LETTRES SUA LÀ VIE
puisque Jean le reconnut, < il faut donc supposer que Jésus était déjà un maître assez renommé (1). d Certainement , il faut le supposer; pourquoi pas? Est-ce qu'on peut reconnsdtre quelqu'un qui n'est pas un maître renommé, surtout quand — ce qui est démontré— on n'est pas son cousin? Disons donc, sans Aristote : aujourd'hui^ ils sont deux; Idonc, hier, ils étaient trois.
C'est ainsi que je raisonnais, pour vous faire honneur, ô mon maître; mais ne voilà-t-il pas que j'ai eu la malencontreuse pensée de lire, danç le quatrième Évangile, le récit de cette seconde visite de Jésus au Lamennais du désert ; et voici ce que Jean raconte :
Jésus vint avec ses disciples, dam la terre de Judée, et il demeurait /à avec eux,.. Quant à Jean, il baptisait à Énnon, près de Salim (2). » En soi, le texte ne prouverait pas beaucoup que saint Jean-Baptiste ait reçu la visite de Jésus, avec une escorte ; mais, si Ton veut prendre la peine de se rappeler que les premières pages du quatrième Évangile sont des notes mises bout i bout, » (3) alors cela prouve. Nous maintenons, donc, le raisonnement susdit.
Quant à la politesse réciproque des deux jeunes maîtres, et à la supériorité reconnue de Jean sur
(1) P. 1C5. — (2) Jean, m, t3. — (3) P. 105
b'un nommé Jésus. 107
JésnS; cela détrait si admirablement la fausse opinion que je m'étais formée au catéchisme, que je ne puis résister au plaisir de citer le texte, réputé sacré, que l'on m*y avait enseigné. Voici donc ce que disait Jean, en parlant de Jésus, au témoignage de saint Marc : «Je ne suis pas digne de me prosterner à ses pieds, pour délier le cordon de sa chaussure (1).» Marc est bien un synoptique ; mais il est à croire que ce passage est légendaire, ainsi que tous les textes analogues des trois autres évangélistes.
Je ne me sens pas d'aise de me voir si bien renseigné. Je vois de mieux en mieux que vous n'aviez pas tort, en nous parlant de vos révélations, sur la montagne .de Ghazir.
Les rapports du Nazir avec Jésus, son « confrère affidé(2),» avaient, malgré sa profonde originalité (3), « fait dévier celui-ci de la voie (4), » l'influence de Jean avait été à Jésus plus fâcheuse qu'utile, a Elle fut un arrêt (sic) dans son développement (5). » Mais, consolons-nous, Jésus va se retirer au désert, « à l'exemple des autres (6); » et, pour faire travailler «l'imagination de ses disciples, » qui n'existaient pas encore, se livrer en ces lieux désolés, à un jeûne ligoureux, et
(1) Marc, 1, 7. — (2) P. 108. — (3) P. 107. — (4) P. 94. — (h) P. 115. — [H) P. 113.
à des conversations intimes avec le diable : genre de divertissement inconnu des temps modernes.
Mais, avant de passer outre, je pense qu'il sera utile de signaler ici, d'une manière catégorique, quelle idée nous devons nous former de ce nouveau personnage qui parait sur la scène; sans doute, lui aussi, va devenir un des professeurs de Jésus. Je vous demanderai donc la permission de vous prendre pour guide dans cette étude intéressante, S^tan ne m'élant pas personnellement connu.
«De tous les êtres autrefois maudits que la tolérance de notre siècle a relevés de leur anathème, Satan est sans contredit celui qui a le plus gagné au progrès des lumières et de l'universelle civilisation. Il s'est adouci peu à peu, dans son long voyage, depuis sa perte jusqu'à nous; il a dépouillé toute sa méchanceté d'Ahrimane. Le moyen âge, qui n'entendait rien à la tolérance, le fit à plaisir laid, méchant, torturé, et, pour comble de disgrâce, ridicule. Milton comprit enfin ce pauvre calomnié, et commença la métamorphose, que la haute impartialité de notre temps devait achever. Un siècle aussi fécond en réhabilitations de toutes sortes ne pouvait manquer de raisons pour excuser un révolutionnaire malheureux, que le besoin d'action jeta dans des entreprises hasardées. On pourrait faire valoir, pour atténuer ?a faute, une foule de motifs, contre
d'un nommé Jésus. 109
lesquels nous n'aurions pas le droit d'être sévères.» (i)
Je nepuisnier que ce petit panégyrique du personnage en question m'ait fort réjoui. Puisque vous êtes si bien renseigné, j'aimerais à savoir si le diable a réellement une queue, ou si sa queue est légendaire. C'est pure curiosité de ma part ; mais, en tout cas,je suis bien aise d'apprendre que ce pauvre calomnié n'est ni laid, ni méchant, ni torturé, ni cornu, mais tout simplement un révolutionnaire malheureux. Votre Jésus ayant élé un révolutionnaire heureux, il ne saurait y avoir entre eux que cette seule différence, le succès. Quant à leurs fautes, tous deux en ont fait; hélas I les plus belles natures sont peccables; mais vous êtes bon prince, et, pour les excuser l'un et l'autre, vous trouvez une /ouïe de motifs charitables. Jésus fécha. par nécessité, /e diable par le besoin d'action, voilà toute la différence : l'un vaut l'autre. Et vous, mon révérend, quand vous péchez, par quel motif péchez-vous? Est-ce aussi par nécessité, ou par le besoin qu'on s'occupe un peu de vous? mais, peut-être ne péchez- vous jamais? c'est l'hypothèse qui me semble, de beaucoup, la plus probable.
