TRANSPLANTATION DU PUS DU CHANCKE
fléchir et ne pas mettre trop de précipitation.
D'un autre côté, des confrères que j'aime et qui sont ordinairement en communion d'idées avec moi, m'ont fait à peu près le même reproche. Ils ont trouvé que j'avais été un peu vite avec les singes; ils croient, ils me l'ont dit, que je m'étais laissé prendre à des singeries. Mon savant et habile collègue de l'hôpital du Midi, M. Puche, se trouve encore à l'état de parfaite incrédulité relativement à la transmission de la syphilis aux animaux, et M. Cullerier, ce persévérant expérimentateur, ne croit pas non plus à la réalité des expériences qui font tant de bruit.
Ce que je vous ai raconté dans ma dernière lettre, je l'ai vu, de mes yeux vu; je vous ai dit aussi les circonstances atténuantes qu'il était impossible de taire. Mais, après vous avoir dit de ce fait de l'inoculation du pus virulent de l'homme au singe tout ce que j'en savais, je me suis étonné des rapides et prématurées conclusions qu'en tirait notre collègue allemand; et franchement, lui qui exige chez les autres tant de maturité et tant de réflexion, il n'a pas donné l'exemple. Après tout, la promptitude de ses conclusions peut trouver son excuse dans les inoculations mêmes auxquelles il s'est courageusement soumis, et qu'il serait bien aise de n'avoir pas faites inutilement.
Notre confrère allemand fait éclat de cette proposition : « Une seule expérience positive a plus de valeur qu'une quantité innombrable de résultats négatifs. »
Sans doute, mais à une condition, c'est que cette expérience soit positive, qu'elle soit incontestable, qu'elle présente toutes les garanties de certitude et d'exactitude, et de plus, qu'on puisse la répéter. Sans tout cela, ce n'est rien. L'Académie des sciences sait à quoi s'en tenir sur cette proposition incessamment produite, et par laquelle, périodiquement, de téméraires et novices expérimentateurs prétendent renverser les lois de la physique. Cet argument a été mis au service de toutes les déceptions humaines.
Que dit le magnétologiste qui a la prétention de transporter le sensde la vueà la nuque ou àl'épigastre? précisément ce que dit notre confrère allemand : une seule expérience positive, etc.
Que dit l'homœopathe qui soutient qu'un atome de bryone dilué dans Fimmensité des eaux de l'Océan peut guérir la pneumonie? absolument la même chose que notre confrère allemand.
Dans les sciences physiques et naturelles un fait isolé n'est rien s'il n'est susceptible d'être répété. Voilà ce que pensent tous ceux qui savent ce que c'est que la philosophie des sciences. Autrement ce serait le plus dangereux et le plus perfide écueil du progrès si toujours l'observation laborieuse et patiente ne venait prouver qu'il n'est qu'un sophisme, qu'une erreur, et souvent qu'une fanfaronnade.
Mon honorable collègue et ami M. Cullerier doit vous dire lui-même ce qu'il pense de l'expérience de M. Auzias. Quant à moi, j'ai constaté ceci : on a transporté du pus virulent de l'homme sur un singe,