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mais qu'il le remettait à une autre époque, que chacun, enfin, pouvait se tranquilliser et qu'il n'y aurait pour personne de fâcheux risques à courir. 11 invita ensuite Landas à assister à la cérémonie de l'hommage qu'il devait prêter ce jour-là môme à son père pour le duché de Normandie, mais Landas répondit qu'il n'oserait point se présenter devant le roi , et Friquet et lui s'en retournèrent auprès du roi de Navarre. Prévenu à temps du complot , le roi s'était borné à donner à son fils le duché de Normandie où il devait trouver à satisfaire ce précoce appétit de régner. Il n'en fallut pas davantage pour rompre ce projet dont les conséquences eussent été incalculables. Aussi modéré qu'habile dans cette circonstance, le roi tint rigoureusement la parole qu'il avait donnée à son fils, de ne rechercher aucun de ses malveillants conseillers. Des lettres d'abolition, du 23 janvier 4356, dans lesquelles sont nommés les principaux conseillers, et parmi eux Friquet de Fricamps, effacèrent le péché et rendirent le calme aux esprits, mais ce ne fut pas pour longtemps.
On a commenté de diverses façons les motifs qui poussèrent le roi Jean à se saisir du roi de Navarre. Les uns ont voulu y voir un acte de rigueur nécessité par de nouveaux complots de l'incorrigible Charles, d'autres une tardive vengeance du meurtre du connétable et des conspirations qui l'avaient suivi. 11 est certain que le roi avait signé malgré lui les traités de Mantes et de Valognes, et que la posses-
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sion de la Normandie par son fils aîné lui donnait toute facilité pour y attirer Charles et l'y faire prisonnier. Si donc l'on admet que, décidé à agir , il ait eu la patience d'attendre l'heure favorable, il faut admettre aussi que le duc de Normandie était dans la confidence de ses projets et qu'il tendit le piège auquel se laissa prendre le Navarrais. Quel autre que lui aurait pu réunir dans un dîner Charles et ses principaux conseillers et instruire le roi du moment précis où il les trouverait à table et sans défense? Le duc était mauvais fils, le voyage auprès de l'empereur le prouve; il était ami infidèle , ainsi que l'atteste la trahison de Rouen. A la bataille de Poitiers enfin, il montra qu'il n'avait ni cœur ni courage , et la postérité lui a décerné le nom de Sage : A ce prix , mieux vaut être insensé.
Dans le château de Rouen, dont toutes les portes étaient fermées, à l'exception d'une poterne donnant sur la campagne, étaient à table avec le Dauphin le roi de Navarre, le comte d'Harcourt, celui à qui Friquet avait entendu dire en parlant du roi Jean : « Par le sanc Dieu ! cest roy est un mauvais homme et n'est pas bon roy , et vraiement je me garderay de luy » , Friquet de Fricamps , les sires de Préau, de Clères, de Graville, de Tournebu, Louis et Guillaume d'Harcourt, Maubué de Mainemare , Olivier Doublet et Jean de Bauterlu. C'était le 3 avril 4356. Tout-à-coup la porte s'ouvre et le roi entre, armé de toutes pièces, le bacinet en
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tète, l'épée au poing, avec une suite nombreuse, en s'écriant que personne ne bouge sous peine de mort. De sa propre main il arrête le roi de Navarre, et le même jour, dans le champ du Pardon, derrière le château, il fait décapiter devant lui le comte d'Harcourt, le seigneur de Graville, Maubué de Mainemare et Olivier Doublet. Le lendemain, tous les autres sont mis en liberté , à l'exception du roi de Navarre, de Friquet et de Jean de Bauterlu. Confié à la garde du maréchal d'Audeneham, Charles est d'abord enfermé dans le château Gaillard d'où il fut successivement transféré au Chàtelet de Paris, puis à Crèvecœur : il était enfin dans le château d'Arleux quand Jean de Picquigny parvint à le délivrer. Tel est, en peu de mots, le précis de ce mémorable événement.