C'est grâce, sans doute, aux charitables avis de ce ré-
(1) Renan, Introduction au livre de Job.
liO LETTRES SUR LA VIE
Yolutionnaire inforluné, non moins qn'à Tinfluence da Baptiste, que Jésus ne va plus être «un délicieux morar liste, » (1) mais qu'il va devenir « un révolutionnaire transcendant » (2) ; et fonder « cette grande doctrine da dédain transcendant » (3), qui seraTâmedu royaume de />ieu,probablementtranscendant,aussi, comme le reste.
« Attendre le royaume de Dieu sera synonyme d'être disciple de Jésus. Ce mot royaume de Dieu, ainsi que nous l'avons dit, était depuis longtemps familier aux juifs. » (4) — Excepté, bien entendu, à saint Jean TÉvangéliste ; toujours comme nous l'avons dit (5).
Mais voilà, peu à peu, Jésus qui se fanatise de son royaume de Dieu. « La persuasion qu'il fera régner Dieu s'empare de lui d'une manière absolue. Il s'envisagea comme l'universel réformateur... dans son accès de volonté héroïque, il se croit tout-puissant... » U va jusqu'à vouloir révolutionner «la nature elle-même.» La seule révolution qu'il ne tenta pas, fut la révolution politique, « à laquelle il avait renoncé (6). » C'est bien dommage : cela manque à sa gloire ; mais l'exemple de JudaleGaulonitelui avait fait peur.
Il n'y voyait pourtant pas très-clair là-dessus ; et Satan avait, en vain, pour l'éclairer, poussé la générosité jusqu'à lui « proposer les royaumes de la terre. »
(1) p. 116. — (i) Id. — (3J P. 119. — (4) P. U6. — (5) P. 78. — (6) P. 119.
Des € tentations étranges » trayersaîent parfois son esprit : «beaucoup de vague restait dans sa pensée. » n ne savait ce qu'il voulait, dans sa <r volonté héroïque, » et se sentait poussé, « sans dessein arrêté, » par un vague et «noble sentiment,» à «l'œuvre sublime... qui s'est réalisée... d'une manière fort différente de celle qu'il imaginait; * ce qui n'empêche pas que si, cdu sein de son Père, il voit son œuvre... il peut bien dire avec vérité : Vbilàce que j'ai voulu (1). »
Si quelqu'un comprend ça, je déclare qu'il est fort : je lui vote une statue.
Que le mot : «rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu, » soit « établir en principe que le signe pour reconnaître le pouvoir légitime^ est de regarder — (le signe est de regarder!) la monnaie, » et que « le christianisme, en ce sens, ait beaucoup contribué à affaiblir le sentiment des devoirs des citoyens (2); ». cela, je l'avoue, me passe encore.
Le reste de votre chapitre, mon digne maître, est à peu près à cette hauteur-là. Tout ce que j'y ai pu saisir c'est que « Jésus ne savait pas assez l'histoire (3); » que vous la savez bien mieux que lui (4) : que « les révolutions cosmiques, du genre de celle qu'attendait Jésus, ne se produisent que pour des causes
(0 p. 120, 121, passim. — (2) P. 122. — (3) Id. - (4) P. 123.
géologiques ou astronomiques ; > (1) mais qu'il ne faut passe montrer trop sévère à son égard; niabuser, envers lui, de notre science, pour ne pas Thumilier sous notre splendide supériorité scientifique : que nous pouvons «continuer d'admirer la morale de TÉvangile,» pourvu que nous supprimions, dans nos instructions religieuses, la chimère qui en fut Tàme ; » que € ridée de Jésus fut... la plus révolutionnaire qui soit jamais éclose dans un cerveau humain. » Que Jésus, à quelques égards, est un anarchiste, car il n'a nulle idée du gouvernement civil, lequel « lui semble purement et simplement un abus. » Que a tout magistrat lui parait un ennemi naturel des hommes et de Dieu; » et que, malgré son ignorance et sa simplicité, «il annonce à ses disciples des démêlés avec la police » (2).
