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il inaugura sa carrière politique par un crime. Philippe de Valois avait été tuteur du jeune prince, et le roi Jean, après l'avoir déclaré majeur le 12 février 1351 et lui avoir remis l'administration de ses domaines, lui avait donné en mariage sa fille, Jeanne de France, à la fin de la même année, avec une dot de 100,000 deniers d'or à l'écu et de 12,000 livrées de terre. De ce traité d'alliance, en tout temps gage d'une confiance et d'une affection réciproques, la guerre allait surgir. Charles en fit la base de ses incessants griefs contre son royal beau-père, et il faut convenir qu'il était, pour cette fois, bien fondé dans ses réclamations. Le roi Jean ne se pressait pas d'exécuter les stipulations matrimoniales; non-seulement il ne payait pas la dot, mais il ne faisait même pas rédiger le contrat de mariage, qui aurait pu servir à son gendre d'arme contre lui. Bien plus, il venait de gratifier le connétable du comté d'Angoulème, assigné à Philippe, roi de Navarre, et à Jeanne, sa femme, en payement de 3,000 livres de rente que Philippe de Valois leur avait données. Résolu de frapper un grand coup et n'osant s'attaquer directement au roi, Charles le Mauvais voulut l'atteindre dans celui qu'il aimait tendrement, dans son ami d'enfance : la mort de Charles d'Espagne fut résolue. Chaque chroniqueur a raconté à sa manière cet événement tragique, mais c'est à Friquet de Fricamps qu'on doit de le connaître dans ses moindres détails. Fait prisonnier avec le roi de Navarre, à Rouen, par le
roi Jean, le 3 avril 1355, Friquet avait été enfermé au Châtelet, où l'on instruisait son procès. Soumis à la torture, qui brisait les plus forts et déliait les langues les plus obstinées, il parla trois fois. De ces trois interrogatoires ou confessions, on a conservé la substance de deux attestées par le secrétaire du roi, qui les recueillit; mais la troisième existe encore tout entière, et c'est à elle qu'il faut avoir recours pour savoir la vérité sur la mort du connétable et sur les premières intrigues du roi de Navarre. Friquet y parle enfin, et tout naturellement, de lui-même avec cette franchise de l'homme qui sent la mort venir. Ce précieux document me servira à mettre mon héros en pleine lumière, et vous verrez qu'il ne fut pas un homme ordinaire.
Jean de Fricamps assure dans sa déposition que le roi Jean le donna au roi de Navarre, en d'autres termes qu'il lui permit de quitter son service pour s'attacher à celui de Charles II. On aurait pu croire que c'était un moyen de défense si Charles V n'avait plus tard reconnu formellement l'exactitude de cette allégation dans des lettres du t avril 4364. Quel fut le motif qui guida Fricamps alors et le porta à renoncer au poste honorable de capitaine du comté d'Angoulème ? Ce n'était assurément pas la prévision des troubles qui allaient éclater, mais plutôt un moyen d'avancer sa fortune et de se rendre agréable au roi en témoignant le désir de servir sa fille et son gendre. Le service du roi de Navarre, à cause de ses fiefs normands, avait aussi
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de quoi tenter les barons de cette province. Aussi est-ce par centaines que l'on compte les nobles normands compromis dans les mêmes événements. Friquet de Fricamps n'avait d'ailleurs pas fait fausse route, et il eut lieu de s'en applaudir aussitôt. De deux choses l'une : ou bien il était déjà un personnage assez distingué pour que Charles, flatté de son acquisition, le lui témoignât hautement ; ou bien, déjà connu du prince, Friquet n'avait agi que par suite d'un secret accord entre eux. Toujours est-il que Charles le nomma immédiatement gouverneur de la ville et du château de Caen, l'admit au nombre de ses conseillers et lui donna une large part dans sa confiance. De simple commandant d'une province, Friquet était devenu l'un des principaux personnages de la petite cour d'Evreux.
