P. «SI
ie B^ignore pas que, dans yotre ingénieuse elassifiettioD ^ Tespèee knmaine, vous nous faites, de Thu- Humité, un tableau peu flatteur. «L'humanité,» dites* vous, « dans son ensemble, offre un assemblage d'è<3res bss, égoïstes, supérieurs à Tanimal en cela seul çue kmr égoïsme est plus réfléchi (4). » Ce qui veut dire, apparemment^ que les hommes sont supérieur» à la brute, seulement parce qu'ils sont des animaux dépratés. Je pense que vous n'avez pas même le triste honneur d'avoir inventé cette impertinence, et, pour mon compte, vous me permettez de vous le renvoyer avec BSBre. Car, dans tout ce que votre outrageuse affirmattdnpeut enfermer devrai, au fond, que prouve4*«lle^ mm que> dans sa lutte ctmtre les enfants de TEglise, Ti<re philosophie a eu l'honneur détestable de rempoter quelques victoires, et d'enfemter des ap<»lats?
Gomment donc ! dans celte humanité que vous estimez si méprisable, il s'est trouvé, à la suite du Crucifié, que vous-même appelez divin, il s'est trouvé, dis-je, des hommes, engendrés parles ineffables splendeurs de sa vie et de sa doctrine, qui ont, comme «amt Paul, désiré être anathèmes pour leurs frères : des hommes, par milliers, qui furent, et vont encore, tous les jours, verser leur sang comme de Feau,
pour Tamour de races inconnues, et pour amener à la lumière, à la vertu, à la charilé, les déshérités d'un autre hémisphère; Il se trouve des hommes et des femmes, et des jeunes vierges; qui, dans les hôpitaux ; qui, dans les bagnes ; qui, dans les caves fétides ; lesquels vont à lâchasse des souffrances de tout genre, soit da l'âme, soit du corps ; douleurs que, dans votre orgueil, et votre philosophie superbe, vous ne savez que flétrir: il se trouve des* chrétiens, en un mot, des disciples de Jésus, entendez-vous, dont Texi^tence se consume à guérir les plaies physiques et morales qu'a faites votre haute raison et celle de vos amis : et vous venez, vous autres, utopistes stériles, vous, êtres hybrides et impuissants, vous, engeance orgueilleuse et vaine, vous venez vous poser en colonnes dans le temple de l'humanité qui croule, en docteurs au sein des ignorants que vous avez créés, en insulteurs de la victime du Golgolha. Vous, qui n'avez jamais su produire une théorie durable, vous venez insulter, lâchement et bêtement, à la foi dont, malgré vous, vous dévorez les miettes, et outrager le peuple qui, seul, résiste à ce torrent de débauche intellectuelle que verse l'urne de votre écritoire, et qui menace de vous engloutir avec vos rêves !
Ah ! qu'il vous sied bien de reprocher son égoïsme à un monde qui n'est égoïste que par vous. Vous me
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faites reflfet de voire prédécesseur Rousseau prêchant Tamour de Tenfance, et les suavités du sein maternel, en se rendant au porche de l'hospice où il venait, tous les ans, se débarrasser d'un de ses bâtards. Le philosophe versait, du pan de son manteau crotté, aux mains de saint Vincent de Paul, le tribut annuel de la fécondité maternelle; l'apôtre du Christ adoptait Tinnocente créature, et lui donnait le double pain quotidien avec un amour de père, tandis que le grand moraliste déchargé de son fardeau, méditait, sur la réforme de l'Eglise et Tégoïsme de l'humanité, la satire qu'il écrivait, brillamment, au retour. Vous autres, mes charmants docteurs, n'avez jamais su élever plus haut le niveau de vos personnes exquises ; vous ne savez que mordre les mamelles qui vous nourrissent, et aboyer à ceux dont la main vous abrite et vous défend.
Allez donc, en Cochinchine, verser votre sang, s'il vous plaît, au bénéfice du Grand-Tout! Vous qui comprenez si bien les religions païennes, dont les adorateurs d'un seul Dieu ne peuvent avoir l'intelligence, partez donc pour l'un des points du monde où n'a pas encore fait son apparition la sublime doctrine de la Catégorie de l'idéal. Allez révéler les magnificences inconnues et les profondeurs mystérieuses du paganisme, aux adorateurs des crocodiles et des chats : allez faire concurrence à ces missionnaires égoïstes de nouvelle espèce.
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que les Chinois étranglent et que les sauvages dérorent; montrez que le philosophe a aussi des entrailles de mère, que le progrès de Tesprit humain n'est pas un vain mot, que la révolution n'est pas une chimère, et que vous ne portez pas, comme le ver luisant, toute votre clarté au bas du dos, pour avertir le voyageur prudent que là où vous êtes, se trouve un buisson ou un fossé ; mais que votre lumière n'éclaira jamais aucun sentier viable.
