‹ Lettres sur la vie d'un nommé Jésus (volume 2)Chapitre 58 sur 180 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Où l'on répare un «ubU probablenaot mvoiûDUire du P. Oratr^r, en posant différemment la question, et où Ton essaie de prouver qu'un portrait, qui ne représente que les guêtres d'un personnage^ ne içaurait être suffisamment ressemblant.

Mon Père, on ne saurait être compiétemenfc catholique sans admettre d'avance certains principes généraux que l'Eglise impose à notre foi, et sans savoir, avec certitude, que les théories qui s'y opposent sont faussés; mais il arrive quelquefois que la lumière se fasse par différents procédés. C'est là ce qui a lieu en particulier, pour le fait dlfonorius, dont la justidcation, au moins quant à Pinfaillibiiité pontificale, est victorieusement démontrée par toutes les écoles orthodoxes. Tous les chemins mènent à Rome les hommes de bonne volonté, comme ils en éloignent les gens qui s*en veulent éloigner; pour moi, je n'appartiens à aucune école de cette seconde espèce, ni même avec parti pris, aux opinions discutables d'aucun auteur catholique, et n'écris dans le dessin de plaire à qui que ce soit. Je pense que la vérité est assez belle pour mériter que, pour diie-mème, on la défende et on l'aime : et par le seul amour de cette même vérité, je crois devoir vous dire que pas une de

VOS assertions ne me semble exempte de quelque erreur.

Et, pourtant, quand il s'agit d'affirmer, vous n*y allez pas de main morte. Je lis, en effet, dès le début de votre brochure, les lignes que voici :

€ Il s'agit de savoir si le Pape Honorius a été condamné comma hérétique par le Vr Concile; or, l'école dont je parle et dont vous adoptez Targumentation, sans l'avoir, j'ose le dire, suffisamment vérifié par vous-même, cette école entreprend aujourd'hui ceci : elle soutient et entend démontrer qu'Honorius n'est point hérétique, quoiqu'il ait été condamné comme tel par trois Conciles œcuméniques approuvés par les Papes et de plus par deux Conciles romains présidés par des Papes. > — Page 5.

Et, quatre pages plus loin, vous ajoutez encore :

€ Voilà où peut conduire la volonté de résoudre le problème suivant : V reconnaître l'autorité des Conciles œcuméniques; 2'' reconnaître, comme on y est forcé, que ces Conciles ont condamné Honorius comme hérétique ; 3** et soutenir qu'Honorius n'était point hérétique. Voilà, Monseigneur, le terrain sur lequel on est parvenu à vous entraîner. » — Page 9.

Eh bien, mon cher Père, avec tout le respect que je vous dois, il y a là autant d'inexactitudes que de phrases, et des inexactitudes 4'autant plus regrettables, qu'elles sont artificieusement voilées, et trahissent la vérité surtout en cachant ce qu'il était indispensable d*en faire voir.

Si pour quelqu'un, désireux de vous connaître, je faisais peindre un portrait de votre Révérence en pre-

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nant la précaution de vous représenter par d^rière» et de TOUS cacher la tète et les pieds, sans doute la ressemblance de la partie visible pourrait être parfaite; mais vous ne seriez pas flatté» je peuse» de passer sous cette forme à la postérité» et si on montrait n'importe où» moyennant rétribution» cette image un peu trop incomplète» je doute que les spectateurs se déclarassent satisfaits et sortissent de ki salle sans redemander leur argent.

Quand on promet de présenter une figure au public» on doit en conscience la montrer tout entière, et c'est ce que tous n'ayez point fait. Vous nous avez exhibé le revers de la question en nous affirmant qu'elle était là» sans restriction aucune, et vous deviez savoir que la question n'était pas là.

€ Il s'agit» » dites-vous, c de savoir si le Pape Honorius a été condamné comme hérétique par le ¥!• Concile; » mais pas du tout, mon Révérend Père, il s'agit encore de bien autre chose» et surtout de toute autre chose. Sans doute, il est des auteurs qui ont prétendu que les actes du VI® Concile avaient été falsifiés par les Grecs, et cette opinion est soutenue par de plus doctes que vous et moi; je crois que plusieurs Pères de l'Oratoire dont le vénérable Baronius fait partie, défendent ce sentiment» qui ne manque pas 4e bonnes raisons à l'appui; mais il s'agit principalement» dans l'hypothèse d'une condamna-, tion, de savoir quelle est la portée du mot hérétique au temps où le VI© Concile se tint. L'école de falsification et de mensonge ou l'école des dupes, celle du vénérable Bellarmin et de Mgr Dechamp» entre-

^4 LE CHANT DU CYONE (lAlXlCAN.