Quoique la haine du roi de Navarre pour le connétable ne fût un secret pour personne, quoique la grande faveur de Charles d'Espagne lui eût fait de nombreux ennemis, Friquet de Fricamps n'avait jamais cessé d'entretenir avec lui des relations, politiques peut-être, mais en apparence amicales. En qualité de capitaine d'Angoulème, il avait été « de l'hostel » du connétable pendant un an, et le souvenir de cette domesticité dorée l'obligeait à quelque décorum. 11 ne varie d'ailleurs jamais sur ce sujet dans ses dépositions, et, trois ans après le meurtre, il se défendait encore énergiquement d'y avoir participé, même par son silence.
Alors qu'il était déjà au roi de Navarre, Friquet
avait été envoyé par le roi Jean en Saintonge, auprès de Louis d'Harcourt, qui y commandait en chef. Il y fut spécialement chargé du siège de Surgères, c'est lui qui le raconte, et, à la faveur d'une trêve qu'il était allé conclure lui-même à Libourne arec le sénéchal de Bordeaux, Louis d'Harcourt l'avait député à Issy pour rendre compte au roi de l'état de la province. Nommé gouverneur de Caen sur ces entrefaites, Friquet avait voulu se signaler dans ce nouveau poste par une répétition de ce combat des Trente qui avait passionné la noblesse et excité parmi elle le plus vif enthousiasme. Il avait voulu organiser un combat de vingt Français contre vingt Anglais, dans lequel il se serait réservé le principal rôle; mais l'affaire ayant avorté, et les occasions de se distinguer lui faisant défaut, il se mit en chemin pour aller de nouveau combattre à Surgères, et cette fois sous les ordres du connétable, qui devait s'y rendre en personne. Mais le roi de Navarre, qui ne pouvait goûter cette confraternité d'armes, le rappela à Caen, d'où il le manda presque aussitôt auprès de lui, à Pacy. Friquet trouva son maître dînant, tout botté pour aller chasser le lièvre. 11 l'accompagna, et, quand l'ardeur de la chasse les eut emportés loin de leurs compagnons, Charles commença à sonder Friquet et à lui découvrir ses desseins.
Méfiant et dissimulé, plein d'esprit et d'affabilité, le prince avait l'art d'attirer la confiance et de ne jamais se livrer : il ne se plaisait qu'aux demi-con-
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fidences, et bien fin qui aurait pu lire au fond de sa pensée. Fidèle à ses principes, dans les premières ouvertures qu'il fit à Friquet, il ne découvrit qu'une partie de la vérité pour pénétrer les sentiments de son interlocuteur. C'est ainsi qu'après lui avoir demandé s'il était bien à lui et s'il était disposé à le servir contre tous, sur la réponse affirmative de Friquet ne faisant d'exception que pour le roi et pour la famille royale, il le lui fit jurer sous serment, et finit par lui déclarer que son ennemi était le connétable. Avait-il trouvé Friquet trop tiède à son gré, se défiait-il de lui, voulait-il l'éprouver d'abord avant d'en dire plus long, ou n'avait-il que l'intention de se saisir de Charles d' Espagne et de le garder en prison jusqu'à la complète restitution de ses biens? Friquet affirma toujours la dernière hypothèse, et que l'idée d'assassinat n'était jamais venue à l'esprit du roi. 11 est certain, quoi qu'il en dise, que la mort du connétable était déjà résolue, et la question, pour nous, se résume en celle-ci : le roi ne s'expliqua-t-il pas plus clairement, parce que Friquet n'avait pas voulu le comprendre, ou Friquet, ayant eu la confidence entière, n'a-t-il pas cherché à atténuer la responsabilité de son maître, afin de diminuer d'autant la sienne ? C'est ce que l'on ne saura jamais.
Cependant, Charles se répandait en plaintes amères contre celui qui retenait son héritage, qui l'avait qualifié de faux monnayeur, et qui le desservait auprès du roi Jean. Il s'écria qu'il lui vou-
lait le plus de mal possible, et que l'on s'en apercevrait avant peu. Friquet se vanta de lui avoir répondu seulement de bien prendre garde à ce qu'il allait faire et de ne pas s'attirer la colère du roi Jean, qu'il désapprouvait les voies de fait, et qu'il fallait seulement défier le connétable, c'està-dire lui déclarer, avec les formalités nécessaires, une guerre privée suivant l'usage encore observé alors par la noblesse française. Le chancelier de Navarre, en survenant, mit fin à ce tète-à-tête : il loua bassement Friquet en faisant apprécier en sa présence au prince le bonheur d'avoir de tels serviteurs. Ce fut peine perdue : Friquet prit congé le jour même pour retourner à Caen ; mais Charles lui dit encore qu'il irait passer les fêtes de Noël à Paris, où serait le connétable, et que là il lui chercherait ou lui ferait chercher querelle et le ferait maltraiter. Charles se rendit en effet à Paris; mais, soit que l'occasion d'exécuter son programme lui eût fait défaut, soit que le connétable ne fût pas venu à Paris, il revint à Évreux sans avoir rien fait.
