‹ Lettres sur la vie d'un nommé Jésus (volume 2)Chapitre 53 sur 180 · CHAPITRE SBCOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SBCOND

a évidemment encouru l'excommunication ipso facto ou latœ sententiœ^ énoncée dans le titre I de la récente Bulle de Pie IX. Voici les termes de ce titre I :

« Sont soumis à l'excommunication ipso facto ou latm sententiœ t tous et chacun des hérétiques de toute espèce de nom... Aussi bien que tous ceux qui les favorisent et les défendent de quelque manière que ee soit... >

— Eh! bien. Monseigneur, qu'en dites-vous?

— Eh, eh ! Je ne l'eusse pas cru si je ne l'avais lu. Il faut avoir beaucoup de ce qu'en France on nomme, je crois, du toupet.

•^ Mais oui I et remarquez bien. Monseigneur, que Mgr Manning n'a pas du tout péché par ignorance, il est un des chefs, ou l'adepte tout au moins, d'une certaine école de ruse de falsification, et de mensonge, qui prend à tâche d'égarer l'opinion publique au sujet des actes pontificaux, et, quoique par charité le Père Gratry l'excuse, il connaissait, aussi bien que lui, et peut-être encore mieux encore, tous les textes qui le condamnent, comme il devait avoir lu la Bulle toute récente de Pie IX. Tenez, lisez encore. Monseigneur, et je posai le doigt sur la page 9 de votre précieux écrit : • Si j'en crois ses paroles, (de Mgr Manning) il résiste en face et à fond aux trois Conciles. Il connaît, aussi bien qioe nous, tous les textes de ces Conciles, qui condamnent Honorius comme hérétique. Que leur oppose-t-il donc? Les lettres même d'Honorius. Mgr Manning, si j'en crois mes yeux« parait inviter les lecteurs, auxquels son mandement s'adresse, à iu-

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ger par cux-^êmes ces lettres, brAtées comme héfétique» par le YI* Concile. » Pages Ô-W>.

— Là ! qu'en dites-you9> Monseigneur, est-œ écrit» ouiottiiOiaLÎ

— C'est écrit, sîgnor Lo)r8eaa; mais malbettretLse^ ineBé, le mal est encore bien plus grand que votre auteur ne le signale.

— Voyez- vous I et moi qui me plaignais un peu que le Père Gratry m'eût par trop épouvanté l

— Le Père Gratry est rempli d'indulgence et de modération, n pouvait dire, s'il eût vouln, etavec vérité, que sur cent des Pères du Concile du Vatican, quatrevingt-dix, au moins, ont encouru la même excommunication qui ftrappe î^^grrarcfeevôquede Westminster.

— Pas possible ?

— 0*est tellement possible que c'est a1)solu!»eiit certain; et j*en sufs un. Mon Dieu, oui, plus des neof dixièmes de TassemMée ont professé et défendu la thèse de Tinnocettce du Pape Hoaorius.

— Mais vous n'aver donc pas lu ?..

— Je cnws que nous avons tous lu ce qui coiioerne rfaistoine <)e ce Pape outrageusement calomnié ; et le Pape Grégoire XVI, ava»t son élévation au pootîffcat suprême, avait dâ lire aussi ; ce qui ne Fa pas; empêobé de soutenir la même doctrine, dans uu livre ^u'il publia quand il n'était encore que le Camaldule MauroCapeïlarî.

— On a donc créé pape un religieux excdmmrunîé ?

— Hélas ! oui ; comme Mgr Manning.

— ^îonseigneur, j'ai idée qvue vows iFOttJ moquée t!^ mol.

CHÂFimE MXJONb. 1^

— Peat-ètre un peu. Mais rous-même» Jean Loyseau, vo«s me semblez un théologien bien mrnce.

— Mais un peu. Monseigneur.

— Vous êtes excusable, vous, mon cber, mais ce Père Gratry dont vous m'apportez le volume, celui-là ne Test pas du tout, parce que ce ^u'un l^uque peut ignorer, un prêtre doit le savoir.

— Est-ce que le Pape Honorius n'a pas été condamné par le YI» Coudle oecuménique ?

— Cette question peut être discutée ; mais en supposant qu'il l'ait été, quelle idée vous faites-vou^ donc d'un Concile œcuménique ?

— Qu'il est infaillible. Monseigneur.

— Sans nul doute ; mais sur quels points !

— Sar tous les points ?

— Et voilà, précisément, où votre auteur est particulièrement coupable en vous trompant sur une question de si grande valeur. Les Conciles œcuméniques sont incontestablement infaillibles dans les questions qui concernent la foi et les mœurs ; mais dans les questions défait, dans celles qui n'ont aucun rapport direct avec les mowrs ou avec la foi, ni les^ Papes, ni les Conciles ne prétendent au privil^e de rinfsûiUbiUté.

— Cependant, mon auteur pariede l'hérésie d'Ho* nofitts comme d'an foit dogmatique.

