CHAPITRE PREMIER
lequel le lecteur verra comment et pourqud, à la lecture dt la brochure du P. Oratry, Jean Loyseau, homme ignorant «I «mple, est, tout d'abord, tombé à la renverse» .
Mon très-révérend Pèrb,
Vous remarquerez, tout d'abord, que je vous donne, et même au superlatif, un titre que semblent vous contester plusieurs, d'abord parce que cela paraît vous faire plaisir, ensuite, parce que des gens doctes m'ayant assuré qu'en hébreu le mot àbhé signifiait père, je ne vois pas de motif sérieux pour vous enlever celui-ci en vous accordant celui-là.
Je prendrai encore la liberté de vous parler de moi en commençant cette lettre, parce que c'est un sujet qui m'intéresse très-particulièrement, et surtout, parce que j'ai besoin de vous faire quelques petites confidences pour être sur d'être par vous compris.
Je suis, comme vous le savez, mgn Révérend, ar* tisteen chaussures, de même que vous êtes oratorien. Je n'ai pas le bonheur d'appartenir au corps qu'acadéoûque on nomme, et ma littérature n*est pas digne ée délier les cordons des souliers de la vôtre. Je sais
un peu lire, fort mal écrire et pas du tout compter; mais poussé par je ne sais quelle fatalité malheureuse, j*ai dû, depuis quelques années, contracter là déplorable habitude de lire beaucoup, et d'écrire quelquefois à des messieurs de la Presse, à des membres de l'Institut, et autres gens de bien.
Je suis un homjoie simple et craignant Dieu* éçojiitant T(^nti«rs mcm curé, peu femilier ayec leâ jurtiflces du langage, et croyant aisément ce qu'on me dit, quand on n'a pas pris la précaution de me tromper une fois. J'ai cela de commun avec le plus grand nombre des lecteurs, de n'aimer pas â étudier les matières que les auteurs semblent avoir, pour mon enseignement, étudiées, et de supposer que celui qui me parte d'un sujet fue j'ignore, doit en savoir un peu plus hmg que moi.
Cest dans ces dispositions, et avec ces âiirorabtes préventions que, comme presque tout le meade^ j'ai ouvert votre petit livre. Je me disais qu'un ouirrage» composé par un immortel de l'Académie, un reMgieieE, un prêtre, ne devait pas être écrit pour me tremper et j'y allais de con^ance, comme un homme de peu que je suis, cherchant la lumière et ma route à la la clarté ie la lampe d'autrui.
Ceci posé, mon cher et Révérend père, voo» aoueç peine à vous imaginer la terreur que m'a tsât éprou^ ver votre brochure, et Teffet déplorable qu'elle a produit sur moi.
En la lisant, je vous l'avoue, j'ai été pris d'une affreuse peur. Vous, qui êtes académiciM, dialecticien, théologien, écrivain, sorbonniste, helléaîste.
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latiniste et ^ermamsee, vous ne pouvez pas imaginer Teffet qtie prodaH sur certaine classe, qui n'est ni dialecticienne, ni théologienne la lecture de certains écrits. Quand les gens de mon espèce ouvrent tm livre émanant d'toe personne de la vôtre, qu^ils ont le droit de croire amfe, ite y vont de confiance, et ce qu*on leur affirme comme étant une vérité ad*mise, îls le croient sans façon. Vons ne supposmex jamais, mon cher Pftre, comme, sur cet article, le public est crédule. Je Toulaîs dire bête ; mais après réflexion, je ne ?oîs pas qu'il y ait aucune bêtise ft suivre celui q«i doit savoir le chemin mieuic que nous.
J*insi6te beaucoup sur ce point, mon très-Révérend, parce qu'il me semble que qnan<ï un prêtre, revêtue fonctions publiques, professeur en Sortoonne et académicien, se mêle «Pécrire, a« bénéfice du peuple, êè petits Kvres à cinq sous, il doit, en conscience, veiller à ne troubler la conscience de personfie, surtout en donnant COTwne doctrine incontestable une doctrine plus que douteuse, et en passant toutes les raisons que font vafe^ les tenants des opinions contraires sous un silence qui peut être habite; mais qui, certes, n'est pas de bon aloi.
Agir d'après une autre n^tbode, est un procédé déloyal, et quand on prend sérieusement le pauvre pabU pour son juge, on doit au moins lui soumettre toutes les pièces essentielles du procès. Or> c'est là ce que par suite du plus fikbeux des oublis (>car je ne voudrais pas vous taxer de mauvaiso fet ou dlgnorance), vous n'avez pas fsgè à propos de &îre, mon Révérend, et ce qu'en tout cas vous n'avez pas fient.
J'ai donc dA avoir et j'ai réellement pris peur. En effet, en ouvrant votre légère brochure, j'ai vu, du premier coup, qu'il s'agissait du Pape Honôrius, et je rai, pour cette raison, lue avec avidité, étant dans l'habitude de m'intéresser beaucoup à tout ce qui concerne le Père commun de la famille chrétienne ; et, sachant que la conduite de ce Pontife avait été diversement appréciée, j'espérais qu'un 'de mes frères dans la Foi, écrivant après tant d'autres apologistes, résumerait les raisons et les preuves alléguées par ses devanciers, et me donnerait, à moi chétif, qui n'avais pas étudié la question, quelques armes pour dégager la mémoire de ce Pape célèbre des ombres qui pouvaient l'obscurcir encore.
Bon Dieu! combien mon espérance a été cruellement déçue I vous pouvez vous-même en juger.
Votre opuscule contient, en substance, les affirmations suivantes :
Le pape Honôrius à été condamné par trois Conciles œcuméniques, pour avoir, dans ses lettres à Sergius, professé et propagé, comme Pape, l'hérésie monothélite.
Ces condamnations ont été confirmées et approuvées par les successeurs d'Honorius sur le siège de saint Pierre.
Le Bréviaire romain constate le même fait dans les éditions anciennes.
L'hérésie formelle d'Honorius, parlant comme Pape à l'Église entière, est donc, selon vous, un fait acquis à Thistoire, et qui ne souffre aucune contestation, et ce fait sera l'éternel obstacle à ce qu'on puisse promiil-