L'exception faite en faveur de Friquet de Fricamps prouve qu'il était un personnage considérable , et elle seule servirait à justifier l'étude dont il est ici l'objet. Pour l'épargner momentanément, le roi avait sans doute jugé qu'étant plus avant que tout autre dans la confiance de son maître il servirait à le perdre et à déconsidérer devant le pays un parti qui avait pour mot d'ordre le désordre et la trahison. Sa mort n'en était pas moins résolue, mais on ne devait briser l'instrument qu'après lui avoir fait rendre jusqu'au dernier son. Friquet fut donc conduit dans différentes prisons, on ignore lesquelles, et, en dernier lieu, il fut enfermé au Chàtelet. Interrogé deux fois par les gens du Con-
seil du roi il ne se montra pas assez coramunicatif au gré de ses juges; on l'appliqua à la question , et, alors, selon l'expression du secrétaire qui écrivait ses réponses , il « parla plus largement » dans son troisième interrogatoire qui eut lieu le 5 mai (4 356). Mais la torture l'avait brisé et il se sentait perdu. Comme on lui disait qu'il « ne se sauvoit pas bien de tout ceci » , il répondait « qu'il ne se pouvoit autrement sauver puisqu'il n'y avoit point de sauvement ». Il était découragé, mais deux fidèles écuyers, Colin Perronnelle et Jean Taillefer, nobles tous deux et gens d'armes sous ses ordres, qui partageaient sa captivité pour en adoucir les amertumes, le rattachèrent à la vie par l'espoir d'une évasion préparée de longue main. Ils réussirent à corrompre un valet du geôlier qui les fit sortir par la porte, après avoir pris soin d'attacher une échelle de corde aux créneaux d'une tour pour laisser croire qu'ils s'étaient échappés par la fenêtre. Friquet courut aussitôt rejoindre dans le Cotentin Philippe de Navarre qui y tenait le pays contre les troupes du roi de France. Ceci se passait au mois d'octobre 1356. De grands événements venaient de s'accomplir, la bataille de Poitiers, la captivité du roi Jean et la nomination du duc de Normandie aux fonctions de régent du royaume.
Quoique les chroniqueurs se bornent à enregistrer désormais le nom de Friquet de Fricamps à propos de divers faits de guerre, il est pourtant certain, et les documents que je possède m'aident
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à l'établir, qu'il ne retourna pas se confondre dans les rangs de la chevalerie , mais, qu'au contraire , il demeura l'un des chefs de la faction de Navarre , assez en évidence pour attirer à plusieurs reprises l'attention et mériter les avances du régent. Philippe de Navarre, grand capitaine, mais féroce partisan , qui combattait plutôt en chef de routiers qu'en prince, soutenait par les armes la cause de son frère captif. Friquet lui offrit son épée. Froissart le cite parmi les « apperts hommes d'armes » qui accompagnaient Philippe quand il rentra dans Évreux reconquis. Jusqu'au mois de novembre 1357, c'est-à-dire pendant une année entière, Friquet partagea la fortune du frère de son maître; mais, à peine eut-il appris la délivrance du roi Charles, (9 novembre 1357), qu'il courut le rejoindre et entra à ses côtés dans Paris, le 29 novembre , au milieu d'une grande affluence de peuple qui était allé au devant des Navarrais jusqu'à Saint-Denis. La reine Blanche, sœur du Navarrais, et la reine Jeanne, sa tante, avaient décidé le régent à envoyer à Charles un saufconduit. Mathieu de Picquigny , frère de Jean de Picquigny , son libérateur , était allé le lui porter à Amiens, dans la maison de Guy Quiéret, chanoine de la cathédrale, où il logeait depuis quinze jours, depuis son évasion du château d'Arleux. Couvert par ce sauf-conduit , Friquet put donc entrer en sûreté dans Paris qu'il avait quitté en fugitif deux ans auparavant. De hautes influences
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s'étaient entremises : malgré leur froideur réciproque, le régent et Charles le Mauvais signèrent un traité de paix le 42 décembre 4357. Le régent ne s'en tint même pas là : il donna à Charles l'hôtel de Nesle, à Paris, le comté de Bigorre, et il n'oublia pas ses partisans. Friquet reçut, pour sa part, en mars 4 358, des lettres d'abolition pour tous les délits qu'il avait commis contre le roi jusqu'à ce jour, et notamment pour son évasion des prisons du Châtelet.
