DIXIÈME LETTRE
Traitement de la blennorrhagie.
(Suite).
Mon cher ami,
Continuons l'exposé de mes opinions sur le traitement de la blennorrhagie :
2° Moyens indirects. On doit y recourir dès qu'on commence l'usage des injections. Dans quelques cas même, lorsque l'urètre est encore trop impressionnable, ou qu'il s'irrite sous l'influence de celles-ci, il fautles employer seuls déprime abord ou après coup.
On peut les ranger, selon leur plus ou moins d'efficacité, dans l'ordre suivant : copahu, cubèbe, térébenthine, purgatifs, diurétiques, astringents, toniques, iode, révulsifs cutanés, etc.
Le copahu, auquel Hunter semble n'accorder que la propriété de diminuer la sécrétion morbide sans avoir d'influence bien marquée sur l'inflammation qui la produit, a cependant un effet tel, lorsqu'il est bien employé, qu'on est forcé, malgré les préventions de Jourdan, de lui accorder une sorte de propriété spécifique anti-blennorrhagique.
Le copahu agit sur l'estomac, les intestins, les voies urinaires, la peau, et, dans quelques cas rares, sur les centres nerveux.
RlCORD. 8
Sur l'estomac, il excite des nausées, des rapports, des vomituritions et des vomissements par intolérance, ou il détermine des irritations franches et de véritables inflammations. Ces différents effets sur l'estomac sont en pure perte, et sans résultats curatifs pour la blennorrhagie.
Dans le canalintestinal, ilpeutpurgersimplement, donner quelquefois lieu à de la constipation, ou exciter aussi l'inflammation à différents degrés. C'est toutefois dans cette région des voies digestives que l'action du copahu est efficace. Chez quelques malades, ses bons effets sont en raison directe des évacuations alvines qu'il excite, tandis que chez d'autres on observe les résultats opposés. Ces différentes conditions de succès ne peuvent être déterminées qu'à posteriori.
Mais l'action la plus puissante du copahu a lieu surtout lorsqu'il est admis à traverser les voies urinaires, ce qui n'arrive que dans les cas où le canal intestinal a pu le tolérer. Cette action se manifeste par un peu d'augmentation dans la sécrétion de l'urine, dont l'odeur change en se combinant à celle du remède; par une excitation quelquefois assez vive du col de la vessie, qui entraîne de plus fréquents besoins d'uriner, et enfin par une chaleur ordinairement accrue dans l'urètre pendant l'émission. C'est vraiment ici qu'on reconnaît l'action presque spécifique du baume de copahu, et cela est tellement vrai quyon peut dire qu'il est aussi puissant contre la blennorhagie urétrale des deux sexes qu'il est
TRAITEMENT DE LA BLEN.NORRHAGIE. 135
nul pour les autres variétés de cette affection.
Je crois devoir rapporter ici, à l'appui de ce qui précède, l'observation suivante que j'ai déjà publiée^).
Division accidentelle de V urètre : — Urétrite blennorrhagique. — Tran , âgé de vingt-six ans, cordonnier, entré le 16 juin 1840, salle 3, n° 25.
Ce malade, à l'âge de sept ans, par un de ces caprices bizarres qui ont donné lieu à tant d'accidents curieux du côté des organes génitaux, imagina de s'étreindre la verge avec un fil. Ce fil, fortement serré un peu en avant de la racine des bourses amena, dès le lendemain, un gonflement considérable des tissus, au-dessous desquels il disparut bientôt en coupant la peau. A la tuméfaction générale des parties et à la section des téguments, se joignit une rétention d'urine que le malade assure avoir été complète pendant 14 jours.
À cette époque, c'est-à-dire au 14e jour, l'urètre fut à son tour divisé par le fil, et il s'échappa une très-grande quantité d'urine par l'ouverture accidentelle qui venait d'être opérée.
