‹ Lettres sur la syphilisChapitre 71 sur 95 · DU CB ANCRE INDURÉ · texte numérisé non relu

DU CB ANCRE INDURÉ

autrefois, et comme on l'a répété depuis, est établi ;

Il y a enfin un état diathesique, disposition spéciale, particulière, en vertu de laquelle vont se produire des manifestations ultérieures ;

Disposition, tempérament, diathèse qu'on ne double pas, qu'on ne triple pas plus qu'on ne triple la disposition analogue dans le vaccin.

Le chancre induré est à la vérole ce que la vraie pustule variolique est à la variole; ce que la vraie pustule vaccinale est au vaccin.

Le chancre non induré, c'est la pseudo-pustule, c'est un faux vaccin; c'est le chancroïde, si vous le voulez, d'un de mes bons élèves, M. Clerc.

Voilà, mon cher ami, une loi admirable, une loi qui fait rentrer la vérole dans les règles générales des affections virulentes, une loi qui domine l'étude de la syphilis, comme l'inoculation variolique et vaccinale domine l'histoire de la variole; une loi qui satisfait l'esprit et qui le repose avec sûreté après un pénible et fastidieux voyage au milieu d'hypothèses décevantes et de théories mensongères ; une loi que l'arithmétique, tant outragée dans sa première règle par un de vos anciens correspondants, servira à établir malgré lui.

Mais je ne suis pas chargé, pour le moment, de faire l'éducation spéciale de Y élevé de province de votre honoré correspondant ; de lui apprendre à distinguer la différence qui existe entre la diathèse proprement dite et la cachexie, toutes choses sur lesquelles j'aurai sans doute l'occasion de revenir, et sur les-

quelles je crains bien que ce pauvre élève n'ait l'esprit un peu troublé.

Pour le moment, qu'il sache — il me pardonnera cette locution magistrale — que la diathèse acquise par un malade qui a eu un chancre induré empêche un nouveau chancre qu'il viendrait à contracter de s'indurer, et que cette espèce d'immunité contre cette forme du chancre, c'est-à-dire contre une nouvelle infection générale, doit aussi se transmettre par voie d'hérédité. Par là on peut comprendre ce que je disais tout à l'heure : cette disposition transmise pourrait bien avoir une influence sur la diminution des chancres indurés et, partant, sur la diminution des véroles constitutionnelles. Il y a là aussi une étude curieuse à faire pour la variole et le vaccin. Cette idée, sortie de mon école, a été bien étudiée dans une thèse remarquable soutenue par un élève distingué du Val-de-Grâce, dont le nom ne se trouve pas actuellement sous ma plume.

Ainsi donc, la non-induration des chancres qu'un malade peut contracter à différentes époques, après avoir eu un chancre induré, est une preuve, facile à vérifier, de Y unicité. L'unicité de la diathèse a été, du reste, implicitement admise par Hunter, lorsqu'il a dit qu'on pouvait empêcher la disposition syphilitique de s'établir, mais qu'on ne pouvait plus la détruire une fois qu'elle était établie ; et M. Cazenave ne se doute pas de l'avoir proclamée après nous, lorsqu'il a écrit (1) « qu'il ne sait pas si on parvient

(1) Traité des syphilides. Paris, 1843.

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jamais à détruire le tempérament syphilitique. » Certes, en bonne physiologie, M. Cazenave n'admettrait pas un double tempérament sanguin, bilieux, etc.; en bonne pathologie, il n'admettrait pas plus un double morveux, un double varioleux, un triple enragé. Le non bis in idem est aussi, dans l'espèce, une loi pathologique que j'espère mettre dans tout son jour en étudiant l'évolution des accidents constitutionnels.

Ces points de doctrine établis sur l'étiologie de l'induration, étudions maintenant ce phénomène dans son époque d'apparition, dans son siège, dans . ses symptômes propres, dans sa nature et dans sa marche, pour arriver enfin à en exposer les conséquences.

Tel sera, cher ami, le sujet important de ma prochaine lettre.

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