cessé de se faire, mais encore quelque temps après. On peut employerles frictions mercurielles, lorsque l'estomac et les intestins ne peuvent supporter le médicament.

« Cette pratique est d'autant plus nécessaire, que l'écoulement dure depuis longtemps, surtout lorsque le traitement s'est composé seulement de simples évacuants. En effet, lorsque l'écoulement a une longue durée, l'absorption a plus de temps pours'exer-

(1) Œuvres complètes, Paris, 1843.

cer ; et lorsqu'on n'a eu recours qu'aux évacuants, il y a plus de raisons de craindre qu'elle n'ait eu lieu, car ces médicaments n'ont aucunement la faculté de repousser le virus de l'économie.

« Pour empêcher l'établissement d'une syphilis constitutionnelle par suite de l'absorption du pus vénérien, il suffit de prescrire un grain de mercure calciné chaque soir, ou soir et matin ; mais il faut en continuer l'emploi enproportiondeladurée delamaladie.

« On ne peut jamais constater le succès de cette pratique dans aucun cas particulier, parce qu'il est impossible de dire si le pus a été absorbé, excepté dans des cas où il se forme des bubons; et toutes les fois qu'on reste incertain sur la réalité de l'absorption virulente, il est impossible d'affirmer qu'une syphilis constitutionnelle se serait manifestée, si l'on n'avait point donné de mercure; car, parmi les malades qui n'ont point pris de mercure, on en voit peu qui soient atteints de symptômes constitutionnels consécutivement aune gonorrhée. Quoi qu'il en soit, il est prudent de prescrire un traitement mercuriel ; car on peut admettre, avec raison, qu'on préviendra souvent ainsi l'établissement d'unesyphilis constitutionnelle, comme cela a lieu lorsqu'on l'administre à des malades affectés de chancres ou de bubons qui, sans ce traitement, détermineraient certainement une infection générale, ainsi que l'expérience nous l'a appris (I).

(1) Œuvres complètes, trad. de Richelot, Paris, 1843, tome II, page 257.

TRAITEMENT DE LA BLENiNOUIlHAGIE. 119

Je vous demande pardon pour cette longue citation, vous savez que ce n'est pas mon habitude ; mais celle-là m'a paru d'autant plus nécessaire, que cette doctrine sert encore de base aux raisonnements et à la pratique d'un grand nombre de syphilographes.

Faut-il que j'insiste d'abord sur la manière dont Hunter admet l'infection constitutionnelle par la blennorrhagie? Ce n'est pas la partie actuellement malade qui infecte, c'est le pus sécrété ! Évidemment, Hunter n'avait pas réfléchi sur ce mode singulier d'infection, et ceux qui l'ont suivi ne semblent pas y avoir réfléchi davantage.

Il est vrai que cette doctrine a été singulièrement revue et augmentée. Ainsi, vous trouverez dans un syphilographe moderne que, dans la blennorrhagie,, l'infection ne se fait pas par la portion de la muqueuse qui est malade, mais bien par la portion de la muqueuse du voisinage qui est restée saine, celle-ci seule ayant la faculté d'absorber le muco-pus virulent; d'où il faudrait tirer, mon cher ami, cette bizarre conclusion, que si toute la longueur de l'urètre était malade, l'infection consécutive ne serait jamais à craindre.

Les coques muqueuses d'Hufeland sont encore une émanation de la doctrine huntérienne. Vous savez que celui-ci prétend que si la blennorrhagie n'infecte pas plus souvent, c'est que le pus est enveloppé dans de petites coques muqueuses, d'où il n'a pas toujours la liberté de s'échapper.