Mais, comme cette prophétie s'est, depuis, assez bien réalisée , et que cela pourrait donner de rautorilé aux paroles de Notre-Seigneur^ vous ayez voulu atténuer sa valeur en démontrant, par un irrésistible argument, qu'il s'était quelquefois grossièrement trompé.
En effet, pour nous prouver que dans le royaume de Dieu, tel que le concevait Jésus, il ne devait y avoir a ni docteurs, ni prêtres, > (3) vous nous renvoyez à
d'un nommé Jésus. 143
une quinzaine de versets du Nouveau Testament. • Cherchez et vous trouverez,» avait dit Jésus.
J*ai cherché, et je n'ai rien trouvé.
Décidément, vous èles plus fort que lui.
C'est dans cette persuasion intime, mon très-révérend père, que je suis en toute humilité
LETTRE X
Je me faisais, en terminant ma ix* lettre, une toute petite question; et je me permettrai, si vous le voulez Iwen, mon très-révérend, de vous la soumettre, en commençant la dixième épitre : Voici ce dont il s'agit.
Que penseriez-vous, je vous le demande, d*un individu qui, sur la foi de documents douteux, se permettrait d'injurier, gravement , la mémoire d'un mort?
Prenons un exemple ; choisissons le défunt le plus respectable; vous, je suppose; imaginez- vous que vous ayez été, pour de bon, « frappé de Taile de la mort, » et que vous teniez, en ce moment, compagnie au bel Adonis. Aussi bien, il n'est pas parfaitement démontré que vous deveniez jamais immortel. Vous
114 LETTRES sua LA VIE
savez que le nombre, en Ff aoce, en a été, je ne sais pourquoi, limité à quarante.
Vous mort, voilà votre veuve et vos enfante, si vous en avez, qui demeurent, selon Fusj^ge, inconsolables ; et qui recueillent, avec une tendresse conjugale et une piété filiale des plus touchantes, l'héritage de votre nom, de vos six volumes et de vos vertus. .
Ceci fait, ainsi qu'il arrive même aux grands hommes, voici surgir je ne sais quel écrivailleur, plus ou moins stylé, qui recueille sur votre compte des matériaux plus ou moins sincères, et qui se permet d'écrire l'histoire de votre belle vie d'une façon plus ou moins édifiante.
Admettons, pour rendre la chose plus probable, que le code pénal de ce temps-là n'abrite, sous l'aile maternelle d'aucun de ses ASA articles , ni la mémoîjre, ni l'honneur de ceux qui ne sont plus.
Le littérateur en question se met allègrement à l'œuvre : il taille sa -plume et la trempe dans uujb enta» où est délayé beaucoup de fiel, assaisonné d'un peu de mélasse ; et, après ces indispensables préliminaires, il enfante, à peu près, ce qui suit :
Je chante le héros, dont l'Institut s'honore et qui professa au collège de France une langue qu'il ne sa* vait pas,
n était né dans un pauvre village de la Gase(^^;
d'un nommé Jésus. 115
et y avait puisé, de bonne heure, ITiabitude de — gasconner : — dès sa petite enfance, il fut une manière de vaurien indiscipliné et rebelle ; et quand il fut derenn grand, il s*associa avec un certain abbé de Lamennais enragé, qui lui fit le plus grand tort, le détourna de plus en plus de la bonne voie, au lieu de Fy ramener; et en fit un démoc-soc, un anarchiste, quoi. Le petit villageois, qui était très-fin, se montra assez hypocrite jusqu'à la mort de son maître; il cachait scm jeu. n était charmant, ce petit docteur-là ; et les filles de joie, surtout, l'aimaient de Famour le plus pur. Quant à lui, s'il en était jaloux, ce n'était que quand elles étaient belles; mais en tout bien, tout honneur, n avait des rubriques délicieuses pour entortiller son monde : prêchant une assez jolie doctrine, qu'il îvait pillée un peu partout ; mais, par exemple, ne la pratiquant guère. Menteur comme un arracheur de dents, il poussait la finesse jusqu'à jouer au spiritisme, feisant semblant de deviner les pensées des badauds, absolument comme un somnambule en pleine lucidité, tandis que, par le fait, il ne voyait rien du tout (I). Il faut pourtant l'excuser; il ne pouvait pas faire autrement...., à moins de demeurer un honnête homme, conune d'autres; mais comme il voulait faire avaler
ii6 LETTRES SUR LA VIE
au monde un enseignement nouveau, il était bien nécessaire qu'il employât quelques moyens tant soit peu incorrects.
11 fallait jeter de la poudre aux yeux; sinon son œuvre était perdue.
Ses parents ne pouvaient pas le sentir; mais, aussi, il le leur rendait avec usure. Ses frères le détestaient, lui faisaient de l'opposition, et se moquaient de lui. Si bien qu'un beau jour, il laissa courir le bruit que, ma foi, il n'était pas le fils de son père.
