LETTRES SITR LA TIE
s'en trouvera pas un seul pour admettre celte doctrine avilissante et déshonnête. Si voire héros savait (comme vous dites qu'il le savait) jouer le rôle d'un charlatan, vous devez, sous peine de complicité, flétrir l'hypocrisie, en lui arrachant son masque. L'historien qui, osant qualifier un misérable imposteur comme vous qualifiez votre héros, en l'affublant des noms de divin et de sublime, tombe au-dessous même de celui qu'il se sent le honteux courage d'aduter. Il n'y a qu'une chose plus immonde que le mensonge, c'est le panégyrique du mensonge.
Je ne vous reproche ni vos théories, ni vos contra* . dictions, ni même vos sophismes : adorez qui bon vous semble, ou n'adcMrez rien du tout; croyez m diable ou à Çakya-Mouni ; lisez le Talmud ou le Pirké^ Aboth, c'est votre affaire ; si vous croyez pouvoir tenter d'éteindre Fauréole, soixante fois séculaire, qui ceint le front du Dieu fait chair, je vous passe encore cette bizarre fantaisie; être^ insensé, ce n'est pas toujours être impur; mais substituer au nimbe céleste et lumineux qui illumine sa face, les habiletés cal* culées d'un fourbe; et venir, avec une impudence jus* qu'à vous sans exemple, faire l'apothéose du crime, et nous inviter à nous prosterner, avec vous, devant le vice le plus bas; voilà ce qu'une âme droite n'acceptera jamais. Libre à vous de vous façonner une
idole à votre guise, et de trouver que ee qu'il y a de pins grand est ce qu'il y a de plus vil. Libre à vcms de pousser la bassesse jusqu'à diviniser l'infamie ; mais restez seul, le front dans la poussière, aux pieds du sorcier de vos rêves. Vous m'apprenez pourquoi mon Dieu n'est pas le vôtre. Trop grand pour vous, le Jésus de mon Evangile ne sut jamais mentir ; et c'est pourquoi, sans doute, vous lui refusez vos hommages. Vous avez voulu le rapetisser à votre taille, pour pouvoir lui adresser un culte; et vous n'avez consenti à courber la tète devant lui, qu'après l'avoir dépouillé, même de la plus vulgaire probité. Voilà pourquoi votre Jésus n'est pas le mien. Avant d'adorer celui-là, je crois que j'adorerais l'Iscariote ou Barrabbas. S'il M tel que vous nous le dites, les Juifs ont fait une œuvre sainte le jour qu'ils sollicitèrent sa mort; et je trouverai dans ma conscience un éloge pour ses bourreaux, avant d'y trouver une excuse pour ses apôtres. Hais passons et passons vite sur a la pensée à double face (i)» de Jésus; et a pardonnons-lui» ce « rêve qui Ta rendu fort contre la mort (2).» Quand vous arrivez à cesénormités, on dirait que la langue française ellemême, scandalisée, vous refuse son concours. C'est alors que nous lisons, dans votre poëme, des phrases
comme celle-ci : a En acceptant les utopies de son temps et de sa race, Jésus sut ainsi en faire de hautes vérités, grâce à de féconds malentendus (1) ; » ou encore ceci, qui est bien plus élevé : « Son royaume de Dieu, c'était sans doute la prochaîne Apocalypse qui allait se dérouler sous le ciel. Mais c'était encore, et probablement c'était surtout le royaume de l'âme, créé par la liberté et par le sentiment filial que l'homme vertueux ressent sur le sein de son père. C'était la religion pure, sans pratiques » (sauf le baptême, l'Eucharistie et les autres sacrements), a sans temple » (mais avec mille églises), « sans prêtres » (sauf ceux qu*ordonneraientles apôtres) ; «c'était le jugement moral du monde décerné à la conscience de l'homme juste et au bras du peuple (2). » Voilà du style ! Si j'avais fait une page de français dans ce ton-là, quand j'allais à l'école, mon maître m'aurait tiré les oreilles et infligé des pensums; et il eût bien fait.
Qu'est-ce que c'est encore, je vous prie, que or cette sorte de divination grandiose, qui semble avoir tenu Jésus dans un vague sublime, embrassant à la fois rftve7's ordres de vérités (3)?» Qu'est-ce que c'est que cette belle espérance, que vous donnez à vos élèves, à « ceux qui ne se plient pas à concevoir l'homme comme
d'un nommé JÉSUS. i49
un composé de deux substances, et <c qui rejettent le dogme déiste de rimmortalité de Tàme, comme étant en contradiction avec la physiologie? » A ceux-là vous daignez promettre, pour consoler leurs âmes, qui ne doivent pas ressusciter, « une réparation finale, qui, sous une forme inconnue, satisfera (sic) aux besoins du cœur de Thomme ; » car, « qui sait si le dernier terme du progrès, dans des millions de siècles, n'amènera pas la conscience absolue de ïunivers {sic), et, dans cette conscience, le réveil de tout ce qui a vécu (1) ?» Je vous jure que je n'y mets pas de mauvaise volonté; mais si quelqu'un parvient à m'expliquer ce que veulent dire cette réparation finale d'un être qui ne resstiscitera pas, et qui n'est pas immortel, et ce pro* grès amenant une conscience absolue; et^dans cette cmscience, le réveil de tout ce qui ne doit pas ressusci-^ ter, n'étant pas immortel : si, dis-je, quelqu'un parvient à me démêler cet écheveau, embrouillé par le diable ; je ne suis pas riche, mais je lui promets dix francs, avec mon sansonnet, et ma pipe par-dessus le marché !
Puis, des contradictions éblouissantes de candeur ! Ici, vous nous représentez la doctrine du renoncement, pièchée par Jésus, comme tellement destructive, que