CHAPITRE NEUVÏÈMB. ÔÔ
ment très-louable, à moins que ce ne soit par une excusable inadvertance et par pure distraction. C'est saint Léon II qui parle et qui spécifie le genre de dér lit dont, selon ce document, a du se rendre coupable le pape Honorius. Saint Léon nous dit en efiet, si sa lettre est authentique, — ce dont vous n'avez pas le plus léger doute, — que son prédécesseur fût coupable de s'être, « par négligence rendu fauteur de cette flamme d'un dogme hérétique qu'il devait, pour l'honneur de l'autorité apostolique, éteindre à son début ^
Voici donc l'explication demandée : être fauteur d*hérésie, en ce cas, c'est manquer au devoir de sa cha,rge apostolique en négligeant d'éteindre l'erreur dès qu'elle commence à se produire.
C'est qu'en effet, il peut y avoir des fauteurs d'un ' enseignement erroné qui soient de deux espèces, les fauteurs positifs^ qui s'efforcent de le propager, et les fauteurs négatifs, c'est-à-dire ceux qui ne travaillent pas à le détruire. Et ne dites pas, mon Père, que cette distinction soit une invention de mon crû, ni une subtilité produite après coup et pour les besoins de la cause. Je n*ai pas la capacité suffisante, (et quand même je l'aurais, je vous jure que je ne m'en servirais pas) pour inventer de semblables choses : tout ce que je vous dis ici, croyez bien que je l'ai trouvé ailleurs.
1. Qui âammam hœretici dogmatîs non, ut decuit apostolU cam autoritatem, indpieatem extinxit, sed negligendo (ou neglîgentJa) confovit. * '
Lettre de Léon II aux évèques (TEdpagne, Labbe, t. VI, col. 124.
J'hésite un peu à vous apprendre où j'ai fait cette petite découverte, de la distinction entre fauteurs poaitils et fauteurs négatifs, parce que j'ai peur de vous humilier beaucoup ; mais enfin» prenons, vous et moi, notre grand courage, et écoutez-moi bien.
Il est un bon livre, mon pauvre Père, qui vous a rendu bien des mauvais services, et dont vous avez assez souvent usé, c'est le Liber diurnus : vous en parlez beaucoup, je vous conseille de le lire ; vous y trouverez le passage suivant : • Il n'y a rien d'étonnant, I dit le Père Garnier, f à ce que la même peine soit injfligée aux fauteurs même négatifs de Théresie, et aux hérétiques eux-mêmes, caries souverains Pontifes enseignent que la culpabilité des uns et des autres est la même ^ >
Ce petit texte du Père Garnier, si vous eussiez pris la peine de le lire, vous eût donc appris, aussi bien qu'à moi, mon Révérend Père, qu'il y avait des fauteurs négatifs d'hérésie et que ce genre de faute consistait à laisser l'erreur faire son chemin, quand on devait l'empêcher. Cela vous eut appris de même que la qualiâcàtion d'hérétique s'appliquait également aux hérétiques et à leurs fauteurs, toutes choses qu'il ne nous eût pas été inutile de savoir, et qu'il vous eût été facile, et, peut-être convenable^ de nous dire.
La raison de cette sévérité de l'Eglise envers les fauteurs, même négatifs, de l'hérésie, se déduit de la
1 . Nihil vero mirum eadem pœna fautoros etiam negativos, si licet ita bqui, qua autores ipsos^ affici ; eadem enim utrosque culpa temeri docent summi Pontifices.
Liber Diurnus S. S. P. P. App. P. 6, no 69.