Tant que le bonhomme Renan vécut, sa maman, M"' Renan, ne dit pas encore grand'chose; mais quand le papa fut mort, alors, dépouillant toute vergogne, elle raconta, et fit dire à tout le monde, que le petit Ernest, en réalité, n'appartenait qu'à elle seule; et voulut même faire croire qu'il était né par miracle. Le petit Renan, qui avait un peu honte de son honnête famille, laissa courir le bruit qu'il descendait du roi de Prusse; et, comme il était fort habile prestidigitateur, et qu'il faisait les tours de carte et de magie blanche mieux que Robert Houdin lui-même, — ce qui n'est pas peu dire, — toutes les fois qu'on lui disait : Fils de Frédéric-le-Grand, fais-moi donc le plaisir d'escamoter la muscade,il s'y prêtait de la meilleure grâce du monde , à cause du contentement intérieur qu'il éprouvait de voir qu'on le prît pource qu'il n'était pas.
Ça ne Tempèchait pas d'être assez ami de la joie et de la bonne chère ; il aimait un peu à sirotler, et levait le coude tout comme un autre. Il allait souvent aux nocesy et vivait en parasite ; trouvant beaucoup plus aisé de subsister sur la crédulité et sur la bourse d'autruiy que de travailler pour gagner honnêtement son pain. 11 vivait, de lasorte, aux crochets de plusieurs jeunes femmes, qui le suivaient partout; mais^ je le répète, en tout bien tout honneur.
Bon enfant, par exemple; gentil avec tout le monde, et poli, excepté pour les riches et les curés; mais, avec ces gens-là, tout le monde sait qu'il ne faut pas se gêner. Il s'était associé une douzaine de vagabonds, qui, tant que le jour durait, se disputaient entre eux, et qui suivaient, noblement, ses leçons et ses exemples, faisant des tours de gobelets et mentant à son bénéGce, excepté un seul, un pauvre diable, nommé Jodas, que les autres ont abimé ; mais qui, au fond, était le plus honnête de la bande, quoique assez maladroit; comme il tenait la bourse, et qu'il était caissier de son état, ça le vexait de voir que le jeune maître Ernest dépensât trop; il bougonnait : Les autres Tagonisaient d'injures, un surtout, nommé Jean, m pédant, orgueilleux, disputeur Gni, et mauvaise langue, comme un rédacteur du 5tèc/e; c'estluiquifut cause que le pauvre Judas, dans un moment d'hu-
148 LETTRES SUTl LA VIE
meor , déelara tout à la police, et fit pincer le diannant Renan par les sergents de ville. Ce diable de Jean s'adiarna sur son estimable collègue, même après la mort de ce dernier, et fit eroire qu'il s'était pendu. Mris il aura vécu bien tranquille avec sa petite rente, jusqu'à un âge fort avancé, dans sa p^ite maison de Pantin. Cependant, il n'est pas impossible que Jean et les autres aient fait passer à Tinfortuné Judas le goût du pain ; c'étaient des gens capables de tout.
Quant au gentil docteur Renan, après avoir ainsi n^né une vie de vagabond, de révolutionnaire, de menteur, et d'hypocrite, pendant quelques années, il se vit donc, finalement, dénoncé, comme on Ta dit, au procureur du gouvernement de ce temps-là; jugé, condamné et pendu ; mais il était si vicieux et si fanatisé, qu'il ne voulut pas rétracter un seul de ses mensonges, même quand il fut attaché à la potence.
Et, chose bien étrange, tous ses disciples se firent tuer, les uns après les autres, pour défendre l'honneur de leur maître.
Supposons que dans l'autre monde , où vous seniez : un jour, que vous liriez le journal, en fumant un cigare, et buvant votre demi-tasse chez le Tortoni de l'endroit; supposons, dis-jè, qu'un de vos amis, M. Littré, par exemple, lequel serait mort aussi, vint vous apporter un gros volume, broché en papier cou-
d'un nommé Jésus. Ii9
Jeor cêfe au lait^ fmXy 7 fir. 50 c, en tous disant : cTiei^ Ëmeat^ regarde donc, commeim iu)us arrtnge là-bas ! » et que vous parcouriez le livre contenant votre iûstoice ainsi défigura; je vous demsudde un peu la grimaee que vous feriez, m(m Révérend ?
£t si vos enfants ne regretterdènt pas l'abrogation d'une législation ^i leur permit d'assignerTauteur de ces platitudes en police correctionnelle ?
Or, je vous jwie, qu'avej^vous fait autre chose que ce q/ai précède, dans votre Vie de Jésus ?
Est-ce donc qu'il sera permis de calomnier toutes et quantes fois on n'aura pas peur des gendarmes?
£t si ce procédé serait incorrect vis-à-vis d'un homme vulgaire, comme nous le sommes; comment le qualifieriez- voua s'il avait lieu à Tégard de celui que TOUS reconnaissez être du nombre et de l'espèce des demi-dieux?