Il n'y avait pas encore eu de sérieux dissentiments entre les deux princes quand éclata la Jacquerie dans le Beauvaisis, à la fin de mai. Le roi de Navarre était alors occupé à assiéger le château de Longueville, dans le pays de Caux, que le roi Jean avait confisqué sur Philippe de Navarre et donné au comte d'Eu. Il avait auprès de lui ses principaux conseillers, Jean et Ferry de Picquigny, Friquet de Fricamps et Renaud de Braquemont. Le château fut pris. Peut-être Charles ne se fût-il pas mis en peine de la Jacquerie tant qu'elle n'eût pas envahi ses domaines; mais Guillaume de Picquigny, chevalier, avait été massacré par les paysans du plateau picard circonscrit entre Poix, Liomer et Aumale, et les Picquigny étaient tout puissants auprès de Charles. Soit donc que ce fut réellement à l'instigation de Jean de Picquigny, jaloux de venger la mort de son parent; soit que, comme le dit un chroniqueur, les gentilshommes du Beauvaisis lui eussent demandé de venir à leur aide comme
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étant a le plus gentilhomme du monde », le roi partit de Longueville avec quatre cents hommes d'armes, tant Français qu'Anglais, qui s'augmentèrent chemin faisant jusqu'au nombre d'un millier de lances environ. Il rencontra les Jacques près de Clermont. Ceux-ci, forts de deux mille piétons et de six cents chevaux, ne tinrent pas devant l'élan de la chevalerie et furent enfoncés avec des pertes immenses. Friquet de Fricamps et Renaud de Braquemont furent chargés de les poursuivre avec cent lances, et ils en tuèrent une centaine encore. Ce fut l'épilogue de la journée. Quelques jours après, mandé par les Parisiens, Charles se rendait à leurs vœux, et il était proclamé par eux leur capitaine : c'était la guerre. Le 8 juillet, la paix était signée. Puis, l'entrée du dauphin à Paris, le 4 août, et le brusque revirement des Parisiens en sa faveur rejetait Charles dans les bras de son frère Philippe, qui n'avait jamais voulu traiter et qui guerroyait sans relâche. 11 ne fut plus question désormais de traiter, mais de combattre.
Charles convoquait sous ses drapeaux, au mois d'octobre, à peine de confiscation de leurs biens, tous ceux qui lui devaient le service militaire. Autour de Philippe de Navarre, l'homme d'action, se groupèrent aussitôt les chevaliers. Avec lui et sous ses ordres, Friquet de Fricamps assista à tous les faits de guerre de cette campagne. Il était à la prise de Melun, le l août; au combat sous les murs de Rouen, à l'assaut infructueux du château de Ga-
mâches, à l'expédition entreprise pour faire lever aux troupes royales le siège de Saint- Valéry, dans laquelle Philippe, par une suite de marches habiles, sut se dérober aux forces plus considérables qui l'enveloppaient et échappa à l'armée du connétable par une retraite réputée pour l'un des plus beaux faits de guerre de ce temps. Friquet prit part encore, à la même époque, à l'attaque des faubourgs d'Amiens, qui faillit réussir par suite des intelligences que les Navarrais s'étaient ménagées dans la place. Après chacune de ces expéditions, Philippe de Navarre se retirait, pour prendre haleine, à Mantes, dont il avait fait son quartier général et la base de sa ligne d'opérations. L'attaque d'Amiens fut la dernière entreprise sérieuse de la campagne. A l'instigation de Philippe, le roi de Navarre se prépara à reprendre les hostilités au printemps avec un redoublement de vigueur. Il fallut en revenir à l'alliance anglaise, et ce fut Friquet de Fricamps qu'il chargea d'aller la traiter auprès du roi d'Angleterre. Friquet, auquel on avait adjoint Robert Porte, Olivier de Montmorel, conseiller, et Pierre du Tertre, secrétaire du prince, reçut d'Edouard III, le 4 mars, un sauf-conduit pour se rendre auprès de lui avec une suite de trente personnes. Friquet ne réussit que trop bien dans sa mission. Edouard envoyait au roi de Navarre un corps de deux mille hommes d'armes et de sept cents archers commandés par Hugh Calverley, et il annonçait qu'il le suivrait de près, en personne,
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avec toutes ses forces. Le régent comprit qu'un grand coup pouvait seul prévenir une conflagration universelle : il vint à l'improviste mettre le siège devant Melun, où étaient enfermées la tante, la sœur et la femme du Navarrais. Un furieux assaut, où du Guesclin fit ses premières armes en France, ébranla la résolution des assiégés, qui capitulèrent. Mais la prise de Melun devait procurer au régent un plus sérieux avantage qu'une satisfaction d'amour-propre ; cette fois, la victoire ne fut pas stérile. Sous les auspices de la reine Jeanne s'ouvrirent à Melun même des conférences pour traiter des préliminaires d'une paix générale.