Revenons à Hunter, et soyons douloureusement

120 E. Rothlin:

Unsere vergleichende Analyse iiber die Wirkungsweise des Lienins, /5-Imidazolylâthylamins und Pituglandols ergibt.im wesentlichen ein iiberemstimmendes biologisches Verhalten dieser drei Substanzen auf die Tâtigkeit des curaresierten Froschherzens, sowie auf das isolierte kùnstlich durchstrômte Sauge tierherz. Dièse analoge Wirkungsweise der drei Substanzen lâBt vermuten, daB es sich in allen drei Fâllen uni ein identisches wirksames Prinzip handelt. Durch die Arbeiten von Fùhner1) ist es doch recht wahrscheinlich geworden, daB im Hypophysenextrakt /?-Imidazolylâthylamin, bzw. Derivate desselben vorkommen und einen Teil des wirksamen Prinzips im Hypophysenextrakte ausmachen. Im Milzextrakte konnte bisher /?-Imidazolylâthylamin nicht nachgewiesen werden, doch besteht eine gewisse Wahrscheinlichkeit dafùr nicht nur zufolge der ûbereinstimmenden Wirkung auf die Herztâtigkeit mit /5-Imidazolylâthylamin, sondern eine ëbensolche habe ich auch fur die vasotonisierenden Eigenschaften auf die verschiedensten iiber lebenden GefâBe nachgewiesen2). Es wàre selbstredend zu gewagt, aus der biologischen "Ubereinstimmung in der erwâhnten Richtung ohne weiteres auf die Identitât der wirksamen Substanzen im chemischen Sinne zu schlieBen. Denn es konnte sich ebenso gut um eine Substanz im Lienin handeln, deren chemische Konstitution von jener des /5-Imidazolylâthylamins verschieden ist und in den bisher untersuchten biologischen Eigenschaften mit demselben ùbereinstimmt.

SchlieBlich kônnen wir die in der Einleitung gestellte Erage, in welcher Hinsicht die Wirkungsweise des Lienins auf den Herzmuskel und dessen Tâtigkeit die Erscheinungen des Blutdruckes nach hrfravenôser Injektion von Lienin zu beeinflussen vermag, in folgender Weise béant worten. Wâhrend der ersten Phase der Lienin wirkung hat die Herztâtigkeit wegen der Abnahme der Hubhôhe und der Erequenz der Herzkontraktionen einen primâren Abfall des Blutdruckes zur Folge, welcher in der zweiten Phase durch die Verstârkung der Hubhôhe der Herzkontraktionen und der gesteigerten Frequenz in einen blutdrucksteigernden Effekt ubergeht, insofern nicht die Wirkung des Lienins auf die GefâBe auf direktem oder indirektem Wege dieser Beeinflussung des Blutdruckes von seiten des Herzens durch eine GefâBerweiterung entgegenwirkt.

Zusammenfassung.

1. Die Wirkungsweise des Lienins auf das curaresierte Froschherz in situ und das kùnstlich durchstrômte Herz von Kaninchen und Katze

x) Fiikner, H.. Das Pituitrin und seine wirksamen Bestandteile. Mûnch. med. Wochenschr. Nr. 16, S. 853. 1912. Uber die isolierten wirksamen Substanzen der Hypopkyse. Dtsck. med. Wockensckr. Nr. 11, S. 491. 1913.

2) Rotklin, E., 1. c. S. 119.

Ùber die Binwirkung des Milzextraktes [Lienins] usw. 121

âuBert sich in der Beeinflussung des Herzmuskeltonus, der Frequenz des Herzschlages und der Hubhôhe der Herzkontraktionen. Bei beiden Versuchsobjekten verlaufen die Erscheinungen in zwei Phase n.

2. Das Froschherz weist in der ersten Phase eine Abnahme des Herzmuskeltonus, sowie Verlangsamung der Schlagf requenz und Herabsetzung der Hubhôhe der Kontraktionen auf. Inderzweiten Phase erfolgt eine Abnahme der Se hlagf requenz mit gleichzeitiger Verstârkung der Hubhôhe der Herzkontraktionen. Der Herzmuskeltonus erholt sich wâhrend dieser zweiten Phase wieder, aber langsam,

3. Beim kùnstlich durchstrômten Sâugetierherzen ist die erste Phase der Lieninwirkung charakterisiert durch eine ziemlich scharf einsetzende Erhôhung des Herzmuskeltonus und gleichzeitiger Abnahme der Schlagfrequenz, sowie der Hubhôhe der Herzkontraktionen, ihre Dauer ist wie beim Froschherzen kurz, 10 bis 15 Sekunden. In der zweiten Phase sehen wir eine Zunahme der Schlagfrequenz mit gleichzeitiger Verstârkung der Herzkontraktionen.