K s'il était, par hasard^ Dieu tout à fait?
Quoi ! un libertin éhontéreeulei quelquefois, devant la pensée de flétrir une vierge; et vous, malheureux, vous vous sentez le triste courage de tenter, sur la foi d'un peut-être, sur la parole douteuse d'un homme qui i^endune ville pour une fontaine (1), de déshonorer la vierge Marie ?
(1) P. lîS.
Et sur la boue où vous étouffez les noms les plus purs, les plus augustes, les plus saints, vous osez jeter, pour comble d'ignominie, les fleurs de votre rhétorique.
Ah ! si j'avais ainsi traité Thonneur de la famille du dernier des chiffonniers de Paris, je ne croirais certes pas avoir assez fait; pour cach«rma honte, en quittant mon pays; je voudrais encore dépouiller mon nom.
Si vous aviez une certitude à jeter à la face de dixhuit siècles et de deux cent millions d'hommes, votre procédé serait cruel, peut-être, et amer; mais enfin il serait honnête.
Mais vous venez, armé d'ignorance et cuirassé de doutes, insulter à la foi d'une Église qui vous nourrit, et détrôner le roi des siècles, tout en avouant que vous vivez de ses restes ; et remplacer TËvangile de la lumière par TÉvangile du peut-être; et vous osez dormir en paix!
J'ai compté, dans un seul chapitre, le nombre de fois dont vous vous servez des locutions : Ptvbable' rnent,... il est à croire,... nous devons supposer,... finr cline à penser,... sans doute,... il est douteux,... il ne parait pas,... on dit,... je nose me prononcer,... et semblables. Je me suis arrêté à quatre-vingt-quinze, et je n'avais pas fini.
Et c'est à la tète de celte armée d'hypothèses que vous avez le fiont d'assiéger la céleste Jérusalem!
Allons donc ! vos canons ne sont que des fusées; et vos iosils, des sarbacanes»
J'ai vu de plus grands philosophes que vous souffler en Pair, et je n'en ai pas encore vu un seul qui soit parvenu à éteindre même une étoile.
Vous aurez beau couvrir les fautes imaginaires de votre héroSy du manteau percé de votre pitié insolente ; vous aurez beau l'appeler docteur charmant, homme divin, tendre cœur, esprit fin, villageois naïf, grande âme, réformateur sublime, ou même fils de Dieu; il est ce qu'il dit être; sinon, la qualiflcation de fourbe et i'imposteur est la seule que lui puisse décerner la conscience universelle.
Tout homme qui n'adore pas franchement Jésus, ou ne le méprise pas tout haut, est un lâche, ou un niais.
Vous pouvez choisir entre ces deux épithètes, si le cœur vous en dit ; quant à moi, du jour où je me surprendrai panégyrisant le mensonge, je ne me croirai plus honnête homme. -
Heureusement, maître, vos arguments n'ont pas encore ébranlé ma foi ; votre épée n'est qu'une plume d'oie; et votre armure n'est qu'un frac, porté par tant de monde avant vous et si affreusensent râpé, qu'on en voit toutes les ficelles ; mais regardez donc les manches, vos coudes passent au travers.
Dans le désir de m'instruire, toutefois, je continue
122 L£TTR£â JdJH LA VIE
ma lecture, pour sftvoûr, à k &&, à. je de^rrai briser une idole aimée, ou jeter votre livre au fau; et, dans la hâte que j'ai d'arriver à quelque chose de coneUmnt et de décisif, je rencontre ce qui suit, sur mon passage :
Que Jésus eut assez peu d'kitelligeQce pour rester froid devant le bœuf Apis; n le monothéisme enlevant toute aptitude à comprendre tes religions palenaes (i); 9
Que les Gapbarnaïtes « avaient quelque chose de
Que Jésus, trèik/ï» aussi, c aimait à jouer sur les mots (3) ; > il réussissait assez t»en au calembour.