Ce ne serait qu'alors, s'il faut en croire le malade, qu'à cause des graves accidents qui survinrent et sur la nature desquels il ne sait pas trop s'expliquer, ses parents, qui jusque-là ignoraient la maladie, durent consulter un médecin. Nous n'entrerons pas dans le détail des soins qui furent donnés au malade
(1) Troisième livraison de mon Iconographie de l'hôpital des vénériens.
dans cette circonstance ; mais nous dirons seulement qu'il se rappelle parfaitement bien qu'on n'a jamais pu retrouver le fil, malgré tous les soins que le médecin'mit à le chercher. Quoi qu'il en soit, au bout de six semaines il fut guéri, en conservant toutefois le vice de conformation qu'il venait d'acquérir et avec lequel il s'est présenté à notre observation.
Aujourd'hui la partie spongieuse de l'urètre est divisée dans toute son épaisseur un peu au-devant du scrotum, et le canal est ainsi partagé en deux parties, l'une vésicale, l'autre pénienne. Les deux orifices accidentels résultant de cette division, éloignés l'un de l'autre d'environ deux centimètres et demi, sont un peu boursouflés et offrent un renversement en dehors de la muqueuse, en même temps qu'ils sont dirigés obliquement en bas. Ils se trouvent du reste séparés l'un de l'autre, et entourés par le tissu d'unecicatrice profonde et dure qui forme une espèce de virole ou de cercle étreignant la verge dans toute sa circonférence et au même niveau. Par suite de conditions congéniales, mais surtout par le fait des désordres inflammatoires qui ont précédemment eu lieu, il existe un phimosis qui ne permet en aucune façon de mettre le gland à. découvert.
L'érection de la verge est parfaitement droite, avec peut-être un peu de tendance à se courber du côté du pubis. La moitié antérieure de l'urètre ne semble pas participer autant à cette turgescence éreclive qu'on observe dans l'état normal, et le gland est certainement moins vultueux. Cette partie reste
aussi complètement étrangère aux sensations voluptueuses, qui se trouvent limitées à la moitié postérieure du canal, de telle façon que la fosse naviculaire n'est plus, chez ce malade, l'aboutissant ou le rendez-vous des sympathies de l'urètre. Du reste l'éjaculation se fait comme la miction, et ni le sperme, dont la projection est beaucoup moins forte que dans l'état ordinaire, ni l'urine ne traversent la moitié antérieure du canal.
Ce fut dans ces conditions que le lerjuin 1849 et huit jours après un coït, ce malade vit paraître un écoulement blennorrhagique. L'affection commença d'abord par la portion vésicale de l'urètre, et ce ne fut que quatre jours plus tard que la portion pénienne devint malade à son tour. Alors l'écoulement eut lieu en même temps par l'orifice de la portion vésicale et par les deux orifices de la portion pénienne (méat urinaireet orifice accidentel).
Le 17 juin. L'inflammation est partout très-intense ; la matière de l'écoulement esttrès-abondante, fortement purulente et verdâtre ; toutefois, bien qu'il y ait là des caractères très-prononcés d'extrême acuité, la portion vésicale du canal, celle qui seule se trouve traversée par l'urine, est la seule aussi qui soit le siège de douleurs pendant l'émission de ce liquide, et l'autre n'est un peu sensible qu'à la pression. Les érections, du reste, ne sont en aucune façon pénibles ; le canal se trouvant divisé dans ia partie la plus favorable pour empêcher la formation de ce qu'on appelle vulgairement la corde, ou le dé-
faut d'allongement du canal que l'inflammation rend rigide dans la chaudepisse dite cordée. On donne au malade la demi-portion d'aliments, tisane rafraîchissante, bain.
Le 19, l'état aigu a presque complètement cédé au repos et au régime antiphlogistique. Il reste un peu de douleur en urinant ; on donne 24 grammes de poivre cubèbe en trois doses; même régime. On suspend les bains.
Le 21, la sécrétion morbide a considérablement diminué du côté de la portion vésicale de l'urètre; tandis que dans la portion pénienne elle n'a subi aucune modification.
