‹ Lettres sur la vie d'un nommé Jésus (volume 2)Chapitre 1 sur 180 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

« Au delà des confins de Thistoire, sous sa tente restée pure des désordres d'un monde déjà corrompu, le patriarche bédouin préparait la foi du monde (1). »

Et le grand patriarche, levant vers le ciel ses yeux vénérables, et clairvoyants, malgré son grand âge, le patriarche eut une vision.

Voici quelle fut la vision du grand patriarche bédouin :

II vit que Fétincpiie de vérité que ses pères lui avaient transmise, et qu'il conservait avec amour dans sa pensée et dans son cœur, serait confiée par des mains toutespuissantes, à une tribu chétive, dont cette lumière serait toute la force, toute la beauté, tout le trésor .

Il vit qu'après bien des siècles, ce feu sacré traversant les âges, aurait, par le plus incompréhensible prodige, conservé sa pureté première, au milieu des bouleversements des empires, au sein des ondes mugissantes de mille erreurs; en dépit des crimes de ceux-là même auxquels il avait été donné en garde. Sur la terre d'exil, sous la domination sanglante de tyrans étrangers, l'orage lui faisait jeter de plus vifs rayons; et, pendant que toute doctrine naissait, changeait, s'éteignait tout autour, seul, le fea sacré brûlait toujours, sans se consumer jamais. L'orage en vain épuisait contre lui ses fureurs, l'orage passait, et le feu ne s'éteignait pas.

(1) VicdeJém, p.6.

Yl INTRODUCTION.

Il vit, au jour marqué par le doigt du Très-Haut, un petit enfant naître au sein de la nuit, dans une grotte sombre ; il le vit déposé par les mains de la Vierge, sa mère, sur une poignée de paille, enveloppé de langes d'emprunt, couché dans la mangeoire d'un bœuf et d'un àne, seuls témoins étrangers de sa pauvre naissance.

Il vit cet enfant se faire homme, au milieu des labeurs; répandre ses sueurs pendant trente années, sur le bois des charrues que sa main fabriquait, dans là boutique d'un pauvre artisan, qui n'était pas son père.

Et, au bout de trente ans, il vit le charpentier inconnu abandonner l'atelier désert, et de sa main puissante, qui Jusqu'à ce jour avait balayé les copeaux, s'emparer de la divine étincelle, l'enflammer de son souffle, l'approcher de sa face; et dire au monde qui regorgeait de science, de luxure et d'orgueil : a Regardez-moi bien, je suis Dieu. »

Il vit cet homme, secouant sur sa tête les flammes d'un nouvel incendie, prêcher, aux sages du siècle, les plus incompréhensibles folies ; aux hypocrites régnants, le plus détestable blasphème; aux humbles de cœur, la plus radieuse vérité.

11 vit cet homme saisi par des sbires, soumis à des tortures inouïes avant lui; pendu, avec trois clous, à un gibet infâme, mourir, abandonné des hommes et comme délaissé de Dieu.

Puis foulant aux pieds la mort, et brisant sans effort les chaînes du sépulcre, il le revit encore, une dernière fois, cet homme, au milieu de onze indigents sans foi, ignares, traîtres et lâches, versant sur eux la plénitude de sa puissance; les élevant bien au-dessus des empereurs et des rois; leur confiant le dépôt de la lumière; et les quittant, pour remonter, plein de gloire et de majesté, vers le ciel.

Et ces onze hommes, tombant prosternés la face contr

INTBODUCTION. Vlï

terre^ baisent ardemment Tempreinte de ses pieds^ et l'adorent en s^écrîant : a Cëtait bien lui! »

Et ces pusiUanimes d'hier s*en vont^ après s*étre donné fraternellement le baiser du dernier adieu. Ils se partagent le monde^ ils partent^ ils ne se verront plus sur Isi terre : ils se donnent rendez-TOUS au ciel.

Ils n*ont^ désormais^ qu'une pensée^ qu'une parole^ qu'on cœur. Leur titre unique pour se faire écouter du monde, c'est de lui dire : « Nous venons tous prêcher celui » que TOUS avez mis à mort; celui que nous.aTons, nous- » mèmes^ pendant saTie, méconnu^ 8l)andonné^ blasphémé^ » trahi; mais c'est lui^ c'est lui seul^ après lequel TOtre àme » aspire : adorez-le. )» Et le monde tout entier s'étonne, tombe à genoux dcTant la croix ^ et adore le crucifié.

Ils ont devant eux les empereurs et leur orgueil; les philosophes et leur sagesse, l'univers et ses vices; et ils disent aux empereurs, courbez votre front superbe devant votre unique maître ; aux philosophes, devenez insensés; au monde entier, faites pénitence. Les empereurs, les sages^ le monde les égorgèrent , et puis se firent chrétiens sur leur tombeau.

11 y eut trois siècles de boucherie, et dix millions de martyrs; mais, dans le sillon engraissé par le sang des victimes^ la semence de la parole évangélique germa, et l'Église atteignit l'âge viril.

Le vieux patriarche vit toutes ces choses ; et, au sein de cet incendie immense, allumé par une étincelle, sous le souffle d'un Dieu, il vit se glisser des vipères, sous le nom d'hérétiques, enlaçant chaque enfant du Christ de leurs anneaux impurs, et cherchant à le mordre au cœur.

Les vipères passèrent, comme les bourreaux avaient psfisé ; et l'Église de Dieu, seule puissance assurée, deloeurait fièrement debout au milieu de la terre, soutenant

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