Que Marie^Magdeleii^ était une « personne fort exaltée,... affectée de maladies nerveuses,.*, qu'on appelait, dans le langage du temps, possédée eu démm; » mais que Jésus la guérit «par sa beauté (4);»
Que si les parents de Jésus (probablement la sainte Vierge) prirent de l'importance seulement après sa mort, ce fut « comme les femmes de Mahomet (ô) ; »
Que Jésus surnommait ses apôtres avec esprit (6) ;
Qu'il faut revoir Papias, au sujet des discours, rapportés par saint Matthieu (7) ;
Que Jésus, a comme Jeanne d'Arc, » usait d'un c innocent artifice, » en se faisant passer pomr inspiré, sans rétre (8) ;
d'un nommé iésïïs. 493
Qoe les disciples de Jésus avaient c l'esprit faible » et a croyaient aux esprits (1) ; »
Que les discours de Jésus ressemblaient au Pirhé- Aboth et au Coran (2) ;
Ooe, peut-être, on accuse « à tort » Judas d'avoir Tolé(3);
Que Jésus n'entendait pas grand'chose en «économie politique (i) ; »
Que le mauvais riche n'est pas en enfer parce qu'il fat mauvais, mais uniquement parce qu'il fut riche (5) ;
Que « Luc a une tendance communiste très-prononcée (6), » et que Jésus était c< très-exagéré ! > ^ <r Qu'Origène et les interprètes grecs» en savent bien moins, sur ce point, que M. Renan (7);
Que la doctrine de Jésus a «porté atteinte aux conditions essentielles de la société humaine, » parce que « l'Évangile a été le «uprème remède aux ennuis de la » vie vulgaire (8) ; » ce qui me semble bien difficile à comprendre ;
Que les maximes évangéliques ne sont bonnes que pour les pays chauds (9) ;
Que saint François d'Assise fut en « communion délimite, fine et tendre avec la vie universelle (40) j » ce qui pourrait bien, aussi, n'être pas clair.
(I) P. 164. — (2) P. 167. — (3) P; 173. — (4) P. 174. — (5) P. 175. -{6) Id.— (7)P. 176. — (8)Id. — (9) P. 178. — (10) P. 183.
Que Jésus faisait de « fines réponses » aux pharisiens; exennple : la parabole de la brebis égarée (1). — II faut bien avoir le diable au corps pour qualifier cela de fin.
Que le miracle des noces de Cana c fut fait pour égayer une noce de petite ville » (2),
Que, quoiqu'il sùtfort bien que cela était faux, Jésus c était bien aise de voir» que les enfants l'appelassent par un faux nom < parce qu'ils ne le compromettaient pas » (3).
Qu'il faisait des concessions à a Topinion juive (4), » et que, par conséquent,
«Le point du sabbat était celui sur lequel Jésus se plaisait le plus à défier ses adversaires > (5). £n voilà une concession à Fopinion !
Que « les constructions hérodiennes le disputaient aux plus achevées de l'antiquité, par leur caractère grandiose, la perfection de l'exécution, la beauté des matériaux » (6) ; mais
Que Tarchitccture hérodienne était c une architecture d'ostentation, arrivée en Judée par chargements, » une « insipide rue de Rivoli ; » voilà tout (7).
Que Jésus avait contre le temple une « humeur secrète » (8) , et qu' « il l'aimait peu. » La preuve en est :
d'un nommé Jésus. 125
Qu'il « y passait toutes ses journées, » et était tellement zélé pour sa gloire que, « portant le sentiment religicut jusqu'au scrnpule, » il en chassait les vendeurs et « renversait leurs tables » (1). Comme ça démontre bien qu'il l'aimait peu !
Que Jésus était un a charmant docteur, — révolutionnaire au premier degré, — qui pardonnait à tous, pourvu qu'on l'aimât j> (2).
Qu'il « ne répondait que par de fines railleries aux reproches » des pharisiens (^}; (quand donc seronsnous à la On des fins!) Gomme, par exemple, quand il les appelait... race de vipères.
Que Jésus était un a jeune démocrate /we/, frère en cela de Judes le Gaulonite» (4); et, probablement, sur d'autres points, « de Mahomet » ; en matière, surtout, de variations.
Que ce sont « deux règles de prosélytisme tout à fait opposées, de dire : Celui qui n'est pas contre vous est pour vous; et : Celui qui n'est pas avec moi est contre moi » (5).
Qu* a il a fallu dix-huit cents ans pour que les yeux de l'humanité (que dis-je ! d'une portion infiniment petite de l'humanité) se soient habitués » au mot de Jésus, disant à la Samaritaine : « L'heure est venue...
126 LXTTAfi» SUR LA TIE
» OÙ les vrais adorateurs adoreront le Père eu esprit > et en vérité»», d Le joar où il prononça cette parole, il fut vraiment le Fils de Dieu » (1). Ainsi le décadré le Maître. Âmen.
Je finis.
Vous nous dites , & grand docteur : « Daagscffeux compatriote^ Jésus est devenu fatal au pays qui eut le redoutable honneur de le porter » (2).
Et moi, je vous dis : Dangereux compatriote, Jésus deviendra fatal à to^t pays qui aura le malheur a&eux de le méeonnûtre, d'apostasier la foi chrétienne et de rougir de son*nom.
Comme disait autrefois le saint vieillard Siméon : « Celui-ci a été posé pour la ruine et pour la résurrection de plusieurs en Israël» (3).
Je me hâte de terminer cette lettre, pour<5ommencer avec vous la légende cte Jésus, et suis, avee le respect habituel...
LETTRE XP.
Le titre de votre XV« chapitre, mon très-révérend père, porte un caractère de naïve franchise qui me
(1) P. 234-235. — (2) P. 145. — (3) Luc, ii, 34.