Le 24, l'écoulement a complètement cessé dans la portion vésicale de l'urètre, on continue le cubèbe ; le malade reçoit les 3/4 d'aliments.
Le 1er juillet, on abandonne la médication par le cubèbe; aucune trace d'écoulement n'a reparu dans la portion vésicale de l'urètre. L'état de la portion pénienne ne paraît pas modifié ; on continue le même régime alimentaire.
Le 6 juillet, la sécrétion morbide reparaît dans la portion de l'urètre où elle avait d'abord cessé, et cet accidentse trouve peut-être expliqué par ce fait, que pendant l'usage du cubèbe, on tenait les orifices accidentels du canal isolés, tandis qu'après la guérison de la portion vésicale de l'urètre on permit à la matière morbide fournie par la portion pénienne devenir souiller l'orifice du canal qui n'était plus malade.
Le 8, on reprend la médication déjà suivie et l'on
administre 24 grammes de cubèbe; même régime.
Le 16, la sécrétion blennorrhagique est de nouveau tarie dans la portion vésicale de l'urètre. On continue le traitement; même régime.
Le 47, on fait pratiquer dans la portion pénienne de l'urètre des injections avec une solution de nitrate d'argent (10 centigrammes de nitrate d'argent cristallisé pour 200 grammes d'eau), afin de guérir l'écoulement dont elle est le siège. Même traitement, même régime.
Le 20, sous l'influence des injections au nitrate d'argent, la sécrétion blennorrhagique qui avait son siège dans la portion pénienne de l'urètre, a presque complètement disparu. Même régime, même traitement.
Le 22, il ne reste aucune trace d'écoulement en aucun point du canal, on cesse tout traitement. Même régime.
Le 26, la guérison de la blennorrhagie est complète, il n'y a pas la moindre supersécrétion morbide; désirant laisser au malade quelques jours de repos avant de pratiquer l'urétroplastie que réclame son état, il lui est permis de sortir pour aller metlre fin à des affaires particulières.
Il m'a semblé également intéressant d'ajouter à l'observation précédente les deux nouvelles observations qu'on va lire et que j'ai communiquées à l'Académie de médecine (1).
(1) Bulletin de V Académie impériale de médecine, 1849, t. XIV, p. 593.
140 LETTRES SUR LA SYPUiLIS.
Blennorrhagie dans un canal urétral divisé à sa partie moyenne, en avant de l'angle pénoscrot al. — P..., âgé de vingt-quatre ans, est entré à l'hôpital du Midi, le 2 février 1849.
A l'âge de sept ans, ce malade avait eu aussi la fantaisie singulière de retenir son urine, en étranglant sa verge avec une ficelle fortement serrée ; la ficelle avait été enlevée au bout de quelques heures; mais la constriction avait assez duré pour mortifier profondément les tissus, y compris l'urètre, et donner lieu à la lésion que nous allons décrire.
A la réunion des deux tiers antérieurs avec le tiers postérieur de la verge, existe un étranglement circulaire, résultat de la compression de cet organe ; à ce niveau, la peau présente une cicatrice circulaire, sillonnée, d'environ deux lignes de profondeur : la portion de la verge antérieure à l'étranglement a atteint son développement normal. L'urètre divisé présente au-devant de cet étranglement un orifice circulaire nettement limité par lequel on peut introduire une sonde cannelée. En arrière, la seconde portion de la solution de continuité du canal de l'urètre vient aboutir à un orifice plus évasé, plus inégal que le précédent, à bords très-irréguliers et pouvant admettre une sonde de calibre ordinaire. Toute l'urine sort par cette ouverture.
Les érections sont à peu près comme dans l'état normal. Il y a un mois, P a contracté une blennorrhagie aiguë qui, jusqu'au jour de son admission à l'hôpital, n'a été soumise à aucun traitement.
A son entrée à l'hôpital du Midi (le 2 février), la maladie occupe les deux portions du canal ; l'écoulement très-abondant est d'une couleur jaune verdâtre ; la partie postérieure du canal est le siège de douleurs assez vives, pendant et après rémission de l'urine; il y a pendant la nuit quelques érections à peine douloureuses.