4. Dièse Wirkungsweise des Lienins kann sowohl beim Herzen des Frosches als beim Kaninchen und der Katze mehrmals hintereinander mit demselben Erfolge wiederholt werdèn. Das schlechtschlagende bzw. stillstehende Herz kann durch Lienin eventuell wieder zu kràftiger Herztâtigkeit angeregt werden.

5. Lienin, /5-Imidazolylâthylamin und Pituglandol stimmen in ihrer Wirkung auf das Herz des curaresierten Frosches in situ und auf das kiinstlich durchstrômte Sâugetierherz in qualitativer Hinsicht gut ûberein, in quantitativer Beziehung ùberwiegt das /Mmidazolylâthylamin iiber die beiden andern Substanzen. Dièse biologische tJbereinstimmung der drei Substanzen lâBt daran denken, daB im Lienin und Pituglandol eventuell /5-Imidazolylâthylamin als aktives Prinzip vorkommt.

la répercussion, sur la théorie du loup renfermé dans la bergerie ; vous connaissez toutes les appréhensions qui se sont manifestées à l'endroit des métastases et des pérégrinations du virus dans l'économie, occasionnées par le traitement abortif de la blennorrhagie. Cette doctrine m'a toujours fort étonné en présence des faits qui se présentent en foule et journellement dans la pratique.

D'abord, il est incontestable que la plupart des accidents auxquels la blennorrhagie peut donner lieu, ne se manifestent presque jamais avant la fin du premier septénaire ; c'est à partir du second, et le plus ordinairement plus tard, qu'on voit ces accidents survenir.

D'un autre côté (et ceux qui fréquentent l'hôpital du Midi le savent bien), le plus grand nombre de ces accidents ne se montrent que chez les blennorrhagiques qui n'ont fait aucun traitement, ou qui n'en ont fait qu'un insignifiant. Voulez-vous que je vous en donne une preuve singulière? — Ici, mon cher ami, laissez-moi vous dire, incidemment, que je professe une grande déférence pour la statistique médicale, cet instrument précieux, qui, manié comme il l'a été par les habiles mains de M. Louis, a rendu de si incontestables services à notre science. Mais, M. Louis est le premier à le reconnaître et à le proclamer, rien de plus difficile, de plus délicat que la statistique médicale ; rien qui, par ses écarts ou par sa vicieuse application, puisse conduire à de plus grandes déceptions, à des erreurs plus déplora-

bles. Cette profession de foi faite, on ne pourra pas, je l'espère, considérer comme une attaque contre la statistique, ou comme une moquerie de ce précieux instrument de recherches, ce que je vais dire relativement aux causes des accidents produits par la blennorrhagie.

Je disais que le traitement abortif de la blennorrhagie était fort innocent des accidents qui peuvent se manifester pendant le cours de cette maladie. Savez-vous, en effet, ce que la statistique, ridiculement interprétée, apprendrait à cet égard? C'est que l'antécédent le plus fréquent de Fépididymite serait la tisane de graine de lin. Je possède sur ce point des chiffres énormes, et les élèves de ma clinique attendent tous les jours, avec une hilariante impatience, cette question terminale que je ne manque jamais d'adresser au malade affecté d'épididymite : Mais avez-vous pris de la tisane de graine de lin? La réponse est inévitablement affirmative.

Que conclure de ces chiffres et de ces faits ? Qu'évidemment Tépididymite, comme les autres accidents de la blennorrhagie, n'est ni une répercussion, ni une métastase, ni aucune de ces chimères par lesquelles on a voulu empêcher l'application d'un traitement hâtif et abortif de la blennorrhagie.

Je suis profondément convaincu, par mon observation et par ma longue expérience, qu'une blennorrhagie arrêtée dès les premiers jours de son apparition, loin d'être suivie des accidents qu'on redoute, en empêchera au contraire la manifestation.

