‹ Lettres sur la syphilisChapitre 48 sur 95 · TREIZIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

TREIZIÈME LETTRE

Il n'existe aucune différence réelle entre la contagion naturelle et la contagion artificielle de la syphilis. — C'est le chancre qui est la porte de la syphilis. — Conditions de production du chancre. — Exemples curieux d'infection et de non-infection. — Des plaques muqueuses et des conditions de leur inoculation.

Mon cher ami,

Existe~t-il quelque différence réelle entre la contagion naturelle et la contagion artificielle de la syphilis ? Voilà le sujet de notre entretien.

L'observation et l'analyse rigoureuse des faits démontrent à ceux qui ne se laissent égarer ni par la prévention, ni parles idées préconçues, que la contagion de la syphilis, dans quelque circonstance qu'elle s'opère, se réduit, en dernière analyse, à un procédé d'inoculation plus ou moins analogue au procédé par la lancette. La lancette, en effet, inocule l'accident (le chancre) qui, de l'aveu de tous, est le plus fatalement contagieux. C'est par cet accident aussi, parle chancre, que dans les observations bien faites et recueillies à temps, la syphilis débute.

En dehors de l'inoculation artificielle, on voit le chancre se développer partout, sans élection de siège, sur toute la périphérie du corps, sur tout le

tégument externe ou interne accessible, et par conséquent sans qu'il soit besoin, soit pour les parties qui se contagionnent, soit pour celles qui fournisent la matière infectante, de fonctions spéciales ou d'état physiologique particulier. D'autres conditions sont nécessaires à la contagion.

Examinez avec soin toutes les parties qui s'affectent, vous trouverez que ce sont celles qui présentent les conditions les plus favorables à des lésions mécaniques, à des écorchures, à des déchirures, à des solutions de continuité de toute espèce ; vous trouverez que c'est là où existent des follicules volumineux et nombreux, dans lesquels la matière virulente peut s'introduire, que l'accident se développe de préférence.

N'est-il pas vrai que chez l'homme c'est plus particulièrement le limbe du prépuce, surtout quand il y a des phimosis plus ou moins prononcés, le voisinage du frein, les points adhérents de la semimuqueuse du gland et du prépuce, points qui, n'ayant pas la souplesse des autres régions, se déchirent plus facilement ; chez la femme, la fourchette, les points d'insertion des nymphes, les caroncules myrtiformes ; que ce sont, dis-je, toutes ces parties qui se contagionnent de préférence ? Dans les autres régions, n'est-il pas vrai aussi que c'est lorsque des écorchures existent que la contagion s'établit? Ainsi une écorchure du doigt est souvent la porte par où la syphilis peut entrer. Mais la présence d'une écorchure est de rigueur. S'il en

Page 1