Le 3 février, le malade est soumis à l'action d'une émulsion de copahu. Pour apprécier exactement l'effet du médicament dans chacune des parties ducanal, je fais obturer avec soin l'orifice antérieur à l'étranglement à l'aide de diachylon, précaution presque superflue, puisque toute l'urine sort par l'orifice postérieur ; ainsi l'urine chargée du principe médicamenteux ne balayera que la portion de l'urètre qui est en arrière de la solution de continuité.
Le 6 février, l'écoulement a beaucoup diminué et a changé de couleur et de nature dans cette portion ; la pression des doigts en fait suinter une goutte de muco-pus blanchâtre suspendue dans un liquide clair et filant ; les douleurs ont cessé.
Le 8 février, l'écoulement a complètement disparu dans la partie postérieure; alors je recommande au malade, qui continue l'usage du copahu, de faire dans la partie antérieure, qui n'a subi aucune modification, une injection d'arrière en avant (par rorifice artificiel) de toute son urine, au moment où il vient de la rendre.
Le 12 février, il y a déjà une amélioration notable ; la nature de l'écoulement a changé, il est d'une colo-
ration blanc jaunâtre et beaucoup moins abondant.
Le 15 février, la quantité et la coloration de l'écoulement sont encore modifiées; trois quarts d'heure après les injections, on obtient à peine par la pression du canal une goutte de muco-pus très-clair, à l'orifice du méat naturel.
Le 16 février, l'écoulement est guéri dans toute la longueur du canal.
J'ai recueilli la seconde observation dans la pratique privée.
Hypospadias accidentel : blennorrhagie guérie successivement dans les deux portions du canal — M... était, à la fois, affecté d'une blennorrhagie et d'une rupture de l'urètre qui avait produit un hypospadias accidentel à la partie moyenne de la verge. Comme dans l'observation précédente, c'était laconstriction exercée par une ficelle qui avait amené la mortification des tissus et la rupture consécutive de l'urètre; c'étaitau même âge, à sept ans, que le malade s'était infligé lui-même cette infirmité.
L'urine s'échappait par le méat artificiel, cependant le malade pouvait lui faire parcourir toute la longueur du canal, en appliquant la portion antérieure de la verge sur la portion postérieure, suivant l'axe de l'organe, de manière à obturer l'orifice traumatique. Le copahu fut donné à l'intérieur, la blennorrhagie cessa, en peu de jours, dans la partie postérieure de l'urètre ; mais elle persistait dans lapartie antérieure que l'on ne faisait pas parcourir par Turine
chargée du principe médicamenteux du copahu.
On continua néanmoins le traitement, trois jours encore, dans les mêmes conditions. La guérison de la partie postérieure de l'urètre étant alors parfaitement constatée, on continua l'administration intérieure du copahu, mais cette fois le malade devait faire parcourir à l'urine toute l'étendue de l'urètre, en prenant la précaution que nous avons indiquée ; à l'aide de cette manœuvre, l'urine copahifère opéra la guérison de la partie antérieure du canal, toutefois avec le double du temps qu'avait demandé la guérison de la partie postérieure.
C'est sous le point de vue du traitement interne et de l'action des antiblennorrhagiques proprement dits, que les observations que l'on vient de lire offre nt de l'intérêt. Les conditions dans lesquelles se trouvaient les malades donnaient une belle occasion de reconnaître le mode d'action de ces remèdes presque spécifiques contre la blennorrhagie urétrale, et d'effet presque nul dans les autres variétés de la blennorrhagie. On a pu se convaincre ici, de la manière la plus évidente, qu'ils agissaient surtout en vertu de modifications particulières qu'ils subissaient en traversant le filtre des reins, pour être ensuite transportés par l'urine et mis en contact avec les muqueuses malades que ce liquide traverse, et cela dans des proportions mieux appropriées, ou avec les seuls principes cura tifs que la chimie vivante et le mécanisme de certaines fonctions ont le secret d'extraire et d'appliquer.