Le traitement abortif de la blennorrhagie est en même temps le traitement prophylactique des accidents consécutifs. Aussi en pratique ai-je adopté le traitement aborlif appliqué dès les premiers moments de l'apparition de la blennorrhagie. C'est un point de doctrine sur lequel je ne saurais jamais trop insister. Le début de la blennorrhagie est connu, sa fin et ses conséquences sont toujours incertaines. Il y a donc immense intérêt pour le malade à le débarrasser le plus vite possible de son écoulement. En dépit d'un vieux préjugé dont la pratique de Bell a pu être le prétexte, je professe, mon cher ami, que les injections qui constituent une des parties les plus importantes du traitement abortif et curatif, loin de produire les rétrécissements de l'urètre, ainsi qu'on l'a dit et qu'on le répète encore, sont le meilleur traitement prophylactique de ces rétrécissements. On peut assurer que plus vite un écoulement sera arrêté, moins on aura à redouter les altérations organiques de l'urètre ; celles-ci sont, comme pour toutes les autres muqueuses, la conséquence de la durée de l'inflammation. Je sais bien qu'ici encore la statistique a été invoquée, et qu'on a exhibé des cas assez nombreux dans lesquels des rétrécissements se sont manifestés après les injections. Mais il en est un peu à cet égard comme de la tisane de graine de lin dans Fépididymite : par cela seulement qu'on trouve les injections parmi les antécédents des rétrécissements, il ne faut pas conclure à un rapport de causalité; analysez bien

ces observations, et vous verrez qu'il s'agit de blennorrhagies anciennes, d'une très-longue durée, qui ont résisté à tout, même aux injections; c'est précisément parce que les injections n'ont pas guéri l'inflammation, que le rétrécissement est survenu. Ce qui n'entraîne pas la nécessité de leur emploi maladroit ou intempestif.

Je suis heureux de citer ici un de nos jeunes et laborieux confrères, M. le docteur Gaudmont, élève de M. Civiale, qui professe dans ses cours si suivis sur les maladies des voies urinaires des opinions tout à fait analogues, et atttribue la diminution qu'il croit observer aujourd'hui dans le nombre des rétrécissements de l'urètre, aux préceptes thérapeutiques sur lesquels j'insiste et que j'ai le plus cherché à propager.

Permettez-moi de résumer ici, en quelques mots et comme je l'ai fait ailleurs (1), mes opinions et ma pratique sur le traitement de la blennorrhagie urétrale.

Le nombre et la gravité des accidents sont, nonseulement en raison de l'intensité de la maladie première, mais encore en raison de sa durée.

La blennorrhagie n'atteint pas ordinairement de suite sa plus grande violence ; elle n'a pas non plus des phases régulières à parcourir, ni un temps de durée limité.

Malgré les idées contraires de Hunter, nous

(1) Hanter, Traité de la maladie vénérienne, 33 édition, Paris, 1859, p. Wi.

sommes Irop éloigné du stablisme pur pour croire, comme on le fait vulgairement, à la nécessité de la suppuration, et au besoin de laisser aller l'écoulement. L'abondance de la suppuration est en raison du degré de l'inflammation, et non la cause qui fait diminuer celle-ci. Les prétendus dangers de la répercussion des écoulements, ou de leur guérison rapide, sont chimériques, et l'on peut établir la proposition contraire, qui veut que plus vile on guérit et plus tôt aussi on se met à l'abri des accidents.

Il résulte de ces propositions que le traitement de la blennorrhagie doit tendre à empocher son développement, à diminuer l'intensité de ses symptômes quand on n'a pas pu l'arrêter au début, et enfin, dans tous les cas, à en abréger la durée autant qu'il est possible. Il faut donc diviser le traitement en abortif, en palliatif et en curatif.

Les agents de la méthode aborsive sont directs ou indirects. On peut les employer isolément ou à la fois.

Tant qu'il n'y a pas encore de signes de \ive inflammation, au premier, au second, au troisième, au quatrième jour, ou môme plus tard, on peut employer les injections de solution de nitrate d'argent, ou ce sel à l'état solide, en faisant prendre concurremment à l'intérieur le cubèbe ou le copahu. Le nitrate d'argent est un puissant et excellent modificateur des muqueuses enflammées, mais il n'est pas sans quelques inconvénients : il détermine souvent beaucoup de douleurs, et l'inflammation artificielle à laquelle il donne lieu est quelquefois

assez vive pour occasionner des accidents qui, bien que passagers, n'en sont pas moins fort désagréables ; j'y ai presque entièrement renoncé.

