CHAPITRE XIV
Dans lequel, entre autres choses, on découvre qu'il est des gens qui vont chercher des verges pour se faire fouetter ; et où Ton s'aperçoit que les papes sont tellement infaillibles qu'ils font des dogmes sans le yuloir, même en disant : Bonjour monsieur, comment vous portez-vous ?
Une fois ces deux importantes vérités établies, et bien établies, savoir que les Conciles n'ont point condamné le pape Honorius comme hérétique formel, et que les souverains Pontifes n'ont jamais ratifié semblable condamnation, il semble, mon Très-Révérend Père, que tout doive être dit, et en effet, tout est dit. Or, je suppose que vous, qui êtes si facile eu matière de foi, quand il s'agit de découvrir et de flétrir un prétendu coupable, vous ne vous refuserez pas à l'évidence quand il s'agit de réhabiliter un très-réel innocent, fût-il Pape ; et vous aurez daigné remarquer encore, que nous avons puisé cette évidence dans les textes mêmes que vous nous alléguez ; surtout en les tra-^ duisant un peu plus exactement que vous ne faites, en recourant aux originaux, et en les donnant plus complets et sans fraude.
Il ne reste donc rien d'essentiel, quant à la substance de l'affaire du pape Honorius ; et, maintenant, nous jouons, comme on dit vulgairement, sur le velours.
Nous avions môme, d'abord, Tintention de terminer en ce lieu cette étude ; mais deux considérations nous ont engagé à la compléter, en vous suivant jusqu'au bout. La première de nos raisons a été d'empêcher qu'on ne supposât que quelque preuve convaincante eût été par vous produite et par nous passée sous silence : la seconde, j'hésite un peu i la dire ; mais enfin vous m'excuserez, c'est que vous avez poussé, dans les derniers chapifc'es de votre triste brochure, l'impertinence et l'impiété contre l'Eglise, notre mère, à un degré que ne peut voir sans indignation le cœur d'un fils et d'un chrétien. ^
C'est pourquoi nous nous sommes condamné à vous suivre chapitre par chapitre jusqu'au bout, à peser, avec toute impartialité, môme vos demi-preuves, et à relever les appréciations et les insinuations scandaleuses que vous osez apporter à l'appui de votre thèse, avec moins de logique que d'aigreur.
Ceci posé j'entre résolument dans l'examen de votre chapitre V.
€ Mais, que dire de la condamnation traditionnelle et solennelle que, pendant des siècles, les Papes, dans leur profession de foi, faite avec serment le jour de leur élection, répétaient au sujet de l'hérésie d'Honorius ? J'ai sous les yeux ces professions de foi des VI« , VU® i Vin® , et IX® siècles, et j'y lis ces paroles, etc. • (P. 31.) Que dire de cette condamnation? c'est ce que nous allons voir; mais avant tout, mon Révérend Père, permettez -moi de vous faire observer que comme historien, vous avez de rares absences, ou de ares bonheurs. Quoi ! vous avez trouvé, dans un