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l'Évangile selon Marc offrent des parties parallèles, très-longues et parfaitement identiques (1\ » Je comprends cela et j'en conclus que l'un prouve l'autre; ce qui n'a rien de surprenant, puisque saint Matthieu et saint Pierre furent, l'un et l'autre, témoins oculaires de la vie de Jésus. Et vous, mon révérend père, vous en concluez u qu'il faut supposer, ou que le rédacteur définitif du second Évangile avait le premier sous les yeux, ou que tous deux ont copié le même prototype (2). » Et pourquoi , je vous prie, ne pas admettre tout bonnement, que l'un et l'autre ont dit la vérité; et que si saint Marc a cru pouvoir copier (ce qui n'est même pas démontré) quelques passages de saint Matthieu, c'est que, probablement, il les trouvait irréprochables? De ce que deux auteurs racontent le même fait de la même manière, il ne s'ensuit pas du tout qu'ils l'aient copié dans un troisième. Vous êtes quelquefois naïf, à force d'être subtil. Il eût été plus sage, voyez-vous, de garder cette observation pour vous ; les cléricaux sont capables d'en abuser.
Papias va nous fournir, de même, un exemple de votre précieuse candeur. Voici votre appréciation : « Papias , évêque d'Hiéropolis, homme grave, homme de tradition, etc. (3). » Pour moi, je veux bien que Papias soit un homme grave et un homme de tradition; il en est qui ne feraient, peut-être, pas mal de l'imiter en cela; mais vous voulez prouver votre thèse, et vous nous décochez la note suivante : « Eusèbe est
(l) P. XIX. — (2) kl. — (3) p. xvm.
i>8 LETTRES SUR LA VIE
ombarrassé de la naïveté de Papias (homme grave) et le traite de petit esprit (1). » Eh bien! franchement, ça ne valait pas la peine de le faire tant mousser ce pauvre Papias ! à quoi pensez-vous donc quand vous écrivez ?
Vous comprenez, mon révércndissime, qu'il m'est impossible, à moi, pauvre ignorant, de vérifier tout ce que vous me dites au sujet des langues savantes, comme le grec, l'hébreu, l'araméen, les dialectes sémitiques, et le reste, que vous paraissez savoir sur le ])0utdu doigt; mais je sais lire passablement le français, et compter, sans me tromper, jusqu'à cinq, sur ma main. Or, en suivant votre inlroduclion, qui, comme vous voyez, laisse, encore, un peu à désirer, je suis tombé sur un assez curieux passage. C'est celui où vous parlez de l'apôtre saint Jean; et comme, en ce moment, le besoin de votre phrase était de le réduire à zéro, vous en dites ce qui suit : « on voit qu'en écrivant ses discours l'auteur suivait, non ses souvenirs , mais le mouvement assez monotone de sa propre pensée. Toute une nouvelle langue mystique s'y déploie, langue dont les synoptiques i^les autres Évangélistes) n'ont pas la moindre idée : « monde, » « vérité, » u vie, » a lumière, » « ténèbres : » etc. Si jamais Jésus avait parlé dans ce style, qui na rien... de tabnudique... comment un seul de ses auditeurs en aurait-il si bien gardé le secret (2)? »
(1) P. xxviii. — [i] P. XXXIV.
d'un nommé JÉSUS. 29
La réflexion est ingénieuse et me plaît. Après cette lecture, j'ai fermé votre livre et je me suis mis à réfléchir, me disant, à part moi : « que ce style n'ait rien (le talmudique, cela ne me ferait pas encore grand'chose ; mais que pas un des autres évangélistes n'ait employé ces expressions-là, voilà qui serait fort. Je sais bien que saint Jean (quoique M. Renan dise que cet apôtre était un peu vaniteux et faisait de l'opposition à saint Pierre), je sais bien, dis-je, que saint Jean n'écrivit son Évangile que longtemps après les autres ; après avoir ordonné des prières publiques dans le cercle de sa juridiction ; vaincu par les sollicitations de ses enfants ; et pour défendre, contre Ébion et Cérinthe, la divinité de J.-C, que ces deux hérétiques se permettaient de contester. De là, nécessairement, il doit suivre que saint Jean a complété ce qui manquait aux précédents Evangiles ; et rempli les lacunes laissées par les autres, en rapportant les discours tenus par le Sauveur, pendant sa vie mortelle; cela explique certaines particularités de style : quand on traite un autre sujet, devant un autre auditoire, il faut bien se servir d'autres mots. C'est là ce qui a dû arriver à Notre-Seigneur et à son apôtre ; mais qu'il n'y ait pas de trace dans saint Matthieu, saint Marc et saint Luc, des expressions que saint Jean rapporte, ceci me paraît très-fort. Enfin, puisque M. Renan le dit.» Voilà comment je raisonnais, et cela, je l'avoue, me gênait un peu.
Bref, voulant mettre un terme à cette discussion intérieure, qui me fatiguait, je me suis décidé à em-
ployer un procédé aussi vulgaire qu'ingénieux, auquel il est bien surprenant que vous n'ayez pas songé vousmême. Mais ce sont, quelquefois, les moyens les plus simples auxquels on pense le moins. Peut-être dédaignez-vous de vous en servir, comme étant trop audessous devons : quoi qu'il en soit, vous me permettrez de vous le recommander dans une lettre suivante ; car dans la crainte de vous fatiguer par ma prolixité , je me hâte de conclure celle-ci par l'expression réitérée des sentiments qu'éprouve, cà votre endroit ,
Votre plus humble, etc....
I) U.\ NOMME JESrS.