La reine Jeanne, « cette bonne créature envers Dieu et le monde », dit un chroniqueur anonyme, avait l'alliance anglaise en horreur. Elle ne pouvait supporter l'idée de voir le royaume attaqué à la fois par les Navarrais et par les Anglais, et s'écroulant sous cette double attaque. Elle décida son neveu à tenter un accommodement et à lui envoyer à Melun deux chevaliers investis de toute sa confiance. Charles était alors à Vernon avec son frère Philippe. Friquet de Fricamps et Renaud de Braquemont arrivèrent auprès de la vieille reine avec les pleins pouvoirs du roi, et ils furent mis en présence des plénipotentiaires du régent. Quand le traité eut été rédigé, le 30 juillet, on le remit au régent, qui l'emporta à Paris pour le soumettre à son conseil. Le conseil l'ayant approuvé, le seigneur de Vignay retourna à Mantes pour y chercher
Fricamps et Braquemont. Le prévôt des marchands et quelques-uns des principaux bourgeois allèrent au-devant d'eux à Saint-Denis et les accompagnèrent jusqu'au Louvre, afin de les garantir contre les insultes de la populace. Le régent reçut très-gracieusement les chevaliers du roi de Navarre, les admit à sa table et leur donna un logement dans son palais. Il eut avec eux, pendant quelques jours, des conférences après lesquelles Fricamps retourna à Mantes auprès du roi de Navarre. Il était chargé de l'amener à Pontoise, où le régent allait l'attendre. La paix fut signée dans cette ville le 24 août. Lin des principaux articles du traité était le pardon accordé par le régent à trois cents des partisans du roi de Navarre, au choix de ce prince. Philippe, son propre frère, ne voulut pas être compris dans ce nombre : il reprocha à Charles de mauquer à ce qu'il devait au roi d'Angleterre, et, suivi seulement de quatre chevaliers, il alla s'enfermer dans Saint- Sauveur-le- Vicomte, où il y avait une garnison anglaise commandée par Thomas Dagworth. Jean de Hannecourt fut chargé par le roi de Navarre de dresser le rôle de ceux sur lesquels il voulait faire tomber la clémence du régent, et de le présenter au prince. « Les personnes qui ensuyvent sont nomméez par le roy de Navarre, sur son serement, au nombre de IIIe qui ont tenu sa partie, et ont à avoir rémission de touz les meffaiz quilz firent oneques», tel est le préambule de cette longue liste en tète de laquelle figure le comte d'Harcourt,
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à défaut de Philippe de Navarre, et où Jean de Fricamps dit Friquet occupe la douzième place. De nos compatriotes, des nobles de notre province, on y remarque Robert et Philippe de Picquigny, chevaliers; Guérard de Picquigny, doyen de Thérouanne; le sire d'Équennes, vicomte de Poix; Guy Quiéret, chanoine d'Amiens, et Henri Quiéret, son frère ; Robert de Corbie, Jean de Hénencourt, Jean et Jacques de Saint-Fuscien, et Guillaume Picquet. Chacun de ces personnages avait droit à des lettres particulières d'abolition, dans lesquelles il pouvait faire specitier les crimes ou les délits dont il avait le plus besoin d'être pardonné, et la restitution de ses domaines, si le régent les avait confisqués. Si Friquet usa de cette faculté, je n'ai pu en retrouver la preuve. C'est à cette époque que le roi de Navarre le gratifia d'une rente viagère de 4,600 livres et de la seigneurie de Bellengreville (Calvados, canton de Bourguébus), en récompense de ses loyaux services.