prend de prouver, « et entend démontrer qii'Honorins n'est point hérétique, quoiqu'il ait été con* damné comme tel. • Mais, au nom du ciel, mon Père, où diantre avcz-vous été pêcher cette sottise attgustet Avez-Toas donc assez peu ou assez mal étudié la question pour ne pas savoir que le grand Baronius, entre autres, a soutenu la thèse parfoitement opposée, et que plusieurs de ceux d'entre nous qui défendent la cause de la non-culpaMlité du Pape Honorius, la défendent non quoique, mais au ccmtraire parce que ce Pontife n'avait point été condamné comme hérétique formel; mettre un quoique à la place d'un parce que^ c'est Une licence philosophique un peu forte, il faut en convenir.

€ Voilà, » dites- vous, « où peut conduire la volonté de résoudre le problème suivant : l*» reconnaître l'autorité des Conciles CBCuméniques. »

Oui, cher Père, mais avec des limites, comme par exemple celle des faits non dogmatiques, avec votre permission.

« 2o Reconnaître, comme on y est forcé, que ces Conciles ont condamné Honorius comme hérétique. 9

Mais, encore avec votre permission, mon Père, on n'y est pas forcé du tout; l'opinion contraire est parfaitement respectable, et je ne crois pas être excommunié le moins du monde en pensant et parlant comme ont pensé et parlé les cardinaux Baronius et Bellarmin.

En outre, même sur ce point, et en ac|mettant le fait de la Condamnation, il s'agit toujouri de savoir, ao

Mjet dm Bftot hérétique, quel sens les Cancltes généraux prétendaiezit lui donner, toutes choses que vous jpatfeE sous un superbe silence.

• 3% Soutenir qu'Honorius n'était point héritique. > Mon très-dier Père, toujours arec wtro peraiissîeii, il exirte une opinion tbéologique <4rès-reo(HBuaandable» qui admet Thérésie d'Honorius dans uir sens puranent négatif; et une autre qui affirme ^le le Pape n'a entendu parler dans ses lettres au patriar* elle de Oonstantinople, que comme docteur i»*iyé et que, par conséquent, s'il a erré et s'il a été condamné, €8 n'a été que comme théologien» et nullement pour avoir défini comme Pape.

A chacune de vos affirmations, il y avait donc des réserves essaitielleâ à Cwre, des explications trèsessentielles à donner; pourquoi vous en êtes* vous, s'il vous plaît, abstenu ?

Si vcms les coanaissiez, dites-moi donc un peu le mxoi de votre école; et si vous ne les connaissiez pas, quelle théologie avez vous étudiée ?

Ehl bien, j'aime mieux vous croire ignorant que peu sfnoère, et dans l'bypotèse où vous n'en auriee pas pris une suffisante connaissance, je vais avoir rfaûnneuret le {^sir de vou^ exposa les princi)»es et les faits.

Mais d'abord, il est une chose esswUdIe à faire,

c'est de préciser clairement et fidèlement le point de

la question et c'est ce que, non j^us, vous n'avez pas

âa%né âûre ; j'ignore absolument pourquoi.

La Tiaie question la voici :

Deux écoles sont en présence : l'une, s'appuie sur la

parole de Jéâus*Christ qui promet à Pierre et à ses successeurs que leur foi ne faillira jamais, et que sur cette foi du Pape» parlant comme tel, jamais les portes de Tenfer ne prévaudront contre TÉglise*

Cette même école s*appuie sur la tradition de tous les siècles, sur la croyance de toutes les Églises, sur les canons de presque tous les Conciles, sur les affirmations de tous les Papes, sur la doctrine de presque tous les théologiens, et déduit de toutes ces autorités, suffisamment respectables, qu'à la vérité de VinfaiUi^ bilité pontificale il ne manque plus que la gloire et .la sanction de yoir ce mot consacré par une définition suprême.

Cette école, vous l'appelez Técole de Thypocrisie et •du mensonge, je vous en remercie solennellement» car cette école est la mienne.

L'autre école est la vôtre.

Elle a pour chef je ne sais quel prélat, justement illustre, mais un tant soit peu courtisan, qui vivait au XVII« siècle, et qu'on nomme Bossuet.

Cette école, affirme, avec la déclaration de 1682 que le Pape, même parlant ex cathedra, sans l'assentiment dé l'Église, n'est nullement infaillible.

Et pour preuve principale, j'oserais presque dire unique, elle pose le fait du Pape Honorius con* damné comme hérétique par trois Conciles généraux.

Et cette école argumente ainsi :

Le Concile œcuménique, de Taveu de tous les ca« tholiques, sans distinction d'école, est pleinement in * faillible.

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