Je ne nie pas pour cela, comme on a voulu me le faire dire, l'action générale des balsamiques; j'admets, avec tout le monde, qu'ils peuvent communiquer certaines propriétés au sang, modifier certaines sécrétions. Je suis également convaincu de leur action révulsive. Mais ce que l'expérience m'a enseigné, comme à beaucoup d'autres, c'est que c'est là leur manière d'agir la plus faible ou la plus incertaine, comme on peut l'observer tous les jours dans le traitement de la balanite, des écoulements vulvaires, vaginaux, utérins et dans l'ophthalmie blennorrhagique, où ils ne produisent pas plus d'effet. Si, dans quelques circonstances, en portant une irritation plus ou moins vive sur les voies digestives, ils parviennent à modifier plus puissamment certains écoulements et à les supprimer môme en déterminant quelquefois des vomissements ou le plus souvent de la diarrhée, et sans communiquer (au moins d'une manière appréciable) aucun de leurs éléments à l'urine, l'expérience enseigne que, dan s certains cas, la suppression de la maladie n'est le plus ordinairement que momentanée, et qu'elle reparaît aussitôt qu'on suspend l'usage des médicaments, qui alors n'avaient agi qu'à la manière des révulsifs en général et sans spécificité. On peut ajouter que, si pour maintenir la cure on porte l'usage des remèdes à des doses plus élevées et de façon à dépasser les bornes d'une sage révulsion, et qu'on parvienne à déterminer un véritable état inflammatoire de la muqueuse gastro-intestinale, alors encore l'action ré-
vulsive cesse et la blennorrhagie reparaît, mais, cette fois, d'autant plus intense ou plus rebelle que la maladie des voies digeslives qu'on vient de produire agit dans le sens de celle qu'on voulait combattre, et prive de l'usage d'une médication interne qu'on aurait pu diriger plus sagement.
D'un autre côté, lorsque les balsamiques pris par les voies digestives portent leur action sur la peau et y déterminent des éruptions, on n'observe pas ordinairement d'effet révulsif, et la blennorrhagie, contre laquelle on les administrait, continue comme avant leur emploi, ou même s'aggrave et nécessite presque toujours qu'on les supprime jusqu'à ce que les accidents du côté de la peau se soient dissipés.
Convaincu, comme moi, du peu de confiance qu'on devait accorder à l'action générale et révulsive du copahu et du cubèbe, certain qu'il devait y avoir dans les effets de ces agents quelque chose de particulier sur la muqueuse malade, mon honorable collègue, feu Cullerier neveu, avait répété, déjà depuis plusieurs années, quelques expériences sur leur action directe, par application immédiate et en substance sur les muqueuses malades, soit à l'aide d'injection, soit autrement, et il avait reconnu contradictoirement, à ce qu'ont avancé quelques expérimentateurs habiles, mais un peu trop prompts à conclure, que les résultats étaient ordinairement nuls ou nuisibles. J'ajouterai, comme complément de ces expériences, que je n'ai rien
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obtenu de mieux de l'administration du copahu et du cubèbe par la bouche, contre les écoulements réputés blennorrhagiques de la terminaison du rectum ; et cela était facile à prévoir, les effets devant être à très-peu de chose près les mêmes, puisqu'une assez grande quantité de ces substances traverse fréquemment les voies digestives sans subir aucune altération, et qu'on peut alors justement les considérer comme ayant été appliquées directement sur les parties malades.
Aussi, c'est sur les injections ou sur les moyens locaux appropriés qu'il faut compter, dans le traitement de toutes les variétés de la blennorrhagie autre que la blennorrhagie urétrale, et dans celle-ci on guérit d'autant plus facilement et d'autant plus vite qu'à la médication convenablement dosée pour permettre l'action sur les voies urinaires, on associe la médication locale.
