ONZIÈME LETTRE
Origine de la syphilis. — Obscurités de l'histoire de la syphilis. — Les descriptions des auteurs de l'antiquité se rapprochent plus du tableau de la syphilis actuelle que celles des historiographes de l'épidémie de 1493. — Hypothèse sur la nature de cette épidémie. — Rapprochements entre cette épidémie et la morve et le farcin.
GïiER AMI,
Aujourd'hui, je vais vous parler de la vérole.
Gomme vous avez pu le remarquer, je n'ai pas un instant perdu de vue mon point de départ.
Quel était-il?
Chercher les causes spécifiques des maladies réputées vénériennes; étudier d'une manière plus rigoureuse leur mode d'action, pour arriver enfin à une connaissance plus exacte de leurs conséquences et de leur traitement.
Dans les lettres précédentes, j'ai cherché à démontrer que si la blennorrhagie peut avoir une cause spéciale, il n'était pas toujours facile ou même possible de distinguer celte cause spéciale des causes communes des inflammations des muqueuses ; j'ai cherché à établir que cette cause n'était pas celle qui produit la syphilis proprement dite; que ses conséquences étaient tout à fait différente?, et que son traitement, à moins d'être empirique, ne pouvait
pas ôlre celui que Ton doit opposer à la vérole.
Je serais fort heureux d'avoir mérité sur tous ces points la critique de M. Vidal, qui assure que mes efforts n'ont abouti qu'à prouver que a deux et deux font quatre. » Si je m'en rapporte à tout ce qui se passe encore en syphilopathie, cette preuve ne serait pas pour tous également facile à faire.
La cause de la syphilis n'étant pas dans la blennorrhagie, où fallait-il la chercher ?
N'exigez pas de moi que je me précipite dans les profondeurs de l'histoire. J'y suis descendu, et souvent ; je vous le déclare, mon cher ami, je crois impossible de trouver là la vérité. Plus on descend, moins la lumière pénètre, et il arrive un point où l'obscurité est complète. Aussi, parvenus à ce point, les auteurs ne marchent plus qu'à tâtons, ils s'égarent sans cesse et nous égarent avec eux.
Où la syphilis a-t-elle commencé?
Par qui a-t-elle commencé ?
Je crains bien que ces questions ne soient à tout jamais insolubles. Ce que nous pouvons affirmer, c'est que la syphilis, telle que nous la connaissons aujourd'hui, ne se développe pas spontanément chez l'homme, c'est qu'elle paraît toujours transmise. Et cependant, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, nous ne la rencontrons dans aucune autre classe animale. Je sais bien que tout récemment votre journal a annoncé que la syphilis venait d'être trouvée en Italie sur des chevaux; j'attends, pour croire à celte nouvelle, des descriptions symptoma-