Peu de jours après, mandé de nouveau à Évreux par le roi de Navarre, Friquet s'y rendit aussitôt ; mais, quelque diligence qu'il eût faite, Charles était déjà parti avec une nombreuse escorte, et le gouverneur de Caen ne put le rejoindre qu'à Nonancourt, au moment même où il montait à cheval pour poursuivre son voyage. Charles lui dit, sans détours cette fois, que le connétable était dans les environs, qu'il devait ce jour-là même coucher à
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l'Aigle, dont il était seigneur depuis son mariage avec Marguerite de Blois, en allant conférer avec Arnould d'Audeneham et visiter Mmo d'Alençon à Verneuil; qu'il ne se défiait de rien, puisqu'il voyageait presque seul et chassant à l'oiseau le long de la rivière. Charles ajouta que, par son ordre, Gillet de Bauterlu, Colinet Doublet, Le Bascle de Mareuil, Maubué de Mainemare et plusieurs autres de ses gens venaient de partir pour l'Aigle. Friquet lui ayant demandé quel était son dessein, le roi répondit qu'il voulait se saisir du connétable et l'enfermer dans une de ses forteresses jusqu'à ce que le roi, son beau-père, lui eût fait justice.
Il était tard. Le roi et Friquet allèrent coucher dans une maison isolée, à peu de distance de l'Aigle. Le lendemain, dès le point du jour, comme ils allaient à la découverte, ils furent rejoints par Le Bascle de Mareuil, qui arrivait à bride abattue en criant : « C'est fait ! c'est fait ! Le connétable est mort! » Friquet déclara au'à cette nouvelle inattendue il fut si ému, que le sang lui jaillit par le nez et par la bouche; quant au roi, il se mit à pleurer « moult tendrement »; puis, réunissant tous ses gens autour de lui, il leur déclara qu'il les avouait de tout et qu'il ne prendrait de lettres de rémission que si elles s'étendaient jusqu'à eux. Le chancelier du prince, seul et sans le conseil de personne, fit alors écrire des lettres que Charles envoya aux différentes villes du royaume et à plusieurs grands seigneurs, pour leur demander du
secours contre les amis de Charles d'Espagne. Le roi de Navarre était un habile comédien, mais la préméditation du crime ressort trop clairement de toutes ses circonstances pour quelle soit l'objet d'un doute. Il ordonna l'assassinat, le prépara de longue main, et, s'il n'y assista pas, c'est qu'il savait capables de l'exécuter les gens dont il avait fait choix. Friquet seul, quoique mandé de Caen, reste auprès du prince comme un homme que Charles sait répugner au crime, mais qu'il veut s'attacher en le forçant à se compromettre malgré lui. L'attitude de Friquet fut ici absolument conforme à l'esprit de ses dépositions, et, s'il n'était pas de bonne foi, il faut convenir qu'il était habile et digne d'être le conseiller d'un prince aussi retors. Généreux pour un maître qui d'ailleurs ne lui marchandait pas ses faveurs, dans sa déposition Friquet tenta de le disculper, ce qui était une tâche impossible, mais il réussit à égarer le jugement de l'historien sur lui-même à tel point que personne ne peut l'accuser de complicité de ce crime inutile et par conséquent inexcusable.
