‹ Lettres sur la vie d'un nommé Jésus (volume 2)Chapitre 79 sur 180 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

il s'agit de savoir si telle proposition censurable se trouve dans tel ouvrage déféré au jugement d'un Concile ou d'un souverain Pontife.

Or, il est certain, parmi tous les théologiens, que ni dans les faits historiques y ni dans les faits ^personnels, ni dans les faits grammaticaux, l'Eglise n'est ni ne prétend être infaijlible ; et que lorsqu'elle juge infailliblement d'un fait dogmatique, elle n'entend affirmer que deux choses, savoir : que telle doctrine est censurable, ce qui est la question de droit ; et ensuite, que cette même doctrine est contenue dans l'écrit qui lui est soumis, ce qui est la question de fait, constituant l'essence même du fait dogmatique comme tel.

Mais que l'Eglise se transforme en une école de critique historique ou de vérification d'écritures, ce n'est ni son intention ni son but : elle affirme ce qu'elle a droit d'affirmer, sans outrepasser jamais les limites sacrées que lui a assignées son divin Fondateur.

Ces notions préliminaires sont, peut-être, un peu peu arideff, mon Révérend Père ; mais quand on écrit pour un public qui les ignore, les lui dissimuler dans une question comme celle que vous avez soulevée, c'est une réticence qui, si elle était réfléchie et volontaire, répandrait une forte odeur d'improbité.

Si vous eussiez pris la peine de réfléchir à ces principes, vous eussiez évité de tracer les lignes suivantes, que vous adressez à Mgr Dechamps : « Vous le voyez. Monseigneur, la cause est complètement jugée. A moins de rejeter trois Conciles œcuméniques... vous vqyez {sic) que le pape Honorius fut condamné pour hérésie. » (p. 30). Je passe sur ce singulier français

74 LE CHJurr du aYGNr gallican.

et je réponds : vous le voyea, mon Révérend Père, la cause n'est nullement jugée, puisqu'il s'agit^ en grande partie, de savoir si, dans l'espèce, les Conciles que vous citez, ont, ou n^ont pas commis une err^i" de fait»

Et c'est justement là pourquoi il appartient à tou&, même à moi, de réviser le procès sur des pièces nouvelles, non quant aux hérésies condamnées et quant au sens des écrits soumis aux Conciles, ce qui constitue un jugement irrévocable ; mais quant à la culpabilité du pape Honorius, ce qui est bien différente Dens tous les tribunaux, le juge qui applique la loi doit voir respecter sa sentence; mais dans aucun pays civilisé il n'est admis qu'on s'oppose à la réhabilitation de rinnocent, victime d'une erreur de fait.

0 mon cher Père, s'il vous souvient encore de cette légitime indignation que nous éprouvions tous les deux à la pensée de cette méthode abominable que les ennemis de l'Eglise emploient avec tant de persévérance et de succès, et qui consiste à éblouir et à tromper les simples par des affirmations éhontées dont on connaît la faiblesse, et qu'on donne, néanmoins, pour d'incontestables vérités ; s'il vous souvient des paroles de mépris et de sainte colère que vous profériez alors contre les lâches qui emploient ce moyen perfide, vous comprendrez l'étonnement que j'éprouve à cette heure, où, écrivant contre vous, je me vois contraint de vous la reprocher à vous-même, à mon tour.

Oui, il est permis à tous de défendre la mémoire d'un père, pourvu qu'on emploie à sa défense des

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