Notre confrère, M. le docteur Hardy, a présenté à la Société des médecins des hôpitaux de Paris des observations de guérison de blennorrhagies vaginales par l'injection, dans le vagin, d'urine chargée de copahu, d'après les principes que je viens de poser. J'ai aussi réussi, par ce même procédé, dans quelques cas de balanite.
Mais lorsque j'ai voulu mélanger le copahu directement à l'urine, après son excrétion, pour l'injecter ensuite, j'ai toujours échoué.
J'ai fait faire des recherches, et j'en fais encore pour savoir si on ne pourrait pas imiter l'urine
médicamenteuse préparée par les reins. Je n'ai encore rien trouvé de très-satisfaisant.
Le copahu détermine souvent dans les temps froids et humides, au printemps, en automne, des éruptions cutanées, qui se rapportent, par ordre de fréquence, à la roséole, à l'urticaire, ou à de simples érylhèmes. Ces éruptions ont surtout lieu lorsque les voies digestives sont en mauvais état. Elles s'accompagnent ordinairement de vives démangeaisons et durent rarement au delà du premier septénaire, lorsque, reconnaissant la cause à laquelle elles sont dues, on fait cesser celles-ci. Non-seulement l'action du copahu sur la peau, qui tourmente plus ou moins les malades, est sans bénéfice dans le traitement de la blennorrhagie, mais encore il n'est pas rare de voir des malades chez lesquels l'écoulement, d'abord tari, reparaît dès qu'une éruption cutanée vient à se manifester. D'après ces observations pratiques, qu'on peut répéter tous les jours, il faudra bien se garder d'adopter l'opinion qui veut que l'action du remède sur la peau ne soit pas une contre-indication à son emploi (1).
Je ne saurais parler de l'action du copahu sur la peau, sans signaler une grave erreur commise par M. A. Cazenave (2). Ce pathologiste considère les exanthèmes produits par le copahu et par le cubèbe, comme é;ant de véritables éruptions syphilitiques, par cela seul qu'une blennorrhagie a précédé !
(1) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. (V) Traité des syphilides.
Mais, contre quoi donne-t-on ces remèdes? Et estil besoin de l'existence d'une blennorrhagie pour qu'ils produisent de tels effets?
De tous les effets du copahu, le plus rare est, sans contredit, celui qui a lieu sur les centres nerveux. J'ai cependant eu occasion de voir des malades chez lesquels ce médicament, administré à des doses trop fortes, ou d'une manière intempestive, avait produit des symptômes alarmants de c'ongestion et d'excitation de la moelle épinière et du cerveau. Chez une femme, il donna lieu à une hémiplégie passagère, qui disparut aussitôt qu'une vive éruption rubéolique se manifesta ; tandis que chez un autre son emploi fut suivi de violentes convulsions, dont la crise fut encore un exanthème aigu.
Le meilleur mode d'administration du copahu est par l'estomac : il est dix fois plus puissant par cette voie que parle rectum, et ce n'est que dans les cas où l'estomac ne peut le tolérer qu'il faut le faire prendre par le gros intestin.
Plus le copahu est pur et sans mélange, mieux il agit. Toutes les préparations pharmaceutiques qui tendent à le solidifier, à lui ôter son goût et son odeur, nuisent souvent à son efficacité.
On peut le faire tolérer par l'estomac en l'associant aux antispasmodiques, aux opiacés, aux toniques.
La forme capsulaire sous laquelle on l'administre aujourd'hui a constitué un véritable progrès en pharmacie.
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Lorsque le copahu purge trop, sans bénéfice, il faut l'associer aux opiacés et aux astringents, tandis qu'on doit l'aider de substances purgatives dans les conditions opposées. C'est ainsi encore que, lorsque son action n'est pas assez prononcée sur les voies urinaires, il faut lui donner les diurétiques pour adjuvants.
Par le rectum, c'est en quart de lavements, ou sous forme de suppositoire qu'on le fait prendre. Quelques personnes conservent mieux des capsules introduites dans l'intestin au-dessus des sphincters, comme l'a proposé M. le docteur Ratier, le savant collaborateur de Cullerier.