S'il existe déjà un peu trop d'inflammation et de douleur, ou que ces conditions se manifestent sous l'influence des injections, il faut renoncer à cellesci, tout en continuant les moyens internes, aidés du reste du régime et d'autres moyens que nous allons signaler.

Dès que l'état inflammatoire est franchement établi, la méthode abortive n'est plus applicable, car elle pourrait plutôt nuire que servir.

Alors doit être employé le traitement palliatif de la période aiguë, qu'on peut ainsi résumer :

Repos général de l'individu, mais, par-dessus tout, repos local de la partie malade ; usage d'un suspensoir pendant la marche et la station droite; régime sévère, en rapport toutefois avec les forces de l'individu et l'intensité du mal; éviter les excitants de tous genres, et plus particulièrement les liqueurs, la bière, les asperges, etc. ; boissons rafraîchissantes et abondantes, au goût du malade.

Liberté du ventre à l'aide de lavements ou de légers purgatifs ; bains entiers tièdes et prolongés, en tenant compte toutefois de leurs effets, quelques malades ne s'en trouvant pas bien ; bains locaux comme soin de propreté; ou comme sédatifs, en évitant encore qu'ils ne congestionnent ou ne favorisent l'œdème ; lotions, fomentations, cataplasmes, en suivant les mômes règles.

Évacuations sanguines locales, quand la maladie existe sans réactions générales, saignée du bras dans les conditions opposées. Dans le premier cas, en donnant la préférence aux sangsues, on doit mettre celles-ci aussi près que possible de l'endroit malade, en évitant, en cas de complication de chancres, les points déclives que pourrait atteindre le pus, et les régions où le tissu cellulaire trop lâche favorise l'œdème et expose à de graves accidents d'inflammation érysipélaleuse et môme de gangrène, comme on l'a vu pour les bourses, la verge, les paupières, etc.

Lorsque l'état aigu cède, ce qui est indiqué par la diminution ou la cessation complète de la douleur en urinant, bien plus encore que par l'absence de celle-ci dans les érections, qui, comme l'observe avec raison Hunier, peuvent faire encore longtemps souffrir après la cessation de tout écoulement, il ne faut plus insister autant sur lamédication antiphlogistique, qui, loin de guérir dans la plupart des cas, comme on l'a avancé, tend au contraire à faire passer la maladie à l'état chronique indéfini.

On doit aussitôt abandonner l'usage des bains généraux, qui non-seulement alors pourraient entretenir la maladie, mais qui même la font revenir, quand on les reprend trop tôt après la guérison.

Le régime doit être rendu graduellement plus tonique, tandis qu'on va prescrire les anti-blennorrhagiques proprement dits. Ici, comme dans la méthode abortive, deux ordres de médications

TRAITEMENT DE LA BLËNNORKBAGtE. 129

se présentent : moyens directs, moyens indirects.

4° Moyens directs. La médication directe ou locale doit être mise en première ligne. Les indications qu'elle doit remplir sont : d'isoler les muqueuses malades, en les empêchant de se toucher entre elles; de s'opposer au séjour ou à la stagnation des sécrétions morbides, et de tarir l'écoulement.

La première indication n'est pas facile à remplir dans la blennorrhagie urétrale, bien que je l'aie tenté avec succès dans une foule de cas. Quant aux autres conditions de la médication directe, on y satisfait surtout par l'usage des injections.

Sans chercher ou rejeter d'une manière absolue un spécifique dans les injections, il est bien certain que, parmi les médicaments qu'on emploie sous cette forme, il en est qui donnent souvent d'heureux résultats. Sous ce rapport, on a mis en première ligne le nitrate d'argent, qui a une action si remarquable dans le traitement de la plupart des inflammations des muqueuses.

La formule à laquelle je donnais autrefois la préférence, et qui est celle dont on peut se servir dans le traitement abortif, est la même qu'a proposée le professeur Serre, de Montpellier, après avoir vu ma pratique :

Nitrate d'argent cristallise 10 centigrammes

Eau distillée 200 grammes.

Les injections à l'aide de ce liquide doivent être faites avec une seringue en verre.

Il faut que les injections soient froides, et qu'on ne les empêche pas de parcourir tonte la longueur du canal, afin qu'elles puissent atteindre dans tous les cas les régions malades.

