‹ Lettres sur la vie d'un nommé Jésus (volume 2)Chapitre 63 sur 180 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Quoi qull ^n soit, mon Père, vous m'àrouerez que cet hérétique est au moins bien singulier.

Toici celui que nous donne son cercueil. Tout concourt à venger sa mémoire. Voici comment s^exprime sur ce sujet le docte et pieux Mgr Gerbet dans son Esquisse sur Rome : « La calomnie a voulu troubler les cendres du pape Honorius, qui reposaient, paisibles et vénérées, au milieu des sépulcres des autres Papes, près du tombeau de saint Pierre.

« Les inscriptions funéraires consacrées à sa mémoire fournissent un nouvel argument, d'ailleurs superflu, pour prouver la fraude commise au sujet de la seconde lettre, que Sergius, patriarche de Constantinople, avait prétendu avoir reçu d*HonoriuB et qui aurait contenu l'erreur monothélite. Ces épitaphes parlent d'Honorius en des termes qui ne peuvent convenir qu'à un digne successeur de Saint-Pierre.

a Nous décernons de pieux éloges au grand pasteur, qui a » rempli les fonctions de Pieire, et qui est monté au comble » des honneurs : sous ce tombeau briUe le Pontife Honorius » dont l'auguste nom et la gloire sont stables. »

On célèbre son zèle pour ramener dans l'unité de l'Eglise ceux qui s'en étaient séparés : ceci se rapporte particulièrement A l'extinction du schisme de l'Istrie :

— « Ayant gouverné dignement, en vertu du pouvoir qui » appartient au siège apostolique, il a rappelé ceux qui s'étaient 9 dispersés. »

Il est spécialement loué sous le rapport de sa do(îtrine : « 11 a pris une place glorieuse parmi les Pontifes, par sa

» doctrine puissante, aussi bien que par la sainte régularité

» de sa vie. »

n est présenté comme un disciple, un émule, un interprète

du Pape saint Grégoire :

— « Les doctrines de ton maUre, dont les paroles étaient si » saintes et si fécondes, ont toujours brillé en toi : en suivant » avec ardeur les traces du grand et pieux Grégoire, tu as » hérité de ses mérites.

Un Pape hérétique et anathématisé un siècle avant sa naissance, et qui passe sa vie à propager la toi ou à combatre pour elle : un Pape se dépouillant de tout pour fonder des œuvres pies, enrichir des basiliques, faire sortir de terre des monuments splendides en l'honneur des saints, un Pape, passant plus de douze années de suprême pontificat ^ dans des œuvres de

1. Il mourut le 12 octobre 638 aprôs un pontificat de 12 ans 11 mois et 16 jours.

» La virginité a v^cû avec toi depuis ton berceau : la vë- » rite est demeurée avec toi jusqu'à la fin de ta vie. »

« Ces inscriptions ont été composées très-peu de temps aprôs la mort d'Honorius. La première se termine en effet par ces mots : « J*ai voulu faire en ton honneur cette épitaphe, que je » te devais, parce que je conserve avec amour, la mémoire de » celui qui fut pour moi un excellent père. »

« On lit aussi dans la seconde : oc Bien que chacune de mes » paroles passe à travers de mes sanglots et de mes larmes, je 3> parle de toi avec certitude, moi qui suis ton disciple. » Elles ont donc été écrites vers Tépoque où les Papes Séverin et Jean IV, premier et second successeurs d'Honorius, frappaient d'une nouvelle condamnation, malgré les menaces et les violences de l'empereur IJéraclius, l'hérésie monothélite dont il était le fauteur. Comment pourrait-on croire que ces Papes eussent voulu favoriser sous leurs propres yeux, à Rome même, une sorte de panégyrique public de cette hérésie, au moment où ils bravaient tout pour la réprimer? C'est cependant ce qu'ils eussent fait en autorisapt de pareilles épita* phes, s'ils avaient eu connaissance que ce même Honorius, loué dans ces inscriptions pour son attachement persévérant à la saine doctrine, avait adressé à Sergius. patriarche de Constantinople, une lettre où il enseignait le monothélisme.

« On ignorait donc l'existence de cette prétendue lettre. Comment supposer, d'un autre côté, qu'il eut pu écrire au patriarche de Constantinople une lettre dogmatique sur les questions

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