Le traité que le roi de Navarre venait de signer lui imposait l'obligation de prendre, de concert avec le régent, les mesures nécessaires pour .résister aux Anglais qu'il avait appelés en France. 11 le fit avec une mollesse qui a accrédité parmi les historiens le soupçon d'une nouvelle trahison envers le régent. Blangy, bourg dans la vallée de Bresle, ayant été pris par les Anglais de Robert Sercot, Charles vint se loger dans l'abbaye de Sery avec cinq cents lances dont Friquet de Fricamps était
l'un des capitaines ; mais les Anglais étant partis le même jour, il s'en retourna à Mantes, sans avoir rien fait que cette stérile démonstration. Le traité de Brétigny (8 mai 1360) coupa court aux funestes desseins qu'il nourrissait et lui fit enfin tomber les armes des mains. La France n'offrait plus désormais assez d'aliments à son esprit inquiet et à son goût des entreprises hasardeuses; il retourna en Navarre et commença presque aussitôt à se préparer de longue main et à petit bruit à la guerre qu'il voulait rallumer. Son départ relâcha les liens d'amitié qui l'unissaient à Friquet de Fricamps, celui-ci ne voulant sans doute pas s'expatrier et quitter la basse Normandie, où il possédait de beaux domaines, il avait jadis délaissé le service du roi de France pour celui du roi de Navarre : Charles le Mauvais étant redevenu l'ami du roi, ce n'était donc pas le trahir que servir le prince auquel il avait de sérieuses obligations. Sa qualité de l'un des principaux conseillers du roi de Navarre et la fidélité qu'il lui avait témoignée devaient le recommander et appeler sur lui l'attention. Si tel était son calcul, l'événement prouva qu'il était juste. Le régent le nomma son chambellan et lui accorda sa confiance. En novembre 1361, il employait Friquet dans un voyage ayant pour objet « certaines besognes secrètes qui grandement le touchent », et payait 33 fr. d'or pour la dépense de ses écuyers et de ses chevaux demeurés à Kouen en l'attendant. Le roi de Navarre trouvait alors
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bon qu'il en fût ainsi, puisque, en novembre 4 362, il continuait à faire payer à Friquet les arrérages de la rente viagère qu'il lui avait constituée. Le 49 juillet 4362, Friquet recevait 26 fr. d'or en exécutant une nouvelle mission secrète pour le compte du régent. Mandé à Rouen par le prince, le 20 octobre 1363, il y vint avec une suite de dix chevaux, y séjourna sept jours et fut remboursé des 40 fr. d'or qu'il y dépensa. De cette époque date peut-être la rupture définitive de Friquet avec son ancien maître. Les nouvelles démarches du roi de Navarre pour porter la guerre en France étaient devenues publiques. Il envoyait le captai de Buch pour le représenter en Normandie, et il appelait la noblesse de ce pays sous ses drapeaux. Friquet, las d'une si inébranlable mauvaise foi, fit acte de sagesse et de patriotisme. Renonçant aux avantages que lui faisait Charles le Mauvais, il alla jurer fidélité entre les mains du régent, qui, devenu roi par la mort de son père, le 8 avril 4 364, reconnut et attesta par des lettres du 28 du même mois l'exactitude des faits qui précèdent et accorda à Friquet une pension viagère de 4,000 livres tournois sur sa cassette particulière.
