‹ Lettres sur la vie d'un nommé Jésus (volume 2)Chapitre 30 sur 180 · LETTRES SU» LA VIE · texte numérisé non relu

LETTRES SU» LA VIE

Vous ne vous imaginez pas comme je suis fer de ce premier raisonnement : cela m'encourage à pottjy suivre.

Si quelqu'un peut faire des miracles, pourquoi rhomme que vous qualifiez de vraiment fils de Di6U, d'idéaliste transcendant, et d'une multitude d'autres titres plus sublimes encore, pourquoi cet homme a'en eùt-il pas fait?

Pourquoi ce qui est possible à d'autres, ne lui eùtr il pas été possible à lui?

Et s'il est possible qu'il en ait fait, pourquoi serait-il impossible que ceux qu'on a vus et signalés, fussent du nombre?

Supposons qu'on ait perdu le s^ret des aérostats, et qu'il vienne, dans un ou deux siècles, un M, Renan quelconque; — mais un ignorant, cette fois, — qui prenne la peine de raisonner ainsi qu'il suit :

Nous ne disons pas qu'il soit impossible de s'élev^ir dans les airs à l'aide d'un ballon plus léger que l'atmosphère, et qui y demeurerait suspendu,

M. de Montgolfler et, après lui, Gay Lussac et autres, prétendent qu'ils se sont élevés en ballon, et ont été visiter la région des nuages.

Donc, ce sont des imposteurs.

Il me semble que ce Renan-là raisonnerait assez faiblement.

d'un nommé Jésus. i35

£t que YOHS paraissez raisonner absolument de la mioie manière.

Hais c'est peut-être moi qui raisonne maL

Vous aimez mieux admettre que Jésus-Christ a flienti, et que les Évangélistes furent ses complices : (Test plus sûr ; entre deux maux , choisissons le moindre.

Bien que les miracle de Jésus a aient quelque^^hose de très-blessant pour vous» (1), vous pousser la bonté jiBqu'à ne pas lui en vouloir : u Toute idée perdant ^pielque diose de sa pureté dès qu'elle cherche à se réaMser, on ne reniait jamais, sans que la délicatesse de rame éprouve quelques froissamenis» Telle est la fûUesse de l'esprit humaisn, qm les meilleures causes u sont gagnées, d'ordinaire, que par de mauvaises rai- 9ûës » (2). Et Jésus a, sdon vous, seiemm^it, em- ^yé ces moyens tortueux dont les âmes plus honaètes des autres grands révolutionnaires eurent horratr de se servir. 11 a donc passé, de l'état de maître diarmant, et de docteur champêtre à celui de fourbe i^Éeit accompagnant ses to«rs de gobelet de «drconstilles ehoquantes,d'efilDrts,de frémissements, et autres traita sentant la jonglerie. » La seule chose qui, pour vous, reste encore un peu obscure, c'est de pouvoir dis-

cerner avec précision, « parmi les récits miraculeux dont les Évangiles renferment la fatigante énumération,.. les miraclea prêtés à Jésus, de ceux où il a consenti à jouer un rôle actif (1). »

Tel est rimpur terrain où vous nous contraignez de vous suivre; mais ici, je vous l'avoue, le coeur me manque touUà-fait, et se soulève de dégoût.

Tant que vous n'avez fait que souffler dans votre chalumeau, et chanter une églogue langoureuse, à l'honneur d'un Mélibée imaginaire, nous avons pu rire et siffler aux accents de vos joyeux pipeaux. Mais maintenant, il faudrait descendre trop bas pour plaisanter avecrinfamie, et trouver un divertissement honnête à un spectacle qui déshonore l'humanité, et outrage Dieu. Il est un genre d'impiété qui, tout en attristant le cœur, amène sur les lèvres quelque chose qui ressemble à un sourire, quand la bouffonnerie ne descend pas jusqu*à déshonorer un être saint et pur ; mais quand l'histrion fait tomber le grotesque dans l'immonde, quiconque se respecte ne peut plus contempler le spectacle de sang-froid ; la pudeur ne rit jamais aux impurs lazzis de semblables pièces ; et, quand elle est forcée d'y assister, elle ne peut qu'y répugner, et rougir.

Voilà le senliment qui maintenant nous anime, et,

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qnaot à moi, si un mot de votre livre venait à tom« ber, désormais, sur mon vêtement, jecrois que je couperais la pièce : quand j'en tourne les pages, je me bve les doigls.

Je ne vous refuse pas une certaine habileté dans le maniement de la plume : mais, vous avez beau adoucir les transitions, la logique des faits, plus robuste que votre finesse, vous écrase de son impitoyable pesanteur; et cette humanité, que vous souffletez, vaut encore, je l'espère, mieux que vous ne le lui dites.

Nous ne sommes pas de ceux qui chantent à outrance Fhosannah du progrès ; et nous ne pensons pas que notre siècle brille, au milieu des âges, d'une si pure lumière qu'il puisse servir d'unique flambeau aux générations à venir ; mais nous avons trop de pudeur et de justice pour lui dire, en pleine figure, que, pour faire réussir une idée parmi les hommes il faille, préalablement, la souiller. La race humaine ne vaut pasgrand'chose;mai8 elle vaut toujours mieux que cela.

Quoi ! ce siècle vous entendra lui jeter à la face des

mots comme ceux-ci: des âmes plus honnêtes que

celle de Jésus prêchaient, avec lui et avant lui, une

même doctrine, et approchaient des lèvres de la société

malade la coupe salutaire de la vérité, et le monde les

a repoussés, méconnus, et ils sont morts dans Toubli :

Jésus, au milieu d'eux, et à leur suite, a offert, à son

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