Ce n'est pas en commençant par de petites doses qu'on obtient les meilleurs effets. On peut en donner de quatre à douze grammes par jour et jusqu'à plus de trente grammes, selon les susceptibilités individuelles. Quand le copahu a produit son effet, il ne faut pas en suspendre l'emploi brusquement ; on doit aller par doses décroissantes.
Après le copahu, et peut-être sur la même ligne, on doit placer le cubèbe comme antiblennorrhagique. Ce dernier médicament est moins nauséabond que le premier, mais il est plus irritant, comme aussi il détermine plus souvent la constipation que la diarrhée. It communique bien moins d'odeur à l'urine, et son action sur la peau est infiniment plus rare.
Plus facile à obtenir pur clans le commerce, et d'un prix moins élevé, il mérite plus souvent la pré-
férence, en tenant compte de quelques-unes des propriétés que nous venons de signaler, et qui trouvent fréquemment leur application.
La dose est de quinze grammesà trente, à soixante môme par jour. Ou peut, comme le copahu, auquel on l'unit souvent, le faire prendre sous bien des formes pharmaceutiques; la plus simple est la poudre ; la plus agréable et la plus commode est celle de capsule.
Les térébenthines, celle de Venise en particulier, sont bien moins puissantes, quoi qu'on en ait dit dans ces derniers temps. Les purgatifs ne servent tout au plus qu'à remplir certaines indications, ainsi que les diurétiques, sur lesquels on ne compte plus autant que le faisaient Tode et ceux qui l'ont suivi. Quant aux astringents, aux toniques, à l'iode que Richond et Henri avaient tant recommandé, comme aussi les révulsifs cutanés, vésicatoires, bains froids, bains de vapeur, etc., il ne faut véritablement les considérer que comme des moyens purement accessoires et d'une bien moindre efficacité.
Un mot du traitement delà balanile ou blennorrhagie externe.
Le meilleur traitement de cette forme de lablennorrhagie consiste dans la cautérisation superficielle des parties malades à l'aide du nitrate d'argent solide, qu'on passe rapidement sur les surfaces de manière a les blanchir, et sans donner le temps au caustique de les pénétrer en profondeur. Cela fait, si le gland peut être mis à découvert, on place entre
TRAITEMENT DE LA BLEN]N0R!;HAGiE. 15 1
lui et le prépuce un linge sec à demeure, qu'on renouvelle deux fois par jour. Lorsque la balanite existe sans érosions, de simples lotions d'eau blanche et l'interposition du linge sec suffisent. Quand il y a un phimosis plus ou moins prononcé, la cautérisation, en passant la pierre infernale entre le gland et son enveloppe, pour faire ensuite des injections avec Feau de Goulard, donne les plus heureux résultats. Je me sers le plus souvent de lotions ou d'injections faites deux fois par jour, entre le gland et le prépuce, avec le liquide suivant :
Q. Eau distillée. 200 grammes.
Azotate d'argent ; . 2 grammes.
Mêlez.
Là où les autres médications émollientes, antiphlogîstiques, et celles réputées spécifiques, échouent ou prolongent le mal, on obtient les plus rapides guérisons. Le plus ou moins d'inflammation n'est pas une contre-indication, et ce n'est que dans les cas où l'inflammation est excessive, que des évacuations sanguines peuvent être ajoutées au traitement, comme aussi ce n'est que dans les cas de menace de gangrène qu'on opère le phimosis aigu qui peut compliquer la balanite.