Friquet de Fricamps n'avait pas attendu cette nouvelle preuve du bon vouloir de Charles V pour mettre à exécution sa promesse de le bien servir. Il était dans l'armée de du Guesclin, qui, le 7 avril, enleva la ville et le château de Mantes, et successivement le chàteau- fort de Rolleboise et la ville de
Meulan. A la même époque, pour prix de l'accommodement qu'il ménagea entre le roi et la reine Blanche de Navarre, relativement à Vernon, que la reine prétendait garder, il fut nommé capitaine de Vernon et de la tour de Verneuil, et reçut en outre, à ce titre, 1,000 écus d'or le 22 juin suivant. La fortune souriait enfin à Friquet : il leva bannière, et, suivi de quatre chevaliers et de quinze écuyers, il combattit sous les ordres de Mouton, sire de Blainville, à la bataille de Cocherel, le 46 mai 4364 , à la prise du fort d'Acquigny et pendant tout le reste de la campagne, ainsi que l'atteste une quittance du 4 4 juillet de 200 livres tournois, pour les gages de ses gens d'armes. Le 25 octobre, il fit passer en revue, à Pont-de l'Arche, sa cbmpagnie, alors composée de deux chevaliers et de dix écuyers. Charles V, par l'avis de son conseil, ayant donné ordre à du Guesclin de faire sortir ses Bretons du pays de Caux, qu'ils dévastaient, ceux-ci passèrent la Seine et prirent l'abbaye du Bec, d'où ils étendaient leurs ravages aux alentours. Friquet fut chargé de la leur reprendre. La paix signée le 6 mars 1365 créait à la chevalerie normande des loisirs que quelques-uns d'entre eux, notamment Friquet de Fricamps, ne voulurent pas employer à un repos qu'ils avaient si bien gagné. Le roi de Chypre cherchait des chevaliers pour aller attaquer Alexandrie. Friquet et ses compatriotes répondirent à son appel, et, le i octobre 4 365, ils prirent la ville et la livrèrent au pillage.
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Mais l'arrivée du Soudan d'Egypte avec des forces supérieures arrêta leurs progrès et les contraignit à se rembarquer et à regagner la France.
L'année 4 366 ne fut marquée en France par aucun événement de conséquence. En basse Normandie, les garnisons anglaises pillaient, et il y avait bataille avec fortunes diverses. Le -fort du Homme (aujourd'hui Sainte-Marie, canton de Picauville, arrondissement de Valognes) ayant été pris par eux, ils incommodaient tout le pays environnant. La noblesse normande reçut l'ordre de les combattre. Elle se réunit à Caen sous les ordres de Guillaume du Merle, sire de Messy, capitaine général des bailliages de Caen et du Cotentin. Friquet de Fricamps en était, et, le 26 mai, il fit montre de sa compagnie composée de deux chevaliers, sept écuyers et un archer. La forteresse était facile à défendre : de vastes marais couverts de joncs et de roseaux l'entouraient de toutes parts, et l'on ne pouvait y accéder que par une étroite chaussée d'une demi-lieue de longueur. On essaya d'abord d'un rigoureux blocus; mais, la famine n'ayant pu avoir raison des Anglais, les nobles normands, « c'est assavoir Mgr de La Ferté, Mgr du Melle, Mgr de Tournebus, Mgr de Blainville, Mgr Friquet de Fricamps, Mgr Regnault de Braquemont, firent crier l'assaut ». Les gens de Caen, de Bayeux et de Saint-Lô avaient fait faire de grandes claies et couper les roseaux des marais, ce qui rendait plus praticables les abords de la
place. Quand les Anglais s'aperçurent de ces préparatifs, ils traversèrent les marais et vinrent, sans armes, se constituer prisonniers. « Adonc dist Monseigneur de Friquans aux archiers françois : Délivrés vous tost. » Ceux-ci criblèrent alors de traits les prisonniers désarmés, de sorte qu'en peu de temps ils en tuèrent plus de trois cents. « Ainsi — dit le chroniqueur — fut l'en délivré d'eulx, et qui eus ainsi fait le temps passé, les guerres n'eussent pas tant longuement duré comme ilz ont. » Il faut espérer, pour l'honneur de Friquet et de ses compagnons d'armes, qu'ils obéissaient à des instructions précises, et que le roi avait sans doute ordonné de ne pas faire de quartier. Par leur agression faite en temps de paix, les Anglais s'étaient mis hors la loi : il était, jusqu'à un certain point, permis de les traiter comme des bandits et non comme des soldats.