J'ai dit que le roi de Navarre était un ambitieux, d'une persévérance qui n'avait d'égale que son adresse. Les rois Jean et Charles V en firent souvent l'épreuve, et leurs concessions réitérées prouvent qu'ils savaient à quel terrible adversaire ils avaient affaire. Dans cette circonstance pourtant, il ne donna pas la mesure de ce qu'il devait être un jour. Il était jeune, aveuglé par la haine ; il
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croyait que sa qualité de gendre du roi lui servirait de sauvegarde et que l'on n'oserait rien contre lui. Plus âgé et mieux éclairé, il se fût ménagé l'alliance anglaise. Par bonheur pour lui, le duc de Lancastre fut plus sage, et de la Flandre, où il apprit la nouvelle, il dépêcha à Charles, à Evreux, un de ses écuyers pour lui demander qu'il lui envoyât son chancelier : il voulait, disait-il, apprendre de lui comment les choses s'étaient passées. Le chancelier partit aussitôt pour Bruges, un peu contre l'avis des conseillers de Charles, s'il faut en croire Friquet. Maubué de Mainemares, nommé pour l'accompagner, déclina cet honneur; Friquet, spécialement désigné par le chancelier, refusa d'abord et ne céda qu'à la prière du prince. Pierre de La Tramerie et Jean de Bauterlu les accompagnaient, mais seulement pour engager des bijoux chez des marchands de Bruges, afin de se procurer les fonds nécessaires pour soutenir la guerre. Après avoir remis au comte de Flandre une lettre par laquelle Charles le priait de solliciter sa grâce du roi, les deux ambassadeurs se rendirent au Dam, auprès du duc de Lancastre, et s'acquittèrent de leur message en lui demandant, au nom de leur maître, de l'assister contre les amis du connétable. Friquet est évidemment la seule autorité que l'on puisse invoquer ici. Si dans les deux premiers interrogatoires il s'était montré discret et réservé, la torture à laquelle on l'appliqua avant le troisième lui avait rendu la mémoire des plus petites choses :
il n'oublie même pas de mentionner qu'en les abordant, le duc s'était poliment informé de la santé du roi, qu'il leur avait demandé « comment faisoit le roi de Navarre, et ils respondirent que bien ». Mais ils n'étaient pas venus pour échanger des lieux communs de courtoisie, et le prince anglais entra dans le vif de la question en expliquant combien la situation de Charles était critique s'il n'avait l'appui d'un puissant allié, et que cet allié serait le roi d'Angleterre si Charles le désirait. Il insista beaucoup sur la nécessité pour le chancelier de passer immédiatement en Angleterre, afin d'y jeter les bases du traité, et s'offrit à l'y conduire. A son grand étonnement, le chancelier refusa, et il eut alors avec le duc, dans l'embrasure d'une fenêtre, un entretien secret dont Friquet déclare qu'il ne lui fut rien révélé. En rapprochant de cela le refus du chancelier et son attitude réservée devant les offres généreuses de l'Anglais, on peut croire qu'il obéissait à des instructions formelles et que le roi de Navarre ne voulait que faire une démonstration menaçante, afin de se ménager un meilleur traité avec le roi Jean. A la demande réitérée du duc, s'il ne voulait pas que le roi d'Angleterre fît quelque chose pour lui, le chancelier ne répondait que par le silence. Lancastre termina la conférence en promettant un contingent immédiat de deux cents hommes d'armes et de cinq cents archers, s'il en était besoin, et des secours plus considérables par la suite dès que Charles les réclamerait. Pendant l'en-
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tretien secret du duc et du chancelier, un chevalier, François de Helles, avait pris à part Friquet et avait entrepris de le disposer favorablement pour leur cause. Le duc lui-même, étant intervenu pour insister dans ce sens, s'attira de Friquet cette fière réponse : a Qu'il avoit esté et seroit toute sa vie bon François, de cueur et de voulonté, et que Anglais ne seroit-il ja ».
