CHAPITRE NEUVIÈME
gravité des devoirs qui incombent à ceux qui sont revêtus d'une charge sacrée, et dont la prévarication, même par le silence, est justement flétrie par Cèlestin l®^ un grand Pape du V® siècle. Voici en quels termes il s'adresse aux Evêques des Gaules : « Je crains, «dit-il, • que me taire en cette circonstance ne soit conniver : Je crains que ceux qui permettent aux antres de mal parler, ne soient eux-mêmes plus coupables. Se taire, en semblable circonstance, ne peut manquer d'être suspect, car nous portons la respon-r sabilité d'un silence qui favorise Terreur. ^ v
— Vous trouverez, mon cher Père, ce texte tout du long rapporté toujours dans le même livre dont vous n'avez lu que ce qui pouvait vous sembler favorable à la cause que vous défendez, et où se trouvent beaucoup de bonnes choses que vous avez, il faut l'espérer, tout à fait oubliées *.
Ainsi, mon Révérend Père, même dans l'hypothèse de ceux qui croient à la parfaite authencité des actes du VI® Concile, et à la réelle condamnation du pape Honorius, vous voyez déjà qu'ils n'avaient pas tous les torts, ceux qui vous prévenaient charitablement en vous disant : « La question est de savoir ce quo veut dire ce mot hérétique^ » appliqué par le Concilj
1. oc TimeO) ne connivere ait hic tacere : timeo ne magi.» ipsi loquantur, qui. perroittunt iilis taliter loqui. In falibui causis non caret suspicionê taciturnitas^ merito namque causa nos res^icit, si silenlio faveamus errori. »
2. Liber Diurnus Romauomm Pontificum, et antiquissimo codice Ms. nunc primum in lucem editus, opère et studio Joannis Garnerii S. J. Parisiis, 1680. -^ Append., part. C, n0 69.
à la personne du Pape coupable. Vous voyez encore que cette thécn^îe a des preuves à l'appui, tandis que a vôtre, excepté votre affirmation, n'en a guère. Ce n'était donc pas la peine de vous en moquer.
En effet, s'il est incontestable que le mot hérétique soit pris dans des sens bien différents, il est, de même incontestable que, quelle que soit la gravité de la faute que commet un Pape en négligeant de combattre Terreur, entre cette faute de négligence, et le crime d'enseigner l'hérésie, il y a tout un dogme : le crime peut être égal, peut être plus grand, si vous voulez; mais ces deux crimes ne se ressemblent pas. Ce ne sera jamais enseigner l'erreur que de la tolérer, à plus forte raison d'en négliger la poursuite.
Ici, il me vient une idée bizarre ; mais que je ne veux pas laisser échapper, parce qu'elle me semble vraie et de bonne guerre. N'est-il pas, en effet» étrange de voir les agresseurs du pape Honorius s'acharner après sa mémoire, uniquement parce qu'il aurait agi avec Terreur monothélite conformément aux principes de Técole Catholico-libérale ? tout ce bruit autour de sa négligence, cette assimilation du silence de Tautorité à une connivence coupable, leis fauteurs négatifs mis, par la postérité et par les catholiques libéraux eux-mêmes, au rang des hérétiques prédicants, tout cela ne laisse pas que de nous donner une leçon fort utile, et de faire voir que T£gliser en séTissant contre les mauvais écrits et les mauvais écrivains, n'est pas encore si dépourvue de sagesse que certains publicistes osent le dire et feignent de le penser. Qui sait si, en condamnant le catholicisme