T)*IJN NOMMÉ JÉSUS. 127
touche profondément : Commencement de la légende de Jésus. J'avais cru qu'elle était depuis longtemps commencée; mais enfin, de votre aveu, nous voici en plein roman. Cela ne me décourage pas : il y a de bons romans.
Le début est héroïque et à grand orchestre : «Jésus rentra en Galilée, ayant complètement perdu la foi jnive et en pleine ardeur révolationnaire » (4). Cela promet; cela tiendra*
Les révolutionnaires ne sont, ordinairement, pas ^:ès-scrupuleux sur les moyens qu'ils emploient : le nommé Jésus va commencer par en fournir la preuve, en cherchant à se faire décerner un faux nom. N'avez- Tons point vu aussi, dans Marc ou dans Matthieu, qu'il ét»l porteur de feux papiers? Cherchez bien, vous êtes sûr de Ty trouver. Je suis certain que vous finirez par découvrir qu'il échappait aux aimables Galiléens, qni voulaient le précipiter du haut de la montagne, «1 se déguisant à l'aide d'un faux nez. Ce serait encore plus excusable de tricher pour un nez, que de tricher pour un nom. On dit pourtant que les juifs étaient joliment ferrés sur Tarticle généalogie ; mais il était si adroit et si fin, que, « pour se prêter aux idées qttî avaient cours de son temps/» il réussit à com-
mettre cette légère indélicatesse, sans que personne s'en aperçût. Ah^ ce n'est pas comme dans notre siècle, si scrupuleux sur ces matières. Il n'y a plus personne, maintenant, qui prenne le nom d'autrui ; mais alors!...
Seulement, il faut bien lui rendre cette justice, que jamais il n'a « songé à se faire passer pour une incarnation de Dieu » (l). Il est vrai que les juifs voulaient le lapider, parce qu'ils le lui entendaient dire à chaque instant; mais c'était que les oreilles leur tintaient. Il est vrai que les écrivains sacrés le disent à chaque page; mais ce sont justement les passages qui ont été interpolés. Il est vrai que saint Jean a composé son Évangile tout exprès pour le prouver; mais il était vieux, il avait tant oublié de choses, ce pauvre saint Jean ! ses souvenirs, comme vous dites, sont d'une grande fraîcheur; mais sur ce point-là positivement il a pris la chose sous son bonnet : c'était pour se faire mousser, comme on dit. Il était si vaniteux ! Il ne paiv lait que de lui; il va jusqu^à se nommer cinq fois dans son Évangile I
Quant à tous ceux qui ont cru au mystère de l'Incarnation , depuis saint Paul jusqu'à Bossuet , c'est qu'ils n'avaient pas lu votre prose, voilà tout. Jésus
d'un nommé Jésus. 129
n'était qu'un « idéaliste transcendant, et n'avait pas une notion bien claire de sa propre personnalité » (i). La chose n'est pas plus diflBcile à comprendre que cela. (Test même bien étonnant qu'on ne l'ait pas découvert plus tôt. Enfin, vous êtes venu, c'est l'essentiel. Je n'ai qu'un regret, c'est que vous n'ayez pas pu voir ce Jésus-là lui-même, pour l'aider à débrouiller ses idées et lui donner , de sa personnalité , cette idée claire qui lui manqua. Il y eût gagné cent pour cent à vous connaître.
L'eussiez -vous, par exemple, laissé tomber dans celte grossière erreur, de « se croire un être surhumain et de vouloir qu'on le regardât comme ayant avec Dieu un rapport plus élevé que celui des autres liommcs » (2) ; vous lui eussiez prouvé le contraire parleMinokhired, le Bereschith, et, même, le Baba.
Au reste, il ne laissait pas penser de lui,! ^ ses auditeurs , tout ce que chacun voulait. Il y mettait au contraire , à ce qu'il semble , un très-habile discernement. Aux lecteurs du livre d'Hénoch (qui n'existait pas) il laissait croire qu'il était le « Fils de l'Homme; » pour le vulgaire, qui lisait Isaïe et Michée, il se faisait passer pour a le Fils de David ; » pour les afiBliés seuls, il était a le Fils de Dieu » (3).
Cette petite tricherie serait vilaine a pour nous, race profondément sérieuse,» race chez qui a la convic' tion signifie la sincérité avec soi-même... car bonne foi et imposture sont des mots qui, dans notre conscience rigide, s'opposent comme deux termes inconciliables... et nous appellerions un acte semblable un faux;,., mais a la vérité matérielle a très-peu de prix pour roriental : » Or, Jésus était oriental, malheureusement : et il pouvait dire : « Je suis la vérité, » tout en étant un splendide imposteur.