Bien que les chroniques soient désormais muettes sur le compte de Friquet de Fricamps, il est certain que cette expédition ne fut pas la dernière à laquelle il ait pris part. En 1374, il était à la tète de onze chevaliers et de trente-huit écuyers, et les fit passer en revue à Porit-dc-1' Arche, le 20 octobre. Il est donc probable que, de 1 366 à 1 374, il fut mêlé aux principaux faits de guerre qui signalèrent ce laps de huit années. 11 mourut vers 4375 ou 4376, puisque Charles V, mort lui-même le 4 6 septembre 1 380, avait pu constituer à sa veuve, Marie de Vierville, d'une grande maison normande, une rente
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annuelle de 2100 livres tournois sur la recette de la vicomté de Montivilliers, réversible sur la tête de Friquet de Fricamps, leur fils, afin de les indemniser de la privation de la rente de 4,500 livres accordée par le roi de Navarre à Jean de Fricamps, et retirée par lui lorsque Fricamps eut définitivement renoncé à sou service et se fut rallié au parti de Charles V; puisque, enfin, le roi avait eu le temps de rendre plusieurs ordonnances pour faire restituer à la veuve et à l'orphelin les domaines que Friquet possédait en basse Normandie, et dont les gens du roi de Navarre refusaient absolument de se dessaisir. En mourant, Friquet de Fricamps laissait donc une fortune délabrée : ses fiefs de Montfarville et de Bellengreville étaient sortis de ses mains et le roi ne pouvait les y faire rentrer. Le roi, qui « se sentoit grandement tenu en conscience envers ledit chevalier », avait recueilli son fils et l'avait fait élever auprès de Charles VI comme s'il eût été son propre enfant. Ce fait est attesté par Charles VI lui-même dans les lettres par lesquelles il confirme, le 12 juillet 4381, la constitution d'une rente de 200 livres. Cette rente fut par la suite régulièrement acquittée, ainsi que le constatent les quittances de Marie de Vierville du 4 janvier 4382 et du 8 janvier 4 384. De son union avec Marie de Vierville, Friquet de Fricamps avait eu un fils et deux filles : Jeanne, apanagée de la seigneurie de Montfarville, qu'elle apporta à son mari, Robert de Thibouville, chevalier, et Nicole, femme
de Nicolas de Grosparmy, écuyer, seigneur d'Esquay. Il eut aussi un fils naturel, le bâtard de Fricamps, qui servait en qualité d'écuyer, le 4 er septembre <380, dans la compagnie de son frère.
Jean de Fricamps, qui hérita de son père du surnom caractéristique de Friquet, sous lequel il fut également toujours connu, était plus âgé que Charles VI, quoiqu'il eût été élevé auprès de lui, sous les yeux de Charles V. Lorsqu'il monta sur le trône, en 4 380, Charles n'était âgé que de 4 2 ans et 9 mois, et, le 4« octobre de la même année, Friquet servait en qualité d'écuyer, avec quatre écuyers sous ses ordres. Il devait donc avoir au moins 47 ou 48 ans, ce qui eût reporté jusqu'à 4 360 environ l'époque de sa naissance. En 4 375, il était encore mineur et n'avait pas l'administration de ses biens, puisque, le 29 octobre de cette année, il donna à Jean de Favecourt une procuration générale pour le représenter dans toutes ses affaires, « par le conseil et délibéracion de nobles hommes et saiges mes seigneurs et amis charnels », Philippe de Caloville, chambellan du roi; Renaut de Braquemont et le Galois de Pierrecourt, chevaliers, et Olivier de Braquemont, écuyer. Le conseil de famille était ainsi composé des anciens compagnons d'armes de son père. Avec de pareils tuteurs, avec le dauphin pour ami et Charles V pour second père, il semblait que l'avenir fût plein des plus brillantes promesses ; mais il n'en fut rien.