Chez la femme, la blennorrhagie vulvaire est la plus facile à guérir. Elle cède aux mêmes moyens que la balanite. Pour celle qui affecte le vagin, l'état aigu réclame les antiphlogistiques,l'usage surtout des injections émollientes et sédatives. Mais souvent dès
le début, ou quand l'état chronique précède ou suit, le moyen qui m'a donné les plus heureux résultats, que j'ai le premier préconisé et dans lequel j'ai depuis été imité, c'est l'emploi du nitrate d'argent, soit solide, soitliquide. Dans le premier cas, on met les parties à découvert à l'aide de mon spéculum brisé, et, en commençant par les régions profondes, on passe le nitrate d'argent sur toute l'étendue des parois vaginales en retirant l'instrument pour sortir. A la suite de ces cautérisations, on tient le vagin écarté par de la charpie sèche qui en isole les parois, comme dans le traitement de la balanite. Ces cautérisations sont suivies, le jour d'après, d'injections résolutives ou astringentes, répétées trois ou quatre fois par jour. L'application du nitrate d'argent solide, qu'on peut aussi faire sans l'introduction préalable du spéculum, réussit surtout lorsque les follicules muqueux sont plus fortement affectés, dans la forme que j'ai désignée sous le nom de psorélytrie. Il faut le répéter à trois ou quatre jours d'intervalle, si la maladie reste dans le statu quo; on l'abandonne si le flux s'aggrave ou se tarit. Dans les autres cas, il suffît d'injections faites, deux ou trois fois par jour, avec une solution de nitrate d'argent cristallisé, d'un gramme à deux grammes par cent grammes d'eau distillée.
Dans tous les cas où les injections sont indiquées, l'action du liquide qui constitue celles-ci est bien plus efficace, lorsqu'il est maintenu en contact avec les tissus malades à l'aide de tampons qui en sont
imbibés. Du reste on réussit souvent par Pusage de la charpie ou du coton cardé introduits dans le vagin pour en isoler les parois.
Quand la maladie a gagné l'utérus, les moyens que nous venons d'indiquer peuvent encore agir par continuité ou contiguïté de tissus; mais, il faut le dire, le pius souvent ils restent impuissants. Alors encore, on peut espérer beaucoup de la cautérisation du col et de celle de sa cavité, à l'aide d'un crayon de nitrate d'argent qu'on y introduit avec toute la prudence nécessaire. On peut faire de la même manière des injections, avec la solution de ce sel, aux doses que je viens de signaler.
Le nitrate d'argent, employé convenablement dans ces cas, ne produit pas plus d'accidents qu'aucune autre méthode, et c'est faute d'avoir lu, vu ou compris, qu'on a pu le blâmer. Les injections utérines, que Vidal a failli inventer après moi, produisent dans quelques cas des phénomènes hystériformes trèsalarmants et que j'avais déjà signalés dans un mémoire, en 1832 (1). 11 ne faut donc les employer qu'avec une excessive réserve, et peut-être serait-il toujours préférable d'insinuer les liquides médicamenteux à l'aide d'une petite éponge fixée au bout d'une baleine.
Enfin, la blennorrhagie urétrale de la femme rentre, pour le traitement, dans ce que j'ai dit de celle de l'homme, et, pour elle, le copahu et le cubèbe retrouvent leur efficacité.
(1) Mémoires de l'Académie de médecine, 1833, t. II, p. 159.
Tel est l'exposé de ma pratique eu égard au traitement de la blennorrhagie simple, non virulente, c'est-à-dire celle qui n'est causée ni entretenue par par un chancre de l'urètre.
Je ne veux pas terminer cette lettre, mon cher ami, sans vous dire un mot du prix que vient de fonder mon honorable confrère et ami, M. Diday, de Lyon. Vous savez qu'il offre une somme de 300 fr. à qui lui apportera dix observations de blennorrhagie simple qui auront produit la syphilis constitutionnelle. Cette idée est bonne; mais la trouvez-vous suffisamment généreuse? Trente francs pour chaque observation si difficile à rencontrer, franchement est-ce assez? Moi je considère comme impayable un seul fait de syphilis survenu sans cause syphilitique; aussi ne fonderai-je aucun prix sur ce point. Que mon savant et spirituel ami me permette de lui dire qu'il n'eût compromis ni sa fortune présente ni sa fortune à venir, en centuplant la valeur des observations qu'il demande.