Que si vous ne vous sentez pais ce courage, char^ mant docteur, ayez au moins la bonté de ne pas faufiler votre main dans la |>oche du pauvre, pour lui enlever Tespérance qui le console, et la foi qui Tennoblit ; ne sentez-vous donc pas, dans les entrailles du monde, cette fermentation cachée produite par le» miasmes qui s'exhalent de vos élucubrations pbîlosophiques? laissez- nous, par prudence, balayer ces matériaux, avec lesquels vous prétendez bâtir. Le jour où vous aurez vaincu le Galiléen, sera votre dernier jour. Ce ne seront pas les toiles d'araignée de vos découvertes talmudiques qui serviront jamais de voile au vaisseau, ni vos mains qui tiendront ferme la barre du gouvernail : et je n'aimerais pas, quant à moi, à navîguer sur un navire avec un Renan pour pilote. La bar* que de saint Pierre vaut encore mieux que votre ballon égu*é dans les nues ; et le sommeil de Jésus me rassure,.
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<X)ntre le Haufrage, bien autrement que vos longs té-
n vous sied aussi mal, croyez*moi, illustre maître, de calomnier les œuvres de Dieu, que de médire des vôtres. De quelque part que mes yeux se tournent, je vois les fils de TÉvaDgile dans un nimbe de lumière et daos une atmosphère de charité; et les adeptes de votre sagesse tâtonnant dans le doute, et, — Dieu sait pourquoi, — n'en voulant qu'au bien d'autrui. Nous avons su vivre sans vous, et sans égoïsme, et sans hésitation, pendant quelque chose comme dix-huit siècles; permettez-nous de garder ce que nous avons, jusqu'à ce que vous nous ayez, du moins, montré quelque chose de mieux.
Et surtout, par pudeur, s'il vous en reste encore, tàchezdonc, sicen'estpasparrespect, quecesoitdu moins par bon sens, de ne pas transformer la grande figure du Christ en un tragédien hypocrite, jouant, sur les tréteaux du Calvaire, la tragédie de la Passion, pour mieux confirmer le mensonge de sa comédie des miracles.
LETTRE XIP.
Dans votre singulière théorie des miracles, vous insinuez, avec une adresse rare, que «l'expulsion des dé-
m LETTRES SUR LA VIE
raons ou Texorcisme est un des genres de guérison que Jésus opérait le plus souvent (1) ; » vous nous dédarez cela, sans aucun doute, dans Tintention de réduire sa puissance à peu de chose : et, pour démontrer qu'en effet il n'avait pas grand'peine à opérer ce genre de prodiges, vous daignez nous apprendre que ceux qu'on appelait possédés étaient, tout uniment, des fous. Quand ce ne serait que cela, il me parait que cette cure en vaudrait bien une autre. N'avez- vous pas eu l'envie, quelquefois, d'en profiter pour votre compte? Mais non, il ne faut pas s'y tromper, les fous d'alors étaient ce des gens qui avaient seulement quelque bizarrerie (2) ; » et, dans ce cas, a une douce parole suffit souvent pour chasser le démon (3) ; » ce n'est donc pas votre affaire. Ainsi, ces individus dont parle l'Evangile, qui avaient la petite bizarrerie d'assommer les passants, étaient guérissables par une douce parole. Je vous conseille d'aller essayer d'appliquer cette méthode à Charenton. Vous aurez tant de prise sur eux, en vertu du principe homœopathique : Similia similibus curantur, que je ne doute pas un instant de la guérison instantanée et radicale de tout ce pauvre monde. Désormais, si j'entends parler de fous en France, je vous proclame un être sans pitié; puisque vous connaissez
(1) p. 2CI. — (2) P. 263. — (3) P. 264.
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le remède, vous devez remployer, au bénéfice de Thumanité souffrante.
Pais, selon votre système habituel de contradictions insipides, voici que vous nous dites : a Jésus, convaincu que Tattouchement de sa robe, l'imposition de ses mains faisaient du bien aux malades, aurait été dur, s'il avait refusé à ceux qui souffraient un soulagement qu'il était en son pouvoir de leur accorder (1). »
Je tourne le feuillet et je lis : « Nous admettons donc sans hésiter (peste !) que des actes, qui seraient maintenant considérés comme des traits de... folie, ont tenu une grande place dans la vie de Jésus. . . (2). Le côté ingratdesa vie, » c'est d'avoir voulu passer pour sorcier sans Fètre. Quelle noble ambition!
Mais, pour Dieu I illustre maître, enseignez-moi, do grâce, ce qu'il faut croire. A vous entendre, ceux qui, de nos jours, ne sont ni durs ni sans pitié, passent donc pour des fous? Et le côté ingrat d'une si belle vie consiste à n'avoir pas refusé à ceux qui souffrent, le soulagement qu'il était en son pouvoir de leur accorder, et qu'il eût été dur de refuser ? Vous me faites ttn peu l'effet de quelqu'un qui a besoin de se faire guérir d'une légère bizan^erie.
Non, monsieur, parmi vos lecteurs, je l'espère, il ne