L'ALMANACH DE PONTHIEU POUR
juges restaient pendant deux ans en fonctions et se renouvelaient, chaque année, par moitié. La justice consulaire était le dernier des huit corps formant l'assemblée des trois États de Ponthieu. L'inspection des manufactures de draps, de moquettes, de damas, de turquoises et d'éternelles, de baracans, de toiles, de cordes et ficelles ne fut jamais dans son ressort.
Jusqu'ici, nous n'avons vu que des services destinés à sauvegarder les droits des particuliers : ceux du roi n'étaient pas oubliés et formaient l'objet d'un chapitre particulier sous le titre de Finances du Roi, subdivisé en fermes générales, régies générales, domaines et impositions. La section des finances était dirigée par un contrôleur général, un receveur des gabelles et entreposeur de tabac, un receveur des douanes et des traites, et un contrôleur. La régie avait un directeur, un receveur général, un sousreceveur, un contrôleur sédentaire et un contrôleur ambulant. M. de Beaulieu, chargé des domaines, était à la fois contrôleur des actes, receveur des droits de présentation, distributeur du papier timbré et conservateur des hypothèques. Pour les impositions, il y avait un receveur, un receveur de la capitation et des vingtièmes, un receveur du centième denier des pourvus d'offices dans le comté de Ponthieu, un procureur-contrôleur et trois changeurs.
Il me reste encore à vous parler des établissements publics, à savoir le collège et la bibliothèque, régis tous deux par huit administrateurs choisis dans chacun des huit corps de la ville. Si
le collège était en voie de prospérité, si l'attrait de l'instruction gratuite y attirait de nombreux écoliers, l'almanach ne nous l'apprend pas. En revanche, les détails qu'il donne sur la bibliothèque sont navrants et prouvent que les fonctions d'administrateur constituaient la plus complète sinécure. La fondation de la bibliothèque remonte au 27 août 1685, en conséquence d'un legs de livres fait par Charles Sanson, curé de Saint-Georges. A ce noyau vinrent s'adjoindre successivement en 1716 un don de livres de médecine fait par M. Dargnies, des legs de livres de piété faits par M. Dufresnel, curé du Saint-Sépulcre en 1736, par M. le chanoine Becquin en 1738 et par M. de Ray du Tilleul également chanoine. Un avocat distingué, M. Formentin, légua à la ville toute sa bibliothèque de livres de droit; enfin, M. Fuzelier, doyen du chapitre de Saint-Vulfran, peu avant 1786, donnait à son tour huit cents volumes de piété. Il faut avouer que la composition de la bibliothèque n'avait rien de bien attrayant pour un érudit, et ce n'est pas sans raison que l'éditeur de l'almanach, érudit lui-même, termine par cet aveu naïf : « La bibliothèque, dotée par des ecclésiastiques, des avocats, des médecins, attend donc qu'un homme du monde ou quelque société veuille l'enrichir de livres d'histoire ou de littérature ». — Pour ne pas affaiblir l'effet d'une déclaration aussi originale nous fermerons ici, si vous le voulez bien, l'Almanach de Ponthieu pour 1786.