Le roi de Navarre attendait à Mantes le retour de ses envoyés. Il se préparait à la guerre , appelait ses vassaux aux armes, fortifiait ses villes et ses châteaux et signait des traités d'alliance avec les grands seigneurs de Normandie. Mais, en même temps , il voulait épuiser toutes les voies de conciliation et il venait d'envoyer, dans ce but, le comte de Namur auprès du roi, quand Friquet et le chancelier se présentèrent devant lui. Le rapport qu'ils lui firent, devant le Conseil assemblé, ne parut rien changer à son désir d'accommodement , mais il garda bonne note des dispositions favorables de l'Angleterre pour les utiliser, par la suite , et vous verrez plus loin que sa mémoire ne lui fit pas défaut. Il n'avait pour le présent perdu ni son temps ni ses peines. Le roi Jean, quoiqu'il lui en coûtât, devait au bien de l'État d'étouffer son juste ressentiment, et le \t février, il signa un traité très-avantageux sur mus les points pour le roi de Navarre. Je n'ai pas entrepris de refaire ici l'histoire du roi de Navarre; par conséquent, je ne prendrai du traité que ce qui concerne mon héros,
à savoir la concession à Charles du Cotentin et de la vicomté de Valognes, ce qui faisait de lui le suzerain immédiat de Friquet de Fricamps, et les lettres de rémission générale comprenant le roi de Navarre , ses frères et tous ceux qui avaient pris part au meurtre du connétable et qui étaient soupçonnés d'y avoir participé. Trop de gens étaient intéressés à l'exécution de cette clause du traité pour n'en pas réclamer le bénéfice immédiat. Les lettres furent délivrées le 4 mars dans la forme ordinaire ; mais elles étaient conçues en termes si vagues, désignant les complices du roi sans en nommer aucun, que Friquet de Fricamps s'en émut et réclama des lettres particulières d'abolition qui lui furent accordées ce même jour. Les amis qui s'entremirent pour lui, dans cette circonstance , ce sont les lettres qui le disent , firent bien les choses et ils lui obtinrent en même temps le pardon de son ambassade en Flandre. On ne voit pas qu'aucun autre des adhérents de Charles le Mauvais ait eu la même prudence que Friquet, et il serait curieux de constater que celui qui se disait le moins coupable ait témoigné avoir le plus besoin de la clémence royale.
La prudence de Friquet n'était que de la sagesse, car la bonne harmonie ne tarda pas à être troublée , malgré les incroyables avantages faits au roi de Navarre parle traité de Mantes, à ce point que les plénipotentiaires français furent soupçonnés de trahison et que plusieurs d'entre eux tombèrent
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dans la disgrâce du roi. Dès le mois de mars, un mois à peine après la signature de la paix , les deux rois étaient en désaccord et cela dura jusqu'au mois d'août que le comte d'Harcourt les accomoda. Mais ce n'était encore qu'une paix fourrée , et , au mois de novembre , Charles quitta secrètement la Normandie, lui huitième , et alla à Avignon où devaient se rendre les plénipotentiaires de France et d'Angleterre pour y traiter de la paix. Friquet de Fricamps assure qu'il n'avait d'autre but que d'échapper à son beau père qui rassemblait des troupes pour s'emparer de lui et de témoigner son mécontentement de l'inexécution de certaines clauses du traité de Mantes. Friquet était resté en Normandie et ne rejoignit son maître que quelque temps après, en Navarre. Charles avait attendu les plénipotentiaires à Avignon et il y demeura secrètement quelques jours après leur arrivée. Feignant ensuite de quitter la ville, au grand jour, il y rentra pendant la nuit et se tint caché pendant quinze jours dans l'hôtel du cardinal d'Ostie ; il y avait chaque nuit un entretien confidentiel avec le duc de Lancastre pour débattre un traité d'alliance contre la Franee avec laquelle le prince anglais venait de signer la paix au nom de son gouvernement.