— Votre auteur est un ignorant ou un trompeur. Un fait dogmatîqae est celui qui a une connexion immédiate ou nécessaire avec une v^té de foi; comme par exemple, le fait évangélique 4e la naissance et de la mort de Notre -Setgueur Jésus-ehrfet ;

TOilà des &its dogmatiques; mais quant au fait de savoir si, sur tel ou tel point concernant la biographie de n'importe qui, les Pères du Concile ont pu quelquefois errer, cela est hors de doute et n'a jamais été contesté.

Ecoutez-moi bien, M. Jean Loyseau, parce que vous me semblez avoir la tête farcie d'une singulière doctrine. Dans les actes des Conciles généraux, tout n'est pas indistinctement article de foi. Cela seul appartient à la foi catholique qui a été révélé et qui, comme tel, est proposé à la croyance de tous les fidèles.

Les motifs, même, des décrets qui précèdent les canons de doctrine, quoiqu'infiniment respectables, ne sont cependant pas absolument des dogmes qui appartiennent à la foi, parce que les Pères entendent que leurs décisions soient crues sous peine d'hérésie et sanctionnées par des anathèmes ; mais non pas leurs motifs.

Je ne veux pas dire, cher M. Loyseau, que les fidèles ne soient obligés de croire que les points qui sont, comme articles de foi, définis par l'Eglise, c'est-à-dire de telle sorte que l'opinion contraire constitue une hérésie formelle ; je pense que vous êtes assez bon chrétien pour ne vouloir encourir ni la note d'erreur ni celle d'injure, ni même celle de témérité; mais je veux seulement vous apprendre que dans les actes des Conciles, pour qu'un fait qui s'y trouve mentionné, entre, n'importe à quel titre, dans le domaine des vérités à croire, il faut que ce fait soit un de ceux

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qui sont, directement ou indirectement, mais certainement du domaine de la foi.

— Mais à quoi donc. Monseigneur, reconnait-on qu*nn point contenu dans les actes d'un Concile touche ou appartient à la foi?

— A la teneur du décret, mon cher ami; mais surtout à la nature de la chose elle-même, qui, comme je viens de vous le dire, doit, n'importe à quel titre ou degré, être définissable. Or, j'espère bien que vous m'accorderez que le fait de savoir, non si telle doctrine est hérétique, erronée ou téméraire, ce qui intéresse seulement ma foi ; mais si tel ou tel l'a soutenue, vous avouerez, que ce fait n'a rien de commun avec la divine révélation.

— On pourrait donc dire, à ce compte, que les hérétiques condamnés pouvaient ne pas être hérétiques ?

— On ne pourrait le dire sans absurdité, dans la plupart des cas; mais pourvu qu'on condamne la doctrine qu'on leur attribue, comme l'Eglise le condamne, on le pourrait toujours sans hérésie. Généralement, il est certain — non de foi — que quand les Papes ou les Conciles, infligent à tel ou tel la note d'hérétique, c'est non-seulement, que l'enseignement proscrit est anti-catholique, mais encore que celui qui le donna fut coupable d'erreur. Mais si des découvertes nouvelles, des travaux plus approfondis, une critique I^us exacte viennent à démontrer que tel enseignement anathématisé par l'Eglise n'appartient pas en réalité à celui dont il porte le nom ; en ce cas, ta doctrine foudroyée demeurerait éternellement fou*

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droyée, mais le nom de nnnoceHt, que! qu'il mM, Pape ou laïque, pourrait et devrait être plewiement i^éSabî- Hté.

— Je commence à comprendre, Moneeigaeur, «* cela me rassure. Ainsi f encourrais Panattième en soutenant lli^sie qu'on attrîbwe au Pape Honorius, mais je serais en droit de chercher à laver ce Ponttfe de rhérésie qu'on lui imputa.

— n me semble, M. Loyseau, que si vows avi^ êes preuves de Torthodoxie d'un F^niSk caloraBié ésns Phistoire, par erreur de ftiît, le défendre et le venf;«r ne serait pas seulement un droit ; mais surtout une devoir.

— C'est là ce que je voulais dire, MonseigBetrr; mais permettez-moi une toute petite question encore.

Je lis dans le texte du Père Gratry liue ceu^à ^icourent l'excommunication majeure, ipso facto/ lancée par Sa Sainteté Fie IX, « qui défendent tes hérétiques de quelque manière qme €e seit. • Oela me ftrt un peu peur, je l'avoue.

— Mon bon ami, cette excommunicaticm n*fest pas nouvelle : et Sa Sahrtefté rfa feît autre chose que 4» la raflraîchîr. A votre «crupule, je répondrai de«x Choses; la première, c'est que sf ^estuncmne^e défendre un hérétique comm^ telj c'est une adion fort louable de défendre un innocent. Le texte ^{M vous me citez ne veut dire autre chose, et tf a pas d^utre but. Favoriser et soutenir un hérétiqitô èam son hérésie, cela est indubitablement une fim#egraif«y et un excès contre lequel TÉglise (Hit juetemeirt de

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