CHAPITRE TROISIBÎklE
le dire ; mais Tennemi existe, soyez-en sûr, Hs ne Tont pas vu ; mais ils le devinent. Ils ne savent quel il est ; mais il est quelque part, il n*est pas loin, il est partout.
Les hommes sérieux et doctes, mon Révérend Père, s'abstiennent de ces récriminations ou incriminations vagues et, dans tous les cas, inutiles : ils combattent Terreur sous son nom et non sous le voile d'une désignation imaginaire; ombre bonne, tout au plus, pour effrayer les enfants. Pour les autres, ils ne savent à qui s'en prendre du chemin que les vérités suivent, et ils ont sans cesse à la bouche les mots d'écçie et de parti; quelle est cette école et quel est ce parti? nul ne saurait le dire : c'est l'ennemi d'Azor.
Cette tactique est-elle le produit d'un cerveau qui se dérange, une manie, ou une ficelle de romancier? je rignore^ mais ce que je sais bien c'est que sous la plume de certains écrivains ce procédé manque particulièrement de dignité et de droiture, et ce que je sais encore, c'est que je ne l'ai jamais vu employer d'une façon qui me soit plus désagréable par personne que par vous.
Il n'est pas de chapitre de votre petit livre où ne soient répétés avec une désespérante monotonie les mots : école de mensonge, parti de dissimulation , école de ruse et d'hypocrisie, parti de basse flatterie et autres semblables, assez disgracieux dans la bouche d'un homme qui veut passer pour poli ; mais quel est ce parti, quels sont ces hommes, ces écrivains, ces scribes, cette école ? Sur tous ces points, silence complet; c'est... l'ennemi d'Azor.
Or, quand on porte des accusations pareilles, mon Révérend Pore, il faudrait les prouver. Quand oat accuse la moitié des hommes de fausseté et d'hypocrisie, et Tautre moitié, excepté soi et les siens, d'imbécile ignorance, on devrait aussi, un peu, prendre garde à ne pas mériter pour son compte les épîthôtes injurieuses, dont on se montre si facilement i>rodigue, quand il s'agit de la personne et des travaux d'autrui.