Pendant ce temps, et en réponse à ces ténébreuses pratiques , le roi Jean s'était transporté à Caen et avait mis des gouverneurs et des garnisons dans les villes du roi de Navarre. La place n'était
plus tenable pour Friquet de Fricamps qui s'en alla à Torigny d'où il écrivit à Boucicaut afin d'avoir un sauf-conduit pour rejoindre Charles en Navarre. Sur le refus du roi, Friquet se décida pourtant à partir, à ses risques et périls, et il trouva auprès de son maître un chambellan du duc de Lancastre qui arrivait d'Angleterre. Envoyé à Orthez, auprès du comte de Foix, Friquet y séjourna quelque temps; quand il revint à Parapelune le chambellan n'y était plus. Charles lui expliqua qu'il l'avait renvoyé avec Colin Doublet porteur d'une lettre par laquelle il annonçait au duc de Lancastre qu'il allait bientôt se rendre à Cherbourg avec ses troupes , qu'il ferait sommer le roi de lui restituer ses places fortes et qu'il les recouvrerait de gré ou de force. Charles s'embarqua, en effet, avec sa suite dont Friquet faisait partie, et il vint prendre terre à Cherbourg où l'attendait Colin Doublet qui lui transmit les assurances d'amitié du roi d'Angleterre et du duc de Lancastre. On prétendait même, autour de Charles, que la flotte anglaise était à Guernesey. Toujours la même politique, toujours le môme succès. Alarmé de ces rumeurs, le roi envoyait son armée à Caen , mais il envoyait en même temps à Valognes des plénipotentiaires qui signèrent le traité dit de Valognes, le 40 septembre 1355. Ratifié parle roi, le 24 du même mois, ce traité contenait, entre autres dispositions, abolition pleine et entière pour quatre-vingt-dix-neuf des partisans de Charles,
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parmi lesquels figurent Friquet et son frère puîné, Pierre de Fricamps.
A peine le traité de Valognes était- il conclu que l'esprit inquiet et remuant du roi de Navarre suscitait de nouvelles intrigues dans lesquelles il entraînait cette fois le Dauphin. Il était venu avec lui de Normandie à Paris, et ce fut apparemment pendant ce voyage qu'il s'insinua dans l'esprit du jeune prince, à peine âgé de dix-huit ans et dont le caractère était naturellement doux et facile. I) l'indisposa tellement contre le roi, qu'il parvint à lui persuader de quitter secrètement la France pour aller chercher un asile auprès de l'empereur Charles IV , son oncle , et pour lui demander son appui afin de s'emparer de son père , de le faire enfermer « en une tour et ylleuc abrégier sa vie ». Aucun historien n'a eu connaissance de ce fait si considérable ou n'a voulu le révéler. Knyghton est le seul qui en parle , et la confession de Friquet de Fricamps, l'un des auteurs du complot, met en pleine lumière cette page inconnue et si triste de l'histoire de Charles V. Voici comment Friquet s'exprimait à ce sujet, dans sa prison , en présence des commissaires chargés de l'interroger. 11 était à Amiens de retour de l'expédition dirigée en Flandre pour combattre contre le roi d'Angleterre, c'est-à dire à la fin d'octobre 4355, quand le Dauphin le fit appeler dans sa chambre, avec Gauthier de Lor, et leur demanda s'ils voulaient le servir, ce à quoi ils consentirent volontiers pourvu que ce
ne fût ni contre le roi de France ni contre le roi de Navarre. Le Dauphin répondit qu'il avait simplement formé le dessein d'aller visiter l'empereur son oncle, qu'il souhaitait d'avoir un cortège digne de son rang, et qu'il les priait, en conséquence, de l'accompagner. Ils le lui promirent l'un et l'autre , puis Friquet retourna en Normandie et il n'entendit plus parler de rien. Pourtant le Dauphin avait écrit de Paris au roi de Navarre, qui était à Pacy, de venir l'y chercher. Charles se rendit aussitôt à Mantes d'où il envoya une trentaine d'hommes d'armes chargés d'escorter le prince jusqu'à cette ville, point de départ du voyage projeté. A peine étaient-ils partis qu'arrivait un nouveau message pour apprendre que le Dauphin était retenu par son père. La colère et l'inquiétude du Navarrais furent à leur comble ; par ses ordres , Friquet et Jean de Landas coururent à Paris. Ils atteignirent à Saint-Clou d les gens d'armes de Navarre et les renvoyèrent à Mantes ; le lendemain matin , ils furent reçus par le Dauphin dans l'hôtel de Nesle. Les deux chevaliers étaient chargés de ne rien ménager : ils éclatèrent en reproches , Landas pleurait de colère. Il y avait de quoi , d'ailleurs , car tous deux et leur maître étaient inutilement compromis , et allaient encore une fois être exposés à toute l'indignation du roi. Le Dauphin les apaisa du mieux qu'il put et leur assura que le roi ne savait mauvais gré à aucun de ceux qui devaient être du voyage, qu'il ne le désapprouvait pas,