LETTRE SUR L ÉPIDÉMIE DU QUINZIÈME S!ECLE
couverte que j'ai faite d'un" passage de pathologie hippiatrique ayant trait à l'origine de la morve. Voici ce qu'on lit dans la préface du Traité sur le véritable siège de la morve des chevaux, par Lafosse. Paris, 1749. C'est Fauteur qui parle :
« J'ai cru qu'il ne serait pas inutile de faire des « recherches historiques dans l'antiquité pour trou- « ver l'origine et le progrès de la morve. J'ai été « bien trompé dans mon attente, et ma surprise « fut bien grande quand je découvris que cette « maladie n'a pas seulement été inconnue des ance ciens, mais qu'elle est nouvelle, et n'a paru en « Europe que vers l'an 1494. » Et plus loin :
« C'est au siège de Naples, après l'arrivée des « Espagnols de la découverte de l'Amérique, que « parut la morve des chevaux pour la première fois. «Parazzez est le premier auteur qui en a parlé, il « fut lui-même à ce siège, et les auteurs espagnols « sont les premiers qui ont donné l'histoire de cette « maladie qu'ils appelaient muormo (1). »
« Comme vous devez bien le penser, M. le rédacteur, j'ai cherché dans différentes bibliothèques l'ouvrage de ce Parazzez qui était au siège de Naples et qui pouvait seul me donner des renseignements précis sur l'origine de la morve ; mais mes recherches ont été stériles. II faudra nécessairement fouiiler dans les bibliothèques espagnoles pour consulter les
(1) En langue espagnole actuelle, c'est muermo,vt non muormo, qui signifie morve.
auteurs, qui, les premiers, ont parlé de la morve ou du muormo. C'est la seule manière de pouvoir se prononcer définitivement sur cette question intéressante.
« D'ici là on doit accepter comme chose sérieuse l'indication donnée par Lafosse. Remarquez en effet que cet auteur est traité avec une grande considération dans une analyse critique qu'Huzard fit de son ouvrage (1). Huzard donne à cette occasion un historique étendu de l'affection morveuse, mais il ne lui vint pas à Fidée de mettre en doute ce que Lafosse dit de Parazzcz et des autres Espagnols qui ont parlé du muormo comme ayant fait sa première apparition au siège de Naples. Seulement Huzard n'admet pas comme Lafosse que la morve ait été observée pour la première fois en 1494. Il pense que Végèce avait déjà, vers le quatrième siècle, décrit cette maladie sous le nom de malleus humidus, mordus humidus> profluvium atticum, et il reproche à Lafosse de ne pas avoir fait mention de cet auteur.
« Si donc, puisque rien ne vient encore Finfirmer, l'affection morveuse a sévi sur les chevaux au siège de Naples, au point de frapper vivement l'attention des gens de l'art et de passer pour une maladie nouvelle, on doit naturellement en conclure, d'après ce que nous a appris la pathologie moderne, que la maladie aura passé des chevaux aux hommes, et qu'ensuite les hommes se la seront communiquée
(1) Mai 178G, Journal de médecine de Vandermonde.
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les uns aux autres par voie de contagion. De là ces accidents effrayants, hideux, souvent mortels et contagieux au plus haut degré, qui, jusqu'à présent, ont constitué la syphilis du quinzième siècle et qui, pour M. Ricord, sont distraits de la syphilis pour être rapportés à l'affection morvo-farcineuse.
« Il n'est pas impossible que le climat d'Italie ait une influence spéciale sur l'intensité de la maladie et sur sa propagation soit des chevaux aux hommes, soit des hommes infectés aux hommes sains. Depuis que l'on étudie avec soin la contagion de la morve des chevaux aux hommes, on a observé en 1822 (1) le cas curieux d'un cheval morveux qui avait infecté onze personnes. Ce fait unique de contagion multiple a eu lieu sous le ciel d'Italie. Qu'y a-t-il dès lors d'étonnant, à ce que, dans le même climat, au siége/ie Naples, la morve qui sévissait sur les chevaux, se soit propagée parmi les hommes dans une proportion effrayante?
« En attendant de nouveaux documents sur celte question, j'ai l'honneur, Monsieur le rédacteur, etc.
« Docteur Beau. »
Paris, 13 juin 1850.
(i) Armait universali di medicina <fOmodei ; Thomas Tarzozi .