£t puis : a n y a plusieurs mesures pour la sincérité... on ne conduit le peuple qu'en se prêtant à ses idées... et celui qui prend l'humanité avec ses illusions et cherche à agir sur elle et avec elle, ne saurait être blâmé. César savait fort bien qu'il n'était pas fils de Vénus, » comme Jésus n'ignorait pas qu'il n'était pas fils de David... «Il nous est facile à nous autres, impuissants que nous sommes, d'appeler cela mensonge, et, fiers de notre timide honnêteté, de traiter avec dédain ces héros... Quand nous aurons fait avec nos scrupules ce qu'ils firent avec leurs mensonges, nous aurons le droit d'être pour eux sévères (1). » Saperlottel Voilà qui est rond et carré : ainsi donc, puisque vous nous le dites, Jésus mentit, et fit bien : car,
B^UH NOMMÉ JÉSUS. 131
cle seul coupable en ce cas, c'est rhumanité qni yexxt^ être trompée : » tu Tas voulu, George Dandin; et c'est ainsi que finit le quinzième chapitre de la légende. Amen.
Après nous avoir, ainsi, expliqué comment on peut devenir un coqmn, sans, pour cela, cesser d'être un honnête homme, vous avez dû vous sentir tout fier, et grandement soulagé. Jamais, quant à moi, je n'avais In ni entendu, nulle part, rien qui approchât de cette vertueuse théorie. C'est dommage que ces choses-là ne soient pas brévetables. Voilà ce qui s'appelle de la franchise et de Fhabileté. Si, jamais, quelqu'un vous surprend à piper les dés de l'histoire il n'aura rien à vous reprocher : vous avez eu la bonté de le prévenir. \ou8 n'êtes peut-être pas oriental; mais vous passez pour orientaliste; cela se touche de près.
En outre, cette théorie va jeter une pure lumière sur les miracles de Jésus : jamais on ne les eût bien compris sans cela.
Deux moyens de preuve, les miracles et l'accomplissement des prophéties, pouvaient seuls, a en effet, > établir la mission surnaturelle f> (1) de Jésus. Quant aux prophéties, vous faites très-sagement de passer légèrement là-dessus, dix lignes, seulement, pour faire
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voir que vous n'oubliez rien, et pour nous apprendre que ce que Ton prenait sottement pour des prophéties, achetait le plus souvent des circonstances fortuites ou insignifiantes de la vie du maître qui rappelaient aux disciples certains passages des psaumes et des prophètes, où, par suite de leur constante préoccupation, ils voyaient quelques images de lui. » Des a jeux de mots... des artifices de style. » (1) Voilà tout.
Ainsi, répoque exacte de sa venue, prédite par Daniel {%, six cents ans d'avance : ainsi, la virginité de sa mère, annoncée par Isaïe (3); ainsi la trahison de Judas, décrite par le Psalmiste (4), la flagellation de Jésus, sa couronne d'épines, sa mort entre deux scélérats, sa résurrection (5), tous les détails de sa passion (6), comme le lieu précis de sa naissance (7), prédits par Isaïe, David et Michée, tout cela ne sont que des jeux de mots, des artifices de style, des circonstances fortuites et insignifiantes de la vie de Jésus. Vous faites bien de me le dire, maître, parce que j'avoue que la succession non interrompue de prophètes, me racontant cette vie tout entière, quelque mille ans d'avance,ne laissait pas de me faire quelque impression; maintenant, je n'y penserai plus : Parole de philosophe !
(1) p. 256. — (î) Dan. ix, 26. — (3) Is. vu, t4. — (4) Ps. il, 10. (5) Ps. XV, 10. — (6) Is. LUI, ps. XXI. — (7) Mich. v, i.
d'un nommé Jésus. i23
Passons donc aux miracles, et laissons les prophéties pour ce qu'elles valent.
Nous avons déjà traité cette question des miracles dans une lettre précédente, et je n'ajouterai pas grand'chose à ce que je vous ai déjà dit, si ce n'est que l'Église se montre encore beaucoup plus difficile et plus exigeante que vous; car, au lieu d'une expérience, faite devant une commission pleinement incompétente, elle procède à des enquêtes dix fois plus rigoureuses et plus minutieuses que les précautions que vous indiquez. On dit que cela se trouve dans un gros livre in-folio, de Benoît XIV, où l'on prétend que vous pourrez le trouver tout au long. Seulement, il est vrai, l'Église n'oblige pas le bon Dieu à le prévenir d'avance, et ne lui désigne ni le lieu ni le jour, ni l'heure de l'opération; mais c'est un détail. Après cela, peut-être votre délicate constitution ne vous permet-elle pas la lecture des gros livres : il y a des gens auxquels cela porte sur les nerfs.
Je me permettrai, toutefois, de vous adresser une très-humble question.
Vous nous avez dit plus haut, que vous ne réputiez pas le miracle impossible.
S'il n'est pas impossible, c'est que probablement il est possible.
Donc, s'il est possible, on peut en faire.