Dès 1380, Jean de Fricamps avait levé une corn-
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pagnie de quatre écuyers avec laquelle il faisait campagne contre les Anglais dans l'armée du duc de Bourgogne. Charles VI lui avait restitué Bellengreville et assuré la survivance de la rente qu'il partageait avec sa mère. Là paraît s'être bornée la tendresse du roi pour celui qui avait partagé les jeux et les plaisirs de son enfance. U demeura confondu dans la foule des gentilshommes de sa province. Sans doute prit-il part avec eux aux luttes qui signalèrent la fin du XIVe et les premières années du XVe siècle. Il n'avait pas revêtu l'armure si jeune pour la déposer à l'âge d'homme. Mais le silence se fait de plus en plus autour de cette famille que Friquet de Fricamps avait mise en pleine lumière. Loin de lever bannière comme son père, Jean ne se qualifia peut-être jamais qu'écuyer : il l'était en 4 384 quand , condamné à i 00 livres d'amende par le maître des eaux et forêts de la reine Blanche , la reine fit remise à Marie de Vierville, sa mère, de 4 4 livres 7 sols 8 deniers parisis. Il l'était encore quand, en 4 394, il céda à sa sœur Nicole de Fricamps, femme de Nicolas de Grosparmy, écuyer, seigneur d'Esquay, la seigneurie de Picauville (arrondissement de Valognes, canton de Sainte-Mère-Eglise), en dédommagement de soixante livrées de terre que Friquet de Fricamps lui avait assurées en la mariant et qu'il ne lui avait pas données , et en remboursement des arrérages considérables qui lui étaient par conséquent dus. Si donc Jean de Fricamps devint chevalier, ce
ne fut, en tout cas, que postérieurement à 1394. J'ignore le nom de sa femme, mais je sais qu'il en eut deux enfants, un fils, nommé Jean comme lui, et une fille nommée Jeanne. Il était mort avant 1445.
Jean de Fricamps, cinquième du nom, semblait prédestiné à relever la famille et à lui restituer l'éclat dont elle avait brillé sous son aïeul. Jeanne de Fricamps, sa tante, femme de Robert de Thibouville, chevalier, dont elle n'avait pas d'enfants, lui avait laissé Montfarville , plein fief de Haubert, qui comprenait six cents acres de terre et rapportait annuellement 190 boisseaux de froment, 32 d'avoine, 50 livres d'argent, 52 chapons, 432 poules, 800 œufs, et des redevances honorifiques de pain, de poivre , de fer à cheval, d'éperons dorés et de chapeaux de roses. Robert de Thibouville, son oncle, avait imité l'exemple de sa femme et lui avait légué Fontaine-la- Sorel et la Rivière-Thibouville, où il y avait une forteresse considérable. Jean était donc riche, mais il n'eut pas le temps de consolider cette fortune naissante par une union digne de son rang et de sa position. 11 fut tué, jeune et sans alliance, à la bataille d'Azincourt, le 25 octobre 1415.
Jean de Fricamps avait une sœur, Jeanne, que la mort prématurée de son frère faisait une riche héritière, un parti recherché. Vers 1420, elle épousa un gentilhomme du Ponthieu, dont le blason figurait déjà dans l'arbre généalogique de Fri-
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camps, Jean de Belleval , écuyer, seigneur de Belleval-en-Vimeu , et lui apporta les beaux fiefs de Montfarville et de Fontaine-la-Sorel. Quant à celui de Thibouville, elle avait été obligée de le céder au roi d'Angleterre , qui avait fait capitaine du château son frère, le duc de Clarence, et qui, moyennant cet abandon et un hommage, avait garanti, le Î7 janvier U19, à Jeanne de Fricamps la tranquille possession de Montfarville et de Fontaine-la-Sorel. Ainsi voit-on, dans un incendie, sacrifier la moitié d'une maison pour sauver l'autre moitié : cela s'appelle faire la part du feu. Mais avec Jean de Belleval changèrent les destinées de ces riches possessions. 11 était bon Français et combattait pour la cause nationale; il défendait, en U20, le château du Crotoy sous les ordres de Jacques d'Harcourt. Le roi d'Angleterre saisit alors tous ses biens du Cotentin et les donna à Ralph Nevill, comte de Westmoreland, capitaine de Carentan. L'importance du donataire peut faire augurer de la valeur du présent. Lorsque les Anglais furent chassés, Ralph Nevill rendit les terres, et, lorsqu'en H50 la Normandie fut définitivement réunie à la France , Jean de Belleval et les autres seigneurs du Cotentin restés fidèles à Charles VII furent remis en possession de leurs domaines.
Jeanne de Fricamps était la dernière représentante d'une grande famille, célèbre entre toutes celles de la Normandie. Avec elle la richesse était entrée dans la famille de Belleval. Jean de Belleval
quitta alors son blason héréditaire pour adopter exclusivement l'écusson de sa femme. Regardez le cachet qui ferme cette longue lettre, Monsieur, et vous y verrez que les descendants de Jean de Belleval portent encore aujourd'hui les armes de Friquet de Fricamps.
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