Le nombre journalier des injections doit être limité : trois par jour suffisent ordinairement, sans fatiguer le canal. Si après un jour ou deux l'écoulement augmente, et que surtout il devienne un peu sanguinolent, on les suspend. Alors la sécrétion morbide ne tarde pas à diminuer pour se tarif ensuite, ou tout au moins à revenir au taux où elle était d'abord. Dans le premier cas, les injections ne sont plus utiles; dans le second, il faut y revenir. Quelquefois cependant, à la dose indiquée, le nitrate d'argent a peu d'effet sur la marche de la maladie ; alors, il faut augmenter graduellement cette dose jusqu'à production d'un des résultats signalés.

Le docteur Carmichael, en Angleterre, en 1 841, et M. le docteur Debeney, en France (1) en 1843, ont proposé les injections caustiques, c'est-a-dire à 80 centigrammes ou à 1 gramme pour 30 grammes d'eau distillée, à toutes les périodes de la blennorrhagie. Cette méthode, vivement attaquée par mon savant ami, M. le docteur Vénot, de Bordeaux, donne souvent des résultats avantageux, comme méthode abortive. Cependant, aujourd'hui, je préfère les injections suivantes :

(1) Exposé pratique de la méthode des injections caustiques dans le traitement de ta blennorrhagie .

TRAITEMENT DE LA BLV.NNORRHAGIE. 13 1

Eau de roses 200 grammes .

Sulfate de zinc j 5S 2 grammes.

Acétate de plomb )

Voici une autre formule qui m'a bien souvent réussi :

Eau de roses 200 grammes.

Sulfate de zinc 1 gramme.

Acétate de plomb 2 grammes.

Teinture de cachou ... j ~ „ ,

, , . aa\ grammes.

Laudanum de Sydenham . . )

Tl faut secouer la bouteille chaque fois, et faire trois injections par jour, en laissant séjourner le liquide une demi-minute, ou une minute, s'il n'y a pas trop de sensibilité.

Il ne faut cependant pas exclure les autres injections de la pratique; on pourrait peut-être en formuler ainsi l'emploi.

Injections avec l'acétate de plomb, quand le nitrate d'argent irrite sans bénéfice; avec le zinc, quand les dernières restent sans effet ; avec le tannin ; avec le vin, lorsqu'il existe du relâchement et de l'atonie ; laudanisées, quand on a besoin d'un astringent sédatif; enfin, avec le sublimé, l'iode, l'iodure de fer, les caustiques même, quand il faut obtenir une modification ou perturbation plus profonde, etc. Les injections avec le chloroforme ne m'ont pas réussi.

On a reproché aux injections : 1° d'exposer les malades à des attouchements répétés et dangereux. Celte objection est ridicule.

2° On les a accusées de pousser la matière conta-

gieuse plus profondément et de prolonger la maladie. Cet effet n'est rien moins que prouvé.

3° On a pensé qu'elles donnaient souvent lieu à l'inflammation du col de la vessie et aux engorgements des épididymes. Mal administrées, et à des degrés de concentration ou avec des substances non convenables, elles peuvent produire ces effets; mais, clans ces cas, la faute n'est pas au remède, il faut l'imputera ceux qui l'ont mal appliqué.

4°Enfin,l'objectionlaplusterrible,laplusopiniâtre est celle qui veut que les injections soient la cause la plus fréquente des rétrécissements de l'urètre.

On peut, en opposition avec les idées qu'on tend à propager à ce sujet, dire que non-seulement les injections ne déterminent pas dans tous les cas des coarctations, mais qu'au contraire elles les préviennent quand elles font cesser une blennorrhagie promptement, et que même, dans certaines circonstances d'hypertrophies molles de l'urètre, elles peuvent guérir les rétrécissements qui en dépendent.

Lesindividusquiontdesrélrécissementsaprèsavoir fait des injections, sont ceux chez lesquels l'écoulement n'a pas été guéri, et a entraîné, par sa persistance, l'altération des tissus, comme cela arrive dans toutes les inflammations qui durent trop longtemps.

En somme, les mauvais résultats des injections tiennent encore à leur mauvaise administration, ou à un défaut d'action.

Nous continuerons ce sujet dans une prochaine leître.

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